| I. Impératif du changement | II. Doctrine, stratégie et prise de décisions concernant les opérations de paix |
| III. Capacités de l’ONU à mener une opération rapidement et efficacement |
| IV. Planification des opérations de maintien de la paix et services d’appui : moyens et structure disponibles au Siège |
| V. Les opérations de maintien de la paix à l’ère de l’information |
| VI. Application des recommandations : les défis à relever |
| Annexes : I Membres du Groupe d’étude - II Références - III Résumé des recommandations |

 

VI. Application des recommandations : les défis à relever

265. Les recommandations formulées dans le présent rapport intéressent à la fois les États Membres et le Secrétariat. La réforme ne prendra corps que si les États Membres font preuve d’une authentique volonté de changement. Quant au Secrétaire général, il devra soutenir activement les changements préconisés par le Groupe d’étude en ce qui concerne le Secrétariat, tandis que les hauts fonctionnaires de l’Organisation devront les appliquer diligemment.

266. Les États Membres doivent prendre conscience du fait que l’Organisation des Nations Unies forme un tout et que c’est d’eux que dépend au premier chef la réforme. Les échecs de l’ONU ne peuvent être attribués au seul Secrétariat, pas plus qu’aux responsables militaires ni qu’aux dirigeants des missions sur le terrain. La plupart des échecs ont eu lieu parce que, après avoir élaboré des mandats ambigus, incohérents et insuffisamment financés, le Conseil de sécurité et les États Membres ont laissé faire, assistant à l’échec des missions qu’ils avaient soutenues et allant même parfois jusqu’à formuler publiquement des critiques alors que la crédibilité de l’ONU était mise à rude épreuve.

267. Les problèmes de commandement et de contrôle qui se sont récemment posés en Sierra Leone sont l’illustration la plus récente de situations qui ne peuvent plus être tolérées. Les pays qui fournissent des contingents doivent s’assurer que leurs troupes comprennent bien toute l’importance de la chaîne de commandement intégrée, le contrôle opérationnel exercé par le Secrétaire général, les instructions permanentes de la mission et les règles d’engagement. Il est essentiel, dans une opération, que la chaîne de commandement soit comprise et respectée, ce qui signifie que les capitales doivent s’abstenir de donner des instructions aux commandants de leurs contingents au sujet des opérations.

268. Nous savons que le Secrétaire général met actuellement en place un programme général de réformes et sommes bien conscients du fait que nos recommandations pourraient avoir besoin d’être ajustées pour mieux s’insérer dans ce programme général. En outre, les réformes que nous avons recommandées en ce qui concerne aussi bien le Secrétariat que l’ensemble du système des Nations Unies ne se réaliseront pas du jour au lendemain, même si certaines doivent être entreprises d’urgence. Nous n’ignorons pas non plus que la résistance au changement est inhérente à toute bureaucratie mais notons cependant avec satisfaction que certains des changements préconisés dans nos recommandations trouvent leur origine au sein même du système. Nous jugeons également encourageant le fait que le Secrétaire général soit décidé à faire évoluer le Secrétariat, même si cela signifie que des procédures et des modes d’organisation instaurés de longue date devront être bouleversés et que certains aspects des priorités et de la culture du Secrétariat devront être remis en cause et changés. À cet égard, nous invitons instamment le Secrétaire général à désigner un fonctionnaire de haut rang pour superviser l’application des recommandations formulées dans le présent rapport.

269. Le Secrétaire général insiste constamment sur le fait que l’ONU doit tendre la main vers la société civile et renforcer ses liens avec les organisations non gouvernementales, les établissements universitaires et les organes d’information, qui peuvent être des partenaires utiles dans la promotion de la paix et de la sécurité pour tous. Nous enjoignons le Secrétariat de suivre le Secrétaire général dans cette voie et de s’imprégner de cette approche dans la conduite de ses travaux dans le domaine de la paix et de la sécurité. Les fonctionnaires du Secrétariat ne doivent pas perdre de vue qu’ils sont au service de l’organisation universelle par excellence. Tout un chacun, partout dans le monde, est parfaitement en droit de considérer l’ONU comme son organisation et, à ce titre, d’émettre des jugements sur ses activités et sur ceux qui la servent.

