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Sur le terrain
Aider les femmes à être économiquement indépendantes
Par Richenda Van Leewen

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L'article
" C'est moi qui subviens aux besoins de ma famille. Je n'aurai jamais pensé que cela était possible. "
                             —Une chef d'entreprise, New Dehli, en Inde

C'est avec des larmes dans les yeux et un regard plein de fierté que Rosa, une jeune femme vivant dans les montagnes du nord du Guatemala, m'a dit que non seulement sa famille ne devait plus aller travailler pendant des mois, chaque année, sur la côte Pacifique comme travailleurs migrants saisonniers, mais qu'ils n'y pensaient même plus. Comment le destin de cette famille a-t-il pu changer ? Les bénéfices générés par le petit magasin que cette femme avait ouvert dans son village ont été investis de manière judicieuse pour nourrir décemment sa famille. Elle a économisé un peu d'argent et sa famille peut désormais rester avec elle toute l'année.

Sa réussite elle la doit à la formation fournie par K'aslemal - une organisation non gouvernementale (ONG) des droits de l'homme au Guatemala - et au petit capital de lancement fourni par le projet Trickle Up. Elle est l'une des 250 familles les plus pauvres, petits propriétaires fonciers ou non, qui, en 1999, ont dû immigrer pour travailler dans des plantations au Sud du Guatemala ou au Mexique. L'accès aux services de microfinancement lui a permis de sortir de l'impasse.

Le développement des activités de microfinancement au cours des vingt dernières années a été reconnu, à juste titre, comme un instrument important donnant aux femmes, à qui est traditionnellement nié l'accès aux services financiers, les moyens de générer des revenus afin de sortir de la pauvreté. Ceci se fait de diverses manières : par la formation commerciale, l'octroi de prêts et de subventions conditionnelles, la mobilisation de l'épargne, le développement du marché et d'autres services. Les femmes, plus que les hommes, ont tendance à investir davantage leurs profits dans la nutrition, la santé et l'éducation de leurs enfants.

Au Rwanda et au Guatemala, où je me suis récemment rendu, les foyers dirigés par une femme investissent davantage que ceux dirigés par un homme. Les femmes économisent davantage et investissent leurs profits en priorité dans leur famille. Il y a également d'autres bénéfices, même s'ils sont moins évidents : nombre de femmes africaines soutenues par le projet Trickle Up estiment qu'elles ont un plus grand contrôle sur le choix de leurs partenaires sexuels lorsqu'elles sont indépendantes financièrement.

Ce qui laisse à penser qu'il existe une relation directe entre l'indépendance économique et la propagation du sida. Tandis que les opportunités se sont développées, l'accès aux services de microfinancement à des tarifs abordables n'est cependant, en aucune façon, garanti pour la plupart des plus pauvres au monde, dont la majorité sont des femmes.

Celles-ci étant souvent considérées comme des clientes à risque, même lorsqu'il s'agit de prêts peu coûteux, un grand nombre de programmes préfèrent se concentrer sur les " plus riches " parmi les plus pauvres, plutôt que sur les plus démunis. Il est donc indispensable que l'ONU apporte son soutien continu dans l'extension de ces services, adopte des modèles qui assurent que les populations les plus marginalisées et les communautés vivant dans les régions les plus reculées ne soient pas exclues, afin de changer les paradigmes actuels qui privilégient la durabilité financière du programme au détriment de l'accessibilité de ceux qui en ont le plus besoin.

Dans l'organisation où je travaille, nous privilégions les subventions conditionnelles associées à une formation axée sur l'acquisition de compétences commerciales pour les chefs d'entreprises des pays en développement les plus pauvres qui n'ont pas accès au microfinancement. Nous ne visons pas exclusivement les femmes, bien qu'elles représentent 70 % des personnes qui utilisent notre programme. Travaillant en collaboration avec plus de 200 ONG, principalement locales et nationales, ainsi qu'avec des volontaires de l'ONU et le Programme des Nations Unies pour le développement, nous soutenons un réseau local d'opportunités réparti dans une trentaine de pays, encourageant la création et le développement de plus de 10 000 microentreprises par an.

