| I. Impératif
du changement | II. Doctrine, stratégie et prise de décisions
concernant les opérations de paix |
| III. Capacités de lONU à mener une opération rapidement et
efficacement |
| IV. Planification des opérations de maintien de la paix et
services dappui : moyens et structure disponibles au Siège |
| V. Les opérations de maintien de la paix à lère de
linformation |
| VI. Application des recommandations : les défis à relever |
| Annexes : I Membres du Groupe détude - II Références - III Résumé des
recommandations |
III. Capacités de lONU à mener une opération rapidement et efficacement
84. De nombreux observateurs se sont interrogés sur les raisons pour lesquelles tellement de temps sécoulait entre le moment où le Conseil de sécurité adoptait une résolution et celui où la mission de lONU se déployait pleinement. Ces raisons sont multiples. LONU na pas darmée permanente ni de force de police permanente conçue pour intervenir sur le terrain. Il nexiste pas non plus de corps de réserve dans lequel puiser pour désigner les principaux responsables dune mission : représentant spécial du Secrétaire général et chef de mission, commandant de la force, responsable de la police, directeur de lAdministration, etc., de sorte quelle ne commence à les rechercher que lorsquelle en a un besoin urgent. Le système de forces et moyens en attente actuellement en vigueur, qui concerne les effectifs militaires, de police et civils susceptibles dêtre fournis par les gouvernements, nest pas encore une source fiable de personnel. Le stock de matériel essentiel provenant des grandes missions organisées au milieu des années 90, qui se trouve à la Base de soutien logistique des Nations Unies à Brindisi (Italie), a été largement utilisé pour répondre aux besoins créés par la brusque augmentation récente du nombre de missions, et il nexiste toujours pas de mécanisme budgétaire pour le reconstituer rapidement. Le mécanisme de passation des marchés, qui est fondé sur lefficacité par rapport au coût et la responsabilité financière, nest peut-être pas adapté aux missions compte tenu de la nécessité absolue dintervenir rapidement et dêtre crédible. Le besoin de mécanismes permanents pour le recrutement de personnel civil dans les domaines technique et dappui est admis depuis longtemps, mais na débouché sur rien de concret jusquà présent. Enfin, le Secrétaire général na pas, pour lessentiel, le pouvoir dacquérir le matériel et de recruter le personnel nécessaires et de les prépositionner afin de pouvoir assurer le déploiement rapide dune opération avant que le Conseil de sécurité nadopte la résolution créant cette mission, même si celle-ci paraît très probable.
85. En dautres termes, seules sont remplies un petit nombre des conditions de base indispensables à lobtention et au déploiement rapide des ressources humaines et matériel nécessaires à lorganisation de toute opération de paix complexe.
A. Ce quimplique un « déploiement rapide et efficace »
86. Les comptes rendus du Conseil de sécurité, les rapports du Comité spécial des opérations de maintien de la paix de même que les responsables des missions, les représentants du Secrétariat et les représentants des États Membres que le Groupe a rencontrés reconnaissent tous que lONU doit renforcer sensiblement sa capacité à exécuter rapidement et efficacement de nouvelles opérations. Pour cela, elle doit dabord adopter un certain nombre de paramètres de base permettant de définir ce que lon entend par « rapidité » et par « efficacité ».
87. Les 6 à 12 semaines qui suivent un accord de cessez-le-feu ou de paix constituent souvent la période la plus critique pour linstauration dune paix stable et la crédibilité dune opération de maintien de la paix. Toute perte de crédibilité ou délan politique au cours de cette période sera souvent très difficile à rattraper. Le calendrier de déploiement devrait donc être établi en conséquence. Toutefois, il ne suffit pas de déployer rapidement le personnel militaire, de police civile et civil pour contribuer à consolider une paix fragile et à établir la crédibilité dune opération : il faut en plus que ces personnels aient les moyens daccomplir leur travail. Pour cela, il leur faut des équipements (matériel et appui logistique), des moyens financiers (liquidités pour lachat des biens et des services) des informations (formation et réunions dinformation), et une stratégie opérationnelle. Dans certains cas, il faut en outre que la mission ait un « centre de gravité » militaire et politique suffisant pour lui permettre danticiper et de surmonter les hésitations que pourraient avoir une ou plusieurs parties en ce qui concerne la poursuite du processus de paix.
88. Le calendrier fixé pour un déploiement rapide et efficace sera bien entendu fonction des conditions politico-militaires propres à chaque situation daprès conflit. Néanmoins, la première mesure à prendre pour renforcer la capacité de lONU à intervenir rapidement doit être de fixer un délai maximum que lOrganisation doit sefforcer de ne pas dépasser. Comme il nexiste rien de tel actuellement, le Groupe propose que lONU acquière la capacité de déployer pleinement une opération « classique » de maintien de la paix dans les 30 jours qui suivent ladoption de la résolution pertinente par le Conseil de sécurité, et dans les 90 jours pour des missions complexes. Dans ce dernier cas, le quartier général de la mission devrait être installé et fonctionner pleinement dans un délai de 15 jours.
89. Pour être en mesure de respecter ce calendrier, le Secrétariat aura besoin dau moins un des éléments suivants :
a) une réserve permanente de personnel militaire, de police civile et civil, déquipements et de ressources financières;
b) des capacités en attente extrêmement fiables, auxquelles il peut être fait appel avec un très bref préavis;
ou c) un temps suffisant pour acquérir ces ressources, ce qui implique la capacité à prévoir et planifier de nouvelles missions potentielles et à engager les premières dépenses pour ces missions plusieurs mois à lavance. Un certain nombre de recommandations du Groupe détude concernent le renforcement des capacités danalyse du Secrétariat et ladaptation de ces capacités au processus de planification des missions, de façon à ce que lONU soit mieux préparée à mener déventuelles nouvelles opérations. Toutefois, il nest pas toujours possible de prévoir longtemps à lavance le déclenchement dune guerre ou la conclusion dune paix. En fait, lexpérience montre que cest même rarement le cas. Par conséquent, le Secrétariat doit être en mesure de maintenir un certain niveau de préparation, autorisé par la création de nouvelles capacités permanentes et le renforcement des capacités en attente existantes, afin dêtre prêt à faire face à des imprévus.
90. De nombreux États Membres se sont prononcés contre la création dune armée ou dune force de police permanentes de lONU, ont refusé de conclure des accords pour la constitution de forces et moyens en attente fiables, ont mis en garde contre les engagements de dépenses nécessaires à la constitution dune réserve de matériel, ou ont découragé le Secrétariat de planifier déventuelles opérations avant quune crise ne conduise à autoriser spécifiquement le Secrétaire général à le faire. Dans ces conditions, lONU ne peut déployer « rapidement et efficacement » une mission dans les délais suggérés. Lanalyse ci-dessous cherche à démontrer quau moins certaines conditions doivent changer si lon veut véritablement que lONU puisse agir rapidement et efficacement.
91. Résumé des principales recommandations concernant la détermination des calendriers de déploiement des opérations : LONU devrait définir la « capacité de déploiement rapide et efficace » comme la capacité, dun point de vue opérationnel, à déployer intégralement une opération de maintien de la paix dans un délai de 30 jours après ladoption dune résolution par le Conseil de sécurité dans le cas dune mission classique, et dans un délai de 90 jours dans le cas dune mission complexe.
B. Une équipe dirigeante efficace
92. Des chefs efficaces et dynamiques peuvent faire toute la différence entre une mission solidaire, capable de garder son moral et son efficacité face à des circonstances difficiles, et une mission qui a du mal à préserver ces qualités. En dautres mots, le climat dune mission tout entière peut être fortement influencé par le caractère et les compétences de ceux qui la dirigent.
93. Vu limportance cruciale de ce facteur, la façon dont lONU sélectionne, recrute, forme et appuie les dirigeants de ses missions pourrait être considérablement améliorée. Des listes de candidats potentiels sont certes tenues à jour de manière informelle. Mais la sélection des Représentants ou Représentants spéciaux du Secrétaire général, chefs de mission, commandants de Force et chefs de police civile et de leurs adjoints respectifs est parfois différée jusquà ce que le Conseil de sécurité soit sur le point dadopter la résolution créant une nouvelle mission, voire jusquà ce quil lait adoptée. Ces dirigeants et les chefs des autres composantes organiques ou administratives de la mission risquent fort de ne pas se rencontrer avant darriver sur les lieux de la mission, après quelques jours passés au Siège en réunions dinitiation avec des fonctionnaires du Secrétariat. On leur aura bien donné des instructions les « termes de référence » énonçant leur rôle et leurs responsabilités en termes généraux, mais cest bien rarement quils quitteront le Siège munis de directives politiques ou opérationnelles spécifiquement adaptées à leur mission. Au moins au début, ils devront chercher par eux-mêmes comment mettre en uvre le mandat adopté par le Conseil de sécurité et comment surmonter les obstacles éventuels. Enfin, ils seront censés tout à la fois et en même temps élaborer une stratégie de mise en uvre de ce mandat, trouver le centre de gravité politico-militaire de la mission et protéger un processus de paix souvent fragile.