270. La qualité du personnel affecté aux fonctions ayant trait à la paix et à la sécurité, au sein du Département des opérations de maintien de la paix, du Département des affaires politiques et d’autres départements du Secrétariat de l’ONU, est extrêmement variable. Cette remarque vaut aussi bien pour les civils recrutés par le Secrétariat que pour le personnel militaire et les membres de la police civile proposés par les États Membres. Ces disparités sont largement reconnues au sein même du système. Les meilleurs se voient attribuer une charge de travail excessive pour compenser les insuffisances du personnel moins compétent. Il est bien évident que cette situation peut nuire au moral du personnel et susciter de l’amertume, en particulier chez ceux qui font observer avec justesse que depuis des années l’ONU néglige les questions de l’organisation des carrières, de la formation, et du suivi et de l’encadrement du personnel et ne fait pas assez d’efforts pour instaurer des pratiques de gestion modernes. En d’autres termes, l’ONU aujourd’hui est loin d’être une méritocratie et, à moins de se reprendre, elle ne parviendra pas à stopper l’hémorragie de personnel qualifié, en particulier parmi les jeunes. Si le recrutement, les promotions et la délégation de responsabilités dépendent en grande partie de l’ancienneté ou des relations personnelles ou politiques, les personnes qualifiées ne seront guère incitées à entrer au service de l’Organisation ni à rester. Tant que les dirigeants à tous les niveaux, à commencer par le Secrétaire général et les hauts responsables, ne s’attaqueront pas sérieusement à ce problème à titre prioritaire, en récompensant l’excellence et en écartant le personnel incompétent, il sera inutile d’apporter Des ressources supplémentaires et il deviendra en outre impossible de mettre en place des réformes durables.

271. La même attention devrait être portée aux membres du personnel de l’ONU sur le terrain. La majorité d’entre eux, n’hésitant pas à se rendre dans des pays déchirés par la guerre et à affronter des situations dangereuses pour tenter d’améliorer le sort des groupes les plus vulnérables, incarnent l’esprit de la fonction publique internationale. Ils le font au prix de grands sacrifices personnels et parfois au risque de leur intégrité physique et de leur santé mentale. Ils méritent de la reconnaissance et des éloges. Au fil des ans, nombre d’entre eux ont donné leur vie pour la paix. Nous saluons leur mémoire.

272. Sur le terrain, les fonctionnaires de l’ONU sont tenus, plus que quiconque, de respecter les coutumes et la culture locales. Ils doivent faire un effort particulier pour signaler dès l’abord leur respect en se familiarisant avec le milieu qui les accueille et en s’initiant dans toute la mesure possible à la culture et à la langue locales. Leur comportement doit être inspiré par l’idée qu’ils sont des hôtes sur la terre d’autrui, aussi désolée soit-elle, en particulier lorsque l’ONU est chargée de son administration transitoire. Les fonctionnaires de l’ONU doivent en outre se comporter avec respect et dignité les uns envers les autres, en se montrant sensibles aux différences culturelles et en se gardant de tout comportement sexiste.

273. En résumé, nous pensons que la sélection du personnel au Siège et sur le terrain doit se faire sur la base de critères rigoureux et qu’il doit en aller de même du jugement porté sur sa conduite. Lorsque des fonctionnaires de l’ONU ne répondent pas aux critères fixés, ils doivent en assumer les conséquences. Par le passé, le Secrétariat a eu du mal à mettre en cause la responsabilité des hauts responsables sur le terrain car pour expliquer que la mission n’avait pas rempli son mandat, ils pouvaient faire valoir qu’ils disposaient de ressources insuffisantes, qu’ils n’avaient pas reçu d’instructions claires ou que les dispositions en matière de commandement et de contrôle étaient mal adaptées. Ces lacunes doivent certes être dénoncées mais elles ne doivent pas servir d’excuse à l’incompétence. L’avenir de nations, la vie de ceux qui reçoivent aide et protection de l’ONU, le succès d’une mission et la crédibilité de l’Organisation ne tiennent parfois qu’à ce que font ou ne font pas quelques individus. Quiconque s’avère ne pas être en mesure d’accomplir la tâche dont il a accepté de se charger doit être démis de ses fonctions auprès d’une mission, aussi haut ou aussi bas soit-il placé sur l’échelle hiérarchique.

