----------Chapitre 3: La persuasion étayée par la force

Légende de la photo: L ´ATNUSO était équipée d´armement lourd afin d´assurer sa propre protection et de maintenir la paix et la sécurité dans la région. 1997. Photo de l´ONU.
Les conditions requises pour qu´une opération de maintien de la paix réussisse sont devenues de plus en plus évidentes au cours des années. Il faut que les parties en présence soient vraiment résolues à régler le conflit par des moyens pacifiques, que la mission de paix soit dotée d'un mandat clair, que la communauté internationale lui apporte un ferme soutien politique, et que la mission dispose des ressources nécessaires à son bon fonctionnement.

La présence de soldats armés capables de riposter en cas d'attaque n'est que l'un des éléments décisifs. La véritable force des opérations de paix des Nations Unies, c'est l'impartialité des soldats de la paix, l'autorité morale dont jouit la communauté internationale, la pression exercée par l'opinion publique et, surtout, la volonté et l'engagement des parties de faire la paix. Le déploiement des Casques bleus favorise la poursuite d'initiatives politiques et diplomatiques en vue d'instaurer une paix durable, objectif qui ne peut être atteint que si les parties au conflit ont la volonté politique de respecter les accords et laissent les personnels des Nations Unies remplir leur mission.

Les Casques bleus sont équipés d'un armement léger, qu'ils n'utilisent qu'en cas de légitime défense ou s'ils sont empêchés, sous la menace des armes, d'exécuter les tâches qui leur sont assignées. Les observateurs militaires et les membres de la police civile ne sont généralement pas armés.

Pour les soldats de la paix, le pire des cas de figure c'est lorsque les parties ne respectent pas leurs engagements et reprennent les hostilités ou lorsqu'elles sabotent délibérément les efforts de paix. Dans ce genre de situation, le personnel des Nations Unies s'efforce avant tout de calmer le jeu, par la persuasion et la négociation, et de venir en aide, parfois au péril de leur vie, aux populations civiles durement éprouvées. Le fait que les mandats des missions sont souvent trop vagues et les ressources disponibles insuffisantes ne leur facilite certes pas la tâche. Dans certains cas, la situation se détériore tellement qu'il leur est impossible de poursuivre leur mission. Ce qui s'est passé au Rwanda, en Bosnie-Herzégovine et en Somalie entre 1992 et 1995 montre bien les limites du maintien de la paix dans les situations où il n'y a pas de paix à maintenir, et met en évidence la difficulté de concilier le recours à la force et le maintien de la paix.

Nombre d'opérations ont été déployées dans un environnement difficile ou hostile, où les factions combattantes n'hésitent pas à recourir à la menace ou à la force. La menace ou le recours à la force devient alors une option possible pour l'ONU. Durant l´opération au Congo (1960-1964), le Conseil de sécurité a autorisé en 1961 les Casques bleus à utiliser la force dans la mesure requise pour expulser les mercenaires qui avaient contribué à la sécession du Katanga. Venant au secours du Gouvernement central affaibli par une intervention étrangère, les Casques bleus ont été pris dans de violents affrontements avec des éléments armés.

Plus récemment, le Conseil de sécurité a jugé nécessaire de doter certaines missions de maintien de la paix d'une composante militaire de "dissuasion" pour éviter le recours à la force. Ainsi, en 1996, il a décidé d'équiper l'Administration transitoire des Nations Unies pour la Slavonie orientale, la Baranja et le Srem occidental (ANUTSO) d'armements lourds, faisant de cette mission un exemple de maintien de la paix "musclé". Dans d'autres cas, il a autorisé les États Membres à soutenir les opérations de l'ONU par un appui aérien rapproché ou d'autres démonstrations de force. En Sierra Leone, l´opération des Nations Unies a utilisé de fermes pressions politiques et une position militaire forte afin de dissuader l´une des parties au conflit à reprendre l´option militaire. En juillet 2000, suite à une série d´attaques à l´encontre des troupes de la Mission d´observation des Nations Unies en Sierra Leone (MONUSIL) et devant l´échec des efforts diplomatiques et politiques intenses déployés, la MONUSIL a lancé une opération militaire énergique afin de libérer plus de 230 Casques bleus qui étaient détenus depuis plus de deux mois par les forces d´opposition au Gouvernement.

Tout comme la capacité d´avoir recours à la force peut empêcher les Casques bleus de remplir le mandat qui leur a été confié, les expériences récentes montrent que les programmes d'assistance à la population destinés à améliorer les conditions de vie dans la zone de mission ont un effet incitatif et encouragent les parties au conflit à coopérer avec les Nations Unies. Dans bien des missions, le personnel de l'ONU participe à la remise en état des infrastructures de base, des réseaux de communication et des services qui ont été endommagés ou détruits pendant le conflit. Au Kosovo, appuyer ce type d´efforts constitue à l´heure actuelle une des principales responsabilités de la Mission d´administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK).

Suite:
La mise en place d´une opération de maintien de la paix

Légende de la photo: Le Kenya était un des 51 pays contributeurs de troupes et d´observateurs militaires, de police civile et d´observateurs électoraux pour la Mission des Nations Unies en Namibie. Mars 1989. Photo de l´ONU.



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