94. On comprendra mieux le fonctionnement de ce processus de sélection si lon tient compte de ses contraintes politiques. Une nouvelle mission peut être tellement « sensible » politiquement que le Secrétaire général devra éviter de pressentir des candidats potentiels avant que la mission ne soit effectivement créée. Au moment de choisir un Représentant spécial, un Représentant ou un Chef de Mission, il devra tenir compte des vues des membres du Conseil de sécurité, des États de la région concernée et des parties sur place, puisque son Représentant ou Représentant spécial devra pouvoir compter sur leur confiance à tous. Le choix du ou des Représentants spéciaux adjoints peut, quant à lui, être influencé par la nécessité de maintenir un équilibre géographique au sein de la direction de la mission. Quant au Commandant de la Force, au Chef de la police et à leurs adjoints respectifs, leur nationalité doit tenir compte de la composition des éléments militaire et de police ainsi que de la sensibilité politique des parties locales.
95. Même si ces considérations dordre politique et géographique sont légitimes, le Groupe détude estime que les compétences et lexpérience managériales devraient être des critères au moins également prioritaires de sélection des dirigeants. En se fondant sur lexpérience personnelle de plusieurs de ses membres, le Groupe souligne la nécessité de faire se rencontrer le plus tôt possible les dirigeants dune mission, de façon quils puissent participer ensemble à la formulation du concept des opérations, du plan de soutien administratif, du budget et du plan deffectifs de la mission.
96. Pour faciliter le processus de sélection, le Groupe détude recommande que le Secrétaire général compile de façon systématique, et avec le concours des États Membres, un vaste fichier de Représentants spéciaux, Commandants de Force, Chefs de police civile et adjoints potentiels, qui comprendrait aussi les noms de candidats à la direction des autres composantes organiques des missions, et qui justifierait dune large représentation géographique et dune répartition équitable entre les sexes. Ce genre de fichier rendrait plus facile et plus rapide le processus didentification et de sélection de léquipe dirigeante.
97. Le Secrétariat devrait avoir pour règle de fournir aux dirigeants dune mission des orientations et plans stratégiques identifiant par avance les obstacles éventuels à la mise en uvre du mandat ainsi que les moyens de les surmonter; chaque fois que possible, le Secrétariat devrait formuler ces orientations et plans de concert avec les dirigeants de la mission. Les dirigeants devraient également mener de larges consultations avec léquipe résidente des Nations Unies dans le pays concerné ainsi quavec les organisations non gouvernementales actives dans la région afin de compléter et dapprofondir sa connaissance de la situation locale, connaissance indispensable à la mise en uvre dune stratégie globale de transition de la guerre à la paix. Le Coordinateur résident de léquipe de pays devrait être intégré plus fréquemment et de façon officielle au processus de planification des missions.
98. Le Groupe détude estime quil faudrait que la haute direction dune mission comprenne toujours au moins un membre ayant lexpérience de lONU, acquise de préférence à la fois sur le terrain et au Siège. Cette personne faciliterait le travail des membres de léquipe de direction recrutés à lextérieur du système des Nations Unies, réduirait les délais nécessaires à leur apprentissage des règles, règlements, politiques et méthodes de travail de lOrganisation, et répondrait aux questions qui nauraient pas été prévues dans la préparation quils ont reçue avant leur déploiement.
99. Le Groupe note le précédent consistant à nommer comme lun des adjoints du Représentant spécial du Secrétaire général dans une opération de paix complexe, le Coordonnateur résident/Coordonnateur humanitaire des institutions spécialisées, fonds et programmes des Nations Unies chargés des activités de développement et de laide humanitaire dans le pays concerné. Il est davis que cette pratique devrait être suivie chaque fois que possible.
100. À linverse, il est dune importance cruciale que les représentants sur place des institutions spécialisées, fonds et programmes des Nations Unies facilitent la tâche dun Représentant spécial ou dun Représentant du Secrétaire général dans son rôle de coordonnateur de lensemble des activités de lONU dans le pays en question. Dans un certain nombre de cas, les efforts des Représentants du Secrétaire général pour remplir ce rôle se sont heurtés à une résistance lourdement bureaucratique à la coordination. Ce genre de résistance ne rend pas justice à la vision dune « famille » des Nations Unies que le Secrétaire général sefforce sans relâche de promouvoir.
101. Résumé des principales recommandations concernant la direction des missions :
a) Le Secrétaire général devrait rationaliser le processus de sélection des dirigeants des missions, en commençant par la compilation, avec le concours des États Membres, dun vaste fichier de Représentants spéciaux, commandants de Force, chefs de police civile et leurs adjoints potentiels, qui comprendrait aussi les noms de candidats potentiels à la direction des autres composantes organiques et administratives des missions et qui justifierait à la fois dune large représentation géographique et dune répartition équitable entre les sexes;
b) Lensemble des dirigeants dune mission devrait être sélectionné et rassemblé au Siège le plus tôt possible afin de leur permettre de participer aux principaux volets du processus de planification de la mission, de recevoir des informations sur la situation dans la zone de la mission, de faire la connaissance de leurs collègues au sein de la direction de la mission et détablir une relation de travail avec eux;
c) Le Secrétariat devrait avoir pour règle de fournir aux dirigeants dune mission des directives et plans stratégiques identifiant par avance les obstacles éventuels à la mise en uvre du mandat ainsi que les moyens de les surmonter; chaque fois que possible, le Secrétariat devrait formuler ces directives et plans de concert avec les dirigeants de la mission.
C. Personnel militaire
102. LONU a lancé son Système de forces et moyens en attente au milieu des années 90 afin daméliorer sa capacité de se déployer à bref délai et de répondre à la croissance imprévisible et exponentielle du nombre des opérations de maintien de la paix complexes de la nouvelle génération. Ce système consiste en une base de données sur les personnels et matériels militaires, de police et civils dont les gouvernements ont indiqué quils étaient en principe à la disposition de lONU pour déploiement dans des opérations de maintien de la paix avec 7, 15, 30, 60 ou 90 jours de préavis. La base de données comprend actuellement quelque 147 900 personnes ressortissantes de 87 États Membres : 85 000 dans des unités militaires de combat; 56 700 dans des éléments dappui; 1 600 observateurs militaires; 2 150 personnels de police civile; et 2 450 spécialistes civils. Sur ces 87 États, 31 ont conclu avec lONU des mémorandums daccord qui précisent leurs responsabilités du point de vue de la préparation des personnels concernés, mais qui réaffirment aussi la nature conditionnelle de leur engagement. Ces mémorandums confirment que les États se réservent le droit souverain de répondre simplement « non » à toute demande que pourrait leur faire le Secrétaire général de mettre effectivement ces moyens à la disposition dune opération.
103. Labsence de statistiques détaillées sur les réponses des États nempêche pas de constater que nombre dentre eux répondent bien plus souvent « non » que « oui » aux demandes de déploiement dunités militaires constituées dans des opérations de maintien de la paix dirigées par lONU. Pendant les cinquante premières années de lOrganisation, une longue tradition voulait que les pays développés fournissent le gros des troupes des opérations de maintien de la paix de lONU; par contraste, au cours des dernières années et jusquà la fin du mois de juin 2000, les pays en développement ont fourni 77 % des effectifs des unités militaires constituées.
104. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité fournissent actuellement un nombre beaucoup moins élevé de troupes aux opérations sous conduite de lONU, mais il faut reconnaître que quatre dentre eux ont fourni des contingents substantiels aux opérations sous conduite de lOTAN en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo qui sécurisent lenvironnement dans lequel deux opérations de lONU la Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine et la Mission dadministration intérimaire des Nations Unies au Kosovo sont déployées. Le Royaume-Uni a, en plus, déployé des troupes en Sierra Leone (hors contrôle opérationnel de lONU) à un moment crucial de la crise, exerçant ainsi une précieuse influence stabilisatrice, mais aucun pays développé ne fournit actuellement de troupes aux opérations de lONU les plus difficiles du point de vue de la sécurité, à savoir la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL) et la Mission de lOrganisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC).
105. Le souvenir des soldats de la paix tués à Mogadishu et à Kigali et pris en otage en Sierra Leone explique les difficultés auxquelles se heurtent les États Membres quand il sagit de convaincre leur assemblée nationale et leur opinion publique quelles devraient appuyer le déploiement de contingents nationaux dans des opérations conduites par lONU, notamment en Afrique. À cela sajoute que les pays développés ont tendance à ne pas considérer que leur intérêt national stratégique soit en jeu. La réduction des effectifs des armées nationales et la multiplication des initiatives de maintien de la paix régionales en Europe contribuent elles aussi à réduire le nombre de contingents solidement entraînés et bien équipés que les pays développés peuvent mettre à la disposition des opérations conduites par lONU.
