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Imaginez que votre vie soit à jamais transformée en allant dans un centre commercial. Aller au cinéma l'après-midi ou faire le tour des boutiques à la mode sont des activités qui séduisent la plupart des adolescents mais ceux qui se sont réunis autour d'une table de conférence ne sont pas des consommateurs typiques. En effet, ils se sont rassemblés dans leur centre commercial local pour apprendre la tolérance, consolider leur capacité de jugement et se préparer à entrer dans la vie active. Ces groupes choisis sont rejoints par d'autres dans le monde entier pour renforcer leur message de paix et de tolérance lancé par l'intermédiaire de la Peacemaker Corps Association (PCA).
Alors que les conflits l'emportent actuellement sur les discussions et que le dialogue public est pratiquement inexistant, la PCA intensifie ses efforts pour promouvoir la " consolidation de la paix ". Aux États-Unis et dans le monde, le programme responsabilise des adolescents, issus de divers groupes raciaux, ethniques et socio-économiques, afin de leur apprendre l'art de faire la paix. Conçue comme remède aux fléaux universels, la Peacemaker Corps donne aux jeunes les outils nécessaires pour encourager la tolérance et la communication non violente, apprendre à gérer la colère, pratiquer des techniques de méditation et développer des stratégies de renforcement des communautés. Plus qu'un simple programme d'éducation, cette Association fournit les ingrédients d'un programme à long terme qui nourrit les rêves et les ambitions des jeunes et leur donne la possibilité de jouer un rôle actif dans la recherche de solutions permettant de changer la société.
En 1997, le nouveau Secrétaire général, Kofi Annan, a demandé à l'Assemblée générale de proclamer le 16 novembre Journée internationale de la tolérance dans le cadre d'un plan de la paix à long terme. Pour Carole Krechman, qui a été présidente de 1995 à 2001 des Amis des Nations Unies, une organisation non gouvernementale (ONG) bien établie, la création d'un mouvement axé sur la recherche de la paix était essentielle à la vision de M. Annan.
Elle a donc conçu et mis en œuvre un programme en quatre étapes afin de former les adolescents au concept d'établissement de la paix et, pour ce faire, a créé d'importantes alliances.
Un partenariat public/privé a été établi en 1999 entre le Département américain du logement et du développement urbain et la Simon Youth Foundation, une division à but non lucratif de la Simon Property Company, propriétaire et gestionnaire du plus grand nombre de centres commerciaux aux États-Unis. En invitant le secteur commercial à participer à titre de partenaire-fondateur et hôte de la formation, l'association a pu trouver des lieux de réunion partout dans le monde et pratiquement sans frais.
Établie en 2002 comme organisation indépendante sans but lucratif, la PAC a obtenu le statut d'ONG en janvier 2003 sous l'égide du Département de l'information des Nations Unies. L'idée de cette organisation a cependant germé pendant plus de vingt ans, nourrie de l'expérience professionnelle de Carole et Sheldon Krechman dans les activités de loisirs dans les centres commerciaux. Propriétaires et gestionnaires de pistes de patins à roulettes, de patinoires et de bowlings dans plusieurs centres commerciaux répartis aux États-Unis, ils se sont vite aperçus que leurs activités attiraient un grand nombre de jeunes venant d'horizons divers et que le centre commercial, considéré par les experts en résolution des conflits comme un " espace sûr ", pourrait être un lieu où les enfants à risque pourraient se réunir et laisser à la porte leurs différences.
" Déjà, nous savions que nous voulions créer un programme d'éducation qui réunisse les enfants dans un environnement agréable comme un centre commercial et montrer à ce groupe une autre manière de vivre ", a expliqué Carole Krechman. Par leurs efforts et leur engagement personnel inébranlables, les Krechman se sont vu attribuer en 1999 une bourse d'un million de dollars par le HUD. Selon Nancy Kirshner Rodriguez, ex-secrétaire adjointe du HUD, " quand le concept de Pacemaker Corps a été présenté, nous avons immédiatement reconnu la valeur d'un tel programme.
Nous étions fiers d'être l'une des premières entreprises capitalistes à mettre sur pied une initiative qui aide les gens à devenir forts, indépendants et tolérants.
