| I. Impératif
du changement | II. Doctrine, stratégie et prise de décisions
concernant les opérations de paix |
| III. Capacités de lONU à mener une opération rapidement et
efficacement |
| IV. Planification des opérations de maintien de la paix et
services dappui : moyens et structure disponibles au Siège |
| V. Les opérations de maintien de la paix à lère de
linformation |
| VI. Application des recommandations : les défis à relever |
| Annexes : I Membres du Groupe détude - II Références - III Résumé des
recommandations |
II. Doctrine, stratégie et prise de décisions concernant les opérations de paix
9. Le système des Nations Unies États Membres, Conseil de sécurité, Assemblée générale et Secrétariat doit sengager en faveur dopérations de paix avec prudence, en réfléchissant honnêtement sur le bilan des opérations menées au cours de la dernière décennie. Il doit modifier en conséquence la doctrine sur laquelle sont fondées ces opérations, affiner ses mécanismes danalyse et de prise de décisions pour répondre à la conjoncture actuelle et anticiper les exigences de lavenir, et mobiliser la créativité, limagination et la volonté nécessaires pour trouver dautres solutions face à des situations dans lesquelles les forces de maintien de la paix ne peuvent intervenir ou ne devraient pas être impliquées.
A. Définition des éléments des opérations de paix10. Les opérations de paix des Nations Unies font appel à trois activités principales : la prévention des conflits et le rétablissement de la paix, le maintien de la paix et la consolidation de la paix. La prévention à long terme des conflits sintéresse à leurs sources structurelles afin de fonder la paix sur des bases solides. Lorsque ces bases seffritent, laction préventive sefforce de les renforcer, généralement sous forme dinitiatives diplomatiques. Une telle action exige par définition ladoption dun profil bas; en cas de succès, elle peut même passer inaperçue.
11. Le rétablissement de la paix vise les conflits en cours et sefforce de les désamorcer par la diplomatie et la médiation. Les médiateurs peuvent être des envoyés de gouvernements, de groupes dÉtat, dorganisations régionales ou de lOrganisation des Nations Unies : ils peuvent aussi être des groupes gouvernementaux et non officiels, comme cela a été le cas par exemple, lors des négociations ayant abouti à un accord de paix au Mozambique. Le rétablissement de la paix peut même être loeuvre dune personnalité éminente, agissant à titre individuel.
12. Les opérations de maintien de la paix, lancées il y a 50 ans, ont connu au cours de la dernière décennie une évolution rapide : fondées sur le modèle classique, essentiellement militaire, dobservation du cessez-le-feu et de séparation des forces à lissue de guerres inter-États, elles ont intégré au fil des ans un ensemble complexe déléments, civils et militaires, associant leurs efforts pour édifier la paix au lendemain de guerres civiles qui laissent de dangereuses séquelles.
13. La consolidation de la paix est un terme dorigine plus récente qui, au sens où lentend le présent rapport, définit laction menée après les conflits, en vue de reconstituer des bases propres à affermir la paix et de fournir les moyens dédifier sur ces bases quelque chose de plus que la simple absence de guerre. Ainsi la consolidation de la paix recouvre, sans se limiter à elles, les activités de réintégration danciens combattants dans la société civile, le renforcement de létat de droit (par exemple par le biais de la formation et de la restructuration de la police locale et de la réforme du système judiciaire et pénal); lamélioration du respect des droits de lhomme par le biais de la surveillance, de léducation, de louverture denquêtes sur les mauvais traitements passés et présents; la fourniture dune assistance technique pour un développement démocratique (notamment une assistance pour lorganisation délections et un appui aux médias libres); et la mise en oeuvre de techniques de règlement des conflits et de réconciliation.
14. Pour être efficace, cette action doit être complétée par des activités dappui à la lutte contre la corruption, lexécution de programmes de déminage de caractère humanitaire, la promotion dactivités déducation et de lutte contre le virus de limmunodéficience humaine/syndrome dimmunodéficience acquise (VIH/sida) ainsi que contre dautres maladies transmissibles.
B. Les leçons du passé
15. Les succès discrets enregistrés par la diplomatie préventive à court terme et le rétablissement de la paix par des moyens pacifiques sont souvent, comme on la fait observer, invisibles sur le plan politique. Des envoyés et représentants personnels ou des représentants spéciaux du Secrétaire général ont parfois complété les initiatives diplomatiques des États Membres et, parfois, pris des initiatives quil était difficile aux États Membres de prendre. À titre dexemples dinitiatives de ce type (tirés des activités de rétablissement de la paix aussi bien que de diplomatie préventive), on peut citer la conclusion dun cessez-le-feu lors de la guerre entre la République islamique dIran et lIraq en 1988, la libération des derniers otages occidentaux détenus au Liban en 1991, et linitiative qui a permis déviter la guerre entre la République islamique dIran et lAfghanistan en 1998.
16. Ceux qui préconisent une action axée sur les causes sous-jacentes des conflits font valoir que les initiatives de ce type liées à des situations de crise se révèlent souvent insuffisantes ou trop tardives. Mais, lancées plus tôt, les initiatives diplomatiques peuvent se heurter au refus dun gouvernement qui ne voit pas limminence du problème ou refuse de ladmettre, ou est peut être lui-même une partie du problème. Il faut donc adopter des stratégies préventives à long terme pour compléter les initiatives à court terme.
17. Jusquà la fin de la guerre froide, les opérations de maintien de la paix des Nations Unies ont été pour la plupart des missions classiques de surveillance du cessez-le-feu sans responsabilité directe en matière de consolidation de la paix. La « stratégie dentrée » ou suite dévénements et décisions aboutissant à un déploiement était simple : guerre, cessez-le-feu, invitation à en surveiller lapplication, et déploiement dobservateurs ou dunités militaires, tandis que se poursuivaient les efforts pour parvenir à un règlement politique. Les besoins en matière de renseignements étaient aussi assez simples et les dangers que couraient les troupes relativement faibles. Mais les activités de maintien de la paix classiques, qui traitent des symptômes plutôt que des sources du conflit, nont pas de stratégie intégrée de sortie et le rétablissement de la paix qui y est associé progresse souvent lentement. En conséquence, des forces de maintien de la paix classiques sont en place depuis 10, 20, 30 et même 50 ans (comme à Chypre, au Moyen-Orient et en Inde/Pakistan). Comparées à des opérations plus complexes, elles sont relativement peu onéreuses et sur le plan politique, il est plus facile de les maintenir que de les retirer. Mais elles sont aussi plus difficiles à justifier à moins dêtre assorties dune action sérieuse et soutenue de consolidation de la paix qui cherche à transformer un accord de cessez-le-feu en accord de paix durable.
18. Depuis la fin de la guerre froide, les opérations de maintien de la paix ont été souvent associées à une mission de consolidation dans le cadre dopérations de paix complexes déployées dans un contexte de conflit interne. Ce contexte est cependant influencé par des acteurs extérieurs qui, à leur tour, influent sur lui : protecteurs politiques; marchands darmes; acheteurs de produits dexportation illicite; puissances régionales qui font entrer leurs propres forces en lice; et États voisins qui accueillent des réfugiés parfois systématiquement contraints de fuir leurs foyers. Lourds de telles conséquences au-delà des frontières du fait de protagonistes nationaux et extérieurs, ces conflits ont souvent un caractère « transnational » marqué.