106. Il sensuit que lONU est confrontée à un grave dilemme. Une mission comme la MINUSIL naurait probablement pas été en butte aux difficultés quelle a connues au printemps 2000 si elle avait pu compter sur des forces aussi puissantes que celles qui maintiennent actuellement la paix au Kosovo dans le cadre de la KFOR. Les membres du Groupe détude sont convaincus que les militaires responsables de la planification à lOTAN auraient rejeté lidée de déployer en Sierra Leone un contingent qui ne comptait que 6 000 hommes, soit leffectif autorisé à lorigine. Il nen reste pas moins que les perspectives de déploiement en Afrique dune opération du type de la KFOR dans un avenir proche sont plutôt limitées si on en juge par les tendances actuelles. Et même si lONU voulait essayer de déployer une force du type KFOR, on peut se demander, dans les conditions actuelles du système de forces et moyens en attente, où elle se procurerait les troupes et le matériel nécessaires.
107. Il est indéniable quun certain nombre de pays en développement, sollicités de fournir des contingents, offrent des troupes qui servent avec distinction et conviction, répondent aux normes professionnelles les plus exigeantes et respectent les nouvelles « règles relatives au matériel appartenant aux contingents » adoptées par lAssemblée générale, qui prévoient que les contingents nationaux doivent apporter avec eux presque tout le matériel et les approvisionnements nécessaires à leur subsistance. LONU sengage à compenser les pays fournisseurs pour lutilisation de ce matériel et à fournir les services dappui et autres services qui ne sont pas couverts par les nouvelles règles. De leur côté, les pays fournissant des troupes sengagent à honorer les termes du « mémorandum daccord sur le matériel appartenant aux contingents » quils ont signé.
108. Or le Secrétaire général se trouve dans une position intenable. On lui donne une résolution du Conseil de sécurité qui précise, sur le papier, le nombre de militaires requis, mais il ne sait pas si on lui donnera les militaires à déployer sur le terrain. Et les troupes qui finissent par débarquer sur le théâtre des opérations risquent dêtre sous-équipées : il est arrivé que des pays fournissent des troupes sans fusils, ou équipées de fusils mais dépourvues de casques, ou munies de casques mais sans gilets pare-balles, et sans moyens propres de transport (cest-à-dire sans camions ni véhicules de transport de troupes). Il arrive que les militaires concernés naient reçu aucune formation en maintien de la paix et, dans la plupart des cas, les différents contingents dune opération donnée risquent fort de navoir jamais travaillé ensemble ou de ne sêtre jamais entraînés ensemble auparavant. Certaines unités ne disposent daucun membre parlant la langue de lopération. Et même là où la langue ne fait pas problème, les différents contingents risquent davoir des modes de fonctionnement différents, des interprétations différentes de certains éléments essentiels du contrôle et du commandement, une perception différente des règles dengagement de la mission, et des vues différentes sur les conditions régissant lusage de la force dans le cadre de leur mandat.
109. Cet état de choses doit cesser. Les pays fournisseurs de troupes qui ne peuvent satisfaire aux conditions de leurs mémorandums daccord doivent le faire savoir à lONU, et leurs contingents ne doivent pas être déployés. Pour cela, il faudrait donner au Secrétaire général les moyens et lappui nécessaires pour quil puisse évaluer, préalablement à leur déploiement, létat de préparation des contingents nationaux et confirmer que ces contingents satisfont aux conditions prévues par le mémorandum daccord.
110. On pourrait faire un pas de plus pour corriger la situation en donnant au Secrétaire général la possibilité de réunir, avec un préavis très bref, des militaires spécialistes de la planification, des travaux détat-major et dautres disciplines, ayant de préférence une expérience préalable des missions de lONU, pour faire la liaison avec les spécialistes de la planification des missions au Siège avant dêtre déployés sur le terrain en même temps quun élément de base du Département des opérations de maintien de la paix afin dy mettre sur pied létat-major militaire dune mission autorisée par le Conseil de sécurité. Sur la base du système actuel de forces et moyens en attente, on pourrait établir à cette fin, ainsi que pour renforcer des missions existantes en cas de crise, une liste de personnels sous astreinte proposés par les États Membres selon le principe de la répartition géographique équitable, soigneusement examinés et approuvés par le Département des opérations de maintien de la paix de lONU. Cette liste de personnels sous astreinte comprendrait une centaine dofficiers allant du grade de commandant à celui de colonel, susceptibles dêtre appelés à bref délai et qui, une fois appelés, jouiraient du statut dobservateurs militaires modifié comme il convient.
111. Les personnels sous astreinte de la liste passeraient à lavance les examens médicaux et les formalités administratives nécessaires en vue dun déploiement partout dans le monde; ils recevraient une formation préalable et sengageraient à pouvoir partir dans les sept jours pour une période pouvant aller jusquà deux ans. La liste serait actualisée tous les trois mois et augmentée des noms de dix à quinze nouvelles personnes proposées par les États Membres pour recevoir une formation pendant une période initiale de trois mois. Grâce à cette actualisation trimestrielle, la liste de personnels sous astreinte finirait par représenter de cinq à sept équipes prêtes à être déployées à bref délai. Linstruction initiale des équipes comprendrait une première phase de préqualification et de formation (une semaine de cours et dintroduction aux modes de fonctionnement de lONU), suivie dune phase de perfectionnement pratique (par déploiement au sein dune opération de maintien de la paix de lONU en cours, pour une période denviron dix semaines, en tant quéquipe dobservateurs militaires). À lissue de cette période de formation initiale de trois mois, les officiers concernés repartiraient dans leurs pays respectifs où ils auraient le statut de « personnel sous astreinte ».
112. Sur autorisation du Conseil de sécurité, une ou plusieurs de ces équipes pourraient être appelées à entrer immédiatement en fonctions. Elles se rendraient au Siège de lONU pour mettre leurs connaissances à jour et sinitier à la nouvelle mission, selon que de besoin, et pour sentretenir avec les responsables de la planification de cette mission au sein de léquipe spéciale intégrée (voir par. 198 à 217), avant dêtre déployées sur le terrain. Elles auraient pour mandat de traduire dans des plans opérationnels et tactiques concrets les concepts généraux et stratégiques élaborés par léquipe spéciale intégrée et dexécuter les activités immédiates de coordination et de liaison en attendant le déploiement effectif des contingents. Une fois sur le terrain, une équipe avancée resterait opérationnelle jusquà ce quelle soit remplacée par les contingents déployés (soit pour environ deux ou trois mois, mais plus longtemps si nécessaire, et ce jusquà un maximum de six mois).
113. Le financement de linstruction initiale dune équipe sous astreinte serait prélevé sur le budget de la mission en cours où léquipe effectuera son stage initial, tandis que le financement de son déploiement effectif dans une mission à établir viendrait du budget de cette dernière. LONU ne couvrirait pas le coût de ces personnels tant quils sont sous astreinte dans leur pays, puisquils y exerceront leurs fonctions normales dans leurs armées nationales. Le Groupe détude recommande que le Secrétaire général transmette cette proposition et ses modalités de mise en uvre aux États Membres en vue de son application immédiate dans le cadre du Système des forces et moyens en attente.
114. Il ne suffirait pas, toutefois, de disposer deffectifs de planification et de liaison militaires durgence pour assurer la cohésion des forces. Nous estimons que pour opérer de façon homogène, les contingents devraient au moins avoir été entraînés et équipés selon une norme commune et quil faudrait parallèlement prévoir une planification concertée au niveau de leur commandement. Pour bien faire, ils devraient avoir eu loccasion de faire des exercices conjoints sur le terrain.
115. Si les planificateurs militaires des Nations
Unies jugent que la brigade (5 000 soldats environ) est la formation à même de
prévenir ou de maîtriser efficacement les manifestations de violence qui menacent
laccomplissement du mandat dune opération, la composante militaire de
lopération devrait se déployer en brigade au lieu dêtre divisé en
bataillons dont chacun ignore la doctrine, le commandement et les pratiques
opérationnelles des autres. La brigade devrait être constituée par un groupe de pays
ayant collaboré
comme il est proposé plus haut à létablissement de normes
communes en matière de formation et déquipement, dune doctrine unique, et de
dispositifs conjoints pour le contrôle opérationnel des forces. En principe, le Système
de forces et moyens en attente des Nations Unies devrait comprendre plusieurs brigades
homogènes de ce type, dotées des éléments précurseurs nécessaires, qui pourraient
être déployées complètement dans un délai de 30 jours pour une opération de type
classique ou de 90 jours pour une mission complexe.
116. À cette fin, lONU devrait établir des normes minimum en matière de formation, déquipement et autres éléments requis des forces qui prennent part aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Les États Membres qui en ont les moyens devraient constituer des partenariats, dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies, afin daider, notamment sous forme de ressources financières, déquipements et de moyens de formation, les pays moins avancés fournisseurs de contingents à atteindre et à maintenir ces normes minimales : ainsi, chacune des brigades créées pourrait offrir une qualité de prestation comparable et compter sur un soutien opérationnel efficace. Cest une formation de ce type que vise le groupe dÉtats composant la Brigade multinationale dintervention rapide des forces en attente des Nations Unies, qui a également mis en place au niveau du commandement une cellule de planification travaillant systématiquement en concertation. Toutefois, le mécanisme en projet nentend pas exonérer certains États de la responsabilité qui leur incombe de participer activement aux opérations de maintien de la paix ni empêcher les petits États de prendre part à ces opérations.