Photo ONU
Les femmes les plus pauvres, pour qui le remboursement d'un prêt n'est pas viable financièrement, peuvent avoir recours aux microfinancements et à la formation pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille par le biais des activités agricoles, commerciales, artisanales et de services. Même si les bénéfices paraissent parfois peu importants, comme prendre deux repas par jour au lieu d'un seul, ils peuvent être considérables pour des milliers de familles qui sont en permanence au bord de la famine. Alors que de nombreux succès ont été réalisés, les opportunités d'accès au crédit restent néanmoins trop insuffisantes pour qu'un grand nombre de femmes très pauvres puissent développer leur entreprise. L'établissement d'un " système homogène " d'accès au crédit, au développement du marché, à la formation et aux opportunités commerciales ne pourra être réalisé qu'avec un plus grand soutien de l'ONU et des autres institutions.

C'est un truisme de dire que la pauvreté est multidimensionnelle et que l'accès aux services financiers seul ne suffira pas à répondre aux besoins de la majorité des femmes pauvres et de leur famille. Pourtant, des organismes de microfinancement ont préféré limiter les services qu'ils offrent de peur qu'ils coûtent trop cher. En revanche, d'autres ont réussi avec succès à lier les groupes d'épargne à l'alphabétisation, la santé génésique, les droits de l'homme ou les séances d'information sur la prévention du VIH/sida. Ensemble, ces services permettent de créer des activités génératrices de revenus et aux femmes d'accéder aux opportunités d'éducation et de formation, au-delà du champ d'activités de la microentreprise, ce qui leur aurait été impossible autrement.

Les modèles de services intégrés utilisant avec succès ces interrelations nécessitent néanmoins le soutien de l'ONU et une plus grande reconnaissance de la part des organismes de microfinancement. Alors qu'il faut de toute urgence étendre l'accès à un éventail de services de microfinancement, la question est de savoir s'il faut se concentrer sur les activités de développement au niveau local ou sur le soutien et la bonne gouvernance à un niveau macro, que ce soit au niveau local ou au niveau national.

Il semble parfois qu'il n'y ait pas d'autres choix. Cependant, une chose est sûre, une approche multisectorielle à divers niveaux continue d'être nécessaire.

Dans les villages du Sud de Haïti, des femmes m'ont récemment dit que bien plus que le manque d'opportunités commerciales, le manque d'accès à l'eau salubre continuait d'être le principal obstacle au développement économique, et que leurs enfants passaient plusieurs heures par jour à tirer de l'eau dans la rivière la plus proche qui était polluée.

Le manque de temps les empêche également de se consacrer davantage aux activités économiques, les tâches ménagères prenant plus de temps à cause du manque d'accès à l'eau salubre. Et même si des puits étaient construits, un accès équitable aux droits de l'eau, qui aura des conséquences économiques importantes, devra également être garanti aux femmes ainsi qu'aux hommes, à la fois au niveau national et au niveau local, par le biais de mécanismes transparents. D'autre part, l'ONU et ses organisations doivent continuer de soutenir les réformes en matière de distribution et d'héritage des terres, autre mode extrêmement important de transfert des biens, source d'inégalités entre les sexes. Ces réformes doivent être mises en ouvre de façon à assurer aux femmes et à leurs enfants un avenir décent.

Se concentrer sur l'indépendance économique des femmes nécessite de nombreuses interventions aux niveaux micro et macro, afin de fournir un accès local aux opportunités ainsi qu'une plus grande égalité dans l'accès aux ressources. L'ONU doit continuer de reconnaître que cet aspect est essentiel pour atteindre les Objectifs du développement pour le millénaire qui sont directement liés à la pauvreté et à l'égalité entre les sexes, un plus grand accès aux services financiers, associés à des opportunités de formation au niveau local pour les femmes les plus pauvres selon des modèles adaptés aux besoins. Ces initiatives devraient être également accompagnées de mesures au niveau macro qui reflètent les complexités de la pauvreté et la nécessité de rechercher des solutions efficaces à tous les niveaux.

Nous avons encore fort à faire.

BIO
Richenda Van Leeuven est depuis deux ans directrice exécutive du Projet Trickle Up, établi à New York. Elle a une grande expérience dans des domaines tels que la reconstruction après les conflits, l'égalité entre les hommes et les femmes, l'emploi et les programmes de services sociaux, ainsi qu'en ce qui concerne les questions liées aux réfugiés, avec la collaboration du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et des ONG internationales et américaines.
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