19. Les dangers et les coûts quentraînent des opérations qui doivent se déployer dans un tel contexte sont bien plus grands que ceux quentraînent les opérations de maintien de la paix classiques. De plus, la complexité des tâches assignées à ces missions et la volatilité de la situation sur le terrain tendent à augmenter de pair. Depuis la fin de la guerre froide, des missions aussi complexes et aussi dangereuses ont été la règle plutôt que lexception : les missions des Nations Unies ont eu pour tâche descorter des convois de secours dans des endroits où la situation en matière de sécurité était si dangereuse que les opérations humanitaires ne pouvaient se poursuivre sans faire courir de grands risques au personnel; elles ont reçu mandat de protéger des victimes civiles de conflits en des endroits où les victimes potentielles couraient les plus grands dangers, et de contrôler les armes lourdes possédées par les parties locales quand ces armes étaient utilisées pour menacer la mission comme la population locale. Dans deux situations extrêmes, elles se sont vu confier le maintien de lordre et ladministration du pays lorsque les autorités locales nexistaient pas ou nétaient pas en mesure dexercer leurs fonctions.
20. Personne ne pouvait sattendre que ces missions soient aisées à accomplir. Au départ, les années 90 offraient des perspectives plus positives : les opérations de mise en oeuvre des accords de paix étaient limitées dans le temps et non dune durée indéterminée, et lorganisation délections nationales dans de bonnes conditions paraissait offrir une stratégie de sortie toute faite. Mais depuis lors, les opérations des Nations Unies ont tendance à intervenir dans des situations où aucune des parties ne peut prétendre à la victoire, soit quon se trouve dans une impasse sur le plan militaire, soit que des pressions de la communauté internationale aient mis fin aux hostilités, mais en tout état de cause le conflit subsiste. La mise en place des opérations des Nations Unies se fait donc moins dans des situations daprès-conflit quelle ne se fait pour créer de telles situations. Autrement dit, les opérations visent à détourner du domaine militaire le conflit non terminé et les motivations personnelles, politiques ou autres qui le sous-tendaient pour les infléchir vers le domaine politique, et ce, dune manière durable.
21. Comme lOrganisation na pas
été longue à sen rendre compte, les parties locales signent des accords de paix
pour des raisons très diverses, qui ne sont pas toutes propices à la paix. Des
« fauteurs de troubles »
des groupes (y compris des signataires) qui renient leurs engagements ou
cherchent par dautres moyens à saper un accord de paix par la violence se
sont opposés à la mise en oeuvre des accords de paix au Cambodge, ont plongé
lAngola, la Somalie et la Sierra Leone à nouveau dans la guerre civile et
orchestré le massacre de pas moins de 800 000 personnes au Rwanda. LOrganisation
doit être prête à affronter avec succès de tels groupes, dès lors quelle entend
enregistrer des succès durables en matière de maintien de la paix ou de consolidation de
la paix dans des situations de conflit interne ou transnational.
22. Il ressort dun nombre toujours plus élevé de rapports concernant de tels conflits que les fauteurs de troubles potentiels sont dautant plus incités à renier des accords de paix quils peuvent compter sur une source indépendante de revenus qui permette de payer des soldats, dacheter des armes et denrichir des chefs de faction et qui peut même avoir été le motif de la guerre. Comme des événements récents lattestent, la paix ne peut être durable lorsque pareils revenus proviennent du trafic illicite de stupéfiants, de pierres précieuses ou dautres marchandises de grande valeur.
23. Les États voisins peuvent encore compliquer davantage les choses en fermant les yeux sur la contrebande qui permet de financer la poursuite du conflit, en servant dintermédiaires ou en fournissant des bases pour les combattants. Pour être en mesure de contrecarrer laction de tels voisins, une opération de paix doit être assurée dun solide appui politique, logistique et/ou militaire dun ou de plusieurs grands pays ou de grandes puissances régionales. Limportance de cet appui devra être à la mesure de la difficulté de lopération.
24. Au nombre des autres facteurs qui influent sur la difficulté de la mise en oeuvre de la paix, on retiendra en premier lieu les origines du conflit. Elles peuvent se situer dans le domaine économique (par exemple, des questions relatives à la pauvreté, à la répartition des richesses, à la discrimination ou à la corruption), ou dans le domaine politique (la lutte pure et simple pour le pouvoir), ou être liées à des questions de ressources et denvironnement (lutte pour des ressources en eau rares), des questions ethniques ou religieuses, ou encore à des violations flagrantes des droits de lhomme. Les objectifs de caractère politique ou économique sont susceptibles de mieux se prêter à un compromis que les objectifs se situant dans le domaine du partage des ressources, de lethnicité ou de la religion. En deuxième lieu, la complexité du processus de négociation et de mise en oeuvre de la paix tend à être proportionnelle au nombre de parties locales et au degré de divergence des objectifs poursuivis (par exemple, certains peuvent préconiser lunité, et dautres la séparation). En troisième lieu, limportance des pertes en vies humaines, des déplacements de population et des dommages causés à linfrastructure aura des incidences sur limportance des doléances suscitées par la guerre et, partant, sur le degré de difficulté de la réconciliation, celle-ci exigeant quil soit remédié aux violations des droits de lhomme et quune solution soit trouvée pour faire face aux coûts et à la complexité de la reconstruction.
25. Un environnement relativement moins dangereux, où il ny a que deux parties, également éprises de paix, dont les objectifs sont concurrents mais accordés à la situation, qui ne disposent pas de sources illicites de revenus et dont les voisins et les protecteurs sont attachés à la paix, constitue un environnement assez propice. Dans des environnements moins propices, plus dangereux, où il y a au moins trois parties, inégalement attachées à la paix, dont les objectifs sont divergents, qui disposent de sources autonomes de revenus et darmes et dont les voisins sont disposés à acheter, vendre et accepter en transit des marchandises illicites, les missions des Nations Unies risquent de mettre en péril non seulement leur personnel, mais également la paix elle-même, à moins de sacquitter de leurs tâches avec la compétence et lefficacité que la situation exige et dêtre assurées du ferme soutien dune grande puissance.
26. Il est capital que les négociateurs, le Conseil de sécurité, les responsables de la planification des missions au Secrétariat de lONU et ceux qui participent à des missions sachent bien auquel de ces environnements politiques ou militaires ils vont avoir affaire, comprennent que, sitôt arrivés sur place, lenvironnement peut se dérober sous leurs pas et aient une idée claire de ce quils envisagent de faire en pareil cas. Chacun de ces éléments doit être intégré dans une stratégie dentrée et donc dans la décision elle-même qui interviendra sur le point de savoir si une opération est faisable et devrait même être entreprise.
27. À cet égard, il est tout aussi important de déterminer dans quelle mesure les autorités locales sont aptes et disposées à prendre des décisions difficiles mais nécessaires en matière politique et économique et à participer à la mise en place de processus et mécanismes de règlement des différends internes en sorte dempêcher la violence ou la reprise du conflit. Il sagit là de facteurs sur lesquels une mission et lOrganisation nont guère de prise; pourtant, lexistence dun tel environnement coopératif joue un rôle déterminant dans le succès dune opération de paix.
28. Lorsquune opération de paix complexe est entreprise, il appartient aux membres des forces de maintien de la paix de garantir un environnement local sûr aux fins de la consolidation de la paix, tout comme il appartient au personnel chargé de consolider la paix dappuyer les changements politiques, sociaux et économiques garants dun environnement sûr qui soit autonome. Seul un tel environnement offre aux forces de maintien de la paix la possibilité dun retrait dans de bonnes conditions, à moins que la communauté internationale naccepte la perspective de voir le conflit reprendre après le retrait de ses forces. Lexpérience nous enseigne que les personnels militaire et civil chargés respectivement du maintien et de la consolidation de la paix sont des partenaires indissociables dans le cadre dopérations complexes, les seconds ne pouvant sacquitter de leurs tâches sans le soutien des premiers, et les premiers ne pouvant se retirer sans lappui des seconds.
