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Lutter contre l'isolement et l'impuissance
L'ONU DOIT AFFICHER SA PUISSANCE ET REVENDIQUER SA POSITION DE LEADER


Par M. Ulrike Grote

Des progrès considérables ont été accomplis dans la lutte contre la pauvreté dans le monde. Les gens vivent plus longtemps, en meilleure santé et dans de meilleurs conditions, moins d'enfants meurent en bas âge de maladies que l'on peut prévenir, plus d'enfants vont à l'école, et l'alphabétisation des adultes, celle des femmes en particulier, a énormément progressé. Et cependant, la pauvreté persiste sous ses formes les plus diverses et le nombre de pauvres dans le monde a augmenté. Cela est particulièrement vrai dans les pays frappés par les crises financières et les catastrophes naturelles ou politiques. Plus d'un milliard de personnes vivent avec moins d'un dollar par jour et 3 milliards vivent avec moins de 2 dollars par jour. Ces gens manquent des nécessités de base que sont l'eau et la nourriture, et n'ont pas accès aux moyens et choix qui leur permettraient d'améliorer leur vie. Ils manquent d'informations sur les soins de santé et l'éducation et n'ont accès ni aux équipements de santé et moyens d'éducation, ni aux biens productifs ni aux marchés où ils pourraient proposer leur travail ou leur production. Ils vivent dans des logements insalubres ou illégaux - sans eau courante, sans électricité, sans infrastructure et sans la sécurité d'un bail. Ils n'ont pas de liberté politique et se sentent donc isolés et impuissants. Il n'est pas rare qu'ils soient victimes de l'exclusion sociale, que ce soit pour des raisons d'ethnie, de caste, de géographie, de sexe ou d'invalidité. Le plus souvent, ils ne peuvent pas se faire entendre dans les lieux où se prennent les décisions qui affecteront leur vie.

Les pauvres survivent parce qu'ils espèrent que le monde sera meilleur pour leurs enfants. Ils font preuve d'une créativité, d'une force et d'un dynamisme formidables pour résoudre leurs problèmes quotidiens. Leurs propres savoirs, valeurs et cultures, la solidité des liens sociaux qui les unissent au sein de leur communauté, et la connaissance détaillée de leur propre environnement sont leurs atouts. Quand on accorde aux pauvres des droits et choix supplémentaires, ils peuvent en faire bon usage et réussissent à se créer une existence qui vaut la peine d'être vécue. Pour nombre d'entre eux toutefois, les chances d'accès à des moyens de subsistance durables s'amenuisent à mesure que l'augmentation de la population et les croissances démographique et économique accélèrent la détérioration de l'environnement. Voilà pourquoi la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, qui s'est tenue à Rio de Janeiro en 1992, a proclamé que l'élimination de la pauvreté est aussi une condition indispensable du développement durable (Principe 5).

Et de plus, pour parvenir à un développement durable, la protection de l'environnement doit constituer une partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolément (Principe 4).

En fait, des progrès significatifs ont été également accomplis dans le domaine de l'environnement un peu partout dans le monde. Des institutions chargées de l'environnement ont été créées; la coopération internationale et la participation du public, ainsi que l'action des sociétés civiles, ont pris plus d'ampleur. Un cadre juridique, des instruments pour les mécanismes du marché, des technologies respectueuses de l'environnement et des processus de production plus propres, ont été mis en place et appliqués. En dépit de ces progrès, l'environnement a continué de se détériorer. Les émissions et déchets polluants, causés en particulier par la consommation élevée des pays industrialisés, polluent la terre et détruisent les écosystèmes et ce sont souvent les pauvres qui en subissent la plus grande partie des conséquences. Le stress hydrique, la désertification, le déboisement et la perte de la diversité biologique représentent de graves dangers écologiques. Une grande partie de la société et de nombreux dirigeants ne se rendent pas compte de l'urgence de nombreux problèmes écologiques. On progresse trop lentement vers un avenir durable pour l'ensemble de la planète et la dégradation continue des ressources naturelles et l'insuffisance des moyens de lutte contre la pollution mis en ¤uvre et des contraintes sans cesse renouvelées pourraient aggraver l'insécurité alimentaire et les situations de conflit. Négliger l'environnement de la planète pourrait finir par compromettre l'ensemble des objectifs de développement durable.

