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La reconstruction après les conflits
La création de partenariats publics et privés
Par John J. Maresca

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L'article

Le Forum humanitaire des entreprises (BHF), une association internationale à but non lucratif établie à Genève, a mis au point un modèle de coopération entre les secteurs public et privé afin de créer des projets de développement spécifiques destinés à contribuer à relancer les économies des sociétés après les conflits. Le BHF travaille en étroite collaboration avec le Bureau pour la prévention des crises et le relèvement (BHF) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) afin d'" engager le secteur privé " en tant qu'élément essentiel dans la reconstruction. Les projets conçus sur le modèle du BHF permettent d'identifier les besoins humanitaires urgents dans les situations d'après conflit, de tirer parti de la philanthropie et de la responsabilité sociale des entreprises, de recruter des investisseurs locaux afin d'établir un partenariat local. Ils s'appuient sur la crédibilité des organisations de l'ONU et l'intérêt des autorités locales à relancer l'économie de leur pays dans les plus brefs délais.

En particulier, le modèle du BHF fait appel à l'expertise technique et aux ressources spécialisées du secteur des entreprises et les utilisent là où elles sont le plus nécessaire. Le BHF se charge des activités délicates - trouver, choisir et recruter les contributeurs du secteur privé; soumettre des propositions de projet; négocier des accords de partenariat et réunir toute autre documentation nécessaire; rechercher les financements nécessaires; stimuler l'intérêt et être un catalyseur du succès; et gérer le développement général du projet.

Les partenaires BHF-PNUD mettent l'accent sur les pratiques responsables des entreprises avec, comme résultat, la création d'emplois locaux, l'accès à la propriété, la fabrication de produits faisant défaut au niveau local, le redressement économique local, la mise en place de modèles locaux de responsabilité des entreprises et, peut-être le plus important, l'espoir d'un avenir meilleur.

Le BHF a été créé en 1999 lors d'une table ronde à Genève entre des hommes d'affaires et des personnalités humanitaires. Pendant plusieurs années, il a attiré l'attention sur la nécessité d'une plus grande participation des entreprises dans les activités humanitaires et sur l'importance du partenariat entre les entreprises et les organisations internationales. Le soutien du secteur privé est important parce que les problèmes humanitaires mondiaux se multiplient alors que les ressources publiques pour y répondre diminuent, tendance qui risque de continuer.

En même temps, le secteur privé dispose de ressources importantes, d'une créativité et d'un dynamisme réels qui peuvent véritablement aider à répondre à ces problèmes.

Les entreprises jouent déjà un rôle important dans les activités humanitaires par le biais des dons qu'elles font, par leur soutien direct à certains programmes humanitaires ainsi que par le financement de nombreuses fondations. Il ne s'agit pas tant de convaincre les organisations à jouer un rôle humanitaire que de les encourager à accroître leur participation en les orientant vers des activités plus constructives, de démontrer que nos objectifs sont alignés sur les leurs et d'améliorer leur soutien. Nous devons rechercher à faciliter leur tâche dans le soutien humanitaire, afin qu'elles puissent s'engager dans des projets clairement définis qui en valent la peine, en harmonie avec leurs objectifs commerciaux et faciles à réaliser.

Observant la situation d'après conflit au Kosovo, le BHF a conclu que des efforts importants étaient nécessaires pour inciter les entreprises à investir le plus tôt possible après la fin d'un conflit dans des projets commerciaux spécifiques. Ces investissements permettent de relancer la vie économique d'un pays, de créer des emplois et des revenus et d'avoir l'espoir d'un avenir meilleur.

Les investissements, octroyés dès la fin d'un conflit, peuvent réduire les dépenses générales en matière d'aide d'urgence et permettre d'assurer une paix durable. En fait, l'octroi de financements pour le développement de projets d'investissement aiderait probablement les économies à faire face aux dépenses de reconstruction après un conflit.

Mais les entreprises sont peu enclines à investir immédiatement à cause des incertitudes liées aux situations d'après conflit - l'instabilité, le manque de sécurité; l'absence d'un grand nombre de services normaux tels que les services bancaires, les communications et les assurances et les difficultés anticipées à générer un profit intéressant. Le concept de projets de coopération du BHF réduit les risques des entreprises tout en tirant parti de leurs ressources et de leur expertise.
John J. Maresca (à droite, lors d'une réunion avec le maire de Kaboul, Anwar Jekdalek, à gauche) est président et cofondateur du Forum humanitaire des entreprises. Ancien ambassadeur des États-Unis et homme d'affaires, il a été associé à des ONG travaillant à la prévention des conflits et à la construction après un conflit.
La communauté internationale cherche à améliorer les situations d'après conflit en aidant le pays concerné à rétablir les conditions de base qui permettent le fonctionnement normal des entreprises et la reprise de la vie économique. Cependant, les entreprises se concentrent avant tout sur les opportunités spécifiques qui correspondent à leur modèle commercial et n'investiront que si des opportunités intéressantes se présentent. De même, elles peuvent entreprendre des projets s'inscrivant dans le cadre de leurs activités et qui correspondent à leurs intérêts commerciaux en général.

