| Table des matières | Introduction | Partie 1 | Partie 2 | Partie 3 | Partie 4 | Partie 5 | Annexe 1 | Annexe 2 |
L'Algérie a vécu ces dernières années des
changements importants. Elle a désormais un président élu,
un parlement élu où sont représentés 10 partis
politiques, et une deuxième chambre, le Conseil de la Nation. Le
Parlement est le lieu de débats animés. En principe, la séparation
existe entre le pouvoir exécutif, l'armée et le pouvoir judiciaire.
Toutefois, certains Algériens pensent que l'armée joue encore
un rôle important dans la conduite des affaires publiques et qu'elle
exerce encore une influence déterminante.
Les élections présidentielles du 16 novembre 1995
Des élections présidentielles ont eu lieu le 16 novembre
1995, opposant quatre candidats. Liamine Zéroual a remporté
les élections avec 61,43 % des suffrages, contre 25,38 % à
Mahfoud Nahnah, 9,29 % à Said Sadi et 3,78 % à Noureddine
Boukrouh. La participation électorale, selon le Ministre de l'intérieur,
a été de 74,92 %. Le Gouvernement algérien a souligné
que la tenue de ces élections -- malgré une campagne menée
par les extrémistes ou les terroristes pour appeler au boycottage
-- était un succès majeur.
Les élections législatives du 5 juin 1997
Des élections législatives ont eu lieu le 5 juin 1997,
avec une participation électorale officielle de 65 % des 16,8 millions
d'électeurs du pays.
Le parti politique nouvellement constitué sous le nom de Rassemblement
national démocratique (RND), considéré comme "le parti
du Président", a remporté 155 des 380 sièges de l'Assemblée
populaire nationale avec 46,5 % des suffrages. Certains partis se sont
plaints que le scrutin avait été entaché d'irrégularités.
Dans un rapport, des observateurs électoraux ont estimé que
le scrutin n'avait pas présenté de "garanties suffisantes
de neutralité et de transparence", mais ils n'ont rien trouvé
à redire aux bureaux de vote où ils se sont rendus.
Un nouveau gouvernement de coalition, dominé par le RND, a été
formé le 25 juin, Ahmed Ouyahia conservant son portefeuille de Premier
Ministre. Le Cabinet comportait des ministres du FLN et du Mouvement de
la société pour la paix (MSP).
Les élections provinciales et locales du 23 octobre 1997
Le 23 octobre 1997, se sont déroulées des élections
aux conseils provinciaux et municipaux. Le RND a remporté 896 des
1 779 sièges à pourvoir dans les provinces (wilaya).
Dans les conseils locaux, le RND a remporté plus de la moitié
des 13 126 sièges. Cette large victoire a été suivie
de manifestations, où il a été affirmé que
les élections étaient une mise en scène du RND.
Les deux tiers des membres de la chambre haute -- le Conseil de la
Nation -- étant élus par les membres des assemblées
locales, les élections locales ont eu pour résultat de faire
remporter par le RND 80 des 96 sièges à y pourvoir, devant
le FLN (10 sièges), le FFS (4 sièges) et le MSP (2 sièges).
Le dernier tiers des sièges (48 sièges) a été
pourvu par des membres nommés par le Président le 27 décembre
1997.
Le Parlement
Nous nous sommes rendus au Parlement et nous nous sommes entretenus
avec le Président Abdelkader Bensalah et les membres du Bureau de
l'Assemblée nationale. Tous les partis représentés
à l'Assemblée ne sont pas représentés à
son bureau, certains ayant refusé de l'être. Le Président
de l'Assemblée nous a expliqué que l'Assemblée avait
un mandat législatif et de surveillance. Les débats sont
télévisés en direct. Le Parlement a abordé
en 1997 des problèmes importants et actuels. Il a par exemple organisé
un débat, au cours duquel il a posé des questions sur la
situation de la sécurité dans le pays, et examiné
le problème de près.
Le Président de l'Assemblée a ajouté que le regroupement
des institutions constitutionnelles du pays avait pour conséquence
que les discussions entre Algériens se déroulaient désormais
au Parlement plutôt que dans la rue. Depuis un an que le Parlement
était en place, on avait des preuves tangibles que la coopération
rendait possibles le dialogue et la réconciliation.
