UN Chronicle Online

Opinion
Les sentiers de la paix dans les Balkans
Par Evgenii Vassilev

Imprimer
Page d'accueil | Dans ce numéro | Archives | Anglais | Contactez-nous | Abonnez-vous | Liens
L'article

L'économie est-elle la cause de tous les problèmes ? C'est bien souvent le cas, surtout dans les pays et les régions en développement où les ressources sont rares et l'infrastructure inadéquate. Ce sont précisément les régions du monde qui ont connu les événements les plus atroces de notre époque.

Les preuves historiques récentes montrent que les conflits actuels éclatent dans les régions sous-développées. Quelle que soit la dissimulation idéologique des parties impliquées, celles-ci combattent toujours, entre autres, pour le contrôle, la distribution et la consommation des ressources économiques locales, ce qui complique davantage la situation.

Tel est le cas de la crise dans les Balkans, que certains qualifient de crise ethnique, religieuse ou idéologique. Or, les habitants de cette région sont convaincus que les motivations des parties en conflit sont économiques. Pourquoi les uns chercheraient-ils à posséder plus de terres et à contrôler les villes (avec leurs usines, leurs commerces et leur infrastructure) si ce n'est pour avoir accès à de plus grandes ressources économiques au détriment des autres ?

Je ne sous-estime pas la cupidité et l'égoïsme des " élites nationales " qui tentent de transformer leur pouvoir administratif pour s'assurer des positions économiques privilégiées, n'hésitant pas à créer des bains de sang pour parvenir à leurs fins. Je suis également conscient du fait que les malfaiteurs et les voyous, profitant de la défaillance de l'ordre public, exercent un contrôle sur la vie et le destin de milliers de citoyens. Ce sont précisément les conditions de pauvreté économique et de sous-développement qui permettent de duper les populations pour qu'elles fassent la guerre.

Elles croient que la guerre leur permettra de s'approprier une plus grande part du gâteau mais, en réalité, elle les prive même du peu qu'elles avaient. La pauvreté, le manque de ressources et l'absence d'un pouvoir ou d'une volonté légitime pour les distribuer de manière équitable et légale, la cupidité et la manque de solidarité engendrent la haine, les désirs expansionnistes, la guerre et les atrocités.

Si nous reconnaissons que les parties en conflit sont animées par des motifs économiques, nous devrions alors chercher des remèdes. Si seulement 1 % des milliards de dollars que les États-Unis et l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord ont dépensé pour bombarder la Yougoslavie avait été investis dans des projets commerciaux dans la région dès les premiers signes de changement en Europe de l'Est, la situation n'aurait peut-être pas dégénéré en guerre. Mais la région n'a toujours pas vu l'ombre de ce 1 %, malgré les beaux discours et les promesses des politiques américains et européens. La pauvreté, raison fondementale de la guerre, demeure donc. En général, les riches ne veulent pas de guerres parce qu'ils ont beaucoup à perdre. Ce sont les pauvres, qui n'ont rien à perdre, qui combattent dans l'espoir de gagner quelque chose, même quelques miettes.

À la Fondation FAF (Friendship Ambassadors), une organisation non gouvernementale établie à New York engagée dans les Balkans, on en est venu à la conclusion qu'il fallait faire quelque chose en incluant les populations de la région (y compris moi-même). Ou, comme le dit le personnage des écrivains russes de romans satiriques Ilf et Petrov, " le sauvetage des noyés est entre les mains des noyés eux-mêmes ".

Photo UNHCR
Nous avons mis sur pied un projet appelé " Les sentiers de la paix " pour remplacer le sentier de la guerre qui traverse les territoires où vivent les majorités et les minorités nationales balkaniques qui étaient en conflit. Ces chemins sont des itinéraires touristiques qui mettent en valeur les beautés naturelles des pays voisins ainsi que celles créées par l'homme, leurs similarités et leurs différences, leur histoire commune et leur caractère unique. Les touristes (initialement des Américains, des Européens de l'Ouest et des Japonais) visiteront des sites dans deux ou trois pays et réaliseront qu'en fait les gens ne sont pas si différents les uns des autres. Le point d'intérêt sera de côtoyer les populations locales qui les accueilleront et les guideront. Pour que cette entreprise marche, les résidents devront être constamment en contact de part et d'autres des anciennes et des nouvelles frontières. Et pour aider les invités à comparer ce qu'ils voient, elles devront également apprendre à mieux se connaître. Ce projet inter-balkan apportera des devises fortes à toutes les parties participant au projet.

Nous comptons beaucoup sur les jeunes participants des séminaires Balkan Youth Reconciliation, organisés par la FAF, pour être le moteur du projet, car ils ont les moyens de le mener à bien. Nous avons compilé un questionnaire détaillé couvrant tous les aspects d'une destination de la région. Nous l'avons envoyé aux participants des séminaires de 1999-2000, qui nous l'ont rendu rempli lors de la dernière session qui a eu lieu à Timisoara, en Roumanie. Nous les avons alors répartis en plusieurs groupes, chaque groupe étant chargé d'examiner un point particulier.

