UN Chronicle Online
Document de séance
Des voies d'exportation pour les pays sans littoral
Par Jonas Hagen, pour la Chronique

Imprimer
Page d'accueil | Dans ce numéro | Archives | Anglais | Contactez-nous | Abonnez-vous | Liens
L'article

Neuf des douze pays les plus pauvres qui figurent dans le Rapport sur le développement humain 2002 sont des pays en développement sans littoral. Alors qu'ils représentent 12,5 % de la superficie des continents et 4 % de la population mondiale, leur produit intérieur brut combiné s'élève seulement à 0,3 %. Sans accès direct à la mer, ces pays doivent dépenser en moyenne 15 % de leurs recettes d'exportation dans le transport, jusqu'à 50 % pour certains pays africains, alors que les autres pays en développement en dépensent seulement 7 % et les pays développés 4 %.

Le Kazakhstan, le plus grand pays sans littoral et le plus éloigné de la mer, a accueilli, les 28 et 19 août 2003, 83 pays et 23 organisations non gouvernementales à l'occasion de la Conférence ministérielle internationale des pays en développement sans littoral et de transit et des pays donateurs et des organismes internationaux de financement et de développement sur la coopération en matière de transport en transit (Conférence d'Almaty). Cette réunion comprenait un programme appelant à des actions spécifiques et n'a pas entraîné de dépenses importantes, contrairement aux grandes conférences du passé.

Les pays sans littoral et de transit (ceux qui sont situés entre les pays sans littoral et la mer), les pays donateurs ainsi que les institutions des Nations Unies, les représentants de la société civile et du secteur privé, ont négocié et approuvé le Programme d'action d'Almaty. Il vise à simplifier les formalités administratives liées aux exportations, ce qui permettra de réduire la durée et les frais de transport, d'améliorer l'infrastructure ferroviaire, routière, aérienne et des pipelines, ainsi que l'accès aux marchés internationaux et à l'aide technique et financière des pays donateurs.


Kim Hak-Su, secrétaire exécutif de la Commission économique et sociale pour l'Asie et le Pacifique de l'ONU (CESAP), a décrit la situation difficile à laquelle sont confrontés les pays sans littoral : «Les nouvelles méthodes de fabrication et de commerce, telles que les chaînes d'approvisionnement mondiales et les systèmes de production «juste-à-temps», continuent de se développer. Les coûts du transport et le temps sont des facteurs essentiels dans les échanges commerciaux et pour les investissements. Malheureusement, en raison des frais de transport et de leur éloignement des marchés, les pays sans littoral sont souvent désavantagés.»

La Conférence a été coordonnée par Anwarul Karim Chowdhury, le Haut Représentant des Nations Unies pour les pays les moins avancés, les pays en développement sans littoral et les États insulaires en développement. Il a considéré que la Conférence a représenté un grand pas en avant. «Jusqu'ici, aucun document de l'ONU ne soutenait la cause des trente pays en développement sans littoral. Pour la première fois, ce groupe de pays doublement désavantagé fait l'objet d'une déclaration de l'ONU et d'un programme d'action. Les pays de transit et les pays donateurs, les institutions de l'ONU, les représentants de la société civile et du secteur privé ont manifesté leur soutien [aux pays sans littoral]».

Pour réussir, les pays sans littoral en développement doivent pouvoir être compétitifs «à chances égales», a déclaré M. Chowdhury, ce qui veut dire un accès préférentiel aux ports et aux marchés internationaux pour leurs exportations. Les pays de transit voisins doivent accepter d'améliorer leur accès aux ports maritimes. Cependant, la situation pourrait être problématique, les pays de transit étant eux-mêmes des pays en développement et cherchant également à augmenter leur volume d'exportations. De plus, les pays sans littoral et de transit exportent souvent les mêmes produits.