C. Implications pour laction préventive
29. Les opérations de paix des Nations Unies nont concerné quun tiers des situations de conflit apparues dans les années 90. Étant acquis que même des mécanismes beaucoup plus perfectionnés en vue de la mise sur pied et du soutien des opérations de maintien de la paix des Nations Unies ne permettront pas au système des Nations Unies de déployer de telles opérations dans toutes les situations de conflit en tout point du globe, il est urgent que lONU et les États Membres mettent en place un système plus efficace de prévention durable des conflits. De toute évidence, la prévention est de loin préférable pour ceux qui autrement devraient endurer les conséquences de la guerre, et pour la communauté internationale, cest une option moins coûteuse quune intervention militaire, les secours humanitaires durgence ou les travaux de reconstruction à lissue dune guerre. Comme le Secrétaire général le fait observer dans le récent rapport quil a établi en vue du Sommet du millénaire (A/54/2000), « chaque étape franchie sur la voie de la réduction de la pauvreté et de la croissance économique marque un progrès dans le sens de la prévention des conflits ». Dans de nombreux cas de conflit interne, « la pauvreté saccompagne de clivages ethniques ou religieux », dans lesquels les droits de minorités « ne sont pas suffisamment respectés [et] les institutions de lÉtat ne font pas à ces [groupes] une place suffisante ». Des stratégies préventives durables doivent, dans de tels cas, contribuer à « promouvoir les droits de lhomme, protéger les droits des minorités et mettre en place des institutions politiques dans lesquelles tous les groupes sont représentés... [I]l faut que chaque groupe se convainque que lÉtat appartient à tous. »
30. Le Groupe détude tient à féliciter lÉquipe spéciale pour la paix et la sécurité constituée au sein du Secrétariat pour les travaux quelle mène dans le domaine de la prévention à long terme, en particulier lidée que les organismes des Nations Unies qui soccupent des questions de développement devraient considérer laction humanitaire et le développement sous langle de la prévention des conflits et faire de la prévention à long terme un des axes majeurs de leurs programmes, en adaptant à cet effet des instruments comme les bilans communs de pays et le Plan-cadre des Nations Unies pour laide au développement.
31. Pour permettre à lOrganisation de mieux anticiper sur déventuelles situations durgence complexes et donc doeuvrer dans le domaine de la prévention à court terme, il y a environ deux ans, les départements du Siège qui font partie du Comité exécutif pour la paix et la sécurité ont créé le Cadre interinstitutionnel/interdépartemental de coordination dont font partie à lheure actuelle 10 départements, fonds, programmes et organismes. Lélément moteur, qui est lÉquipe du Cadre, se réunit chaque mois au niveau des directeurs pour faire le point sur les zones menacées, planifier les réunions dexamen de pays (ou de situation) et identifier les mesures préventives à prendre. Le mécanisme du Cadre a amélioré les contacts entre les départements, mais il na pas acquis de savoir systématique et ne fait pas de planification stratégique. Cela pourrait expliquer la difficulté quéprouve le Secrétariat à convaincre les États Membres de la nécessité de traduire concrètement leur attachement déclaré à des mesures de prévention des conflits à court terme et à long terme par un soutien politique et financier adéquat. Dans lintervalle, les rapports annuels du Secrétaire général pour 1997 et 1999 (A/52/1 et A/54/1) ont mis laccent expressément sur la prévention des conflits. La Commission Carnegie sur la prévention des conflits et lAssociation des États-Unis pour les Nations Unies, entre autres, ont réalisé aussi des études intéressantes sur la question. Par ailleurs, plus de 400 fonctionnaires de lONU ont suivi une formation systématique dans le domaine de l« alerte avancée » à lÉcole des cadres des Nations Unies, à Turin.
32. La prévention à court terme est tributaire de lenvoi de missions détablissement des faits et autres initiatives importantes du Secrétaire général. Toutefois, laction préventive bute généralement sur deux grands obstacles. En premier lieu, il y a le souci légitime et compréhensible des États Membres, en particulier ceux qui sont petits et vulnérables, de voir respecter leur souveraineté. Les initiatives que peuvent prendre un autre État Membre, surtout un voisin plus puissant, ou une organisation régionale dominée par un de ses membres, sont de nature à aviver ce souci. Un État en proie à des difficultés internes serait plus disposé à accepter des ouvertures du Secrétaire général, compte tenu de lindépendance reconnue de sa charge et de lautorité morale que celle-ci lui confère, ainsi que de la lettre et de lesprit de la Charte, qui fait obligation au Secrétaire général de proposer son assistance et aux États Membres de donner à lOrganisation « pleine assistance », comme précisé notamment au paragraphe 5 de lArticle 2 de la Charte. Les missions détablissement des faits sont un instrument qui facilite loffre de bons offices du Secrétaire général.
33. Le second obstacle qui peut entraver lefficacité de laction préventive est constitué par lécart existant entre les prises de position verbales et lappui financier et politique donné à la prévention. LAssemblée du millénaire offre à tous les intéressés loccasion de réévaluer leur engagement dans ce domaine et dexaminer les recommandations en matière de prévention contenues dans le rapport du millénaire et les observations formulées récemment par le Secrétaire général à la deuxième séance publique du Conseil de sécurité sur la prévention des conflits. À cette occasion, le Secrétaire général a souligné la nécessité de renforcer la collaboration entre le Conseil de sécurité et les autres organes principaux des Nations Unies sur les questions liées à la prévention des conflits et sur les moyens de collaborer plus étroitement avec des acteurs autres que les États, notamment les entreprises, pour éviter les conflits ou les désamorcer.
34. Résumé des principales recommandations concernant laction préventive :
a) Le Groupe détude fait siennes les recommandations du Secrétaire général ayant trait à la prévention des conflits contenues dans le rapport du millénaire et dans les observations quil a formulées à la deuxième séance publique du Conseil de sécurité sur la prévention des conflits en juillet 2000, en particulier lappel quil a lancé à « tous ceux qui soccupent de prévention des conflits et de développement lONU, les institutions de Bretton Woods, les gouvernements et les organisations de la société civile [pour quils sattaquent] à ces problèmes de façon plus cohérente »;
b) Le Groupe détude encourage le Secrétaire général à dépêcher plus fréquemment des missions détablissement des faits dans les zones de tension et souligne lobligation quont les États Membres, au titre du paragraphe 5 de lArticle 2 de la Charte, de donner « pleine assistance » à de telles activités de lOrganisation.
D. Implications pour la stratégie de consolidation de la paix
35. Le Conseil de sécurité et le Comité spécial des opérations de maintien de la paix de lAssemblée générale ont tous deux constaté et reconnu que la consolidation de la paix était un élément important des opérations de maintien de la paix et contribuait pour beaucoup à leur succès. Ainsi, dans une déclaration de son Président adoptée le 29 décembre 1998, le Conseil de sécurité a encouragé le Secrétaire général à « envisager la possibilité de mettre en place des structures de consolidation de la paix après les conflits dans le cadre des efforts accomplis par le système des Nations Unies pour parvenir à un règlement pacifique durable des différends ». Pour sa part, le Comité spécial des opérations de maintien de la paix, dans le rapport quil a présenté plus tôt en 2000, a souligné quil importait de définir explicitement et didentifier clairement les diverses composantes dun programme de consolidation de la paix avant de les intégrer dans le mandat dopérations de paix complexes, afin de permettre ensuite à lAssemblée générale dexaminer sil est opportun de continuer à appuyer des éléments clefs du programme de consolidation de la paix lorsquune opération complexe arrive à son terme.
36. Des bureaux dappui aux programmes de consolidation de la paix ou des bureaux politiques de lONU peuvent être créés pour faire suite à une opération de paix, comme au Tadjikistan ou en Haïti, ou indépendamment dune telle opération, comme au Guatemala ou en Guinée-Bissau. De tels bureaux, qui collaborent à la fois avec les services gouvernementaux et avec des entités non gouvernementales, contribuent à la consolidation de la paix après les conflits, et conjuguent leurs efforts à ceux des organismes de développement de lONU qui sont déjà sur place et qui sefforcent de rester neutres tout en sattaquant aux causes du conflit.
