Revue annuelle 2005 Maintien de la paix

Nations Unies

 

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Libéria: les élections, un tournant historique

 

Moment historique pour les Libériens en novembre lorsqu’ils ont porté au pouvoir, à la tête de l’Etat, la première femme élue en Afrique, Ellen Johnson-Sirleaf, sous le regard attentif des Casques bleus des Nations Unies. Les élections, qualifiées de généralement libres et régulières par les observateurs internationaux, ont été un jalon historique important dans la lutte pour la paix qu’a menée ce pays dévasté par la guerre, la population préférant les bulletins de vote aux balles.

 

Les élections nationales du 11 octobre et le second tour des élections présidentielles le 8 novembre, qui a opposé Johnson-Sirleaf, ancienne économiste de la Banque mondiale, à George Weah, ancien Footballeur international de l’année de la FIFA, ont été le résultat d’un processus de paix qui a commencé avec la signature de l’Accord de paix global en août 2003, ce qui a mis fin à une guerre civile vieille de 14 ans qui avait transformé ce pays jadis prospère en l’un des plus pauvres du monde.

 

La participation électorale a été extraordinaire. Au premier tour, 75% des 1,35 million d’électeurs inscrits se sont rendus dans les bureaux de vote, chiffre qui a légèrement baissé au second tour des élections présidentielles, que Johnson-Sirleaf a remportées sans conteste avec 60% des voix. L’énorme participation des électeurs a prouvé de façon manifeste que le peuple veut la paix et la fin du cycle de violence et d’instabilité.

 

La Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), forte de 15 000 Casques bleus, a joué un rôle critique dans tous les aspects des élections. Elle a donné des conseils techniques à la Commission électorale nationale, qui a organisé les élections, et assuré une assistance logistique importante qui a permis à cette Commission d’œuvrer partout dans ce pays à l’infrastructure détruite et virtuellement sans aucun moyen de communication. La MINUL a veillé à la sécurité pendant toute la durée du processus électoral. En dépit des préoccupations sécuritaires et du manque de logement et d’espace de bureau dans les régions où le personnel électoral était déployé, la MINUL a peu à peu surmonté ces difficultés et installé des bureaux électoraux dans tout le pays.

 

En raison du taux d’analphabétisme élevé du pays, la grande difficulté a ensuite été d’apprendre à l’électorat comment s’inscrire pour voter et comment voter lors des élections. Des spécialistes de l'éducation civique se sont rendus dans toutes les régions du pays équipés de tableaux, de dépliants et d’affiches expliquant le processus de vote. Et des groupes culturels (musiciens, danseurs et comédiens), ont en fait autant, divertissant les habitants des bourgs et des villages tout en faisant passer des messages cruciaux. Des manifestations sportives organisées par la MINUL, en particulier des matches de football, et de grands concerts de musique donnés par des artistes du Libéria et de pays voisins ont attiré des foules importantes et ont été le moyen idéal de faire passer des messages critiques. La MINUL a distribué des milliers de T-shirts, de tracts et d’affiches sur les élections.

 

Pendant tout le processus, la station de radio de la Mission – qui fonctionne 24h/24 – a inondé les ondes du Libéria d’informations et de messages éducatifs, encourageant la population à voir dans les élections la possibilité de lancer le pays sur une nouvelle voie. Des sketches, des représentations théâtrales, des émissions en direct et tournées devant un public, des causeries et des discussions, ainsi que des émissions spéciales et des documentaires ont été diffusés quotidiennement.

 

Malgré les nombreux défis auxquels se sont heurtés les responsables électoraux, les inscriptions record de 1,35 million d’électeurs, dont la moitié sont des femmes, ont été menées à bien, pour une population estimée à 3 millions d’habitants. Plus de 61 000 personnes déplacées comptaient parmi les électeurs inscrits.

 

Pour les élections, la MINUL a embauché et formé des milliers de scrutateurs libériens pour assurer le contrôle des foules, vérifier l’identité des électeurs, distribuer les bulletins de vote, contrôler les urnes et fournir de l’encre dans les 3 070 bureaux de vote dispersés partout dans le pays. Cette tâche énorme a été rendue encore plus difficile par le taux d’analphabétisme élevé, en particulier dans les zones rurales.

 

Les Casques bleus de la MINUL ont aidé à transporter du matériel électoral dans les bureaux de vote partout dans le pays en camion, en hélicoptère et même en bateau dans les zones côtières inaccessibles par voie terrestre. Dans certaines régions, des porteurs ont transporté les scrutins dans des brouettes sur des kilomètres. Les Casques bleus, accompagnés d’officiers de police de la Mission et d’une force de police locale formée par la MINUL, ont assuré une surveillance constante afin de maintenir un climat de sécurité les jours de déroulement des élections.

 

Le 11 octobre, des électeurs ont commencé à faire la queue dès 2 heures du matin pour voter dans les bureaux de vote installés dans des églises, des écoles, des bâtiments publics dilapidés et parfois même dans des tentes et des huttes rurales. Certains portaient des bancs où s’asseoir et des parapluies pour se protéger de la pluie et du soleil. Les files s’allongeaient jusque dans les rues avoisinantes. Plus de 3 500 observateurs nationaux et 421 observateurs internationaux, dont l’ancien Président américain Jimmy Carter, qui ont surveillé les premières élections d’après-guerre du Libéria, les ont qualifiées de libres et régulières.

 

« Dans tous les bureaux de vote où je me suis rendu, j’ai été frappé par la patience, la détermination et la bonne humeur de tous les Libériens qui allaient exercer ce droit et cette responsabilité si précieux, » a déclaré Alan Doss, chef de la MINUL et Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, après être allé dans les bureaux de vote partout dans le pays.

 

BEn instaurant la démocratie participative par le biais d’élections libres et régulières, le Libéria a tourné une nouvelle page de son histoire. Pour un pays qui, depuis longtemps ne connaît que la guerre, c’est là un progrès politique extraordinaire, et un hommage à l’opération de secours internationale menée par l’ONU.

 

Toutefois, les défis économiques que les Libériens devront relever en 2006 sont gigantesques. Le budget national n’est plus qu’une fraction de ce qu’il était avant la guerre. La dette extérieure du Libéria est d’environ 3 milliards de dollars. Quatre cinquièmes des Libériens sont au chômage. L’infrastructure est si endommagée que même Monrovia, la capitale, n’a pas eu d’eau courante ou d’électricité depuis plus d’une décennie. Il faudra d’énormes investissements internationaux pour rebâtir le pays. Et personne n’est plus conscient de la magnitude du problème que la dirigeante nouvellement élue qui a passé la plus grande partie de sa carrière à aider d’autres pays à développer leurs économies. Aujourd’hui, son pays a plus que jamais besoin de son expérience.

 

 


Préparé par la Séction de la paix et de la sécurité du Département de l'information

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