Premier point : quels sont les points d'intérêt ? Sans ignorer le passé, nous avons décider de mettre davantage l'accent sur la la culture locale.

Nous avons tenu à proposer aux touristes ce que les grands tours opérateurs internationaux ne leur offrent pas : les festivals, l'artisanat, les coutumes, la cuisine locale et les boissons, les cérémonies religieuses. C'est notre avantage compétitif, car leurs opérations ne sont pas conçues autour de ce genre d'activités. D'un autre côté, la région des Balkans possède une culture très riche qu'il ne faut pas négliger.

Deuxième point : Comment présenter ces activités aux touristes ? Étaient-elle fiables d'un point de vue commercial ? Si oui, dans quelle mesure ? Que fallait-il faire pour atteindre notre objectif ? La communauté locale était-elle prête à prendre les choses en main ? Quel en sera le coût et quelle sera la répartition des frais ?

Les organisateurs locaux auront-ils besoin de l'aide de notre fondation, des autorités locales ou nationales, d'investisseurs ? Le troisième point a porté sur les contacts sur place : les parties concernées ou les personnes déjà impliquées, ceux qui ont le pouvoir de décision, leurs représentants et tous les détails concernant les contacts. L'expérience locale nous a montrés que, dans de tels cas, il valait mieux avoir affaire à une personne réellement motivée plutôt que de compter sur les autorités locales qui, liées par un accord abstrait, ne prennent aucun engagement personnel (ce qui est souvent le cas).

Le quatrième point a concerné l'infrastructure touristique - la disponibilité et la catégorie des hôtels, les restaurants, les moyens de transport, etc. Certains touristes préfèrent faire une longue marche dans les montagnes pour visiter un site renommé, d'autres préfèrent participer à un festival local de musique ou de danse populaire mais, à la fin de la journée, ils voudront tous prendre un bain chaud, un bon repas et dormir dans des draps propres. Le projet peut échoué s'il n'y pas l'infrastructure adéquate.

À partir des réponses, nous avons été en mesure d'établir une sorte de passeport pour chacune des destinations. Nous les avons ensuite reliées à différents itinéraires - géographiques, historiques, musicaux, gastronomiques, architecturaux, chorégraphiques. Puis, nous avons choisi quatre ou cinq " Sentiers de la paix " intéressants, en réalité des routes ou des itinéraires, traversant les Balkans de l'est à l'ouest, du nord au sud, ou en diagonale.

Nous en sommes à ce stade de développement du projet. Tout ce que nous avons entrepris jusqu'à présent est le fruit du travail de volontaires, sans aucun soutien financier, sauf les maigres ressources que la FAF a pu mobiliser pour réunir physiquement les participants pendant les trois sessions des séminaires et virtuellement par le biais d'Internet.

Il nous faut maintenant former une équipe de deux ou trois personnes qui sera chargée de parcourir les chemins repérés et de voir comment le projet peut prendre forme, évaluer le soutien et l'infrastructure locale, les coûts, etc. On ne peut pas accueillir dans des structures qui sont loin d'être parfaites des touristes avertis dont les attentes sont déjà plus ou moins élevées sans avoir, au préalable, tester les itinéraires. C'est ce que j'ai tiré de mon expérience en Bulgarie, mon pays natal où j'ai créé, ces douze dernières années, des itinéraires semblables dans des circonstances similaires. Vient enfin la préparation finale, la compilation des itinéraires, la répartition des coûts, la publicité et l'organisation de visites de familiarisation pour les tours opérateurs et les médias spécialisés dans le tourisme, etc.

À la fondation Friendship Ambassadors, nous ne pouvons mener ce projet à bien avec nos seules ressources. L'intérêt que les pays du tiers monde ont porté à notre projet lors de la 55e Conférence du DPI/ONG de l'ONU, qui a eu lieu à l'automne 2002, laisse penser que nous réussirons à réunir les fonds nécessaires sans trop de difficultés. Nous pourrons ensuite,avec nos idées, notre expérience et nos solutions, créer des " Sentiers de la paix " dans d'autres régions en conflit, et leur apporter la paix par le biais de la prospérité.

BIO


Evgenii Vassilev est l'auteur et le directeur du projet Les Sentiers de la paix dans les Balkans. Il est également le créateur et le co-organisateur des Balkan Youth Reconciliation Seminars, en partenariat avec la FAF. Il a été membre du conseil des directeurs d'Equal Opportunities Society, où il a créé deux projets d'ONG.
Page d'accueil | Dans ce numéro | Archives | Anglais | Contactez-nous | Abonnez-vous | Liens
Copyright © Nations Unies
Retour  Haut