Nourrir l'espoir d'un progrès continu pour les pauvres dans un environnement sûr doit être considéré comme le plus grand défi que les Nations Unies et le monde ont à relever. Et ils devront s'y employer avec plus de rigueur. On peut faire des progrès plus rapides et plus substantiels si l'on profite de l'expérience et des leçons acquises dans la lutte pour l'élimination de la pauvreté et l'amélioration de l'environnement.

Alors que nous progressons sur la voie d'une société mondiale au nouveau siècle de la mondialisation, les Nations Unies doivent veiller à ce que les peuples les plus pauvres du monde bénéficient du processus et ne se retrouvent ni exclus ni marginalisés.

La mondialisation croissante de l'économie présente non seulement de nouvelles possibilités mais également des défis et des dangers que l'ONU devra gérer et surveiller avec attention. La croissance du commerce mondial, qui diffuse rapidement des technologies dans tous les secteurs et le mouvement des marchandises et de l'information à des tarifs meilleur marché devraient entraîner plus de progrès, prospérité et sécurité à long terme dans le monde. On sous-estime toutefois fréquemment les problèmes et dangers de la mondialisation et on ne se rend pas compte des conséquences des déséquilibres de la croissance. Les pays les moins avancés sont ceux qui risquent de ne pas profiter des possibilités et la mondialisation peut donc aggraver les inégalités. En fait, la décennie qui vient de s'écouler a vu une augmentation de la concentration des revenus et de la richesse chez les gens, les entreprises et dans les pays.

La disparition progressive des frontières et le renforcement de l'interdépendance des marchés et des sociétés ont eu de multiples conséquences. Par exemple, une crise ou une catastrophe dans une région se transmet plus facilement qu'avant dans une autre, comme en témoigne la crise financière en Asie. Dans une société mondiale, les gens peuvent perdre leurs valeurs traditionnelles et nationales et leur confiance. Une société plus fragile et vulnérable peut faire éclore des phénomènes peu désirables telles que le nationalisme conjugué au fanatisme religieux et politique. De nouveaux conflits peuvent surgir d'une criminalité "mondialisée" ou de la propagation de nouvelles maladies. Les incitations à l'augmentation de la production sur une planète mondialisée risquent de dégrader encore l'environnement. On ne sait pas grand-chose sur le véritable impact de la mondialisation. Il est clair que des questions qui peuvent sembler purement économiques, sociales et écologiques sont aussi potentiellement des questions de sécurité d'importance critique. Les Nations Unies doivent donc veiller à ce que ces questions n'entraînent pas de nouveaux conflits et que la mondialisation aura un visage humain qui préservera les espoirs des gens pour le processus en cours.

Les Nations Unies sont l'Organisation universelle qui jouit de l'autorité pour les questions de portée mondiale qui concernent la communauté internationale. Elles doivent afficher leur puissance et revendiquer leur rôle de leader dans les questions d'intérêt mondial. Pour réussir, elles doivent mobiliser une plus grande volonté politique partout dans le monde. Alimenter l'espoir d'un progrès continu dans la lutte contre la pauvreté et la détérioration de l'environnement, ainsi que dans le maintien de la paix et de la sécurité, doit faire partie des questions prioritaires pour l'Organisation des Nations Unies au siècle nouveau. Seul l'espoir en un avenir meilleur nous donnera la force de continuer à travailler pour parvenir à un développement durable.


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M. Grote, actuellement en disponibilité de la Banque du développement de l'Asie, est chargé de rechereche au Centre de recherche pour le développement (ZEF) de Bonn (Allemagne).













"Les pauvres survivent parce qu'ils espèrent que le monde sera meilleur pour leurs enfants. Ils font preuve d'une créativité, force et dynamisme formidables pour résoudre leurs problèmes quotidiens. Leurs propres savoirs, valeurs et cultures, la solidité des liens sociaux qui les unissent au sein de leur communauté, et la connaissance détaillée de leur propre environnement sont leurs atouts. Quand on accorde aux pauvres des droits et choix supplémentaires, ils peuvent en faire bon usage et réussissent à se créer une existence digne d'être vécue."



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