117. Résumé des principales recommandations concernant le personnel militaire :
a) Les États Membres devraient être incités, le cas échéant, à constituer des partenariats dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies afin de créer plusieurs forces homogènes de la taille de la brigade, dotées des éléments précurseurs nécessaires, qui pourraient être effectivement déployées dans un délai de 30 jours suivant ladoption dune résolution du Conseil de sécurité portant création dune opération de maintien de la paix de type classique, ou de 90 jours sil sagit dune mission complexe;
b) Lorsque les événements laissent présager la signature dun accord de cessez-le-feu dont lapplication prévoit lintervention des Nations Unies, le Secrétaire général devrait être autorisé à consulter officiellement les États Membres participant au Système de forces et moyens en attente des Nations Unies pour leur demander sils sont disposés à fournir des contingents pour le cas où une opération serait mise en place;
c) Le Secrétariat devrait systématiquement charger une équipe de déterminer sur place si chacun des fournisseurs de contingents potentiels est à même de satisfaire aux conditions du Mémorandum daccord pour ce qui est de la formation et de léquipement, et ce avant le déploiement. Les éléments qui ne remplissent pas ces conditions ne doivent pas être déployés;
d) Le Groupe détude recommande quune liste régulièrement actualisée de personnels sous astreinte comportant les noms dune centaine dofficiers soit établie dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies; ces officiers pourraient être mis à disposition dans les sept jours pour renforcer les unités centrales de planification du Département des opérations de maintien de la paix en leur adjoignant des équipes ayant reçu la formation nécessaire pour mettre en place létat-major dune nouvelle opération de maintien de la paix.
D. Police civile
118. La police civile ne le cède quau personnel militaire pour ce qui est des effectifs de personnel international prenant part aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies. En règle générale, le déploiement de membres de la police civile tend à occuper une place prioritaire parmi les besoins à satisfaire en vue du bon déroulement dopérations répondant à des conflits internes, lorsquon veut aider une société ravagée par la guerre à rétablir des conditions favorables à la stabilité sociale, économique et politique. La neutralité et limpartialité des forces locales de police, que la police civile encadre et entraîne, contribuent pour beaucoup au maintien de la sécurité collective, et il est indispensable que celles-ci se montrent opérantes dans les cas où les actes dintimidation et les agissements de réseaux criminels continuent dentraver le progrès dans les domaines politique et économique.
119. Le Groupe détude a donc préconisé (voir par. 39, 40 et 47 b) ci-dessus) un changement de doctrine quant au rôle dévolu à la police civile dans les opérations de paix des Nations Unies de sorte que, outre les activités traditionnelles de consultation, de formation et de contrôle, celle-ci sattache principalement à réformer et à restructurer les forces de police locales. Ce nouveau rôle exigera des États Membres quils fournissent à lONU des experts de police encore mieux entraînés et plus spécialisés, alors même quils ont du mal à répondre aux besoins présents. Au 1er août 2000, 25 % des 8 641 postes autorisés dans ce domaine pour les opérations des Nations Unies demeuraient vacants.
120. Si les États Membres peuvent sexposer à des difficultés politiques internes lorsquil sagit denvoyer des unités militaires pour les opérations de paix des Nations Unies, les gouvernements tendent à avoir une plus grande liberté de manoeuvre lorsquil sagit de fournir les services de membres de leur police civile. Cependant, les États Membres ont toujours du mal à le faire, car les effectifs et la configuration de leurs forces de police tendent à être adaptés à leurs seuls besoins internes.
121. Dans ces conditions, il faut souvent beaucoup de temps pour trouver des agents de police civile et autres experts apparentés dans le domaine judiciaire susceptibles de participer à la mission, obtenir leur détachement et leur prodiguer une formation, ce qui empêche lONU de déployer lélément de police civile dune mission avec la rapidité et lefficacité voulues. En outre, lélément de police dune mission peut se composer dagents originaires dune quarantaine de pays, qui ne se sont jamais rencontrés, nont aucune expérience de lONU ou très peu, sont à peine formés à la mission qui les attend et mal informés de ses particularités, et dont la conception théorique et pratique du travail policier peut considérablement varier. En outre, les membres de la police civile se relaient en général à un rythme semestriel ou annuel. Pour toutes ces raisons, les commissaires de police civile des missions ont beaucoup de mal à faire de ces groupes dagents disparates une force homogène et efficace.
122. Le Groupe détude demande donc aux États Membres de constituer des réserves nationales de personnel de police en exercice (auquel pourront sajouter, si nécessaire, des agents en retraite satisfaisant aux conditions professionnelles et physiques nécessaires) répondant aux conditions administratives et médicales requises en vue de leur déploiement auprès dopérations de paix dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies. Les effectifs des réserves ainsi constituées peuvent naturellement varier en fonction de la taille et des moyens du pays. Le Groupe de la police civile du Département des opérations de maintien de la paix devrait aider les États Membres à fixer les critères de sélection et les besoins en formation en répertoriant les spécialisations et les compétences requises et en publiant des directives communes sur les normes de prestation à satisfaire. Une fois déployés dans le cadre dune mission des Nations Unies, les membres de la police civile devraient rester au moins un an en poste pour assurer un minimum de continuité.
123. Le Groupe détude, estimant que lhomogénéité des éléments de police serait encore renforcée si les pays fournisseurs mettaient au point des exercices dentraînement conjoints, recommande aux États Membres de constituer, le cas échéant, de nouveaux partenariats régionaux à cet effet, en étoffant ceux qui existent déjà. Il invite aussi les États Membres qui sont en mesure de le faire à offrir une assistance (par exemple sous la forme de services de formation et déquipement) aux petits États qui fournissent du personnel de police afin dassurer le niveau de préparation voulu, et ce dans le respect des directives, des instructions permanentes et des normes de prestation promulguées par lONU.
124. Le Groupe détude recommande aussi que les États Membres désignent un seul agent de liaison au sein de leurs structures gouvernementales, qui serait chargé de la coordination et de la gestion de la fourniture de personnel de police aux opérations de paix des Nations Unies.
125. Le Groupe détude estime que le Secrétaire général devrait être en mesure de rassembler, dans les délais les plus brefs, des planificateurs et des experts techniques de haut rang de la police civile, possédant de préférence une expérience préalable des missions des Nations Unies, dont la tâche serait dassurer la liaison avec les planificateurs de la mission au Siège et de se rendre ensuite sur le terrain pour aider à établir le quartier général de la police civile de la mission, avec lautorisation du Conseil de sécurité, dans le cadre dun système sinspirant du principe et des modalités de fonctionnement de la liste de personnels sous astreinte de létat-major militaire. Une fois appelés, les agents figurant sur la liste jouiraient du même statut contractuel et juridique que les autres membres de police civile des opérations des Nations Unies. Les dispositifs de formation et de déploiement des membres inscrits sur la liste pourraient être alignés sur ceux qui ont été prévus pour lélément militaire. En outre, un programme de formation et de planification commun pour les personnels des deux listes (personnels militaires et police civile) permettrait de renforcer encore lhomogénéité de la mission et la coopération entre les divers éléments pendant la phase de démarrage dune nouvelle opération.
126. Résumé des principales recommandations concernant le personnel de police civile :
a) Les États Membres sont encouragés à constituer des réserves nationales de personnel de police civile prêt à être déployé auprès dopérations de paix des Nations Unies dans des délais très brefs, dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies;
b) Les États Membres sont encouragés à constituer des partenariats régionaux pour la formation du personnel de police civile de leurs réserves nationales, afin dassurer à tous le même niveau de préparation dans le respect des directives, des instructions permanentes et des normes de prestation que promulguera lONU;
c) Les États Membres sont encouragés à désigner un seul agent de liaison au sein de leurs structures gouvernementales pour la fourniture de personnel de police civile aux opérations de paix des Nations Unies;
d) Le Groupe détude recommande quune liste régulièrement actualisée dagents de police et dexperts apparentés sous astreinte, comportant une centaine de noms, soit établie dans le cadre du Système de forces et moyens en attente des Nations Unies; ces agents pourraient être mis à disposition dans les sept jours, pour constituer des équipes ayant reçu la formation nécessaire pour mettre en place lélément de police civile dune nouvelle opération de maintien de la paix, assurer lentraînement du personnel à son arrivée et donner plus dhomogénéité à cet élément le plus rapidement possible;
e) Le Groupe détude recommande que des mesures analogues à celles énoncées dans les recommandations a), b) et c) ci-dessus soient prises en ce qui concerne les spécialistes des questions judiciaires, des questions pénales, des droits de lhomme et autres disciplines pertinentes qui, avec les experts de la police civile, constitueront des équipes collégiales au service de létat de droit.
