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L'INTERVIEW de la Chronique


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L'attaque des terroristes contre le bureau de l'ONU à Bagdad jettera sans aucun doute une ombre sur la session ordinaire de la cinquante-huitième Assemblée générale qui débute le 16 septembre 2003. Les événements du 19 août auront probablement des répercussions sur l'ordre du jour de l'Assemblée et sur son débat annuel.
Plusieurs semaines avant l'attaque, le nouveau Président de la 58e Assemblée générale, Julian R. Hunte, OBE, Ministre des affaires extérieures, du commerce international et de l'aviation civile de Sainte-Lucie, s'est entretenu, le 22 juillet, avec Sarah Cattan, Kristin Gilmore et Horst Rutsch de la Chronique ONU sur ses priorités. Il a été représentant permanent de Sainte-Lucie auprès des Nations Unies de 1998 à 2001. En tant que chef du parti travailliste, il a été à la tête de l'opposition parlementaire du pays de 1987 à 1996. Il a obtenu un diplôme d'administration commerciale et a été maire de la capitale, Castries, de 1970 à 1971.
Il a réuni un cabinet composé de diplomates et de professionnels expérimentés de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Le poste de chef du cabinet a été confié à A. Missouri Sherman-Peter (Bahamas) et celui de chef adjoint à Sonia Leonce-Carryl (Sainte-Lucie). Les autres membres du Cabinet et les conseillers spéciaux viennent également de la Barbade, du Bélize, de la Guyane, de la Jamaïque, de Haïti et de Trinité-et-Tobago. " Mon cabinet ", a déclaré le nouveau président, " fonctionne bien et sera, sans aucun doute, un exemple de coopération régionale ".

L'INTERVIEW
Vous présiderez l'Assemblée générale alors que les Nations Unies font l'objet de vives critiques et sont confrontées à des attentes. Comment l'Assemblée peut-elle contribuer à renforcer l'influence de l'ONU sur les débats internationaux ?
La cinquante-huitième session de l'Assemblée générale sera d'une importance capitale pour les Nations Unies. Suite à la guerre en Irak, l'Organisation s'est trouvée dans le collimateur. Certains pensent qu'elle a perdu sa raison d'être alors que, depuis, les événements semblent plutôt indiquer qu'elle s'est remise sur la bonne voie. Je conviens que pour cette session, notre travail, la manière dont nous le faisons et les informations qui seront disponibles au public, seront d'une grande importance. N'oublions pas que c'est l'Assemblée générale qui est l'organe universel de l'ONU. Il est donc essentiel de bien comprendre que le Conseil de sécurité n'est pas l'Assemblée générale, l'organe auquel le Conseil rend compte. À cet égard, la discussion portant sur ce sujet sera particulièrement importante. Mon point de vue, que j'ai déjà fait connaître à un nombre de groupes et de représentants permanents, est que la présidence continuera de mettre le développement au centre des travaux. De plus, nous poursuivrons nos activités ayant trait à la réforme du Conseil de sécurité et à la revitalisation de l'Assemblée générale de façon à les faire progresser et à " donner au citoyen moyen une image plus favorable de l'Assemblée générale et de l'ensemble des Nations Unies. "

Quel rôle l'Assemblée peut-elle jouer dans le renforcement de la volonté politique nécessaire pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement ?
Les OMD représentent un engagement, une responsabilité importante de la part des gouvernements. Au Sommet du millénaire, ces derniers ont fixé des objectifs à atteindre, établissant l'année 2015 comme année butoir. Cette échéance arrivera rapidement et nous devons résolument aller de l'avant. À mon avis, le Président de l'Assemblée générale est en bonne position pour focaliser l'attention sur ces questions, qui sont en accord avec les programmes et les priorités établies pour la cinquante-huitième session. Lors de mes consultations avec les représentants permanents, avec divers groupes ainsi qu'avec le prochain Comité général, j'ai souligné l'importance des OMD, les priorités que nous avons établies et la nécessité de mener les actions qui conviennent. Il est vrai que la mise en ouvre ne repose pas seulement sur l'ONU. Par exemple, des progrès sont nécessaires pour augmenter l'aide publique au développement de 0,7 %. Je pense que, dans certains domaines, les gouvernements qui se sont engagés à atteindre cet objectif doivent prendre leurs responsabilités. J'espère que, compte tenu des derniers événements, particulièrement de la situation en Irak, la cinquante-huitième session sera l'occasion de renouveler l'engagement d'atteindre les objectifs du millénaire pour le développpement.