37. Pour être efficaces, les programmes de consolidation de la paix requièrent la participation active des parties locales, qui doit être multidimensionnelle. Premièrement, toutes les opérations de paix devraient être dotées de moyens suffisants pour que les conditions de vie des gens dans la zone de la mission saméliorent sensiblement, et ce, assez tôt après la mise en place de la mission. Une somme représentant un faible pourcentage des fonds alloués à la mission devrait être mise à la disposition du chef de mission pour financer des « projets à impact rapide » ayant pour objectif dapporter de réelles améliorations aux conditions de vie des populations, ce qui contribuerait à rendre la nouvelle mission plus crédible. Le coordonnateur résident/coordonnateur humanitaire de léquipe de pays de lONU déjà en place, qui ferait office de conseiller principal pour ces projets, devrait sassurer que les dépenses sont justifiées et que les projets nentrent pas en concurrence avec dautres programmes de développement ou daide humanitaire.
38. Deuxièmement, la tenue délections « libres et régulières » devrait être considérée comme faisant partie intégrante du processus général de renforcement des institutions dun pays. Or, il nest possible dengager un processus électoral que si lon arrive à convaincre les populations qui se relèvent dune guerre que les élections constituent un mécanisme approprié et crédible leur permettant, mieux que la lutte armée, de se faire entendre. Les élections doivent donc sappuyer sur un processus plus large de démocratisation et dorganisation de la société civile qui comprenne la mise en place dune administration civile efficace fondée sur le respect des droits humains fondamentaux, faute de quoi elles ne servent quà légitimer le pouvoir tyrannique exercé par la majorité, ou risquent dêtre annulées par un coup de force après le départ de la mission de paix.
39. Troisièmement, les observateurs de police civile des Nations Unies ne remplissent pas leur mission de consolidation de la paix sils se contentent de constater les abus et autres comportements inacceptables des membres de la police locale ou de chercher à décourager de tels comportements par leur simple présence ce qui est la conception classique, quelque peu étroite du rôle de la police civile. Aujourdhui, les membres de la police civile peuvent être chargés de réformer, dinstruire et de réorganiser les forces de police locales pour quelles observent les normes internationales en matière dexercice dune police démocratique et de respect des droits de lhomme, tout en ayant la capacité dintervenir efficacement en cas de troubles civils et de se défendre. Il faut aussi que les tribunaux devant lesquels la police locale défère les criminels présumés et le système pénitentiaire établi par la loi soient politiquement impartiaux et ne subissent ni pressions ni menaces. Lorsquon décide dinclure des experts internationaux pénalistes, criminologues et spécialistes des droits de lhomme ainsi quune composante de police civile dans une mission de consolidation de la paix, il faut prévoir des effectifs suffisants si lon veut renforcer létat de droit et les institutions sur lesquelles il se fonde. Quand il y va de la justice, de la réconciliation et de la lutte contre limpunité, le Conseil de sécurité devrait autoriser de tels experts, ainsi que des enquêteurs et des médecins légistes, à participer aux interpellations et au jugement des personnes inculpées de crimes de guerre, afin daider les tribunaux pénaux internationaux à sacquitter de leur mandat.
40. Alors quune telle démarche semble aller de soi, il est arrivé, au cours des 10 dernières années, que le Conseil de sécurité ait autorisé le déploiement dune composante de police forte de plusieurs milliers de personnes dans le cadre dune opération de maintien de la paix, mais ait hésité à doter la même mission ne serait-ce que de 20 ou 30 pénalistes. En outre, le rôle que doit jouer aujourdhui la police civile doit être mieux compris et faire lobjet dune réflexion plus poussée. Il faut que lOrganisation revoie de fond en comble la façon dont elle conçoit ce rôle et dont elle utilise les forces de police civile dans les opérations de paix. Promouvoir létat de droit et le respect des droits de lhomme exige un travail déquipe et une approche coordonnée et collégiale, sappuyant sur une riche palette de compétences : pénalistes, criminologues et spécialistes des droits de lhomme et de lexercice de la police.
41. Quatrièmement, la composante droits de lhomme dune opération de paix est un élément décisif de la consolidation de la paix. Les fonctionnaires de lONU spécialistes des droits de lhomme peuvent jouer un rôle de premier plan, en contribuant par exemple à la mise en oeuvre dun programme général de réconciliation nationale. Toutefois, cette composante na pas toujours reçu lappui politique et administratif qui simposait, et les autres composantes nont pas toujours clairement compris sa fonction. Le Groupe détude tient donc à souligner quil importe de sensibiliser les personnels militaires, civils et de police aux questions relatives aux droits de lhomme et aux dispositions pertinentes du droit international humanitaire. À cet égard, le Groupe détude prend note avec satisfaction de la circulaire du Secrétaire général datée du 6 août 1999 intitulée « Respect du droit international humanitaire par les forces des Nations Unies » (ST/SGB/1999/13).
42. Cinquièmement, la composante désarmement, démobilisation et réinsertion des anciens combattants qui est indispensable si lon veut rétablir la stabilité et éviter les risques de reprise du conflit apporte une contribution directe à la sécurité publique et à létat de droit. Mais lobjectif fondamental de cette composante ne peut être atteint tant que ses trois volets nont pas été réalisés. Les soldats démobilisés (qui ne se laissent presque jamais complètement désarmer) sont généralement enclins à recourir à la violence sils nont pas de moyens de subsistance légitimes, cest-à-dire sils ne peuvent se réinsérer dans léconomie locale. Or, le volet réinsertion est uniquement financé à laide de contributions volontaires, dont le montant est souvent très inférieur aux besoins.
43. Au cours des 10 dernières années, les programmes de désarmement, de démobilisation et de réinsertion ont fait partie intégrante dau moins 15 opérations de maintien de la paix. Plus de 12 organismes et programmes des Nations Unies, ainsi que des organisations non gouvernementales internationales et locales, financent ces programmes. Il semble donc indispensable, compte tenu notamment du grand nombre dacteurs qui participent à la planification et à lexécution de ces programmes, quun coordonnateur soit nommé au sein du système des Nations Unies.
44. Pour que les programmes de consolidation de la paix portent leurs fruits, il faut aussi que les activités très diverses quils comportent soient coordonnées. De lavis du Groupe détude, lONU devrait être chargée de la coordination des activités de la communauté des donateurs entrant dans le cadre de la consolidation de la paix. Il lui semble aussi quil serait très utile de créer une capacité institutionnelle permanente et consolidée au sein du système des Nations Unies, et estime que cest au Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, en sa qualité de Président du Comité exécutif pour la paix et la sécurité quil faudrait confier la responsabilité de coordonner toutes les activités de consolidation de la paix. Le Groupe détude appuie par ailleurs les efforts actuellement menés conjointement par le Département des affaires politiques et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en vue de renforcer la capacité de lONU dans ce domaine. En effet, la consolidation de la paix est une combinaison dactivités politiques et dactivités de développement qui, toutes, sattaquent aux causes du conflit.
45. Le Département des affaires politiques, le Département des opérations de maintien de la paix, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, le Département des affaires de désarmement, le Bureau des affaires juridiques, le PNUD, le Fonds des Nations Unies pour lenfance (UNICEF), le Haut Commissariat aux droits de lhomme, le HCR, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la protection des enfants en période de conflit armé et le Coordonnateur des Nations Unies pour les mesures de sécurité sont représentés au Comité exécutif auquel le Groupe de la Banque mondiale a également été invité à participer et qui constitue de ce fait linstance idéale pour ce qui est de la formulation de stratégies de consolidation de la paix.