E. Spécialistes civils
127. À ce jour, le Secrétariat na pas été en mesure de recruter et de déployer dans les temps voulus suffisamment de personnel civil assez qualifié pour sacquitter de fonctions opérationnelles et dappui. Actuellement, 50 % environ des postes à caractère opérationnel et près de 40 % des postes dans les services administratifs et logistiques sont vacants dans les missions qui ont été créées il y six mois à un an et ont donc un cruel besoin de spécialistes. Certaines des personnes affectées à ces missions occupent des postes qui ne correspondent pas à leur expérience, ce qui est notamment le cas dans la composante administration civile de lAdministration transitoire des Nations Unies au Timor oriental (ATNUTO) et de la Mission des Nations Unies au Kosovo (MINUK). De plus, les départs, motivés par les conditions de travail, y compris linsuffisance des effectifs, sont presque aussi nombreux que les recrutements. Les taux élevés de vacance de postes et de renouvellement des effectifs augurent mal de la mise sur pied et du maintien de la prochaine opération de maintien de la paix complexe et entravent le déploiement complet des missions en cours. Ces problèmes sont aggravés par plusieurs facteurs.
1. Absence darrangements relatifs aux forces en attente qui permettent de répondre à des demandes inattendues ou importantes
128. Chacune des nouvelles tâches complexes assignées à la nouvelle génération dopérations de maintien de la paix crée des demandes auxquelles le système des Nations Unies nest pas en mesure de répondre à bref délai. Cest ce dont on sest aperçu pour la première fois au début des années 90, lors de la création dopérations visant à faire appliquer des accords de paix au Cambodge [Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC)], en El Salvador [Mission dobservation des Nations Unies en El Salvador (ONUSAL)], en Angola [Mission de vérification des Nations Unies en Angola (UNAVEM)] et au Mozambique [Opération des Nations Unies au Mozambique (ONUMOZ)]. Le système des Nations Unies sest alors efforcé de recruter rapidement des experts dans les domaines de lassistance électorale, de la reconstruction et du redressement économiques, de la surveillance des droits de lhomme, de la radio et de la télévision, des affaires judiciaires et du renforcement des institutions. À mi-parcours de la décennie, il sétait doté dun personnel qui avait acquis des compétences dans ces domaines en cours demploi mais nombreux sont ceux qui ont quitté le système depuis pour les raisons exposées plus loin.
129. Le Secrétariat a été à nouveau pris de court en 1999 lorsquil lui a fallu doter en effectifs les missions dadministration au Timor oriental et au Kosovo. Peu de fonctionnaires du Secrétariat ou des organismes, fonds ou programmes des Nations Unies possèdent les compétences et lexpérience techniques voulues pour gérer une municipalité ou un ministère. Les États Membres ne pouvaient pas non plus répondre à la demande au pied levé, parce quils navaient pas fait la planification nécessaire pour recenser ceux de leurs fonctionnaires qui avaient les qualifications requises et étaient disponibles. De plus, les missions dadministration intérimaire elles-mêmes, qui manquaient de personnel, ont mis un certain temps avant de faire part avec précision de leurs besoins. Finalement, quelques États Membres ont proposé des candidats (parfois à titre gracieux) pour satisfaire une part importante de la demande. Le Secrétariat na donné que partiellement suite à ces candidatures, en partie pour éviter un déséquilibre dans la répartition géographique des effectifs. Lidée tendant à confier à certains États Membres le soin de soccuper de la totalité de certains secteurs administratifs (responsabilité sectorielle) a été lancée mais apparemment trop tard pour que lon puisse en régler tous les détails. Il serait bon dy revenir, ne serait-ce que pour constituer des petites équipes dadministrateurs civils ayant des compétences spécialisées.
130. Pour que le Secrétariat puisse réagir rapidement, assurer un contrôle de la qualité et répondre ne serait-ce quaux demandes prévisibles, il faudrait quil établisse et mette à jour une liste de candidats civils. Cette liste, qui serait distincte de celle du système des forces et moyens en attente des Nations Unies, comprendrait les noms de personnes compétentes dans toutes sortes de domaines que lONU aurait activement recherchées (individuellement ou dans le cadre de partenariats avec des organismes des Nations Unies et des organisations gouvernementales, intergouvernementales et non gouvernementales et/ou avec leur assistance), sur lesquelles elle se serait renseignée de manière approfondie, notamment dans le cadre dentretiens et qui auraient fait lobjet dune présélection, passé une visite médicale, reçu le matériel dorientation de base concernant les affectations hors Siège en général et fait savoir quelles étaient disponibles à bref délai.
131. Il nexiste pas de telle liste actuellement, ce qui oblige à contacter durgence par téléphone les États Membres, les départements du Secrétariat de lONU et les organismes des Nations Unies ainsi dailleurs que les missions hors Siège elles-mêmes pour trouver des candidats en dernière minute, dont il ne reste plus ensuite quà espérer quils peuvent se rendre disponibles du jour au lendemain. Au cours de lannée écoulée, le Secrétariat a réussi, à laide de cette méthode, à recruter et à déployer au moins 1 500 personnes, non compris les membres du personnel des Nations Unies réaffectés, mais au détriment du contrôle de la qualité.
132. Il faudrait établir et afficher sur le réseau Intranet un fichier central de candidats conforme aux propositions ci-dessus, que les membres concernés du Comité exécutif pour la paix et la sécurité pourraient consulter et mettre à jour et qui inclurait les noms de ceux de leurs fonctionnaires quils acceptent denvoyer en mission. Des ressources supplémentaires devraient être dégagées pour mettre la liste à jour mais on pourrait rappeler automatiquement aux candidats extérieurs retenus quils doivent actualiser leur offre de travail via Internet, en particulier en ce qui concerne leur disponibilité, et on devrait aussi prendre les dispositions voulues pour quils puissent accéder au matériel dinformation et de formation en ligne via Internet. Les missions hors Siège devraient pouvoir accéder au fichier et être autorisées à recruter les candidats qui y figurent, conformément aux directives que le Secrétariat promulguerait en vue dassurer une répartition géographique et selon les sexes qui soit équitable.
2. Difficultés rencontrées pour ce qui est dattirer et de retenir les meilleurs éléments externes
133. Bien quelle ait recruté au gré des circonstances, lONU est parvenue à embaucher des candidats très qualifiés et très dévoués pour pourvoir des postes hors Siège au cours des années 90 ceux-là mêmes qui ont organisé des élections au Cambodge, échappé aux balles en Somalie, évacué le Libéria in extremis et fini par accepter les tirs dartillerie dans lex-Yougoslavie comme une fatalité de leur vie quotidienne mais le système des Nations Unies na toujours pas mis au point de mécanisme contractuel qui permette de reconnaître et de récompenser leur travail en leur offrant une certaine sécurité de lemploi. Il est vrai que les nouvelles recrues des missions sont expressément informées quelles ne doivent pas se faire dillusions au sujet de la durée de leur emploi parce que les recrutements extérieurs sont destinés à répondre à une demande « temporaire » mais de telles conditions de travail ne sont pas faites pour attirer les meilleurs et les retenir longtemps. De manière générale, il faudrait cesser de considérer le maintien de la paix comme résultat de circonstances aberrantes et non une fonction de base de lOrganisation.
134. Il faudrait donc offrir de meilleures perspectives de carrière à un certain pourcentage au moins des meilleurs éléments recrutés à lextérieur en leur accordant des contrats dont la durée excède celle des contrats à durée limitée actuellement offerts. Il faudrait aussi sattacher activement à recruter certains dentre eux pour pourvoir des postes dans les services du Secrétariat qui soccupent des situations durgence complexes de manière à étoffer le nombre des fonctionnaires du Siège ayant une expérience de terrain. Un petit nombre de personnes recrutées pour une mission ont réussi à obtenir des postes au Siège mais, semble-t-il, ponctuellement et à titre individuel plutôt que dans le cadre dune stratégie concertée et transparente.
135. Des propositions visant à améliorer la situation sont en cours de formulation. Elles tendent à permettre aux personnes recrutées aux fins dune mission qui ont servi quatre ans hors Siège de bénéficier chaque fois que possible de « contrats prolongés ». À la différence de celle des contrats actuels, la durée de ces contrats ne serait pas limitée à la durée du mandat de la mission concernée. Ces propositions, si elles étaient adoptées, contribueraient à améliorer la situation de ceux qui ont intégré une mission hors Siège à mi-parcours de la décennie et font toujours partie du personnel des Nations Unies. Elles ne seraient cependant pas suffisantes pour attirer de nouveaux candidats, qui devraient généralement accepter des contrats de six mois à un an sans savoir nécessairement sils pourraient rester en poste une fois leur contrat achevé. La perspective de devoir vivre dans lincertitude pendant quatre ans peut faire reculer les meilleurs candidats qui ont de nombreuses possibilités demploi, souvent plus intéressantes pour ce qui est des conditions de travail , en particulier ceux qui sont chargés de famille. Il faudrait donc envisager doffrir des contrats prolongés aux membres du personnel recrutés à lextérieur qui ont servi avec distinction pendant au moins deux ans dans une opération de maintien de la paix.