274. Les États Membres reconnaissent eux aussi qu’ils doivent s’interroger sur leur manière de procéder au moins en ce qui concerne la conduite des activités de l’ONU dans le domaine de la paix et de la sécurité. Le cérémonial des déclarations suivi de la laborieuse recherche d’un consensus fait passer le processus diplomatique avant le produit opérationnel. Si l’une des principales vertuS de l’ONU est d’être un forum où 189 États Membres se rencontrent pour échanger leurs vues sur les problèmes mondiaux les plus pressants, le dialogue ne suffit pas toujours, face aux énormes difficultés qui peuvent se présenter pour assurer le succès d’opérations de maintien de la paix ou d’actions de prévention des conflits ou de rétablissement de la paix d’importance vitale dont le coût se chiffre en milliards de dollars. Les manifestions de soutien sous forme de déclarations et de résolutions doivent être suivies d’actes concrets.

275. En outre, il arrive que les États Membres émettent des messages contradictoires, leurs représentants exprimant l’appui politique de leur pays dans un organe et refusant un appui financier dans un autre. De telles contradictions sont déjà apparues entre les positions prises d’une part à la Cinquième Commission, chargée des questions administratives et budgétaires, et de l’autre, au Conseil de sécurité ou au Comité spécial des opérations de maintien de la paix.

276. Sur le plan politique, il n’est pas rare que les parties auxquelles le personnel de maintien ou de rétablissement de la paix a affaire au quotidien ne respectent ni ne craignent les condamnations verbales du Conseil de sécurité. Il convient donc que les membres du Conseil et l’ensemble des États Membres des Nations Unies traduisent leurs paroles en actes, comme l’a fait la délégation du Conseil de sécurité qui s’est rendue l’an dernier à Jakarta et à Dili lorsqu’a éclaté la crise au Timor oriental, donnant l’exemple de ce que peut être le Conseil de sécurité lorsqu’il se décide à agir efficacement.

277. Il n’en reste pas moins que les contraintes financières qui pèsent sur l’Organisation continuent d’entamer considérablement sa crédibilité et son professionnalisme dans la conduite des opérations de paix. Nous invitons donc instamment les États Membres à respecter leurs obligations découlant de traités et à verser leurs contributions ponctuellement, en totalité et sans condition.

278. L’action de l’ONU dans le domaine de la paix et de la sécurité rencontre encore d’autres obstacles, directs ou indirects. Deux, notamment, découlent de questions en suspens qui ne relèvent pas du mandat du Groupe mais qui revêtent une importance cruciale pour les opérations de paix et que seuls les États Membres peuvent régler. Il s’agit, d’une part, des désaccords au sujet de la répartition entre les États Membres des dépenses afférentes aux opérations de maintien de la paix et, d’autre part, de la représentation équitable au sein du Conseil de sécurité. Nous ne pouvons qu’espérer que les États Membres parviendront à surmonter leurs désaccords sur ces questions, afin d’assumer leurs responsabilités internationales collectives conformément à la Charte.

279. Nous en appelons aux dirigeants mondiaux qui seront rassemblés à l’occasion du Sommet du millénaire pour qu’ils s’engagent aussi, lorsqu’ils réaffirmeront leur attachement aux idéaux des Nations Unies, à doter l’ONU de moyens renforcés afin qu’elle puisse s’acquitter pleinement de la mission qui est sa véritable raison d’être, à savoir aider les groupes humains en butte à des conflits et maintenir ou rétablir la paix.

280. La recherche d’un consensus sur les recommandations énoncées dans le présent rapport a amené peu à peu les membres du Groupe d’étude sur les opérations de paix des Nations Unies à se forger une idée commune d’une Organisation des Nations Unies qui tendrait une main ferme et secourable aux communautés, aux pays ou aux régions pour mettre fin aux violences ou éviter que n’éclatent des conflits; une organisation qui verrait un représentant spécial du Secrétaire général se retirer ayant mené à bien une mission et donné au peuple d’un pays la possibilité d’accomplir par lui-même ce qui auparavant était hors de sa portée, à savoir bâtir une paix solide, trouver la voie de la réconciliation, renforcer la démocratie et garantir le respect des droits de l’homme. Ce à quoi nous aspirons, avant tout, c’est à une Organisation des Nations Unies qui ait non seulement la volonté mais aussi les moyens de justifier la confiance que place en elle l’immense majorité des hommes et de répondre aux espérances qu’elle a fait naître.

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