Résumé
paragraphes 48 à 64)LOrganisation des Nations Unies a été fondée, selon sa Charte, pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre ». Relever ce défi constitue la fonction la plus importante de lOrganisation et, dans une large mesure, le critère par rapport auquel elle est jugée par les peuples au service desquels elle se trouve. Au cours des dix dernières années, lONU a connu plusieurs échecs face à ce défi, et elle nest guère en mesure de faire mieux aujourdhui. À moins dun engagement renouvelé de la part de ses membres, de changements institutionnels importants et dun appui financier plus solide, lONU naura pas les moyens, dans les mois et les années qui viennent, dexécuter les tâches cruciales de maintien et de consolidation de la paix que les États Membres lui confient. Il est certes beaucoup de tâches que les forces de maintien de la paix de lONU ne devraient pas se voir demander daccomplir, et beaucoup dendroits où elles ne devraient pas être déployées. Mais une fois que lONU envoie ses forces quelque part pour y soutenir la paix, ces forces devraient être en mesure daffronter sur place les forces rémanentes de la guerre et de la violence avec les moyens et la volonté de les vaincre.
Le Secrétaire général a demandé au Groupe détude sur les opérations de paix dont les membres ont lexpérience de divers aspects de la prévention des conflits et du maintien et de la consolidation de la paix dévaluer les insuffisances du système actuel et de lui faire des recommandations franches, précises et réalistes en vue de le modifier. Nos recommandations ne sont pas seulement axées sur les aspects politiques ou stratégiques, mais aussi, et peut-être même plus, sur les déficiences opérationnelles et organisationnelles.
Pour que ses actions préventives réussissent à réduire les tensions et à prévenir les conflits, le Secrétaire général doit bénéficier dun appui politique manifeste, solide et soutenu de la part des États Membres. Plus encore, si lon veut que des opérations complexes de maintien de la paix atteignent leur objectif, les meilleures intentions du monde ne sauraient remplacer lélément essentiel à leur succès : la crédibilité que donne la capacité dagir. LONU en a fait lamère expérience à plusieurs reprises au cours des dix dernières années. Mais la force à elle seule ne saurait engendrer la paix; elle ne peut quouvrir un espace dans lequel la paix pourra être édifiée. Qui plus est, les changements recommandés par le Groupe nauront un impact durable que si les États Membres mobilisent la volonté politique dappuyer lONU sur les plans politique, financier et opérationnel afin de lui permettre de devenir une force de paix véritablement crédible.
Chacune des recommandations formulées dans le présent rapport vise à corriger un grave problème dorientation stratégique, de prise de décisions, de rapidité de déploiement, de planification et de soutien des opérations et dutilisation des moyens informatiques modernes. On trouvera ci-dessous une synthèse des principales constatations et recommandations, généralement présentées dans lordre où elles apparaissent dans le corps du rapport (les numéros des paragraphes correspondants du rapport sont indiqués entre parenthèses). Un résumé des recommandations est également donné en annexe.
Les leçons du passé (paragraphes 15 à 28)
Il ny a rien détonnant à ce que certaines des missions des dix dernières années se soient révélées particulièrement difficiles : elles avaient tendance à être déployées dans des situations où la guerre navait apporté la victoire à aucun des protagonistes, où les hostilités avaient certes cessé soit à cause dune impasse militaire, soit sous la pression internationale, ou pour ces deux raisons à la fois, mais où au moins quelques-unes des parties nétaient pas vraiment prêtes à mettre un terme au conflit. Loin donc dêtre déployées dans des situations daprès-conflit, les opérations de lONU sefforçaient de les créer. Dans des opérations complexes de ce genre, les Casques bleus tentent de créer un environnement sûr sur le plan de la sécurité, tandis que leurs collègues civils sefforcent de faire en sorte que cet environnement puisse se maintenir de lui-même. Seul un tel environnement offre en effet aux forces de maintien de la paix la possibilité dun retrait dans de bonnes conditions, ce qui explique que les personnels militaires et civils chargés respectivement du maintien et de la consolidation de la paix soient des partenaires indissociables.