46. Toutefois, la formulation de stratégies doit être distincte de leur mise en oeuvre et il convient de procéder à une division rationnelle des tâches entre les différents membres du Comité exécutif. De lavis du Groupe détude, le PNUD a un potentiel inexploité dans ce domaine, et est le mieux placé pour diriger, en coopération avec les autres organismes, fonds et programmes des Nations Unies et la Banque mondiale, la mise en oeuvre des activités de consolidation de la paix. Le Groupe détude recommande donc que le Comité exécutif propose au Secrétaire général une série de mesures propres à renforcer la capacité de lONU délaborer des stratégies de consolidation de la paix et dexécuter des programmes sinscrivant dans le cadre de ces stratégies. Le Comité exécutif devrait aussi définir des critères permettant de déterminer dans quels cas il est utile de nommer un envoyé politique de haut vol ou un représentant du Secrétaire général pour donner plus de visibilité et de poids politique aux activités de consolidation de la paix dans une région ou un pays qui se relève dun conflit.
47. Résumé des principales recommandations concernant la consolidation de la paix :
a) Une somme représentant un faible pourcentage du budget prévu pour la première année de la mission devrait être mise à la disposition du représentant du Secrétaire général ou de son représentant spécial pour financer, en suivant les conseils du coordonnateur résident de léquipe de pays de lONU, des projets à impact rapide dans la zone dopérations de la mission;
b) Le Groupe détude recommande que lOrganisation revoie de fond en comble lutilisation des forces de police civile, des autres éléments dappui à létat de droit et des spécialistes des droits de lhomme dans les opérations de paix complexes, afin de mettre davantage laccent sur le renforcement de létat de droit et le respect des droits de lhomme après les conflits;
c) Le Groupe détude recommande que les organes délibérants inscrivent au budget statutaire des opérations de paix complexes des programmes de démobilisation et de réinsertion dès la première phase des opérations, afin de favoriser la dissolution rapide des factions belligérantes et de réduire les risques de reprise du conflit;
d) Le Groupe détude recommande que le Comité exécutif pour la paix et la sécurité examine et propose au Secrétaire général une série de mesures visant à renforcer la capacité permanente de lONU délaborer des stratégies de consolidation de la paix et dexécuter des programmes dans le cadre de ces stratégies.
E. Implications pour la doctrine et la stratégie de maintien de la paix
48. Le Groupe détude convient que laccord des parties locales, limpartialité et la limitation de lemploi de la force aux cas de légitime défense demeurent les principes de base du maintien de la paix. Toutefois, lexpérience récente a montré que, dans le cas de conflits internes/transnationaux, laccord des parties peut faire lobjet de diverses manoeuvres. Ainsi, une partie peut accepter une présence de lONU uniquement pour gagner du temps et réorganiser ses forces, puis se rétracter lorsque lopération de maintien de la paix ne sert plus ses intérêts. Dautres peuvent chercher à limiter la liberté de mouvement dune opération, violer délibérément les termes dun accord ou le dénoncer purement et simplement. Par ailleurs, même lorsque les dirigeants dune faction sengagent fermement à faire la paix, leurs forces ne sont pas toujours aussi disciplinées que les armées classiques avec lesquelles les membres des opérations traditionnelles de maintien de la paix collaborent; en outre, ces forces peuvent se diviser en plusieurs factions qui nexistaient pas lors de la signature de laccord de paix en vertu duquel la mission de lONU a été créée, et les conséquences qui en résultent navaient pas été envisagées dans laccord en question.
49. Dans le passé, lONU sest souvent trouvée démunie face à ce type de problèmes. Toutefois, le présent rapport part de lhypothèse quelle doit être en mesure de le faire. Une fois quune mission a été mise en place, les soldats de la paix des Nations Unies doivent pouvoir sacquitter de leurs tâches avec professionnalisme et remplir leur mission, ce qui signifie que les unités militaires de lONU doivent être en mesure de se défendre, de défendre dautres composantes de la mission et dassurer lexécution du mandat de celle-ci. Les règles dengagement devraient non seulement permettre aux contingents de riposter au coup par coup, mais les autoriser à lancer des contre-attaques assez vigoureuses pour faire taire les tirs meurtriers dirigés contre des soldats des Nations Unies ou les personnes quils sont chargés de protéger et, dans les situations particulièrement dangereuses, à ne pas laisser linitiative à leurs attaquants.
50. Dans le contexte de telles opérations, on entend par impartialité ladhésion aux principes consacrés par la Charte et aux objectifs dun mandat qui repose sur ces principes. Ainsi, être impartial ne signifie pas être neutre et ne revient pas à traiter toutes les parties de la même façon, en toutes circonstances et à tout moment, ce qui relèverait plutôt dune politique dapaisement. Si lon se place dun point de vue moral, les parties, dans certains cas, ne se situent pas sur un pied dégalité, lune étant de toute évidence lagresseur, lautre la victime; lemploi de la force nest alors pas seulement justifié sur le plan opérationnel, cest une obligation morale. Si le génocide rwandais a fait tant de victimes, cest en partie parce que la communauté internationale na pas utilisé ou renforcé lopération alors déployée dans le pays pour combattre un mal évident. Depuis lors, le Conseil de sécurité a établi, dans sa résolution 1296 (2000), que les pratiques consistant à prendre délibérément pour cible des civils et à refuser au personnel humanitaire le libre accès à ces derniers en période de conflit armé pouvaient constituer une menace contre la paix et la sécurité internationales et sest déclaré disposé, dans de telles situations, à adopter les mesures appropriées. Si une opération de paix des Nations Unies se trouve déjà sur place, cest elle qui sera chargée de mettre en oeuvre ces mesures; elle devrait donc être préparée à une telle éventualité.
51. De son côté, le Secrétariat devrait se garder de fonder ses prévisions sur des hypothèses trop optimistes dans les situations où le comportement passé des acteurs locaux peut laisser présager le pire. Il faudrait donc spécifier, dans le mandat de toute opération, si elle est autorisée à employer la force, auquel cas elle devrait être dotée deffectifs plus nombreux et mieux équipés. Elle serait certes plus coûteuse mais constituerait une menace plus crédible, et donc plus dissuasive, que la présence symbolique et non menaçante qui caractérise les opérations de maintien de la paix classiques. Dans le cas des opérations complexes, la taille de la force et sa configuration ne devraient laisser aucun doute dans lesprit des fauteurs de troubles quant aux intentions de lOrganisation. En outre, ces opérations devraient être dotées de services de renseignements et dautres moyens qui leur permettraient dorganiser leur défense face à des adversaires violents.
52. Tout État Membre qui consent à fournir des contingents à une opération de ce type doit aussi être prêt à assumer déventuelles pertes en vies humaines dans le cadre de lexécution de son mandat. Or, si les États Membres hésitent souvent à prendre un tel risque, et cest de plus en plus le cas depuis les difficiles missions du milieu des années 90, cest parce quils ne sont pas certains que la défense de leurs intérêts nationaux justifie un tel risque que, dailleurs, ils narrivent pas toujours à bien cerner. Aussi, lorsquil demande aux États Membres de fournir des contingents, le Secrétaire général doit être en mesure de démontrer que les pays qui répondent à son appel, voire tous les États Membres, ont tout intérêt à participer à la gestion et au règlement du conflit, ne serait-ce que parce quils appartiennent à une organisation dont la vocation est de rétablir la paix. Pour ce faire, le Secrétaire général devrait pouvoir présenter aux fournisseurs potentiels de contingents une évaluation des risques qui indique quels sont les enjeux de la guerre ou de la paix dans le cas considéré, et contienne une analyse des capacités et des objectifs des parties locales, ainsi quune estimation des ressources financières indépendantes auxquelles celles-ci ont accès et de lincidence que ces ressources peuvent avoir sur le maintien de la paix. Le Conseil de sécurité et le Secrétariat doivent aussi gagner la confiance des pays fournissant des contingents en les assurant que la stratégie et le concept des opérations dune nouvelle mission ont été bien conçus et que leurs contingents militaires ou leurs forces de police pourront compter sur un encadrement compétent et un commandement efficace.
53. Le Groupe détude souligne que les Nations Unies ne font pas la guerre. Lorsquil a fallu prendre des mesures coercitives, elles ont toujours été confiées à des coalitions dÉtats volontaires, avec lautorisation du Conseil de sécurité agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte.