Comment l'ONU peut-elle aider les pays en développement et représenter le mieux possible leurs intérêts en matière de sécurité et de développement ?
Les États insulaires en développement, le développement durable - ce sont des questions qui sont portées à l'attention des Nations Unies. Ces petits États ont demandé l'établissement d'un indice de vulnérabilité mais cette initiative n'a toujours pas abouti. Les objections à l'utilisation de cette référence sont venues d'acteurs puissants. Nous avons été très clairs quant aux aspects multidimensionnels de la sécurité : la drogue, le chômage, la prolifération de la criminalité et l'économie ainsi que les problèmes liés au commerce : très souvent, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et d'autres organisations internationales donnent l'impression d'appliquer le même traitement à tous les pays. Venant d'un petit État insulaire en développement, je suis particulièrement conscient des intérêts de ces États ainsi que de ceux, plus vastes, des États Membres de l'ONU. Le Programme d'action de la Barbade, adopté en 1994 lors de la Conférence mondiale sur le développement durable des petits États insulaires en développement, propose une conférence d'examen 10 ans plus tard à Maurice en 2004 et nous attendons une participation importante. Il y aura également le dialogue de haut niveau sur le financement du développement en octobre. Ces deux événements aborderont les questions concernant l'allègement de la pauvreté et les petits États insulaires, et déboucheront, je l'espère, sur une reconnaissance des problèmes et des priorités, afin que leur soit portée l'attention qu'ils nécessitent. Mais, je le répète, il est hors de question d'examiner la question de sécurité uniquement du point de vue des dépenses militaires : pour les pays en développement et les petits États insulaires, cette question est d'ordre multidimensionnel. Nous continuerons de soulever ces questions pour souligner que ces petits États, en particulier, ont des besoins spécifiques que la communauté internationale doit reconnaître comme tels.
L'ONU mène des activités dans un grand nombre de régions par le biais de ses organes pertinents, ses institutions spécialisées et ses programmes. De plus, il existe de nombreux accords de coopération entre l'ONU, les organisations régionales et les autres organisations, comme la collaboration entre le système de l'ONU et la Communauté des Caraïbes (CARICOM). Nous devrons veiller à ce que ces réseaux régionaux de coopération facilitent la mise en ouvre des priorités de l'ONU, en particulier dans les domaines que j'ai mentionnés plus haut. Les consultations entre les institutions, les organes, les programmes pertinents et l'Assemblée générale seront importantes pour renforcer tous les travaux de l'ONU. À mon avis, l'ensemble du système devrait se concentrer sur la mise en ouvre des objectifs, particulièrement dans le domaine du développement.