Nous nous sommes entretenus également avec le Président
Bachir Boumaza et certains des membres de la deuxième chambre du
Parlement (le Conseil de la Nation). Le Président nous a dit que
l'Algérie faisait actuellement face à deux formes de violence
: la violence du langage dans le discours politique, et la violence du
terrorisme et de l'action visant à l'éliminer. Le Président
du Conseil de la Nation, homme d'État à la longue carrière,
qui a participé à la lutte pour l'indépendance de
l'Algérie, s'est félicité de l'intérêt
porté par la communauté internationale à son pays
et de la présence du Groupe. Pour lui, les Algériens, enracinés
dans leur histoire et leur culture, devaient enrichir leur société
en défendant les valeurs universelles et en approfondissant le processus
démocratique. Il fallait inculquer la culture des droits de l'homme
à la population, et cela prendrait du temps. C'était déjà
un tournant important que le Gouvernement algérien ait invité
le Groupe à se rendre sur place et examiner la législation
du pays.
Le Président de la deuxième chambre estimait par ailleurs
que, pour l'essentiel, la lutte antiterrorisme devait servir à renforcer
et consolider le processus démocratique, afin que les pouvoirs publics
et la population puissent se rapprocher et progresser ensemble. L'action
militaire seule n'offrait pas de solution au problème du terrorisme.
La démocratie et la prospérité économique étaient
de bien meilleures armes. Au fur et à mesure qu'elles progresseraient,
le terrorisme s'étiolerait et la violence, qui touchait surtout
les régions pauvres et mal desservies, disparaîtrait.
Bien que les cours du pétrole ne cessent de baisser, l'Algérie
a sensiblement amélioré sa situation macroéconomique
ces dernières années. Toutefois, en plus du lourd fardeau
imposé par le terrorisme, les problèmes économiques
et sociaux qu'elle connaît sont immenses et ses chances de rétablir
la stabilité et l'ordre seront directement fonction de sa capacité
de remédier à ses principaux problèmes sociaux, comme
le chômage, particulièrement élevé parmi les
jeunes, la pression démographique due à l'augmentation de
la population, la pénurie de logements et le déclin des services
sociaux.
Les hydrocarbures demeurent le fondement de l'économie algérienne
puisqu'ils représentent 90 % des exportations et 65 % des recettes
de l'État. Le développement de ce secteur demeure prioritaire
et attire un volume important d'investissements étrangers, en raison
notamment de la situation géographique favorable des zones pétrolières
dans le sud, peu peuplé et moins touché par les problèmes
de sécurité. On prévoit des investissements de 22
milliards de dollars entre 1998 et 2002.
Les experts prévoient une croissance du produit intérieur
brut (PIB) de 4 % par an pendant la période 1998-2002, contre 1,5
% en 1993-1997. Les privatisations ont démarré lentement
et devraient progresser au même rythme. Selon le Ministère
algérien des finances, le service de la dette représente
maintenant 30 % des recettes, contre 90 % en 1993. Le taux d'inflation
est de 5,3 %. Au début de 1998, les taux d'intérêt
étaient de 10,25 % pour les crédits d'exploitation et de
8,5 % pour les crédits d'investissement.
Compte tenu des difficultés économiques, du terrorisme
et des problèmes sociaux majeurs que connaît le pays, la situation
devrait être suivie de près. Si le prix du pétrole
demeure faible, la marge de manoeuvre sera limitée. Les possibilités
de troubles sociaux et d'instabilité politique sont donc bien réelles.
Les autorités algériennes reconnaissent que la crise
économique et la baisse des revenus réels ainsi que les mesures
d'austérité prises pour faire face à la situation
macroéconomique ont, au niveau microéconomique, créé
un taux de chômage élevé et une pénurie de logements
pour de nombreux Algériens.
Nombre de nos interlocuteurs ont insisté sur le fait qu'en raison
de la crise économique et sociale que connaissait l'Algérie,
la situation des jeunes était particulièrement préoccupante.
Après la chute sévère des cours du pétrole
durant la deuxième moitié des années 80, le revenu
annuel par habitant avait diminué de près de 1 000 dollars.
Les familles avaient donc vu leur revenu baisser brutalement en même
temps que les possibilités économiques diminuaient. Pour
la grande majorité des jeunes Algériens, les chances de trouver
un emploi étaient très faibles et un sentiment général
de frustration prévalait parmi eux.
Conjuguées à la lenteur du développement économique,
l'insécurité et la situation sur les marchés internationaux
pourraient être très préjudiciables à l'Algérie.