3. Pénuries de personnel dans les services administratifs et dappui (postes de rang intermédiaire ou supérieur)
136. Les graves pénuries de personnel dont souffrent les services administratifs essentiels (achats, finances, budget, personnel) et les services dappui logistique (marchés, ingénierie, informatique et planification logistique) ont pesé de tout leur poids sur les opérations de maintien de la paix des Nations Unies au cours des années 90. Le caractère spécifique des règles, règlements et procédures internes de lOrganisation font que les nouvelles recrues ne peuvent prendre en charge ces fonctions administratives et logistiques dans les conditions dynamiques dun début de mission sans avoir reçu une importante formation. Des programmes de formation spéciaux ont bien été mis en place à leur intention en 1995 mais ils ne sont pas encore institutionnalisés, les personnes les plus expérimentées et donc les plus à même de dispenser une formation ne pouvant être soustraites aux fonctions quelles exercent à plein temps. En règle générale, la formation et la production de documents dorientation faciles à utiliser sont les premières tâches que lon interrompt lorsque de nouvelles missions doivent être dotées durgence en effectifs. Cest pourquoi la version actualisée du manuel dadministration des opérations hors Siège de 1992 en est toujours à létat de projet.
4. Une pénalisation de fait du personnel des missions
137. Les fonctionnaires du Siège qui connaissent bien le règlement et les procédures nacceptent pas aisément dêtre détachés à une mission. Les fonctionnaires des services dadministration comme ceux des services organiques doivent se porter volontaires pour une affectation sur le terrain, et leur supérieur doit accepter de les libérer à cet effet. Les chefs de département sefforcent souvent de dissuader leurs meilleurs éléments daccepter une affectation sur le terrain, ou refusent même de les détacher, car ils manquent eux-mêmes de collaborateurs compétents et craignent quun remplaçant temporaire ne puisse faire laffaire. Les volontaires potentiels sont également découragés de se porter candidats, car ils ont connaissance de collègues qui ont été oubliés, lors dune promotion, car ils étaient « loin des yeux, loin du coeur ». La plupart des opérations sur le terrain sont des affectations où le fonctionnaire nest pas normalement accompagné de sa famille, pour des raisons de sécurité, ce qui réduit encore le nombre de volontaires. Plusieurs organismes, fonds et programmes des Nations Unies actifs sur le terrain (comme le HCR, le Programme alimentaire mondial (PAM), lUNICEF, le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) et le PNUD) ont bien un certain nombre de candidats qui seraient qualifiés pour une affectation dans une opération de maintien de la paix, mais ces organismes ont eux-mêmes leurs propres contraintes de ressources, et leurs propres besoins, pour leurs opérations sur le terrain, ont généralement la priorité.
138. Le Bureau de la gestion des ressources humaines, soutenu en cela par plusieurs groupes de travail interdépartements, a proposé une série de réformes qui aideraient à résoudre certains de ces problèmes. Ces réformes prescrivent une mobilité accrue des fonctionnaires du Secrétariat et cherchent à encourager la rotation du personnel entre le Siège et le terrain en récompensant, notamment au moment des promotions, les fonctionnaires qui ont accepté une mission. Ces réformes cherchent également à réduire les délais de recrutement et à donner aux chefs de département toute latitude dans les opérations de recrutement. Le Groupe détude estime quil est essentiel que ces initiatives soient rapidement approuvées.
5. Obsolescence de la catégorie Service mobile
139. Le Service mobile est la seule catégorie de personnel des Nations Unies expressément recruté pour le service dans des opérations de maintien de la paix. Les conditions demploi et les contrats sont conçus à cet effet, les traitements et prestations sont versés intégralement par prélèvement dans les budgets des missions. Mais la notion a perdu de son intérêt, car lOrganisation na pas consacré assez de ressources au développement des carrières des administrateurs du Service mobile. Cette catégorie avait été conçue dans les années 50 pour créer un cadre très mobile de spécialistes techniques, capables de seconder notamment les contingents militaires des opérations de maintien de la paix. Mais comme la nature de ces opérations a changé, les fonctions des administrateurs du Service mobile ont également changé. Certains avaient finalement gravi des échelons, à la fin des années 80 et au début des années 90, et assumé des fonctions dadministration dans les composantes administratives et logistiques des opérations de maintien de la paix.
140. Les plus expérimentés des membres de ce groupe, qui sont désormais peu nombreux, sont déployés dans les missions actuellement en cours et beaucoup sont près de la retraite sils ne lont pas déjà atteinte. Rares sont ceux qui ont acquis les compétences administratives ou reçu la formation voulues pour diriger efficacement les principales unités administratives dopérations de paix complexes. Les connaissances techniques de certains autres sont dépassées. Ainsi, la composition du Service mobile ne correspond plus à lensemble, ou à un grand nombre, des tâches administratives et logistiques, dans les dernières opérations de maintien de la paix. Le Groupe détude préconise donc une révision urgente de la composition du Service mobile, une réflexion sur sa raison dêtre, de façon à mieux pourvoir aux besoins actuels et futurs de ses opérations, en particulier sagissant de lencadrement moyen et supérieur dans les services administratifs et logistiques essentiels. Le perfectionnement professionnel continu de cette catégorie de personnel devrait également être assuré en priorité et les conditions demploi devraient être révisées pour attirer et conserver les meilleurs candidats.
6. Absence de stratégie densemble pour le recrutement du personnel des opérations de paix
141. Il ny a pas de stratégie densemble pour le recrutement du personnel des opérations de paix, capable dassurer le bon dosage du personnel civil dans une opération donnée. Il y a bien des spécialistes, dans le système des Nations Unies, auxquels il faut faire appel, mais les lacunes doivent être comblées par un recrutement extérieur; entre ces deux catégories, on peut également choisir dutiliser des Volontaires des Nations Unies, du personnel des sous-traitants, des services commerciaux, et du personnel recruté sur le plan national. Pendant toute la décennie écoulée, lONU sest bien tournée vers ces différentes sources de personnel, mais au cas par cas, sans réfléchir à une stratégie globale. Une telle stratégie est pourtant nécessaire si lon veut un bon rapport coût-efficacité, et si lon veut en outre assurer la cohésion de la mission et veiller au moral du personnel.
142. Cette stratégie devrait en priorité sappuyer sur le recours aux Volontaires des Nations Unies pour les opérations de paix. Depuis 1992, plus de 4 000 Volontaires des Nations Unies ont servi dans 19 opérations de maintien de la paix. Rien quau cours des 18 derniers mois, environ 1 500 Volontaires ont été affectés aux nouvelles missions organisées au Timor oriental, au Kosovo et en Sierra Leone, dans ladministration civile, les affaires électorales, la défense des droits de lhomme ou lappui administratif et logistique. Les Volontaires ont montré traditionnellement combien ils étaient dévoués et compétents. Les organes délibérants ont encouragé un recours plus large aux Volontaires des Nations Unies dans les opérations de maintien de la paix, en raison de leur performance passée exemplaire, mais leur utilisation comme main-doeuvre peu coûteuse risque de compromettre le programme et de porter atteinte au moral du personnel dune mission. Il arrive souvent en effet que les Volontaires des Nations Unies travaillent aux côtés de collègues qui, pour des fonctions similaires, gagnent trois ou quatre fois plus queux. Le Département des opérations de maintien de la paix examine actuellement avec les responsables du programme des Volontaires des Nations Unies les termes dun mémorandum daccord qui porterait sur les conditions demploi des Volontaires dans les opérations de paix. Il est essentiel que ce mémorandum daccord fasse partie dune stratégie plus complète et plus large de recrutement de personnel pour les opérations de paix.
143. Cette stratégie devrait inclure aussi des propositions détaillées pour la création dun « système de moyens civils en attente » qui contiendrait une liste de fonctionnaires des Nations Unies qui pourraient être sélectionnés davance et, après avoir passé avec succès un examen médical, pourraient être affectés par leur service dorigine, avec un préavis de 72 heures, à une équipe de démarrage dune mission. Les organes des Nations Unies seraient dûment habilités, pour les groupes professionnels relevant de leur domaine de compétence, à constituer au moyen de mémorandums daccord avec des organisations intergouvernementales et non gouvernementales, des partenariats qui porteraient sur la fourniture de personnel destiné à compléter des équipes de démarrage dune mission, dont les membres seraient empruntés aux différents organismes du système.
144. Le fait que la responsabilité délaborer une stratégie globale de recrutement de personnel et de définir des dispositions pour un système de moyens civils en attente ait incombé uniquement à la Division de ladministration et de la logistique des missions, agissant de sa propre initiative quand elle avait un peu de temps libre, montre assez que le Secrétariat na pas consacré à la question, pourtant essentielle, lattention quelle méritait. Pourtant, le personnel dune mission, depuis le sommet jusquà la base, est peut-être lun des éléments les plus importants de son succès. La question doit donc être examinée en priorité absolue au niveau le plus élevé du Secrétariat.