54. La Charte encourage expressément la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales pour régler les conflits et établir et maintenir la paix et la sécurité. LOrganisation des Nations Unies participe activement, avec de bons résultats, à de nombreux programmes de coopération dans les domaines de la prévention des conflits, du rétablissement de la paix, des élections et de lassistance électorale, de la surveillance du respect des droits de lhomme et de laction humanitaire, ainsi quà dautres activités de consolidation de la paix après les conflits dans différentes parties du monde. Toutefois, dans le domaine des opérations de maintien de la paix, la prudence semble être de rigueur dans la mesure où les moyens et capacités militaires sont inégalement répartis dans le monde et où, dans les zones de tension, les troupes sont souvent moins bien préparées aux exigences des opérations de maintien de la paix modernes que dans dautres régions. Pour permettre à des soldats de la paix de toutes les régions de participer à une opération des Nations Unies ou mettre sur pied une opération de maintien de la paix régionale sur la base dune résolution du Conseil de sécurité, il faudrait fournir aux organisations régionales et sous-régionales des services de formation, du matériel, un appui logistique et dautres ressources.
55. Résumé des principales recommandations concernant la doctrine et la stratégie de maintien de la paix : une fois déployés, les soldats de la paix des Nations Unies doivent pouvoir sacquitter de leurs tâches avec professionnalisme et efficacité; ils doivent aussi, grâce à des règles dengagement fermes, être en mesure de se défendre et de défendre dautres composantes de la mission et lexécution du mandat de celle-ci contre ceux qui reviennent sur les engagements quils ont pris en vertu dun accord de paix ou qui, de toute autre façon, cherchent à y porter atteinte par la violence.
F. Des mandats clairs, crédibles et réalistes
56. En tant quorgane politique, le Conseil de sécurité recherche le consensus, même si ses décisions ne doivent pas nécessairement être prises à lunanimité. Mais le consensus exige des compromis qui nuisent parfois à la précision, et lambiguïté qui en résulte peut avoir des conséquences sérieuses sur le terrain si le mandat est interprété de façon différente par divers éléments de lopération ou si on a limpression, dans la zone de mission, que le Conseil nest pas vraiment résolu à faire appliquer la paix, ce qui encourage les fauteurs de trouble. Lambiguïté peut aussi avoir pour effet de gommer des divergences qui refont leur apparition plus tard, en situation de crise, et entravent alors lefficacité du Conseil. Tout en reconnaissant que les compromis politiques sont utiles dans bien des cas, le Groupe considère quen loccurrence le Conseil a tout intérêt à être clair, surtout pour des opérations qui comportent de grands risques. Le Groupe détude est convaincu que le Conseil ferait mieux de sabstenir plutôt que dexposer les personnels des missions au danger en leur donnant des instructions qui manquent de clarté.
57. Souvent, la première ébauche des missions de maintien de la paix est le fait des négociateurs, au moment où ils sefforcent de parvenir à un accord de paix et envisagent den confier la mise en oeuvre à lONU. Bien quil sagisse pour la plupart de négociateurs éminemment qualifiés, il est peu probable quils sachent avec précision ce dont les soldats, les policiers, le personnel des organisations humanitaires ou les conseillers électoraux travaillant dans une mission des Nations Unies ont besoin. Et les négociateurs qui sont extérieurs à lONU en savent encore beaucoup moins. Pourtant, ces dernières années, le Secrétariat a dû exécuter des mandats élaborés ailleurs, auxquels le Conseil na apporté que des changements mineurs.
58. Le Secrétariat doit être en mesure de bien faire comprendre au Conseil de sécurité que les demandes adressées à lOrganisation concernant la mise en oeuvre daccords de cessez-le-feu ou daccords de paix doivent répondre à un certain nombre de conditions minimales avant que le Conseil ne charge des forces placées sous le commandement des Nations Unies den assurer la mise en oeuvre. Au nombre de ces conditions, on citera : la présence de conseillers/observateurs aux négociations de paix; la conformité des accords aux normes internationales relatives aux droits de lhomme et au droit humanitaire; lassurance que les tâches imparties aux Nations Unies sont réalisables (lappui devant être fourni localement est précisé), quelles contribuent à lélimination des causes du conflit ou ménagent le répit nécessaire pour que dautres puissent le faire. La qualité des conseils fournis aux négociateurs étant fonction de la connaissance de la situation sur le terrain, le Secrétaire général devrait être autorisé à prélever des ressources sur le Fonds de réserve pour les opérations de maintien de la paix, afin de conduire une enquête préliminaire dans la zone où la mission doit être déployée.
59. Lorsquil fournit des conseils sur les besoins des missions, le Secrétariat doit veiller à ne pas arrêter le niveau des forces et dautres ressources en fonction de ce quil considère politiquement acceptable pour le Conseil. En pratiquant ce type dautocensure, non seulement le Secrétariat se place en situation déchec, mais il sexpose aussi à devenir le bouc émissaire. Sil est vrai que les chances de voir se concrétiser une mission sont moindres lorsque les estimations de dépenses correspondent à des normes opérationnelles élevées, il ne faudrait pas que les États Membres simaginent rendre service à des pays en difficulté lorsquils dotent les missions de moyens insuffisants; il est plus probable, en effet, quen agissant de la sorte ils gaspillent ressources humaines, temps et argent.
60. De plus, le Groupe détude estime que tant que le Secrétaire général na pas obtenu des États Membres lengagement ferme quils fourniront les contingents nécessaires à lefficacité dune opération donnée, la mission ne devrait pas être mise en place. En déployant des forces insuffisantes et donc incapables daffermir une paix fragile, on suscite des espoirs voués à être déçus dans des populations qui viennent de sortir de la guerre ou sont encore aux prises avec un conflit, et on risque de jeter le discrédit sur le système des Nations Unies tout entier. Dans de telles circonstances, le Groupe détude est convaincu que le Conseil de sécurité devrait garder à létat de projet les résolutions qui prévoient le déploiement deffectifs assez nombreux dans le cadre dune opération de maintien de la paix jusquà ce que le Secrétaire général ait reçu des États Membres lassurance quils mettraient les contingents nécessaires à la disposition de lONU.
61. Il existe plusieurs moyens de pallier cette difficulté, notamment en améliorant, au stade de lélaboration du mandat, la coordination et la consultation entre les États susceptibles de fournir des contingents et les membres du Conseil de sécurité. On pourrait utilement institutionnaliser la procédure par laquelle le Conseil de sécurité consulte les pays qui fournissent des contingents, en créant un organe subsidiaire comme prévu à lArticle 29 de la Charte. Les États Membres qui fournissent des unités militaires constituées à telle ou telle opération devraient être systématiquement invités à assister aux séances dinformation que le Secrétariat organise à lintention du Conseil de sécurité sur des situations de crise susceptibles de mettre en danger la sécurité des personnels de la mission ou sur toute modification ou réinterprétation dun mandat dans le sens du recours à la force.
62. Enfin, il faut se féliciter de lévolution positive que dénotent le souhait exprimé par le Secrétaire général dassurer davantage de protection aux civils en situation de conflit armé ainsi que les mesures prises par le Conseil qui tendent à autoriser explicitement les Casques bleus à protéger les civils dans les situations de conflit. On pourrait présumer en effet que les soldats ou les policiers de la paix qui assistent à des exactions contre la population civile devraient être autorisés à y mettre fin, dans la mesure de leurs moyens, au nom des principes fondamentaux de lONU et, comme indiqué dans le rapport de la Commission denquête indépendante sur le Rwanda, en tenant compte du fait que « la présence des Nations Unies dans une zone de conflit suscite chez les civils une attente de protection » (S/1999/1257).
