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NATIONS UNIES
LETTRE AUX CHEFS D'ETAT ET DE GOUVERNEMENT
DU GROUPE DES HUITLe 17 juin 2002
Messieurs les chefs d'État et de gouvernement,
Je tiens à vous remercier de m'avoir invité, avec cinq chefs d'État d'Afrique, à participer à une séance de travail dans le cadre du Sommet qui aura lieu à Kananaskis à la fin du mois.
J’attends cette réunion avec le plus grand intérêt. La décision du Groupe des Huit de se concentrer sur les problèmes de l’Afrique est d’autant plus opportune que, comme vous le savez, les Africains eux-mêmes ont conçu un nouveau partenariat pour le développement de leur continent, qui témoigne à la fois de leur détermination à s’attaquer aux problèmes qui les concernent, et du besoin urgent qu’ils ont du soutien de la communauté internationale. Les besoins particuliers de l’Afrique ont été clairement reconnus par les dirigeants du monde entier dans la Déclaration du Millénaire, et le système des Nations Unies dans son ensemble est fermement résolu à appuyer les efforts des pays africains.
Cela étant, en ma qualité de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, je me dois d’élargir la perspective à des préoccupations que vous et vos homologues partagerez, j’en suis sûr.
Nous sommes tous concernés par la lutte contre le terrorisme international, à laquelle tous les États doivent participer activement en recourant aux mécanismes de coopération des Nations Unies afin de se prêter mutuellement tout l’appui dont ils ont besoin pour préserver l’état de droit.
Nous avons tous intérêt aussi à voir l’économie mondiale retrouver la voie d’une croissance durable.
Ce sont là deux objectifs qui intéressent l’humanité tout entière, et les peuples du monde en développement ne sont certainement pas les derniers concernés. Frappés de plein fouet par le ralentissement de l’économie mondiale, ils sont également les premières victimes de la terreur et de la violence.
De leur côté, les pays les plus riches et les plus puissants, tels que ceux qui sont représentés à votre réunion, ne peuvent guère compter sur une sécurité durable, que ce soit au sens économique ou matériel du terme, tant que des milliards de personnes dans d’autres pays se verront refuser l’accès aux mêmes avantages.
Par conséquent, je veux espérer que votre réunion tiendra compte des objectifs fixés, il y a deux ans, lors du Sommet du Millénaire et, en particulier, des huit objectifs de développement qui visent à réduire sensiblement la misère et la souffrance sur notre planète dans les 15 premières années de ce siècle.
Bien que ce soit en Afrique que leur réalisation comporte le plus de difficultés et est la plus tributaire de la solidarité internationale, ces objectifs ont été fixés par tous les dirigeants de la planète pour tous les habitants de la planète.
Chacun a intérêt à voir ces objectifs se concrétiser, et nous pouvons tous, je pense, les accepter comme l’aune à laquelle mesurer nos progrès.
Certes, leur réalisation dépend fondamentalement des peuples des pays en développement et, surtout, de leurs dirigeants. Ces peuples reconnaissent clairement que, s’ils n’ont pas eux-mêmes la volonté de régler leurs conflits, d’éliminer la corruption, de faire respecter le droit, d’accorder la priorité aux besoins des pauvres, de créer un cadre propice aux investissements et d’utiliser leurs ressources naturelles en tenant compte des impératifs de durabilité, il ne se trouvera personne d’autre pour agir à leur place.
Toutefois, leurs efforts -- aussi louables soient-ils -- risquent d’être insuffisants si ces pays ne peuvent compter sur l’aide de la communauté internationale pour briser le cycle de la pauvreté, de l’ignorance, de la maladie, de la guerre et de la dégradation de l’environnement. Et c’est avant tout vers vos pays qu’ils se tournent pour obtenir cette aide.
Les populations des pays en développement seraient donc extrêmement déçues si, lors de votre réunion, vous vous contentiez de conseils judicieux et d’exhortations solennelles, sans vous engager fermement à agir dans des domaines où votre contribution peut être déterminante. Elles espèrent, en particulier :
1. Que vous les épaulerez dans le règlement des conflits et l’instauration de la paix, en renforçant leurs moyens et leurs institutions et, le cas échéant, en contribuant aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies;
2. Que vous honorerez l’engagement que vous avez pris à Doha, en novembre dernier, d’organiser un cycle de négociations commerciales qui débouche sur des avantages réels pour les pays en développement. Ainsi, leurs textiles et produits agricoles -- matières premières et produits finis -- devraient bénéficier d’un accès sans restriction à vos marchés et les pays les plus pauvres, recevoir une aide qui leur permette d’améliorer leur capacité d’exportation. Encore faudra-t-il veiller, d’une part, à ce que la volonté politique manifestée à Doha ne retombe pas et, d’autre part, à éviter les mesures protectionnistes contraires à l’objectif recherché, comme les barrières à l’importation ou les subventions aux producteurs nationaux;
3. Que vous donnerez suite à la conférence de Monterrey en vous employant à fournir 50 milliards de dollars supplémentaires par an au titre de l’aide publique au développement, minimum indispensable pour atteindre les objectifs de développement du Millénaire, tout en veillant à ce que cette aide soit utilisée de manière cohérente et coordonnée pour qu’elle ait le plus d’impact possible;
4. Que vous continuerez de venir en aide aux pays les plus endettés, avec des ressources suffisantes pour que leur dette diminue et devienne supportable;
5. Que vous prendrez des mesures concrètes pour mettre en oeuvre les recommandations de votre groupe d’étude sur l´Éducation pour tous, en veillant à le que les filles en bénéficient autant que les garçons;
6. Que vous apporterez un soutien accru au Fonds mondial de lutte contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi qu´à d’autres initiatives de lutte contre les maladies endémiques ou épidémiques, y compris en fournissant des médicaments à des prix abordables et en poursuivant la recherche-développement sur la prévention et le traitement de maladies qui touchent surtout les pays tropicaux;
7. Et que vous ferez tout pour assurer le succès du Sommet mondial pour le développement durable, qui doit marquer un véritable progrès dans la concrétisation, d’une part, des engagements pris à Rio de Janeiro il y a 10 ans -- surtout dans les cinq domaines prioritaires de l’eau et de l’assainissement, de l’énergie, de la santé, de la productivité agricole (en particulier en Afrique) et de la biodiversité -- et, d’autre part, de la promesse contenue dans la Déclaration du Millénaire d’« éviter à l’ensemble de l’humanité, et surtout à nos enfants et petits-enfants, d’avoir à vivre sur une planète irrémédiablement dégradée par les activités humaines et dont les ressources ne peuvent plus répondre à leurs besoins ».
En conclusion, Monsieur le Président, je suis convaincu que votre sommet, au cours duquel les pays les plus nantis examineront les difficultés des plus pauvres, offre une occasion historique d’aller de l’avant. Je ne doute que vous êtes bien conscients des lourdes responsabilités que cela implique.
Je vous prie d'agréer, Messieurs les chefs d'État et de gouvernement, les assurances de ma très haute considération.
Kofi A. Annan