M. Chowdhury a ajouté que les pays de transit ont souligné que pour aider les pays sans littoral l'aide des pays donateurs leur était nécessaire. «Au début de la Conférence, les pays de transit ont fait remarquer qu'il leur était difficile de fournir une infrastructure et un soutien aux pays sans littoral alors qu'eux-mêmes avaient besoin d'assistance. Ces pays ont besoin d'aide de sorte que les pays sans littoral puissent à leur tour en profiter. Ces derniers tireront avantage du développement des chemins de fer, des routes, des ports, des voies navigables et des aéroports dans les pays de transit en développement. C'est une opportunité avantageuse pour tous. Les pays donateurs - les États-Unis, l'Union européenne, le Japon et d'autres - ont également soutenu les opportunités offertes par la Conférence d'Almaty.» Selon le Haut Représentant, les pays de transit bénéficieront à leur tour de l'augmentation de l'activité économique des pays sans littoral. «Ils bénéficieront d'une augmentation des activités commerciales, des droits de port et du développement de l'infrastructure. De plus, les pays en développement peuvent demander aux pays donateurs et aux banques de développement de les aider à développer les infrastructures en s'appuyant sur le Programme d'Almaty, ce qui aidera à la fois les pays sans littoral et les pays de transit», a-t-il dit. Certains pays ont déjà commencé à négocié des accords : la Mongolie est en pourparlers avec la Fédération de Russie et la Chine; les États sans littoral de l'Afrique orientale et les pays de transit voisins coopèrent pour créer un marché commun et organiser les services des douanes. M. Chowdhury a noté que le Bangladesh, son pays, a déjà obtenu des résultats. Bien que le principal port maritime soit dans la ville de Chitagong, les exportations des deux pays voisins sans littoral, le Bouthan et le Népal, en transit dans le port de Mongla, ont permis de créer des emplois pour les Bangladais.

Lors de la Conférence d'Almaty, où les pays en développement (principalement situés dans l'hémisphère Sud) ont l'occasion de se rencontrer, le dialogue Sud-Sud a été à l'honneur. Cela marque une différence notable par rapport aux conférences similaires qui favorisent généralement le dialogue Nord-Sud. Selon M. Chowdhury, «les pays en développement pourraient vendre une plus grande quantité de leurs produits aux autres pays en développement. Ils n'ont pas exploité leurs propres marchés.» Ces pays ont profité de la Conférence pour développer leurs activités commerciales entre eux, a-il ajouté.

Lors de la prochaine réunion du Groupe des 77 pays en développement qui se tiendra à Marrakech, au Maroc, les pays sans littoral pourront s'inspirer du programme d'Almaty pour développer leurs relations commerciales avec les pays en développement. Un autre résultat de la Conférence a été la décision par les pays sans littoral de mettre sur le tapis la question de l'accès préférentiel aux marchés et de leur inclusion dans l'Organisation mondiale du commerce. Les pays donateurs ont approuvé ces initiatives qui permettront de développer l'activité économique des pays sans littoral. Mais ils ont été très clairs : toute assistance technique ou financière devra être faite en fonction de la demande, c'est-à-dire que les pays en développement devront montrer qu'ils ont réellement besoin d'aide et faire une demande auprès des pays donateurs.

Le Programme d'action d'Almaty sera évalué en termes de critères mesurables, telles que la réduction des coûts et des distances de transport vers les ports. M. Chowdhury a précisé que les organisations sous-régionales, telles que l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est, la Communauté de développement de l'Afrique australe et la Communauté économique des États de l'Afrique occidentale, sont déterminées à mettre en ouvre l'ordre du jour d'Almaty. Une réunion d'examen annuelle devant l'Assemblée générale pourrait examiner les actions qui ont été menées afin de mesurer les progrès accomplis.

M. Chowdhury a souligné que la Conférence d'Almaty était un modèle pour les événements futurs. «L'époque des grands sommets coûteux est révolue», a-t-il déclaré. «À Almaty, nous avons constaté qu'un ordre du jour précis est mieux géré et donne lieu à un programme d'action pouvant être mis en ouvre.»

Cinq principaux thèmes du Programme d'action d'Amalty
  • Amélioration des politiques - simplification des formalités et des frais administratifs, afin de réduire les coûts et la durée de transport des exportations des pays sans littoral.
  • Développement des infrastructures ferroviaire, routière, aérienne et de pipelines - les projets reflétant les modes de transport locaux; en Afrique, la route est le mode de transport prédominant, en Asie du Sud, c'est le chemin de fer.
  • Renforcement des mesures internationales de soutien - accorder un traitement préférentiel aux produits des pays sans littoral pour qu'ils soient plus compétitifs.
  • Assistance technique et financière internationale - les pays donateurs offriront leur savoir-faire et des subventions aux pays sans littoral et de transit pour qu'ils améliorent leur infrastructure et leurs politiques.
  • Surveillance et suivi des accords - des critères mesurables, tels que la durée et les coûts de transport, seront utilisés, avec la possibilité d'organiser une réunion annuelle d'examen devant l'Assemblée générale.
Page d'accueil | Dans ce numéro | Archives | Anglais | Contactez-nous | Abonnez-vous | Liens
Copyright © Nations Unies
Retour  Haut