Il est nécessaire et urgent pour lONU et pour ses membres de mettre en place des stratégies plus efficaces de prévention des conflits, tant sur le moyen que sur le court terme. Dans ce contexte, le Groupe souscrit aux recommandations sur la prévention des conflits formulées par le Secrétaire général dans son Rapport du Millénaire (A/54/2000) et dans lallocution quil a prononcée devant le Conseil de sécurité lors de la deuxième séance publique que celui-ci a consacrée à laction préventive en juillet 2000. Il encourage également le Secrétaire général à dépêcher plus fréquemment des missions détablissement des faits dans les zones de tension à titre de mesure immédiate de prévention des crises.
En outre, le Conseil de sécurité et le Comité spécial de lAssemblée générale sur les opérations de maintien de la paix, conscients que lONU continuera de se voir demander daider des communautés et des nations à gérer leur transition de la guerre à la paix, ont lun et lautre reconnu le rôle essentiel de la consolidation de la paix dans les opérations complexes de maintien de la paix. Il faudra en conséquence que les organismes des Nations Unies corrigent ce qui a été jusquà maintenant une carence fondamentale dans la façon dont ils concevaient, finançaient et mettaient en oeuvre leurs activités et stratégies de consolidation de la paix. Le Groupe recommande donc que le Comité exécutif pour la paix et la sécurité soumette au Secrétaire général un plan de renforcement des moyens permanents dont dispose lONU pour élaborer des stratégies de consolidation de la paix et gérer des programmes destinés à appuyer ces stratégies.
Le Groupe préconise un certain nombre de changements, dont les suivants : la doctrine demploi de la police et des autres membres du personnel des opérations de paix chargés de restaurer létat de droit devrait être modifiée de façon à favoriser le travail déquipe chaque fois quil sagit de promouvoir létat de droit et le respect des droits de lhomme et daider les communautés à renoncer au conflit en faveur de la réconciliation nationale; les programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion devraient être inclus dans les budgets ordinaires des opérations de paix complexes dès leur phase initiale; les chefs des opérations de paix de lONU devraient se voir donner les moyens de financer des projets à impact rapide qui améliorent véritablement la vie des habitants de la zone où est déployée une mission; et lassistance électorale devrait être mieux intégrée à une stratégie élargie dappui aux institutions.
Le Groupe convient que laccord des parties locales, limpartialité et la limitation de lemploi de la force aux cas de légitime défense doivent rester les principes fondamentaux du maintien de la paix. Lexpérience a montré, cependant, que dans le cas de conflits internes/transnationaux, laccord peut être manipulé de plusieurs façons. Dans le cadre des opérations de lONU, limpartialité doit par conséquent signifier ladhésion aux principes de la Charte : lorsquune partie à un accord de paix en viole les clauses de façon claire et irréfragable, le fait pour lONU de continuer à accorder le même traitement à toutes les parties risque, au mieux, de compromettre lefficacité de lOrganisation, et, au pire, de la rendre complice du crime. Rien na été plus préjudiciable à la réputation et à la crédibilité de lONU en matière de maintien de la paix au fil des années 1990 que sa réticence à distinguer entre la victime et son agresseur.
LONU sest souvent par le passé trouvée incapable de répondre de façon efficace à ce genre de situation. Le présent rapport pose cependant comme une prémisse fondamentale quelle doit être capable de le faire. Une fois sur le terrain, les Casques bleus doivent être capables daccomplir leur mission de façon professionnelle et efficace. Cela veut dire que les unités militaires de lONU doivent être capables de se défendre elles-mêmes, de défendre les autres composantes de la mission, et de défendre le mandat de celle-ci. Les règles dengagement doivent être suffisamment fermes pour que les contingents de lONU ne soient pas contraints dabandonner linitiative à leurs agresseurs.