63. Le Groupe détude nest toutefois pas convaincu quil soit possible ou souhaitable denvisager un mandat général sur ce point. Il y a actuellement dans les zones de mission de lONU des centaines de milliers de civils exposés aux risques de violences et les forces déployées ne suffiraient pas à protéger ne serait-ce quune petite partie dentre eux, même si elles en recevaient lordre. En promettant dassurer une telle protection, les Nations Unies suscitent de grands espoirs, qui risquent dêtre invariablement déçus étant donné le grand décalage qui peut exister entre lobjectif poursuivi et les ressources disponibles pour latteindre. Si une opération a pour mandat de protéger des civils, elle doit nécessairement être dotée des ressources dont elle a besoin pour sacquitter de cette partie de sa mission.
64. Résumé des principales recommandations concernant les mandats :
a) Le Groupe détude recommande quavant daccepter de déployer une opération portant sur la mise en oeuvre dun accord de cessez-le-feu ou dun accord de paix, le Conseil de sécurité sassure que laccord en question réponde à certaines conditions minimales, concernant notamment sa conformité avec les normes internationales relatives aux droits de lhomme, la faisabilité des tâches envisagées et les délais prévus;
b) Le Conseil de sécurité devrait garder à létat de projet les résolutions prévoyant le déploiement deffectifs assez nombreux jusquà ce que le Secrétaire général ait reçu des États Membres lassurance quils fourniraient les contingents et autres éléments dappui indispensables, notamment en matière de consolidation de la paix;
c) Le Conseil de sécurité devrait, dans ses résolutions, doter des moyens nécessaires les opérations qui sont déployées dans des situations potentiellement dangereuses, et prévoir notamment une chaîne de commandement bien définie et présentant un front uni;
d) Lorsquil sagit délaborer ou de modifier le mandat dune mission, le Secrétariat doit dire au Conseil de sécurité ce quil doit savoir plutôt que ce quil veut entendre, et les pays qui se sont engagés à fournir des unités militaires devraient être invités à assister aux séances dinformation que le Secrétariat organise à lintention du Conseil sur des questions touchant à la sécurité de leur personnel, en particulier lorsque le recours à la force est envisagé.
G. Capacités en matière de collecte et danalyse dinformations et de planification stratégique
65. Pour que lONU puisse appliquer une approche stratégique à la prévention des conflits, au maintien de la paix et à la consolidation de la paix, il faut que les départements du Secrétariat qui ont compétence en matière de paix et de sécurité collaborent plus étroitement. Pour ce faire, et appuyer ainsi le travail du Comité exécutif pour la paix et la sécurité, instance décisionnelle de haut niveau chargée des questions relatives à la paix et à la sécurité, ils auront besoin doutils plus performants pour la collecte et lanalyse dinformations.
66. Le Comité exécutif pour la paix et la sécurité est lun des quatre comités sectoriels établis par le Secrétaire général dans le cadre de la réforme quil a entreprise au début de 1997 (voir A/51/829, sect. A). Les autres comités sont compétents, respectivement, pour les affaires économiques et sociales, les activités de développement et les affaires humanitaires. Le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de lhomme est membre des quatre comités. Ces comités, auxquels sont dévolus des pouvoirs de décision et des fonctions de coordination, ont été constitués de manière à faciliter une gestion plus concertée et plus coordonnée des activités des départements de lOrganisation. Présidé par le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, le Comité exécutif pour la paix et la sécurité a favorisé léchange dinformations et la coopération entre les départements, mais de laveu même de ses membres, il nest pas encore devenu lorgane de décision prévu dans le programme de réformes de 1997.
67. Le niveau actuel des effectifs au Secrétariat et le volume de travail dans le secteur de la paix et de la sécurité sont tels quune planification des politiques au niveau des départements est pratiquement impossible. Bien que la plupart des départements représentés au Comité exécutif pour la paix et la sécurité aient un service de planification ou délaboration des politiques, ils tendent à être absorbés par la gestion du quotidien. Pourtant, à moins de disposer dune capacité réelle de collecte et danalyse dinformations, le Secrétariat restera une institution à la remorque des événements, incapable de les anticiper, et le Comité exécutif pour la paix et la sécurité ne sera pas en mesure de remplir le rôle pour lequel il a été créé.
68. Le Secrétaire général et les membres du Comité exécutif pour la paix et la sécurité doivent pouvoir compter, au Secrétariat, sur une capacité spécialisée, qui serait chargée de recueillir un maximum de renseignements sur les situations de conflit, de diffuser largement ces renseignements, de produire des analyses et délaborer des stratégies à long terme. Cette capacité nexiste pas actuellement. Le Groupe détude propose donc de créer un secrétariat à linformation et à lanalyse stratégique (SIAS), qui dépendrait du Comité exécutif pour la paix et la sécurité.
69. Le SIAS serait constitué pour lessentiel déléments provenant des différents services départementaux chargés de lanalyse de linformation et des politiques en matière de paix et de sécurité, notamment le Groupe de lanalyse des politiques et le Centre de situation du Département des opérations de maintien de la paix; le Groupe de la planification des politiques du Département des affaires politiques; le Groupe de lélaboration des politiques du Bureau de la coordination des affaires humanitaires; et la Section de lanalyse des médias du Département de linformation.
70. Il faudrait recruter des effectifs supplémentaires pour doter le SIAS de compétences qui nexistent pas ailleurs dans le système ou dont les structures existantes ne peuvent pas se passer. Ainsi, il faudrait recruter un responsable (avec rang de directeur), une petite équipe danalystes militaires, des spécialistes de la police et des analystes fonctionnels hautement qualifiés, qui seraient responsables de la conception et de la gestion des bases de données du SIAS, lesquelles devraient être accessibles au Siège, dans les bureaux extérieurs et dans les missions.
71. Le SIAS entretiendrait des liens étroits avec le Groupe de la planification stratégique du Cabinet du Secrétaire général; la Division des interventions durgence du PNUD; le Groupe de la consolidation de la paix (voir par. 239 à 243); le Groupe de lanalyse de linformation du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (qui gère le site Relief Web); les bureaux de liaison à New York du Haut Commissariat aux droits de lhomme et du Haut Commissariat pour les réfugiés; le Bureau du Coordonnateur des Nations Unies pour les mesures de sécurité et le Service du suivi, de la gestion de la base de données et de linformation du Département des affaires de désarmement. Il faudrait inviter le Groupe de la Banque mondiale à rester en liaison avec le SIAS par lintermédiaire déléments comme ceux de lUnité de situation postconflictuelle.
72. En tant que service interdépartemental, le SIAS serait utile aux membres du Comité exécutif pour la paix et la sécurité tant à court terme quà long terme. Il permettrait de renforcer les fonctions du Centre de situation, grâce aux informations à jour quil recueillerait sur lactivité des missions ou sur des événements de portée mondiale. Il pourrait attirer lattention des membres du Comité exécutif sur les signes avant-coureurs dune crise et les informer en utilisant des techniques de présentation modernes. Il pourrait servir de centre danalyse pour les questions intéressant plusieurs départements et élaborer des rapports sur ces questions à lintention du Secrétaire général. Enfin, en fonction des missions ou des crises en cours, des intérêts des organes délibérants ou des apports des membres du Comité exécutif, le SIAS pourrait gérer lordre du jour du Comité exécutif, appuyer ses délibérations et contribuer à en faire lorgane décisionnel envisagé dans le programme de réformes initial du Secrétaire général.
73. Le SIAS devrait pouvoir faire appel aux éléments les plus qualifiés, tant à lintérieur quà lextérieur du système des Nations Unies, afin daffiner les analyses quil consacre à une région ou à une situation donnée. Il pourrait rendre compte au Secrétaire général et aux membres du Comité exécutif des efforts déployés par les Nations Unies et dautres partenaires afin de sattaquer aux causes et aux symptômes de conflits en cours ou naissants, et devrait être capable dévaluer lutilité et les conséquences dune intervention plus poussée de lONU. Il devrait établir la documentation de base qui servira aux équipes spéciales intégrées dont le Groupe recommande la création (voir par. 198 à 217) pour planifier et appuyer les opérations de maintien de la paix. Une fois quune opération est mise sur pied, il devrait continuer de fournir des analyses et de gérer les échanges dinformations entre la mission et les équipes spéciales intégrées.
