| I. Impératif du changement | II. Doctrine, stratégie et prise de décisions concernant les opérations de paix |
| III. Capacités de l’ONU à mener une opération rapidement et efficacement |
| IV. Planification des opérations de maintien de la paix et services d’appui : moyens et structure disponibles au Siège |
| V. Les opérations de maintien de la paix à l’ère de l’information |
| VI. Application des recommandations : les défis à relever |
| Annexes : I Membres du Groupe d’étude - II Références - III Résumé des recommandations |

I. Impératif du changement

1. L’Organisation des Nations Unies a été fondée, selon sa Charte, pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre ». Relever ce défi constitue la fonction la plus importante de l’Organisation et, dans une large mesure, le critère par rapport auquel elle est jugée par les peuples au service desquels elle se trouve. Au cours des 10 dernières années, l’ONU a connu plusieurs échecs face à ce défi, et elle n’est guère en mesure de faire mieux aujourd’hui. À moins de changements institutionnels importants, d’un appui financier plus solide et d’un engagement renouvelé de la part de ses membres, l’ONU n’aura pas les moyens, dans les mois et les années qui viennent, d’exécuter les tâches cruciales de maintien et de consolidation de la paix que les États Membres lui confient. Il est certes beaucoup de tâches que les forces de maintien de la paix de l’ONU ne devraient pas se voir demander d’accomplir, et beaucoup d’endroits où elles ne devraient pas être déployées. Mais une fois que l’ONU envoie ses forces quelque part pour y soutenir la paix, ces forces devraient être en mesure d’affronter sur place les forces rémanentes de la guerre et de la violence avec les moyens et la volonté de les vaincre.

2. Le Secrétaire général a demandé au Groupe d’étude sur les opérations de paix – dont les membres ont l’expérience de divers aspects de la prévention des conflits et du maintien et de la consolidation de la paix – d’évaluer les insuffisances du système actuel et de lui faire des recommandations franches, précises et réalistes en vue de le modifier. Nos recommandations ne sont pas seulement axées sur les aspects politiques ou stratégiques, mais aussi sur les déficiences opérationnelles et organisationnelles.

3. Pour que ses actions préventives réussissent à réduire les tensions et à prévenir les conflits, le Secrétaire général doit bénéficier d’un appui politique manifeste, solide et soutenu de la part des États Membres. Pour qu’une force de maintien de la paix atteigne son objectif, les meilleures intentions du monde ne sauraient remplacer l’élément essentiel à son succès : la crédibilité que donne la capacité d’action. L’ONU en a fait l’expérience à maintes reprises au cours des 10 dernières années. Mais la force à elle seule ne saurait engendrer la paix; elle ne peut qu’ouvrir un espace dans lequel la paix pourra être édifiée.

4. En d’autres termes, appui politique, déploiement rapide d’une force solide pouvant adopter une attitude de fermeté et stratégie rationnelle de consolidation de la paix sont les conditions essentielles au succès des opérations complexes qui pourront être lancées à l’avenir. Toutes les recommandations figurant dans le présent rapport visent, en quelque sorte, à permettre de réunir ces trois conditions. L’impératif du changement s’est imposé avec d’autant plus de force au vu des derniers événements survenus en Sierra Leone et face à la perspective redoutable d’un élargissement des opérations des Nations Unies en République démocratique du Congo.

5. Ces changements – essentiels certes – n’auront aucune incidence durable si les États Membres ne prennent au sérieux la responsabilité qui est la leur d’entraîner et d’équiper leurs propres forces et de les doter d’un mandat leur permettant d’agir collectivement, afin qu’ensemble, elles puissent affronter avec succès les menaces à la paix. Ils doivent faire preuve de la volonté politique nécessaire pour apporter à l’Organisation un appui politique, financier et opérationnel dès lors qu’ils ont décidé d’agir dans le cadre des Nations Unies – si l’on veut assurer la crédibilité de l’Organisation en tant que force de paix.