145. Résumé des principales recommandations concernant les spécialistes civils :
a) Le Secrétariat devrait constituer sur Internet ou Intranet un fichier central de spécialistes civils présélectionnés qui pourraient être immédiatement déployés dans des opérations de paix. Les missions devraient avoir accès à ce fichier, et pouvoir recruter du personnel en choisissant des candidats y figurant, conformément aux directives que le Secrétariat devrait publier sur la répartition géographique et sur la répartition par sexe;
b) La catégorie Service mobile devrait être réformée pour mieux refléter les besoins courants de toutes les opérations de paix, en particulier les besoins de personnel dencadrement moyen et supérieur dans les domaines de ladministration et de la logistique;
c) Les conditions demploi du personnel civil recruté à lextérieur devraient être révisées pour permettre aux Nations Unies dattirer les candidats les plus qualifiés et doffrir à ceux qui se seraient distingués des perspectives de carrière plus attrayantes;
d) Le Département des opérations de maintien de la paix devrait formuler pour les opérations de paix une stratégie complète de recrutement exposant notamment les possibilités de recours aux Volontaires des Nations Unies, prévoyant des moyens en attente pour fournir, avec un préavis de 72 heures, du personnel civil capable de faciliter le démarrage dune mission, et précisant la répartition des attributions entre les membres du Comité exécutif pour la paix et la sécurité, en vue de lapplication de cette stratégie.
F. Capacité dinformation
146. Pour presque toutes les opérations de paix des Nations Unies, il est indispensable de mettre en place une capacité effective de communication et dinformation. Il est indispensable en effet de couper court aux rumeurs, de contrecarrer la désinformation et de sassurer la coopération de la population locale. Une capacité dinformation peut être un moyen utile de réagir aux menées des dirigeants de groupes hostiles, mais aussi daméliorer la sécurité du personnel des Nations Unies et damplifier leffet dune force. Il est donc essentiel que chaque opération de paix formule une stratégie dinformation, en particulier pour faire connaître les aspects essentiels du mandat dune mission, et chaque mission doit veiller à ce que cette stratégie et le personnel nécessaire pour lappliquer figurent bien dans les tout premiers éléments déployés pour lancer une mission nouvelle.
147. Les missions ont besoin aussi dun porte-parole compétent, faisant partie de léquipe dirigeante et qui soit à même de faire connaître au monde ce que fait chaque jour la mission. Ce porte-parole doit avoir lexpérience et linstinct dun journaliste, et bien connaître le fonctionnement aussi bien de la mission que du Siège de lONU. Il (ou elle) doit avoir la confiance du Représentant spécial du Secrétaire général et nouer de bonnes relations avec les autres membres de la direction de la mission. Le Secrétariat doit donc faire plus pour constituer un réservoir de spécialistes de ce calibre et les conserver.
148. Les missions de paix des Nations Unies doivent également pouvoir parler à leurs propres hommes, les tenir informés des principes de la mission et de son évolution, et veiller à la qualité des relations entre ses différentes composantes et au bon fonctionnement de la chaîne de commandement. Linformatique, par ses instruments nouveaux, devrait faciliter cette communication, et le matériel informatique devrait figurer en bonne place dans léquipement de départ dune mission et dans les réserves de matériel à la Base de soutien logistique des Nations Unies à Brindisi.
149. Les ressources consacrées à linformation et au personnel voulu de même quau matériel informatique nécessaire pour faire passer le message propre à une opération de paix et pour assurer le bon fonctionnement des communications internes, qui actuellement ne dépassent que rarement 1 % du budget de fonctionnement dune mission, devraient être accrues pour répondre au mandat, à la taille et aux besoins de chaque mission.
150. Résumé des principales recommandations concernant la création dune capacité dinformation rapidement déployable : des ressources supplémentaires devraient être allouées dans le budget des missions, à linformation et au personnel et au matériel informatique associés nécessaires pour bien faire connaître une mission et pour assurer des communications internes efficaces.
G. Soutien logistique, passation des marchés et gestion des dépenses
151. Lépuisement des stocks de matériel de lONU, les longs délais de livraison, même dans le cas de contrats-cadres, la lourdeur des procédures dachat et les retards dans lallocation aux missions des fonds nécessaires pour effectuer des achats sur le marché local sont autant dobstacles au déploiement rapide des missions et au bon fonctionnement de celles qui parviennent à porter leurs effectifs aux niveaux autorisés. Or, sans un soutien logistique efficace, il leur est impossible de fonctionner correctement.
152. Les délais requis pour fournir aux missions le matériel et les services dont elles ont besoin pour démarrer puis pour fonctionner à plein régime sont dus aux particularités du processus de passation des marchés à lONU, lequel est régi par le Règlement financier promulgué par lAssemblée générale, les règles de gestion financière qui en découlent et, selon les termes en usage à lONU, les « politiques et procédures » résultant de linterprétation du Règlement et des règles par le Secrétariat. Concrètement, ce dispositif impose au Siège une procédure comportant en gros huit étapes au cours desquelles il faut :
1. Déterminer les besoins et émettre une demande de fourniture de biens ou de services;
2. Certifier que les fonds nécessaires sont disponibles;
3. Publier un avis dappel doffres ou une demande de proposition;
4. Évaluer les soumissions;
5. Soumettre le dossier au Comité des marchés du Siège;
6. Attribuer le marché et passer commande;
7. Attendre que la commande soit prête;
8. Faire livrer à la mission.
153. Si la plupart des organismes publics et des entreprises privées suivent une procédure analogue, les délais ne sont pas toujours aussi longs quà lONU, où ils peuvent atteindre 20 semaines pour du mobilier de bureau, 17 à 21 semaines pour des groupes électrogènes, 23 à 27 semaines pour des bâtiments préfabriqués, 27 semaines pour des véhicules lourds et 17 à 21 semaines pour du matériel de transmissions. Avec de tels délais, il est évident quune mission ne pourra pas être complètement déployée dans les délais proposés si la procédure dachat ne peut être engagée quaprès le lancement de lopération.
154. LONU a partiellement résolu le problème en adoptant la formule des « lots déquipements de départ » au milieu des années 90, époque où ses activités de maintien de la paix ont connu une ampleur sans précédent. Chaque lot est constitué du matériel indispensable pour établir un quartier général de mission doté dun effectif de 100 personnes, et assurer son fonctionnement pendant les 100 premiers jours de son déploiement; les différents articles sont stockés préemballés à Brindisi doù ils peuvent être expédiés très rapidement. Les contributions mises en recouvrement pour financer la mission ayant reçu un lot servent à reconstituer le stock et, à la liquidation de la mission, le matériel durable est réexpédié à Brindisi où il est gardé en réserve, à côté des équipements de départ.
155. Toutefois, compte tenu de lusure que peuvent subir les véhicules légers et autres matériels dans une zone sortant tout juste dun conflit, il peut être moins avantageux de les réexpédier et de les remettre en état que de les vendre ou de les dépecer pour en utiliser les pièces et dacheter du matériel neuf. Cest pourquoi de plus en plus souvent, ce type de matériel est vendu aux enchères sur place, bien que le Secrétariat ne puisse pas affecter à lachat de matériel le produit de la cession, quil est tenu de restituer aux États Membres. Il faudrait envisager dautoriser le Secrétariat à affecter le produit de ces ventes à lachat de matériels neufs qui seraient stockés à Brindisi. Il faudrait également envisager dhabiliter les missions à donner, en consultation avec le coordonnateur résident des Nations Unies, au moins une fraction de ces équipements à des organisations non gouvernementales locales considérées comme sérieuses, afin de favoriser le développement de la société civile.
156. Il nen reste pas moins que lexistence de stocks déquipements de départ et de matériel autre a sensiblement accéléré la mise en place des opérations de moindre envergure lancées entre le milieu et la fin des années 90. Mais, comme à lheure actuelle le nombre de missions créées ou élargies est supérieur à celui des missions que lon ferme, la Base de soutien logistique des Nations Unies à Brindisi na quasiment plus en stock le type darticles exigeant de longs délais de livraison qui sont indispensables au déploiement complet dune mission. Sauf si lune des grandes opérations en cours prenait fin immédiatement et expédiait tout son matériel, en bon état, à la Base de Brindisi, lONU serait incapable, dans un proche avenir, de fournir le matériel nécessaire au démarrage et au déploiement rapide dune mission importante.
157. Bien entendu, il y a des limites à la quantité darticles que lONU peut et doit garder en réserve à Brindisi ou ailleurs. Ainsi, même stockés, les équipements mécaniques exigent un entretien qui peut être coûteux mais doit néanmoins être assuré, faute de quoi les missions risquent de recevoir, au terme dune longue attente, du matériel qui ne fonctionne pas. On constate par ailleurs que les entreprises privées et les administrations nationales privilégient de plus en plus la formule du stockage ou de la livraison « juste à temps », en raison du coût doption élevé que représente limmobilisation de fonds dans des stocks dont on naura peut-être pas besoin avant un certain temps. Enfin, dans le cas du matériel de transmission et du matériel informatique, les progrès technologiques sont si rapides que les articles peuvent être périmés en quelques mois, à plus forte raison en quelques années.