Cela veut dire, corollairement, que le Secrétariat ne doit pas appliquer des hypothèses de planification favorables à des situations dont les acteurs locaux ont largement fait la preuve que leur comportement serait défavorable. Cela veut dire que les mandats devraient préciser quune opération donnée est autorisée à employer la force. Cela veut dire des forces plus nombreuses, mieux équipées et plus coûteuses, mais aussi capables davoir un effet plus dissuasif. Les forces de lONU travaillant dans le cadre dopérations complexes devraient, en particulier, se voir doter de moyens de renseignement sur le terrain et des ressources voulues pour opposer une défense efficace à des agressions violentes.
De plus, les soldats de la paix de lONU militaires ou policiers qui sont témoins de violences à légard de civils devraient jouir dune autorisation implicite de faire cesser ces violences, dans la mesure de leurs moyens et au nom des principes fondamentaux de lONU. Les opérations dans le mandat desquelles la protection des civils est prévue de façon générale et explicite doivent être dotées des moyens requis pour sacquitter de cette partie de leur mission.
Lorsque le Secrétariat formule des recommandations concernant les effectifs et autres moyens nécessités par une mission nouvelle, il doit dire au Conseil de sécurité ce que ce dernier doit savoir plutôt que ce quil veut entendre, et il doit estimer ces effectifs et autres moyens sur la base de scénarios réalistes qui tiennent compte des obstacles probables à laccomplissement de la mission. De leur côté, les mandats donnés par le Conseil de sécurité devraient manifester la clarté indispensable à la
cohésion des efforts des opérations de maintien de la paix lorsquelles sont déployées dans des situations potentiellement dangereuses.
Selon la pratique actuelle, le Secrétaire général reçoit du Conseil de sécurité une résolution qui précise, sur le papier, le nombre de militaires requis, mais il ne sait pas si on lui donnera effectivement ces militaires et les autres personnels nécessaires au bon fonctionnement de la mission, ni sils seront correctement équipés. Le Groupe estime quil faut dabord fixer dun commun accord et de façon réaliste les besoins dune mission, et que le Conseil devrait différer ladoption de son projet de résolution jusquà ce que le Secrétaire général confirme quil a reçu des États Membres suffisamment de promesses de contribuer des troupes et autres moyens pour satisfaire ces besoins.
Les États Membres qui sengagent à fournir à une opération des unités militaires constituées devraient être invités à des consultations avec les membres du Conseil de sécurité pendant la période de formulation du mandat de lopération; ce genre de consultation pourrait être utilement institutionnalisé en créant des organes subsidiaires spéciaux du Conseil comme prévu à lArticle 29 de la Charte. Les pays qui fournissent des contingents à une opération devraient également être invités à assister aux exposés que le Secrétariat fait au Conseil en cas de crise menaçant la sécurité du personnel des missions ou de changement ou de réinterprétation des termes du mandat gouvernant lemploi de la force.
Création dune unité de gestion de linformation et danalyse stratégique au Siège (
paragraphes 65 à 75)Le Groupe recommande la création dune unité de gestion de linformation et danalyse stratégique chargée de satisfaire les besoins du Secrétaire général et des membres du Conseil exécutif pour la paix et la sécurité en matière dinformation et danalyse. En labsence dune unité de ce genre, le Secrétariat restera une institution à la remorque des événements, incapable de les anticiper, et le Comité exécutif ne sera pas en état de remplir le rôle pour lequel il a été créé.
Le Groupe propose donc que soit mis sur pied un Secrétariat à linformation et à lanalyse stratégique (SIAS) du Comité exécutif pour la paix et la sécurité (CEPS) chargé de créer et de gérer des bases de données intégrées sur les questions relatives à la paix et à la sécurité, dassurer une diffusion rationnelle de ces données au sein du système des Nations Unies, de produire des analyses axées sur les politiques, de formuler des stratégies à long terme à lintention du CEPS et de porter les menaces de crises à son attention. Le SIAS pourrait aussi proposer et gérer lordre du jour du CEPS, contribuant ainsi à en faire lorgane décisionnel que prévoyaient les réformes initiales du Secrétaire général.