Le BHF a cherché à présenter aux représentants commerciaux des défis spécifiques qui pouvaient les intéresser. Après le conflit afghan en 2001, il a demandé à son groupe de contact officieux d'organisations humanitaires, à la fois internationales et non gouvernementales, comment les aider à reconstruire l'Afghanistan après le conflit. Leur réponse a été unanime : instaurer un dialogue avec les entreprises qui contribuent à l'effort de reconstruction. Les différences de points de vue, de raisonnement et d'objectifs entre les hommes d'affaires et les fonctionnaires internationaux sont importantes, et le dialogue entre ces deux groupes peut être fructueux.

Depuis, le BHF a fait venir à Genève des représentants des secteurs pharmaceutique, médical, de la construction, de l'électricité, de l'eau et de la meunerie qui ont participé à des réunions officieuses pour débattre des problèmes liés à la reprise des activités dans le contexte actuel en Afghanistan. Le BHF a conçu un projet spécifique public-privé avec pratiquement toutes les personnes qui ont participé aux réunions.

Le PNUD a été confronté aux mêmes problèmes, et a abouti à des conclusions similaires. Les deux organisations ont constaté que leurs approches, ainsi que leurs compétences, se complétaient. Il y a actuellement de nombreux projets de développement de ce genre, mais les partenaires PNUD/BHF continuent de rechercher de nouvelles possibilités.

Le projet pilote pour l'Afghanistan, qui sera probablement le premier à atteindre le stade de la production, concerne la création d'une usine de fabrication de médicaments pour répondre aux besoins urgents du pays. Ce projet a été lancé suite à l'offre de l'Association européenne des médicaments génériques de faire don de matériel, de fournir une formation en opérations, en gestion et en contrôle de la qualité ainsi que des matières premières pendant une année. À l'appui de cette initiative, le BHF et le PNUD ont mené une mission jointe en Afghanistan et ont obtenu le soutien du Ministère afghan de la santé, l'engagement d'un médecin afghan réputé d'assurer le plus gros des investissements et celui de la Banque mondiale d'octroyer des fonds de lancement. Récemment, les partenaires PNUD/BHF ont rencontré le maire de Kaboul.Celui-ci s'est engagé à fournir dans les plus brefs délais un site dans le parc industriel de la ville afin de commencer la construction. L'usine devrait ouvrir à la fin de l'année. D'autres projets similaires ont été créés mais le nombre de projets de développement est tel que le BHF et le Bureau de la prévention des crises à Genève ont des difficultés à y faire face.

Les deux organisations recherchent des fonds et des personnels supplémentaires pour faire face à la charge de travail résultant de ces initiatives.

Au cours du développement de ces projets, il s'est avéré que le système de l'ONU ne pouvait pas répondre suffisamment vite à ces efforts innovants. Ils se heurtent à la résistance bureaucratique, aux obstacles administratifs et aux autres priorités. Dans le monde des affaires, le succès est étroitement lié à la rapidité des décisions et des actions mais les organisations internationales possèdent des structures lourdes qui freinent les prises de décision. De plus, à moins que des fonds n'aient été prévus l'année précédente, les ressources financières sont généralement insuffisantes pour entreprendre un autre projet. Avec des fonds supplémentaires, le BHF, en particulier, pourrait étendre ses opérations et donc le nombre de projets qu'il peut gérer.

Le modèle du BHF peut être reproduit partout ailleurs, pourvu qu'il y ait des entreprises pour contribuer, des investisseurs locaux, des organisations internationales sur place prêtes à coopérer ainsi que des autorités locales désireuses d'apporter leur soutien. Le Forum discute actuellement de possibilités de projets en Afrique et dans les Balkans.

Au moment où l'ONU se tourne de plus en plus vers le concept de coopération entre le secteur public et privé afin d'exploiter les ressources, l'énergie et la créativité du secteur privé, le concept du BHF arrive à point nommé. Appliqué sur une grande échelle, de manière créative et efficace, il peut permettre d'assurer une construction rapide après un conflit, à moindres coûts et de manière plus stable.

Pour plus de détails sur le BHF, veuillez visiter le site à www.bhforum.ch

Photos reproduites avec l'autorisation du BHF

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