Très rapidement, la PCA a attiré des éducateurs compétents et des experts en résolution de conflits qui ont mis sur pied un programme stimulant destiné à enseigner à des jeunes de 13 à 17 ans de la communauté locale le rôle moral du leader, la gestion de la colère, la résolution des conflits, la médiation, la prévention de la violence chez les jeunes et la tolérance. En une année seulement, elle s'est assurée le concours d'entreprises, d'organismes gouvernementaux, d'organismes constructeurs de logements sociaux, d'écoles et de groupes communautaires de 12 villes dans 11 États, afin d'organiser une série d'ateliers et de former 250 bâtisseurs de la paix.
Les facilitateurs de la PCA sont issus de la communauté locale. Il s'agit de volontaires qui souhaitent acquérir les aptitudes à la vie quotidienne afin d'améliorer leur vie et celle des personnes qu'elles côtoient. Une fois formés, ils travaillent avec un éducateur et organisent des sessions pour les adolescents de la communauté locale. Ils ont une compréhension approfondie des facteurs de risque communs à toutes les formes de violence interpersonnelle, tels qu'ils sont définis dans le Rapport mondial sur la violence et la santé de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces facteurs comprennent : la violence familiale, la toxicomanie, l'isolement social, les rôles rigides attribués aux garçons et aux filles, la pauvreté, la disparité entre les revenus ainsi que les caractéristiques personnelles, telles que la perte de contrôle du comportement et le manque de respect de soi. Selon l'OMS, la violence est la cause de 1,6 million de morts par an dans le monde. Devançant largement le sida, le tabagisme et les maladies, elle est la cause première de décès chez les personnes âgées de 15 à 44 ans. Le rapport souligne également l'importance des interventions communautaires coordonnées et de l'intensification des efforts de prévention dans le monde.
Les participants sont choisis dans les écoles locales ou les centres communautaires en fonction de leurs capacités de leadership, leur aptitude à surmonter la violence dans leur environnement et leur volonté à mettre en pratique leurs compétences dans de futures situations de conflit. " Ces jeunes sont comme des réservoirs. Ils attendent d'être remplis d'une énergie qui nourrisse leur respect de soi et leur donne un centre d'intérêt ", a expliqué Bo Taylor, directeur d'Amer-I-Can/Unity One, un programme de maîtrise de la dynamique de la vie enseigné par d'anciens détenus et chefs de gangs.
L'empreinte durable laissée par la PCA a été sa capacité à transformer la vie de jeunes venus d'horizons divers, de Seattle à Buffalo et, un jour, de Sarajevo à Beyrouth. Comme l'a fait remarquer un participant de Youngstown, dans l'Ohio : " Je peux utiliser [les compétences que j'ai acquises] lorsque je sors et que je me trouve confronté à des problèmes.
Je peux me tirer de n'importe quelle situation par la discussion. " Les ateliers intensifs ont lieu pendant deux jours et sont dirigés par des éducateurs et des jeunes qui proposent des exercices d'harmonisation fonctionnelle des groupes, des groupes de réflexion et un examen des peurs personnelles et des préjugés ainsi que des techniques pour les surmonter.
Le premier jour, les questions portant sur la diversité, le terrorisme, les conflits et la violence des jeunes sont débattues dans le cadre de petites assemblées publiques locales. Les participants prennent part à des activités de sensibilisation pour identifier leurs propres réactions aux conflits. Le deuxième jour comprend des discussions et des exercices interactifs d'encadrement ainsi qu'un atelier avec des élus locaux pour présenter le programme des jeunes en matière d'organisation de la société.
Bob Surley, facilitateur de la PCA, décrit en gros l'objectif de ces deux jours de formation : " Notre programme met au défi ces jeunes garçons et ces jeunes filles de penser, d'agir et d'être positifs. Il faut qu'ils se sentent bien dans leur peau, qu'ils croient aux choix qu'ils font afin d'avoir le courage de transcender leurs environnements et de trouver l'espoir parmi leurs pairs. " Lors d'une cérémonie digne des Jeux olympiques, les diplômés reçoivent un diplôme d'honneur, une médaille d'honneur multicolore et un tee-shirt de la Peacemaker Corps. La cérémonie se déroule dans la galerie centrale des centres commerciaux, reconnaissance publique de l'engagement des jeunes à devenir des bâtisseurs de la paix dans leur communauté.