Le Groupe propose que le SIAS soit créé en regroupant le Centre de situation du Département des opérations de maintien de la paix et un certain nombre de bureaux de planification des politiques, épars et peu fournis en effectifs, et en leur adjoignant une petite équipe danalystes militaires, de spécialistes des réseaux criminels internationaux et dexperts en systèmes dinformation. Le SIAS devrait répondre aux besoins de tous les membres du CEPS.
Amélioration de lorientation et de la direction des missions (
paragraphes 92 à 101)Le Groupe estime essentiel de rassembler les dirigeants dune nouvelle mission au Siège des Nations Unies le plus tôt possible afin de les faire participer à lélaboration du concept dopérations, du plan dappui administratif, du budget et des tableaux deffectifs de la mission ainsi quà la formulation de ses grandes orientations. Pour cela, il recommande que le Secrétaire général compile de façon systématique, et avec le concours des États Membres, un vaste fichier de Représentants spéciaux, commandants de force, chefs de la police civile et adjoints potentiels, qui comprendrait également les noms de candidats potentiels à la direction des autres composantes organiques dune mission, et qui justifierait dune large représentation géographique et dune répartition équitable entre les sexes.
Normes de déploiement rapide et personnel spécialisé sous astreinte (
paragraphes 86 à 91 et 102 à 169)Les six à 12 semaines qui suivent un cessez-le-feu ou la conclusion dun accord de paix sont souvent la période la plus critique pour linstauration dune paix stable et la crédibilité dune nouvelle opération. Les occasions perdues durant cette période se représentent rarement.
Le Groupe détude recommande que lOrganisation des Nations Unies revoie la définition de la « capacité de déploiement rapide et efficace » de façon à entendre par-là laptitude à déployer pleinement des opérations de maintien de la paix de type classique dans un délai de 30 jours à compter de ladoption de la résolution du Conseil de sécurité créant une telle opération, ou dans un délai de 90 jours dans le cas dune opération complexe.
Le Groupe détude recommande délargir le Système de forces et moyens en attente pour y inclure plusieurs forces multinationales homogènes de la taille dune brigade, dotées des éléments précurseurs nécessaires, qui seraient établies par des États Membres en concertation, de façon à pouvoir disposer de forces solides pour le maintien de la paix, comme il la préconisé. Il recommande également que le Secrétariat envoie une équipe sur place pour déterminer, préalablement au déploiement, si les États susceptibles de fournir des contingents sont prêts à répondre aux exigences des opérations de maintien de la paix en matière de formation et déquipement. Les unités qui ne remplissent pas les conditions requises ne doivent pas être déployées.
Pour faciliter un déploiement rapide et efficace, le Groupe détude recommande létablissement, dans le cadre du Système de forces et moyens en attente, dune liste régulièrement actualisée de personnels sous astreinte une centaine dofficiers expérimentés et parfaitement qualifiés , qui serait soigneusement examinée et approuvée par le Département des opérations de maintien de la paix. Des équipes constituées à partir de cette liste, pouvant être mises à disposition dans les sept jours, seraient chargées de traduire dans des plans dopérations concrets et tactiques, avant le déploiement des contingents, les concepts stratégiques définis dans leurs grandes lignes au Siège pour les missions et viendraient renforcer un élément de base du Département des opérations de maintien de la paix pour faire partie dune équipe de démarrage.
Des listes parallèles de personnels sous astreinte en nombre suffisant seraient établies pour le personnel de police civile, les spécialistes des questions judiciaires à léchelle internationale, les experts en matière pénale et les spécialistes des droits de lhomme pour renforcer selon les besoins, les institutions chargées de faire respecter la loi, également dans le cadre du Système de forces et moyens en attente. Des équipes préalablement formées pourraient alors être constituées à partir de cette liste pour précéder lélément principal de police civile et les spécialistes qui laccompagnent dans la zone détablissement dune nouvelle mission, ce qui faciliterait le déploiement rapide et efficace de la composante de la mission ayant trait au maintien de lordre.