6. Les recommandations que présente le Groupe d’étude s’efforcent d’allier principes et pragmatisme, tout en respectant l’esprit et la lettre de la Charte des Nations Unies et les rôles respectifs des organes délibérants de l’Organisation. Elles se fondent sur les prémisses ci-après:

a) C’est aux États Membres qu’incombent la responsabilité fondamentale du maintien de la paix et de la sécurité internationale et le renforcement
– qualitatif comme quantitatif – de l’appui fourni au système des Nations Unies pour lui permettre de s’acquitter de ses responsabilités dans ce domaine;

b) Il est crucial que le Conseil de sécurité assigne des mandats clairs et crédibles aux missions et les dote de ressources adéquates;

c) Le système des Nations Unies doit centrer son action sur la prévention des conflits et intervenir très rapidement chaque fois que cela est possible;

d) Il faut améliorer la collecte et l’analyse des informations au Siège, et notamment renforcer le dispositif d’alerte rapide qui permet de déceler ou de reconnaître la menace ou le risque de conflit ou de génocide;

e) Il est essentiel que le système des Nations Unies, dans tous les aspects des activités concernant la paix et la sécurité, se conforme aux normes et instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et au droit international humanitaire, et en favorise l’application;

f) Il faut doter l’Organisation de la capacité de contribuer à la consolidation de la paix, aussi bien avant qu’après les conflits, de manière véritablement intégrée;

g) Il est essentiel d’améliorer la planification au Siège (y compris la planification pour imprévus) des opérations de paix;

h) Il faut admettre que si l’Organisation a acquis des compétences considérables dans le domaine de la planification, de la mise sur pied et de l’exécution des opérations de maintien de la paix classiques, elle ne possède pas encore la capacité nécessaire pour le déploiement rapide d’opérations plus complexes, ni les moyens de les appuyer comme il convient;

i) Il faut que le Siège nomme des chefs et directeurs de missions hautement qualifiés qui, dans le cadre de mandats précis, jouiront d’une plus grande flexibilité et d’une plus large autonomie et devront rendre compte des dépenses engagées et des résultats obtenus; 

j) Il est impératif de fixer et de respecter des normes élevées de compétence et d’intégrité pour les personnels au Siège et sur le terrain, qui doivent recevoir la formation et l’appui nécessaires pour s’acquitter de leurs tâches et progresser dans leur carrière, en s’inspirant des pratiques modernes de gestion qui récompensent le mérite et sanctionnent l’incompétence;

k) Il est essentiel de tenir les fonctionnaires du Siège et les fonctionnaires sur le terrain responsables, à titre personnel, de l’exécution des tâches qui leur sont confiées, tout en reconnaissant qu’ils doivent être dotés des responsabilités, des pouvoirs et des ressources correspondantes.

7. Dans le présent rapport, le Groupe d’étude a étudié les nombreux aspects du système des Nations Unies où un changement s’impose impérativement. Ses recommandations constituent, à son avis, le seuil minimum nécessaire pour faire du système des Nations Unies une institution du XXIe siècle, efficace, opérationnelle.

8. Les critiques sévères que contient le rapport sont le fruit de l’expérience collective du Groupe d’étude ainsi que des entretiens que ses membres ont eus avec des responsables à tous les échelons du système des Nations Unies. Plus de 200 personnes ont été interviewées par le Groupe d’étude ou lui ont apporté leur contribution par écrit. Au nombre des sources, il faut citer les missions permanentes des États Membres, y compris les États membres du Conseil de sécurité ; le Comité spécial des opérations de maintien de la paix et le personnel des départements chargés des questions relatives à la paix et à la sécurité du Siège des Nations Unies à New York, de l’Office des Nations Unies à Genève, du siège du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, du siège d’autres fonds et programmes de l’ONU; de la Banque mondiale ainsi que du personnel de toutes les opérations de paix des Nations Unies en cours.

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