74. Le SIAS devrait créer, gérer et utiliser des bases de données communes et intégrées qui, progressivement, se substitueraient à la masse de messages chiffrés, de rapports de situation quotidiens et des points de presse quotidiens, ainsi quaux contacts informels que les responsables de secteur et les décideurs entretiennent actuellement avec des collègues bien informés afin de se tenir au courant des événements qui se produisent dans leur domaine de compétence. Avec les précautions voulues, ces bases de données pourraient être rendues accessibles aux utilisateurs dun Intranet consacré aux opérations de paix (voir par. 255 et 256). Ces bases de données, accessibles au Siège comme sur le terrain grâce aux réseaux de communication à large bande dont le prix ne cesse de baisser, révolutionneraient la manière dont lOrganisation engrange des connaissances et analyse les grandes questions ayant trait à la paix et la sécurité. Le SIAS serait aussi appelé à se substituer au Cadre interdépartemental de coordination.
75. Résumé des principales recommandations concernant la gestion de linformation et lanalyse stratégique : le Secrétaire général devrait créer un organe, dénommé ci-après le Secrétariat à linformation et à lanalyse stratégique (SIAS), pour répondre aux besoins des membres du Comité exécutif pour la paix et la sécurité en matière danalyse et dinformation; le SIAS serait administré conjointement par le Département des affaires politiques et le Département des opérations de maintien de la paix, auxquels il rendrait compte.
H. Problèmes posés par la mise en place dune administration civile transitoire
76. Jusquà la mi-1999, lONU navait mené quune poignée dopérations sur le terrain comportant des éléments dune administration civile ou de supervision dune telle administration. En juin 1999 cependant, le Secrétariat a reçu pour instruction de mettre en place une administration civile transitoire au Kosovo et, trois mois plus tard, il a été chargé dune mission similaire au Timor oriental. Les efforts déployés par lONU pour mettre sur pied et mener à bien ce type dopérations transparaissent dans les sections du présent rapport consacrées au déploiement rapide ainsi quaux effectifs et à la structure du Siège.
77. Les problèmes que posent ces opérations et les responsabilités quelles impliquent sont tout à fait spécifiques : aucune autre opération ne doit définir et faire respecter la loi, mettre en place des services de douane et un régime douanier, fixer la fiscalité applicable aux entreprises et aux personnes physiques et collecter limpôt, attirer des investissements étrangers, se prononcer sur des différends en matière de biens mobiliers et accorder des indemnités pour dommages de guerre, reconstruire et assurer le bon fonctionnement de lensemble des services destinés aux collectivités, créer un système bancaire, faire fonctionner les écoles et payer les enseignants, et assurer le ramassage des ordures, le tout dans une société ravagée par la guerre, et au moyen de contributions volontaires, étant donné que le budget affecté aux missions, même aux missions « dadministration transitoire », ne prévoit pas le financement des administrations locales. De plus, les missions dadministration civile transitoire doivent également essayer de reconstruire la société civile et de promouvoir le respect des droits de lhomme alors que les griefs sont nombreux et les rancunes profondément enracinées.
78. Ces divers problèmes sinscrivent cependant dans une problématique plus générale, à savoir si cest effectivement à lONU de jouer un tel rôle et, dans laffirmative, si ce rôle doit être considéré comme un élément des opérations de paix ou être assumé par une autre structure. Il est certes possible que le Conseil de sécurité ne confie plus de telles missions à lOrganisation, mais il est tout aussi vrai que personne ne sattendait à ce quil le fasse pour le Kosovo et le Timor oriental. Il existe toujours des conflits dans certains États, et linstabilité est difficile à prévoir, de sorte quen dépit dune ambivalence manifeste des États Membres et du Secrétariat, il se pourrait fort bien que dautres missions dadministration civile soient menées à lavenir, et dans les mêmes conditions durgence. Le Secrétariat se trouve donc face à un dilemme : soit partir du principe quune administration transitoire, par définition, nimplique quune responsabilité transitoire, ne pas se préparer à de futures missions et, par conséquent, les mener dans de mauvaises conditions sil est de nouveau appelé à le faire, soit bien se préparer et, de ce fait, être de plus en plus fréquemment appelé à en mener. Une chose est cependant certaine : si le Secrétariat estime quà lavenir de telles missions seront la règle plutôt que lexception, il est alors indispensable de créer, au sein du système des Nations Unies, une structure à laquelle en confier la responsabilité. Dans lintervalle, le Département des opérations de maintien de la paix doit continuer à assumer ce rôle.
79. Quoi quil en soit, les missions dadministration civile transitoire sont confrontées à un problème auquel il est urgent dapporter une réponse, à savoir celui du « droit applicable ». Dans les deux régions où lONU assume désormais la responsabilité de la justice et de la police, linfrastructure juridique et judiciaire locale était inexistante, non opérationnelle, ou faisait lobjet dintimidation de la part déléments armés. De plus, dans les deux cas, la législation et le système juridique en vigueur avant le conflit étaient remis en question ou rejetés par des groupes clefs de la population considérés comme les victimes des conflits.
80. Même si le choix du code pénal local paraissait simposer, il nen faudrait pas moins que les juristes attachés à la mission se familiarisent suffisamment avec celui-ci et les procédures associées pour être en mesure de poursuivre et de juger les affaires devant les tribunaux, ce qui, en raison des différences de langue, de culture, de coutume et dexpérience, pourrait facilement demander six mois ou plus. Que faire dans lintervalle? LONU na pour linstant pas de réponse à cette question. Par ailleurs, il se peut que de puissantes factions politiques locales profitent de cette période dapprentissage pour mettre en place leurs propres administrations parallèles, et que les syndicats du crime exploitent sans se priver tout vide juridique ou policier quils peuvent trouver.
81. Ces tâches auraient été beaucoup plus faciles à exécuter si la mission avait pu disposer dune ensemble type de règles juridiques et judiciaires qui auraient servi à titre intérimaire de code juridique, et auquel le personnel aurait été formé au préalable, en attendant dapporter une réponse définitive à la question du « droit applicable ». Bien que rien ne soit en cours à ce sujet dans les services du Conseil juridique de lONU, les entretiens avec des universitaires ont montré que lon avait quelque peu progressé en dehors de lONU en vue de régler ce problème, compte tenu en particulier de lexistence des principes, principes juridiques, codes et procédures contenus dans plusieurs dizaines de conventions et de déclarations internationales concernant les droits de lhomme, le droit humanitaire ainsi que les principes directeurs applicables à la police, à la magistrature et au système pénal.
82. Le but de ces recherches est de parvenir à élaborer un code qui énonce les principes de base du droit et de la procédure afin dassurer le respect de la légalité, de faire appel à des juristes internationaux et de se fonder sur des normes acceptées au plan international pour des crimes tels que meurtres, viols, incendies volontaires, enlèvements et violences graves. Il est probable quun tel « code type » ne couvrira pas le droit des biens, mais au moins il permettra aux membres de la mission de lONU de poursuivre efficacement ceux qui se seront rendus coupables davoir incendié la maison de leurs voisins, en attendant de pouvoir régler la question du point de vue du droit des biens.
83. Résumé des principales recommandations concernant ladministration civile transitoire : Le Groupe détude recommande que le Secrétaire général invite un groupe de juristes internationaux, y compris dexperts connaissant les opérations de lONU dont le mandat prévoit la mise en place dune administration transitoire, à déterminer dans quelle mesure il serait possible et utile délaborer un code pénal, y compris déventuelles variantes régionales, destiné à être utilisé de façon temporaire par les opérations de lONU en attendant le rétablissement de létat de droit et des capacités locales en matière de police.
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