À votre avis, que peut faire l'Assemblée pour traiter la question cruciale du changement climatique dans le monde ?
Il est important de rappeler que l'impact du climat sur l'environnement ainsi que les autres questions liées à l'environnement et au développement ont fait l'objet de nombreux débats lors du Sommet mondial du développement durable (SMDD), qui s'est tenu à Johannesburg en 2002. Dans le rapport du SMDD, une section spéciale est consacrée aux États insulaires en développement. Ces questions continueront d'être débattues dans le cadre de l'Assemblée générale, particulièrement de la Deuxième Commission, et nous espérons obtenir des résultats. La Commission sur le développement durable est également saisie de ces questions. Nous savons ce qu'il faut faire mais nous n'effectuons aucun suivi par faute de temps. C'est pourquoi la mise en ouvre des décisions prises lors des sommets des conférences de l'ONU est une question importante. Comment allons-nous réduire l'écart entre les décisions et leur mise en ouvre ? C'est une question que j'aborderai pendant ma présidence. Comment mettons-nous en application les décisions que nous prenons ? Combien de temps faut-il pour que ceux pour qui elles sont destinées en bénéficient ? Prenons l'exemple du VHI/sida - de nombreux engagements ont été pris et, pourtant, peu nombreux sont les pays qui ont pleinement pris leurs responsabilités pour les assumer. Lorsque l'ONU se trouve dans l'impossibilité de mener à bien ses activités par manque de ressources ou de soutien, beaucoup y voient un signe d'inefficacité. L'ONU est un organe intergouvernemental. Les États Membres eux-mêmes, lorsqu'ils prennent des engagements, devraient les assumer pour s'assurer que l'Organisation peut mener ses activités.

Comment pouvez-vous inciter les États Membres à prendre leurs responsabilités dans le combat contre le VIH/sida ?
La réunion plénière de haut niveau sur le VIH/sida se réunira en septembre et, à titre de Président de l'Assemblée, je la présiderai. Il y aura des discussions sous forme de tables rondes. D'une part, les chefs d'États et de gouvernement, les ministres et d'autres représentants de haut niveau feront des déclarations et, d'autre part, des discussions auront lieu avec la société civile. Cette réunion ayant lieu le jour précédant le débat général, nous espérons qu'un grand nombre de chefs d'État et de gouvernement y participeront et prendront de nouveaux engagements. Le processus de planification de la réunion plénière de haut niveau sur le VIH/sida est mené par le Président de la cinquante-septième Assemblée générale, mais je suis informé du programme pendant son déroulement. À mon avis, cette conférence sera importante pour faire le point et déterminer les progrès accomplis depuis la Déclaration d'engagement de l'Assemblée générale sur le VIH/sida en juin 2001. J'espère que la réunion montrera aux peuples du monde entier que l'ONU est concernée par ce grave problème et qu'elle peut aider à y faire face.

Sainte-Lucie a été très active dans de nombreux organes et commissions de l'ONU. Quelles sont ses priorités dans cette Assemblée ?
Sainte-Lucie s'est forgé une solide réputation à l'ONU. Mon élection à la présidence en est la preuve. Toutes les personnes concernées m'ont traité avec respect alors que je me prépare à assumer la présidence. Sainte-Lucie a maintenant l'opportunité de démontrer son " leadership mondial ". Nous sommes honnêtes et n'avons aucune intention cachée. Nous avons des rapports faciles avec tous les États Membres et nous avons été encouragés par les consultations que nous avons eues, indiquant que nous pouvons compter sur leur soutien et, étant donné la nature de certaines questions que nous devons traiter, cet engagement sera essentiel pour nous. La présidence sera une expérience importante pour Sainte-Lucie et, beaucoup, je l'espère, chercheront à mieux nous connaître par la suite.

Le Ralph Bunch Park, est situé en face du Secrétariat de l'ONU à New York, à la 43e rue et Première Avenue.Photo/Horst Rutsch