Le Groupe détude demande également aux États Membres de constituer des réserves nationales renforcées de personnel de police civile et dexperts apparentés désignés à lavance en vue de leur déploiement pour des opérations de paix des Nations Unies, pour aider à satisfaire les besoins importants en services de personnel de police civile et en spécialistes dans des domaines apparentés (justice pénale/respect de la loi) dans le cas des opérations en rapport avec un conflit interne. Le Groupe détude exhorte en outre les États Membres à envisager de mettre en place des programmes et partenariats régionaux conjoints pour former les membres de leurs réserves nationales respectives à la doctrine et aux normes des Nations Unies applicables à la police civile.
En outre, le Secrétariat devrait prendre durgence des dispositions dans les domaines suivants : mise en place dun mécanisme transparent et décentralisé de recrutement de personnel civil pour les missions, moyens de retenir au service des Nations Unies les spécialistes civils que requièrent les opérations de paix complexes et mise au point darrangements concernant le personnel en attente de sorte quil puisse être déployé rapidement.
Enfin, le Groupe détude recommande que le Secrétariat modifie radicalement les systèmes et pratiques existants concernant les achats afin de faciliter le déploiement rapide des missions. Il recommande en particulier que la responsabilité de la budgétisation et des achats pour les opérations de maintien de la paix soit confiée au Département des opérations de maintien de la paix et non plus au Département de la gestion. Il propose que soit élaboré un nouvel ensemble de règles et pratiques simplifiées dans ce domaine, daccorder des pouvoirs accrus aux bureaux hors Siège en ce qui concerne les achats et de faire en sorte que les missions puissent gérer leur budget avec plus de souplesse. En outre, il demande instamment au Secrétaire général délaborer, pour la soumettre à lAssemblée générale aux fins dapprobation, une stratégie mondiale dappui logistique régissant la constitution des réserves déquipement et la conclusion de contrats-cadres auprès du secteur privé pour la fourniture de biens et services courants. Entre-temps, il recommande que la Base de soutien logistique de lOrganisation des Nations Unies à Brindisi (Italie) ait à sa disposition un plus grand nombre de lots déquipement de base pour les phases de démarrage.
Le Groupe recommande en outre que le Secrétaire général soit autorisé, avec lapprobation du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB), à engager des dépenses à concurrence de 50 millions de dollars bien avant ladoption par le Conseil de sécurité dune résolution établissant une opération nouvelle lorsquil est évident que lopération sera vraisemblablement créée.
Renforcement des moyens dont dispose le Siège pour
planifier et appuyer les opérations de paix
(
Le Groupe détude recommande que lappui du Siège aux opérations de maintien de la paix soit considéré comme une activité de base de lOrganisation des Nations Unies et, par conséquent que la plus grande partie des ressources requises à cette fin soient inscrites au budget ordinaire de lOrganisation. À présent, le Département des opérations de maintien de la paix et les autres bureaux qui planifient et appuient ces opérations sont essentiellement financés à laide du compte dappui, qui est reconstitué chaque année et qui ne permet de financer que des postes temporaires. Cette approche du financement et de la dotation en personnel semble refléter une confusion entre le caractère temporaire de telle ou telle opération et le fait évident que le maintien de la paix et autres activités au titre des opérations de paix ont un caractère permanent et constituent des fonctions de base de lOrganisation des Nations Unies. Il est certain que cet état de choses doit cesser.
