Revue annuelle 2005 Maintien de la paix

Nations Unies

 

PRINCIPALES OPERATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX

IntroductionLiberia

Sierra Leone : un succès

 

La Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL) s’est acquittée de son mandat en décembre, mettant ainsi fin à six ans de maintien de la paix dans le pays. Les réalisations de la MINUSIL peuvent servir de modèle pour la réussite des opérations de maintien de la paix et être le symbole de la nouvelle priorité que l’ONU accorde à la consolidation de la paix.

 

 

En 1999, les soldats de la paix de l’ONU arrivaient en Sierra Leone pour superviser un processus de paix fragile, avec notamment pour fonction de surveiller un cessez-le-feu précaire et d’appuyer la transition vers la démocratie. Depuis, l’ONU a aidé ce pays ravagé par la guerre à faire des progrès impressionnants vers la paix, preuve que l’organisation mondiale peut répondre aux besoins et aux aspirations d’un pays sortant d’un conflit dans un monde qui évolue rapidement.

 

Dans l’exercice de son mandat, l’ONU a désarmé plus de 75 000 ex-combattants, dont environ 7000 enfants soldats ; contribué à l’organisation d’élections nationales et locales, permettant ainsi aux populations de participer à la prise des décisions touchant leur vie quotidienne ; aidé à reconstituer la police nationale qui a retrouvé ses moyens d’action d’avant la guerre ; et contribué à remettre en état les infrastructures et à étendre les services publics aux collectivités locales.

 

L’ONU a aussi aidé le gouvernement à mettre fin au commerce illicite des diamants et à réglementer le secteur. Pendant la guerre, les rebelles utilisaient l’argent tiré des « diamants du sang » ou « diamants provenant des zones de conflit » pour s’acheter des armes qui attisaient le conflit. Aujourd’hui, les diamants sont devenus le moteur de la croissance : d’un montant de seulement 10 millions de dollars en 2000, les recettes publiques qui en sont tirées sont passées à 160 millions de dollars en 2004 selon les chiffres du Fonds monétaire international.

 

Le succès n’a pas toujours semblé pointer à l’horizon pour la MINUSIL : en mai 2000 par exemple, la mission a failli échoué complètement lorsque le Front révolutionnaire uni (RUF), mouvement rebelle, a enlevé des centaines de soldats de la paix et dénoncé le cessez-le-feu, entamant ainsi la crédibilité des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Indignée par le chaos qui s’en est suivi, la communauté internationale a fait pression sur les rebelles pour les amener à respecter le cessez-le-feu et a imposé des sanctions à leurs parrains. La MINUSIL a par la suite engagé de nouvelles initiatives de médiation pour ramener les deux adversaires à la table de négociation. Davantage de soldats ont été déployés pour surveiller le cessez-le-feu et pour désarmer les combattants des deux parties. Le Royaume-Uni, qui avait envoyé une force pour rétablir la paix à la suite de la violation du cessez-le-feu par le RUF, a ultérieurement commencé à restructurer l’armée tandis que la MINUSIL et les autres partenaires internationaux s’employaient à former la police locale.

 

Au moment de son retrait, la MINUSIL avait mené à terme la plupart des tâches que le Conseil de sécurité lui avait assignées. Elle a ainsi contribué au retour volontaire de plus d’un demi million de réfugiés et de personnes déplacées. Elle a aidé le gouvernement à rétablir son autorité et les services sociaux dans des zones précédemment contrôlées par les rebelles, recruté et formé environ 4000 agents de police avec le concours d’une équipe d’officiers provenant de pays membres du Commonwealth, et reconstruit et rénové des dizaines de postes de police. Parallèlement, le Royaume-Uni a continué d’aider le gouvernement à restructurer l’armée.

 

La MINUSIL a encadré et formé des dizaines de Sierra-léonais dans le domaine des droits de l’homme et a joué un rôle décisif dans la mise en place du Tribunal spécial pour la Sierra Leone appelé à juger les principaux responsables de crimes de guerre. La mission a aussi aidé le gouvernement à mettre sur pied une commission de la vérité et de la réconciliation, chargée de panser les plaies de la guerre en rapprochant les auteurs d’atrocités et leurs victimes.

 

De concert avec les organismes des Nations Unies, la mission a lancé des projets rémunérateurs à impact rapide en vue de fournir des emplois à des milliers de jeunes chômeurs et d’ex-combattants et des services de base aux populations locales. Les soldats de la MINUSIL ont reconstruit des écoles et des dispensaires, lancé et financé des projets agricoles et parrainé des dispensaires dans des localités reculées.

 

Signe de la confiance que la communauté internationale continue de placer dans l’avenir de la Sierra Leone, les donateurs se sont engagés, lors d’une conférence organisée à Londres en novembre pour mobiliser des fonds en vue du développement, à fournir une aide d’un montant de 800 millions de dollars. En outre, le retour des réfugiés et des personnes déplacées, soucieux de reconstruire leurs communautés, donne un coup de fouet à la relance économique. D’anciennes villes fantômes telles que Kono et Tongo Fields regorgent maintenant d’activités commerciales, les zones de production de diamants attirant des milliers de jeunes. Depuis 2002, l’économie a enregistré une croissance d’environ 7% ; le FMI prévoit une croissance future de 6% à 7% par an si la situation politique et économique demeure stable.

 

Malgré l’optimisme qu’inspirent les acquis engendrés par la MINUSIL, la Sierra Leone fait toujours face à de nombreux défis : le pays demeure fragile et, comme a averti la Commission de la vérité et de la réconciliation, il ne connaîtra de paix durable que s’il prend des mesures concrètes pour porter remède aux causes profondes du conflit et embrasse une culture des droits de l’homme. L’économie est fortement tributaire des bailleurs de fonds. Une part disproportionnée des revenus tirés de l’exploitation des diamants se retrouve toujours entre les mains de particuliers et non dans les caisses de l’Etat. Malgré les programmes de réinsertion en cours, des milliers d’ex-combattants et de jeunes – dont plusieurs n’ont jamais été à l’école – sont au chômage. Bref, la paix n’a pas encore eu de retombées économiques et sociales bénéfiques concrètes pour la majorité des 4,8 millions d’habitants.

 

Pour aider le pays à relever ces défis, un nouveau Bureau intégré des Nations Unies pour la Sierra Leone a été créé pour remplacer la MINUSIL à compter de janvier 2006, avec pour mandat de raffermir les acquis de la MINUSIL. Le nouveau bureau aidera le gouvernement à renforcer les droits de l’homme, à réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement, à améliorer la transparence et à organiser des élections libres et équitables en 2007. Il collaborera également avec d’autres organismes et missions des Nations Unies dans la sous-région et assurera la sécurité du Tribunal spécial.

 


Préparé par la Séction de la paix et de la sécurité du Département de l'information

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