Concernant mes priorités, je compte mettre l'accent sur les questions qui concernent les États insulaires en développement : leur vulnérabilité et la nécessité d'un traitement spécial et différencié. Je le répète, un traitement spécial et différencié en faveur des petits insulaires est essentiel. Il serait probablement plus opportun pour ces États d'organiser leurs propres discussions avec l'OMC sur ce sujet. C'est une initiative qui pourra venir de New York. Parfois, de petits États insulaires comme le nôtre peuvent passer inaperçus parmi le plus grand groupe de pays de nos régions. Nous savons que d'autres pays sont aussi intéressés par un traitement spécial et différencié mais ces questions sont particulièrement importantes pour les petits États insulaires. Sainte-Lucie a joué un rôle actif en Haïti et spécialement à la mission de l'ONU en place dans ce pays, la MINUH. En qualité de Ministre des affaires étrangères, j'ai représenté le Premier ministre Kenney Anthony, le Ministre responsable de la justice et de la gouvernance dans la CARICOM, comme " joueur d'avant-front " pour les affaires concernant Haïti. J'ai dirigé la CARICOM/Organisation des missions des États d'Amérique en Haïti, j'y ai participé et j'ai rendu compte aux chefs d'État et de gouvernement de la CARICOM des développements dans ce pays. Sainte-Lucie continue de jouer un rôle actif dans les questions ayant trait à Haïti et, selon qu'il sera approprié, continuera de le faire à l'Assemblée générale. En bref, nous comptons mettre l'accent sur les questions du développement, y compris ceux qui sont liés aux petits États insulaires et au financement du développement, et fournir un leadership efficace à la communauté internationale dans cette période difficile, en nous concentrant sur la réforme de l'ONU, la paix et la sécurité internationales.

Le centenaire de l'anniversaire de Ralph Bunche a été récemment lancé à l'ONU. Q'en pensez-vous ?
Ralph Bunche est entré dans l'histoire. La commémoration de son centenaire, d'août 2003 à août 2004, atteste de l'influence dans son propre pays - les États-Unis - et dans la communauté internationale. Il est indiscutable qu'il a laissé une marque indélébile dans de nombreux domaines délicats, entre autres la diplomatie internationale, le monde universitaire et le mouvement des droits civils.
Son association et sa carrière, qui ont été longues, avec les Nations Unies ont été une source d'inspiration. Son rôle de médiateur en Palestine, un accomplissement important pour l'ONU et pour lui-même qui lui a valu une reconnaissance mondiale et le prix Nobel de la paix en 1950, a marqué un tournant décisif pour les hommes de couleur dans le monde. Sa contribution au processus de décolonisation lui a également valu l'estime d'un grand nombre de pays, dont le mien, qui en ont bénéficié. Depuis ses toutes premières années à celles où il a joué un rôle central dans la formulation et la mise en ouvre de la politique de l'ONU en Afrique et en Asie, il a démontré ce qu'il était possible de réaliser lorsqu'on établit des normes ou des principes et que l'on s'efforce de les respecter. Il fait partie de ces hommes et de ces femmes remarquables qui ont laissé leur empreinte dans l'histoire.

Vous êtes passionné de cricket. Qu'est-ce que le sport, en particulier le cricket, représente pour la région ?
Le cricket est important pour moi. Non seulement j'ai fait partie de l'équipe des Cricket Boards de Sainte-Lucie et des îles Windward mais j'ai aussi représenté les Antilles au Conseil international de cricket. En fait, c'est grâce à mon titre de représentant des Antilles que celles-ci ont été sélectionnées pour la prochaine Coupe mondiale de cricket qui aura lieu en 2007. Le cricket fait partie de la culture des Caraïbes et des Antilles. C'est une manière de vivre. Lorsqu'on joue bien, le moral du pays est au beau fixe. Lorsqu'on joue mal, comme c'est le cas actuellement, tout le monde est déprimé. Le cricket permet aussi de forger le caractère. J'ai été enchanté par ma visite des diverses îles de la région au cours de la quelle j'ai pu voir comment on y encourageait et développait ce sport. Il est également intéressant de voir comment le sport enseigne la discipline aux jeunes, ce qui fait partie de la formation de la personnalité dont je viens de parler. J'espère que les Antilles seront, une fois de plus, portée au pinacle du monde de cricket. Cela ne sera pas facile. Le tout, c'est de s'organiser. Je n'ai pas encore dit mon dernier mot. Je suis certain que je serai au cour des événements, au moins d'ici à 2007 pour la Coupe mondiale. C'est mon sang, c'est notre sang.

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