Infractions économiques
Lors de notre visite à la prison de Serkadji, nous avons rencontré
un grand nombre de personnes détenues depuis longtemps -- certaines
depuis plus de deux ans et demi -- sans avoir été jugées.
Ces détenus nous ont déclaré qu'ils avaient été
arrêtés en vertu de lois réprimant les fautes de gestion
et le détournement de deniers publics. Tous, au moment de leur arrestation,
travaillaient pour des entreprises publiques.
Ils nous ont déclaré que, bien qu'ils aient été
arrêtés depuis longtemps, leurs dossiers étaient toujours
à l'instruction et ils n'avaient pas encore été jugés.
Ils n'avaient aucune idée du temps qu'il leur faudrait encore attendre
en détention pour être jugés. Nombre d'entre eux se
sont plaints de ne pas savoir de quoi on les accusait, quand ils seraient
jugés et quand ils pourraient retrouver leurs familles et leurs
proches.
Il nous a été dit que dans bon nombre de cas les accusés
avaient été pris pour cible soit parce qu'ils avaient été
nommés à leurs postes par des régimes antérieurs,
soit parce qu'ils en savaient trop, soit encore parce que la transparence
leur tenait à coeur. Pour certains ces cadres étaient les
boucs émissaires de la mauvaise gestion des dirigeants ou avaient
été victimes de règlements de compte entre clans politiques.
Le Gouvernement, quant à lui, nous a dit que les intéressés
avaient été arrêtés et inculpés dans
le cadre de la campagne qu'il menait afin de lutter contre la corruption
et de responsabiliser les entreprises. Quels que soient les motifs, il
importe au plus haut point de régler rapidement ces affaires.
Un avocat que nous avons rencontré nous a dit qu'il s'agissait
là d'un des problèmes les plus aigus concernant l'état
de droit dans la société algérienne contemporaine.
Selon lui, quelque 1 200 personnes étaient concernées par
ces pratiques; elles avaient été arrêtées et
demeuraient longtemps en détention, jusqu'à trois ans dans
certains cas, sans être jugées. Il comprenait que le Gouvernement
doive sévir contre les personnes impliquées dans la corruption,
mais il estimait dans le même temps que nul ne devrait demeurer aussi
longtemps en détention sans être accusé et sans avoir
aucune idée du temps qu'il lui faudrait attendre avant d'être
jugé. Un des détenus avec lequel nous nous sommes entretenus
avait été directeur d'une grande banque algérienne.
Il était détenu depuis quatre mois et il nous a déclaré
qu'il ne savait pas du tout pourquoi il avait été arrêté
ni combien de temps sa détention allait encore durer.
Le Président et un représentant de l'Association du barreau
algérien nous ont dit que l'une des raisons pour lesquelles les
poursuites engagées contre les auteurs d'infractions économiques
tardaient à aboutir était que les magistrats saisis des affaires
n'étaient pas assez capables et que l'on manquait de spécialistes
tels qu'enquêteurs rompus aux investigations sur les délits
économiques.
Sans nous prononcer en quelque manière que ce soit sur la culpabilité
ou l'innocence des accusés, nous avons évoqué, avec
le Ministre des finances, la situation des détenus pour infractions
économiques incarcérés pendant de longues périodes
sans avoir été jugés, et lui avons mentionné
le cas du banquier. Le Ministre a répondu que, comme dans de nombreux
autres pays, le Gouvernement devait agir contre les personnes soupçonnées
de corruption. En ce qui concerne le banquier, le Ministre a déclaré
que ceux qui avaient pris la décision de l'arrêter et de l'incarcérer
devaient avoir de bonnes raisons pour ce faire.
Au cours des deux dernières années, la population civile
a été la cible des terroristes comme jamais auparavant, avec
des massacres systématiques dans les campagnes. Bon nombre des victimes
sont des femmes et des enfants. En 1997 et au début de 1998, les
massacres ont été particulièrement fréquents
-- souvent un par jour. Les villageois sont massacrés de façon
extrêmement brutale, poignardés, décapités et
mutilés à l'aide de couteaux, de machettes et de scies, certains
avaient été abattus par balles, d'autres brûlés
vifs dans l'incendie de leurs maisons. Ces massacres auraient fait plusieurs
milliers de victimes.