Le montant total des dépenses du Département des opérations de maintien de la paix et des bureaux du Secrétariat fournissant des services dappui connexes pour ces opérations ne dépasse pas 50 millions de dollars par an, soit à peu près 2 % du coût total des opérations de maintien de la paix. Il faut de toute urgence mettre des ressources supplémentaires à la disposition de ces bureaux pour faire en sorte que les fonds qui seront consacrés au maintien de la paix en 2001, soit plus de 2 milliards de dollars, soient utilisés rationnellement. Le Groupe détude recommande par conséquent que le Secrétaire général soumette à lAssemblée générale une proposition indiquant lintégralité des moyens dont lOrganisation a besoin.
Le Groupe détude estime quil faudrait procéder à un examen méthodique de la gestion du Département des opérations de maintien de la paix, mais il considère par ailleurs que linsuffisance des effectifs dans certains domaines est flagrante. Signalons, à titre dexemple, que lon ne dispose que de 32 officiers pour assurer la planification militaire et donner des orientations aux 27 000 hommes qui se trouvent sur le terrain, de neuf membres de la police civile pour sélectionner, confirmer et orienter plus de 8 600 agents et de 15 spécialistes des affaires politiques pour soccuper des 14 opérations en cours et de deux nouvelles; de même, il nest alloué que 1,25 % du coût total des opérations de maintien de la paix aux services dappui administratif et logistique du Siège.
Création déquipes spéciales intégrées pour
la planification des missions et les services dappui
(
Le Groupe détude recommande de créer des équipes spéciales intégrées, en leur adjoignant du personnel détaché de tout le système des Nations Unies, pour planifier les missions nouvelles et les aider à exécuter intégralement les plans de déploiement, ce qui renforcerait considérablement lappui fourni aux missions. Il nexiste pas actuellement au Secrétariat de cellule intégrée de planification ou dappui qui permettrait de réunir les responsables de lanalyse des politiques, des opérations militaires, de la police civile, de lassistance électorale, des droits de lhomme, du développement, de lassistance humanitaire, des réfugiés et personnes déplacées, de linformation, de la logistique, des finances et du recrutement.
Des ajustement structurels sont également requis dans dautres secteurs du Département des opérations de maintien de la paix, en particulier à la Division du personnel militaire et de la police civile, qui devrait être scindée en deux divisions, et à
la Division de ladministration et de la logistique des missions, qui devrait elle aussi être scindée en deux. Le Groupe des enseignements tirés de lexpérience des missions devrait être renforcé et rattaché au Bureau des opérations du Département des opérations de maintien de la paix. Il faut aussi renforcer les services de planification et dappui en matière dinformation au Siège, ainsi que certaines unités du Département des affaires politiques, en particulier le Groupe électoral. À lextérieur du Secrétariat, il faut renforcer les moyens dont dispose le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de lhomme pour planifier et appuyer les composantes des opérations de paix ayant trait aux droits de lhomme.
Il faudrait envisager de créer au Département des opérations de maintien de la paix un troisième poste de sous-secrétaire général, le titulaire de lun des trois postes ayant le titre de sous-secrétaire général principal et exerçant les fonctions dadjoint du Secrétaire général adjoint.
Adapter les opérations de paix à lâge de linformation (
paragraphes 246 à 264)Le recours à des technologies dinformation modernes judicieusement utilisées est lun des instruments clefs de la réalisation dun grand nombre des objectifs indiqués plus haut; toutefois, des insuffisances dordre stratégique, méthodologique et pratique font obstacle à leur utilisation efficace. En particulier, il na pas été établi au Siège de responsabilités centrales quant à la stratégie et la politique applicables pour lapplication de ces technologies aux opérations de paix. Il faudrait confier cette fonction, dans le domaine de la paix et de la sécurité, à un haut fonctionnaire qui travaillerait dans le cadre du Système de forces et moyens en attente, des homologues étant désignés dans les bureaux des représentants spéciaux du Secrétaire général pour chaque opération de paix des Nations Unies.
Il faudrait aussi mettre en place, à lintention du Siège et des missions sur le terrain, un réseau Extranet mondial pour les opérations de paix, qui permettrait aux missions davoir accès, entre autres, aux bases de données et analyses du Système de forces et moyens en attente ainsi quaux enseignements tirés de lexpérience des missions.
