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Société de consommation et justice sociale
Par Pavel G. Kosykh

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L'article

«Changements politiques» et «développement durable»ont été les deux grands thèmes abordés lors de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (Sommet de la Terre) de 1992, à Rio de Janeiro, au Brésil. Pour mieux les comprendre, nous devons examiner de près les circonstances précises de la crise sociale, écologique et économique mondiale qui menace le fragile équilibre de la planète et représente un danger pour l'humanité.

Comment en est-on arrivé là ? La doctrine libérale de la consommation qui a conquis le monde aliène l'essence morale et spirituelle de l'homme, et les principes d'une «société de consommation» éloignent les gens des idéaux de justice sociale et de développement spirituel; les flux de capitaux mondiaux sont huit à dix fois plus élevés que ceux des biens et services; le prix des ressources naturelles n'est pas équilibré avec celui du travail et du capital; et les entreprises multinationales monopolisent le contrôle sur les marchés du travail, les capitaux et la production. Nous devons adopter une nouvelle approche sociale et économique fondée sur le principe selon lequel tout le monde survit ou bien personne; où la préservation de la diversité culturelle est plus importante que la réussite économique; où les ressources naturelles sont la propriété partagée par tous et rémunérées de manière adéquate.

Comment pouvons-nous y parvenir ? Chaque pays à un rôle à jouer et devrait veiller à ne pas causer préjudice. En tant que citoyens, nous devrions toujours garder à l'esprit que nous faisons partie d'un ensemble. Il est de notre devoir de préserver cet état de choses en nous entraidant et en prenant soin de la maison que nous partageons - la planète Terre. Si le profit l'emporte sur la responsabilité et l'engagement envers la nature, cela pourrait devenir une force déstabilisatrice.

L'économie mondiale actuelle est une conséquence directe de l'ordre mondial anesthésiant qui est dominé par la consommation. La notion de «l'argent produit l'argent», sous le prétexte de faire des affaires, est un obstacle au développement moral et spirituel d'une conscience sociale. Nous devons changer l'orientation et le fonctionnement de base des structures économiques. L'économie devrait fonctionner en fonction de la formule «biens-argent-biens». Nous devrions prendre des mesures fermes pour empêcher que l'argent soit utilisé à des fins personnelles et d'exploitation. Changer l'importance que nous accordons au travail est la première mesure vers une restructuration de l'ordre économique mondial. L'accent devrait être mis sur l'objectif principal du travail, à savoir son utilité et son bénéfice pour la société. Nos priorités doivent être de produire de la nourriture, de l'énergie et des logements. Tous les biens et les services qui pourvoient à ces besoins de base devraient être considérés comme des atouts sociaux plus importants que ceux qui encouragent et conditionnent les comportements de consommateur.

Ces nouveaux modes de pensée économiques reflètent le potentiel de base du Sommet de la Terre. Une attention spéciale doit être accordée au système éducatif qui éloigne l'enfant des valeurs de base et engendre la négligence non seulement vis-à-vis des préoccupations sociales et matérielles mais aussi spirituelles. Au lieu d'aider les enfants à trouver leur propre chemin dans la vie, les adultes les coulent dans leur moule et leur inculquent leurs préjugés et leurs stéréotypes. Nous devons surmonter un certain nombre de contradictions, telles que : l'augmentation de la productivité du travail qui est accompagnée de celle des biens matériels et des inégalités sociales; les divergences croissantes entre le flux des capitaux et celui des biens sur les marchés mondiaux; les pertes subies par les pays en développement et les pays les moins avancés résultant d'accidents et de catastrophes naturelles qui sont beaucoup plus importantes que celles subies par les pays du «premier monde»; l'exploitation économique des pauvres et des pays en développement par les pays du «premier monde»; et l'émergence de l'économie mondialisée qui engendre une recrudescence des conflits ethniques et régionaux.

Il est évident que ces contradictions ont un dénominateur commun. En fin de compte, elles résultent de la destruction globale de l'équilibre entre l'utilité du travail et sa valeur sociale. Cette destruction se manifeste dans le fait que le travail secondaire est davantage considéré que le travail dont le but est de pourvoir aux besoins de base. Ce travail se trouve donc dans une position marginalisée et légale. Aujourd'hui, la préférence va à la production des biens et des services secondaires, et même aux produits qui sont dangereux pour les êtres humains. Le travail n'est pas évalué selon sa signification et ses valeurs fondamentales mais sur la base de critères artificiels. Si nous ne repensons pas notre échelle de valeurs, nous ne pourrons jamais sortir de cette crise.

Les conflits n'ont pas lieu simplement entre et dans les nations, les religions, les idéologies et les syndicats. C'est une guerre déclarée d'une sorte différente d'égoïsme et d'intérêt personnel contre l'humanité qui va au-delà de la nationalité, des croyances, des convictions ou de la patrie. La famille - la structure de base de la société et la conscience sociale qui garantit le bien-être des personnes, des nations et de l'humanité - est menacée. Et la meilleure façon de promouvoir la prise de conscience est très simple et accessible mais aussi très difficile : apprendre à écouter notre cour et notre conscience, et penser à nos voisins avant nous-mêmes.

Pavel G. Kosykh est professeur à l'université d'État de gestion à Moscou et auteur d'un cours qui intègre l'étude des questions philosophiques, éthiques, morales et pratiques dans les relations entre l'homme et l'environnement naturel.
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