Deana Gregory, du centre commercial Circle Centre Mall de Simon Property Group implanté à Indianapolis, souligne à quel point la reconnaissance publique est importante pour les jeunes : " Non seulement les aptitudes acquises au cours de la formation ont des effets positifs sur les jeunes mais le renforcement de leur respect de soi, le fait d'avoir un but dans la vie et l'appréciation sincère des efforts menés à leur égard, tels que la cérémonie élaborée de remise du certificat, ont un impact dans leur vie alors qu'ils approchent de l'âge adulte. Depuis le lancement de ce programme, cette association a influencé la vie de centaines de jeunes et de leur famille. "
La coopération et le soutien généreux des entreprises privées, telles que les grands centres commerciaux, ont été une bouffée d'oxygène à un moment où on enregistre une diminution des ressources financières publiques pour ce type de programmes.
" Quand on voit ces jeunes passer devant les boutiques du centre commercial pour venir au centre de formation, il est clair que Peacemaker Corps les interpelle. Ils ne veulent pas rater une seule seconde du programme parce qu'ils sont fascinés par ce qu'ils y apprennent. Nous sommes fiers d'être la toile de fond d'une telle expérience dans la vie de ces jeunes adultes ", a commenté Susan Valentine, vice-présidente de marketing pour l'entreprise Macerich.
Le Conseil d'administration de la PCA comprend des entrepreneurs sociaux altruistes qui partagent la vision des Krechman, préparer les jeunes à devenir des agents du changement dans leur quartier. Pendant plus de trente ans, " Sweet " Alice Harris a essayé d'améliorer les conditions des jeunes qui vivent au milieu de la drogue et des bandes rivales dans les rues de Watts, à Los Angeles.
Fondatrice de Parents of Watts en 1979, elle avait eu conscience des tensions continues entre les communautés afro-américaines et hispaniques des années avant les émeutes de 1992 à Los Angeles. Suzanne Harvey est une conseillère très sollicitée qui a travaillé dans le monde entier, mais forte de son engagement à Peacemaker Corps, elle est convaincue que la prospérité économique et la paix durables seront orchestrées par des jeunes comme ceux qui participent au programme de Peacemaker.
L'impact du programme dans le monde a été reconnu par l'ONU dès qu'il a été mis en œuvre. En novembre 1999, dix jeunes représentant les États où ont eu lieu les ateliers, se sont rendus au siège de l'ONU à New York où ils ont participé à la Journée internationale de la tolérance des Nations Unies organisée par les Amis des Nations Unies et ont rencontré sept jeunes invités dans le cadre de la remise du Prix de la tolérance dans le monde. Le groupe a également visité le Secrétariat de l'ONU et s'est familiarisé avec les activités de maintien de la paix de l'ONU.
Alors que le programme se développe partout dans le monde, la PCA envisage plusieurs sommets de jeunes où les participants formés venant de tous les coins de la planète se réuniront au siège de l'ONU et partageront leurs réalisations entre eux ainsi qu'avec les représentants des organisations de l'ONU. " Nous avons l'intention de créer un cadre de bâtisseurs de la paix qui, individuellement et collectivement, réduira la menace de la violence et fournira un enseignement prenant en compte la diversité des cultures et les particularités linguistiques des communautés par le biais de réseaux locaux ", a expliqué Mme Krechman.
Grâce au soutien d'ONG et d'organisations de l'ONU, la PCA est prête à exporter son programme aux nations dans lesquelles règne la violence. Mohammed Khan, représentant de l'ONU pour Small Kindness s'explique : " L'expansion internationale est le prolongement naturel du programme de Peacemaker Corps. Lorsque je travaillais comme conseiller auprès d'Unity One, à Los Angeles et que j'aidais à élaborer un accord de paix entre les Bloods et les Crips, j'ai été frappé de voir que le processus de paix utilisé pour régler les différends entre les bandes rivales pouvait servir à établir la paix dans la région des Balkans. "
Ces expériences en résolution de conflits ont reçu l'approbation de nombreux membres du Congrès américain et ont retenu l'attention des leaders du monde entier. Les thèmes universels de la formation de Peacemaker, tels que l'élimination des préjugés, le développement du respect de soi chez les jeunes et le renforcement de la communauté locale font du programme un modèle intéressant pour les éducateurs, les formateurs et les jeunes du monde entier, des villages de Bosnie ravagés par la guerre aux écoles reconstruites à Kaboul.
En 1951, au cours d'une émission de la Voix de l'Amérique, Eleanor Roosevelt s'est écriée : " Ce n'est pas suffisant de parler de la paix. Il faut y croire. Et ce n'est pas suffisant d'y croire, Il faut y travailler. " Le personnel et les formateurs de Peacemaker Corps sont fermement engagés à soutenir cette opinion, même dans le monde moderne actuel.
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