Application des recommandations : les défis à relever (
paragraphes 265 à 280)Le Groupe estime que ces recommandations entrent parfaitement dans le cadre de ce que lon peut raisonnablement attendre des États Membres de lOrganisation. Lapplication de certaines dentre elles exigera certes que lOrganisation soit dotée de ressources supplémentaires, mais cela ne veut nullement dire que le meilleur moyen de résoudre les problèmes de lOrganisation consiste simplement à y affecter davantage de ressources. En vérité, lallocation de fonds ou de ressources ne peut en aucun cas se substituer aux modifications importantes quil est impératif dapporter à la culture de lOrganisation.
Le Groupe détude exhorte le Secrétariat à sinspirer des initiatives prises par le Secrétaire général pour tendre la main aux institutions de la société civile, en ayant constamment à lesprit que lOrganisation des Nations Unies quils servent est lorganisation universelle par excellence. Les peuples du monde entier sont parfaitement en droit de considérer lONU comme leur organisation et donc à porter un jugement sur ses activités et ceux qui les exécutent.
Par ailleurs, la qualité du personnel est extrêmement variable et les fonctionnaires eux-mêmes sont les premiers à le reconnaître : les meilleurs dentre eux sont
confrontés à une charge de travail déraisonnable pour compenser les insuffisances de ceux qui sont moins compétents queux. Tant que lOrganisation ne fera pas le nécessaire pour devenir une véritable méritocratie, elle ne pourra stopper lhémorragie de personnel qualifié, parmi les jeunes en particulier. De plus, les personnes qualifiées ne trouveront aucun attrait à travailler pour elle. Si les responsables à tous les niveaux, à commencer par le Secrétaire général et ses collaborateurs, ne sattaquent pas sérieusement à ce problème en toute priorité, pour récompenser le mérite et écarter le personnel incompétent, des ressources supplémentaires seront gaspillées et il sera impossible de mettre en place des réformes durables.
Les États Membres conviennent eux aussi quils doivent sinterroger sur leur propre manière de procéder et leurs méthodes de travail. Il incombe aux membres du Conseil de sécurité, par exemple, et aux États Membres dans leur ensemble, de donner une expression concrète à leurs déclarations et résolutions, comme la fait par exemple la délégation du Conseil qui sest rendue à Jakarta et Dili lorsqua éclaté la crise au Timor oriental lan dernier. On ne saurait trouver de meilleur exemple de ce que peut être le Conseil de sécurité lorsquil décide de passer à laction.
Les membres du Groupe détude exhortent les dirigeants du monde entier rassemblés à loccasion du Sommet du Millénaire pour renouveler leur attachement aux idéaux des Nations Unies, à sengager en même temps à doter lOrganisation des Nations Unies de moyens renforcés pour quelle puisse sacquitter pleinement de la mission qui est en fait sa véritable raison dêtre : aider les populations en butte à des conflits et maintenir ou rétablir la paix.
La recherche dun consensus sur les recommandations à présenter dans ce rapport a amené les membres du Groupe détude à se forger une idée commune de lOrganisation des Nations Unies, tendant une main ferme et secourable pour aider réellement une population, un pays ou une région à éviter que néclate un conflit ou à faire cesser la violence, et dun Représentant spécial du Secrétaire général qui a mené à bonne fin sa mission et donné au peuple dun pays la possibilité daccomplir lui-même ce qui auparavant, était hors de sa portée : instaurer et consolider la paix, trouver la voie de la réconciliation, renforcer la démocratie, garantir le respect des droits de lhomme. Ce à quoi nous aspirons, avant tout, cest à une Organisation des Nations Unies qui ait non seulement la volonté mais aussi les moyens de répondre aux espérances quelle a fait naître et de justifier la confiance que place en elle limmense majorité des hommes.
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