158. LONU sest orientée dans la même direction ces derniers temps et a conclu avec des entreprises une vingtaine de contrats-cadres pour la fourniture de matériel couramment utilisé par les opérations de maintien de la paix, en particulier des articles nécessaires au stade du lancement ou de lélargissement dune mission. Cette formule a permis de réduire sensiblement les délais de livraison dans la mesure où les fournisseurs, sélectionnés à lavance, se tiennent prêts à produire les quantités nécessaires sur demande. Toutefois, même dans ces conditions, il faut encore 14 semaines pour produire des véhicules légers, auxquelles sajoutent quatre semaines de délais de livraison.
159. LAssemblée générale a pris plusieurs mesures pour réduire les délais. Elle a créé le Fonds de réserve pour les opérations de maintien de la paix qui, lorsquil est pleinement abondé, représente une réserve de 150 millions de dollars utilisable à bref délai. Pour faciliter le lancement dune mission ou lélargissement imprévu dune mission en cours, le Secrétaire général peut demander au Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires de lautoriser à prélever 50 millions de dollars sur le Fonds. Celui-ci est reconstitué par prélèvement sur les crédits alloués à la mission concernée, une fois le budget de celle-ci approuvé ou révisé. Si le montant nécessaire est supérieur à 50 millions de dollars, lautorisation de lAssemblée générale est nécessaire.
160. Dans des cas exceptionnels, lAssemblée générale a décidé, sur la recommandation du Comité consultatif, dautoriser le Secrétaire général à engager des dépenses jusquà concurrence de 200 millions de dollars pour faciliter la mise en place de missions importantes (ATNUTO, MINUK et MONUC), en attendant quil puisse présenter des propositions budgétaires détaillées, dont létablissement prend parfois plusieurs mois. Il faut se féliciter de ces initiatives, qui montrent que les États Membres sont prêts à aider lOrganisation à améliorer sa capacité de déploiement rapide.
161. Cela étant, toutes ces mesures ne peuvent être prises quaprès ladoption par le Conseil de sécurité dune résolution autorisant la mise en place dune mission ou de ses éléments précurseurs. Or, à moins quune partie dentre elles ne puissent être appliquées bien avant la date de déploiement prévue, ou quelles ne soient modifiées pour autoriser la constitution et le renouvellement dun stock minimum dans le cas des articles longs à obtenir, il sera impossible de tenir les délais proposés pour la définition dun déploiement efficace et rapide.
162. En conséquence, le Secrétariat devrait élaborer une stratégie générale de soutien logistique qui lui permette de déployer rapidement et efficacement une mission dans les délais proposés. À partir dune analyse coûts-avantages, il devrait déterminer le niveau optimal des stocks darticles longs à obtenir et des commandes de biens se prêtant mieux à la formule des contrats-cadres, en tenant compte des frais de livraison durgence que la stratégie retenue lobligera éventuellement à engager. Il faudrait que les unités compétentes des départements soccupant du maintien de la paix et de la sécurité communiquent aux responsables de la planification logistique une estimation du nombre et de la nature des opérations dont la mise en place pourrait simposer à un horizon de 12 à 18 mois. Le Secrétaire général devrait présenter périodiquement à lAssemblée générale, pour examen et approbation, des propositions détaillées concernant les modalités de mise en oeuvre de sa stratégie, qui pourraient avoir des incidences financières importantes.
163. Dans lintervalle, lAssemblée générale devrait autoriser le Secrétaire général à engager une dépense ponctuelle pour la constitution de trois nouveaux lots déquipements de départ à Brindisi (afin de porter le total à cinq), étant entendu que le stock serait ensuite automatiquement reconstitué par prélèvement des fonds nécessaires sur le budget des missions ayant reçu des lots.
164. Afin de faciliter le déploiement rapide et efficace des nouvelles missions dans les délais proposés, le Secrétaire général devrait être autorisé à prélever un montant maximum de 50 millions de dollars sur le Fonds de réserve pour les opérations de maintien de la paix, avant que le Conseil de sécurité nadopte la résolution portant création dune mission, mais avec laccord préalable du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires. Le Fonds serait automatiquement reconstitué à laide des contributions mises en recouvrement pour financer la mission ayant bénéficié du tirage. Dans lhypothèse où le Secrétaire général constaterait que du fait de la création de plusieurs missions à intervalles rapprochés le Fonds est épuisé, il devrait inviter lAssemblée générale à envisager den relever le montant.
165. Les missions opérationnelles doivent parfois attendre plusieurs mois après leur lancement pour obtenir les équipements nécessaires, en particulier lorsque les prévisions initiales se sont révélées erronées ou que lévolution de la situation a entraîné une modification des besoins. À supposer que les articles requis soient disponibles sur le marché local, elles se heurtent encore à plusieurs contraintes. Premièrement, elles nont quune marge de manoeuvre et des pouvoirs restreints et peuvent difficilement, par exemple, faire face à des besoins imprévus en virant rapidement à un poste budgétaire les économies réalisées sur un autre. Deuxièmement, la procuration générale dont elles disposent est limitée à 200 000 dollars par commande. Au-delà de ce montant, les demandes dachat doivent être transmises au Siège, et le processus de décision en huit étapes est engagé (voir par. 152 ci-dessus).
166. Le Groupe détude est favorable à ladoption de dispositions qui réduisent les interventions du Siège dans la gestion au jour le jour des missions opérationnelles et donnent à celles-ci les pouvoirs et la marge de manoeuvre dont elles ont besoin pour être crédibles et efficaces, tout en engageant leur responsabilité. Le Siège devrait toutefois rester responsable des achats lorsquil apporte une réelle valeur ajoutée, comme dans le cas des contrats-cadres.
167. Selon les statistiques de la Division des achats, sur les 184 commandes de biens ou de services, dune valeur allant de 200 000 dollars à 500 000 dollars, passées par le Siège en 1999 pour des opérations de maintien de la paix, 93 % portaient sur des achats de services de transport aérien ou maritime, de véhicules ou dordinateurs, qui ont fait lobjet dun appel doffres international ou étaient couverts par lun des contrats-cadres en vigueur. Si ceux-ci peuvent être activés rapidement et permettent dobtenir les biens ou services requis dans les délais voulus, il paraît judicieux de faire appel au Siège. En principe, il est possible avec les contrats-cadres et les appels doffres internationaux de se procurer des biens et des services à des prix inférieurs à ceux que lon obtiendrait localement, à supposer que lon puisse se procurer les biens et services en question dans la zone de la mission, ce qui souvent nest pas le cas.
168. En revanche, on ne voit pas bien quel intérêt présente lintervention du Siège dans le processus dachat de biens ou de services qui ne font pas lobjet de contrats-cadres et peuvent être obtenus plus facilement et à meilleur prix sur le marché local. Il serait préférable en pareil cas dhabiliter les services de la mission à procéder eux-mêmes aux achats, à charge pour les auditeurs de contrôler le processus et ses aspects financiers. Pour cela, le Secrétariat devrait sattacher en priorité à renforcer la capacité de ces services (par exemple, en recrutant pour eux du personnel qualifié, en le formant et en mettant à sa disposition des guides faciles demploi), afin quils puissent assumer dès que possible la responsabilité des achats de tous les biens et services disponibles sur le marché local et ne faisant pas lobjet de contrats-cadres ou de commandes permanentes (jusquà concurrence de 1 million de dollars des États-Unis, selon la taille et les besoins de la mission).
169. Résumé des principales recommandations concernant le soutien logistique et la gestion des dépenses :
a) Le Secrétariat devrait élaborer une stratégie générale de soutien logistique, qui permette de déployer rapidement et efficacement une mission dans les délais proposés et qui tienne compte des hypothèses retenues par les services compétents du Département des opérations de maintien de la paix chargés de la planification;
b) LAssemblée générale devrait autoriser le Secrétaire général à engager une dépense non renouvelable afin de constituer à Brindisi un stock dau moins cinq lots déquipement de départ, comprenant du matériel de transmission pouvant être déployé rapidement. Ce stock devrait être systématiquement reconstitué, à laide des contributions mises en recouvrement pour financer les missions quil aurait servi à équiper;
c) Le Secrétaire général devrait être habilité à effectuer un tirage dun montant maximum de 50 millions de dollars des États-Unis sur le Fonds de réserve pour les opérations de maintien de la paix dès lors que létablissement dune nouvelle opération est quasiment assuré, après avoir obtenu laccord du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires, mais avant ladoption dune résolution par le Conseil de sécurité;
d) Le Secrétariat devrait réexaminer toutes les politiques et procédures concernant les achats (en faisant des propositions à lAssemblée générale sur les amendements à apporter, le cas échéant, au Règlement financier et aux règles de gestion financière), afin notamment de faciliter le déploiement rapide et complet dune opération dans les délais proposés;
e) Le Secrétariat devrait réexaminer les politiques et procédures de gestion financière des missions opérationnelles, en vue de donner à celles-ci une plus grande latitude dans la gestion de leur budget;
f) Le Secrétariat devrait relever le montant de la procuration donnée aux missions opérationnelles en matière dachats (le plafond actuel de 200 000 dollars pouvant être porté jusquà 1 million de dollars, selon la taille et les besoins de la mission), pour tous les biens et services disponibles sur le marché local et ne faisant pas lobjet dun contrat-cadre ou dune commande permanente.
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