Tous ceux que nous avons rencontrés ont sévèrement
condamné le terrorisme. Le Gouvernement est convaincu qu'il a brisé
le véritable terrorisme et que les terroristes sont aux abois. Bon
nombre de nos interlocuteurs estiment que la situation sur le plan de la
sécurité s'est améliorée depuis 1994, et que
le plus gros du terrorisme est maintenant passé, bien que des terroristes
aient continué de frapper surtout dans certaines régions
difficiles d'accès et dans des hameaux isolés. Des représentants
du Gouvernement nous ont dit qu'il restait environ 3 600 terroristes dans
le pays et qu'il s'agissait plutôt désormais de banditisme.
Pour les citoyens indépendants avec lesquefs nous avons parlé,
la responsabilité de la violence incombe aux extrémistes
radicaux. D'autres doutent que les terroristes soient vraiment vaincus.
Visite à Benimessous
Le 27 juillet, nous nous sommes rendus sur le site d'un massacre près
de Benimessous, aux environs d'Alger. Dans une maison située à
l'écart de la commune, 53 personnes ont été massacrées
et 23 blessées; des jeunes filles avaient été enlevées
par les terroristes. Le général qui nous accompagnait, et
qui est venu sur les lieux la nuit du massacre, nous a dit que huit seulement
des personnes qui avaient commis les atrocités en question étaient
toujours en liberté et qu'une autre était détenue
à la prison de Serkadji. Le chef du groupe terroriste avait été
tué 10 jours auparavant.
Le général nous a expliqué que des mesures systématiques
avaient été prises pour protéger les populations rurales
et isolées après les massacres d'août 1996 en les regroupant.
La famille concernée par ce massacre avait refusé le regroupement
qui lui avait été proposé.
L'un des chefs terroristes ayant participé à l'attaque
aurait déclaré, lorsqu'il a été arrêté,
qu'ils avaient l'habitude de s'approvisionner en nourriture auprès
de cette famille. Celle-ci n'avait donc jamais pensé qu'elle serait
attaquée. Le général qui nous accompagnait nous a
dit que cette famille était devenue riche soudainement, sans qu'on
sache comment, et qu'elle avait pu ainsi monter une entreprise de transport.
Le général nous a montré la topographie de la
région, en nous expliquant comment les terroristes avaient attaqué
la famille au milieu de la nuit en venant de différentes directions,
comment l'armée avait été alertée alors que
le massacre avait déjà commencé, pourquoi l'armée
et la gendarmerie n'avaient pu l'empêcher et ce qui avait été
fait pour en retrouver et en éliminer les auteurs. Il y avait des
habitations relativement proches, mais la topographie devait être
prise en considération. Des bombes avaient en outre été
lancées pour arrêter l'armée, et les attaquants avaient
coupé l'électricité. Les fermiers voisins n'avaient
pu intervenir eux-mêmes, les terroristes ayant posé des explosifs,
mais ils avaient prévenu les forces de sécurité dont
le poste de commandement se trouvait à quelques kilomètres.
En réponse aux questions que nous lui avons posées, le
général a expliqué que les groupes terroristes communiquaient
entre eux à l'aide de talkies-walkies. Selon lui, il restait 3 200
terroristes opérant sur l'ensemble du territoire algérien.
La stratégie utilisée par les forces de sécurité
pour lutter contre le terrorisme reposait sur le renseignement. Chaque
fois qu'elles capturaient un terroriste vivant, elles s'efforçaient
de recueillir le maximum d'informations, ce qui expliquait sans doute que
les terroristes préfèrent être tués sur place
qu'être pris vivants.
Visite sur les lieux du massacre d'Ain Khalil
Le 30 juillet, nous nous sommes rendus sur les lieux d'un massacre
qui s'était produit dans la nuit du 25 au 26 juillet dans le village
d'Ain Khalil près de la ville de Tlemcen, pratiquement sur la frontière
avec le Maroc. Il s'agit d'un village de bergers situé dans un paysage
de vallées et de montagnes qui dégagent une impression de
paix. La terreur avait néanmoins frappé. Douze personnes
avaient été massacrées, dont six enfants, trois femmes
et trois hommes. Trois personnes avaient été blessées
et cinq femmes, dont une mariée, enlevées.
Le Groupe a appris lors d'une réunion avec la gendarmerie que
durant la nuit du 25 au 26 juillet trois groupes de terroristes se déplaçant
à pied étaient arrivés dans le village à 23
h 45. Il s'est avéré par la suite qu'un berger d'un village
voisin, qui avait été reconnu par l'un des survivants, les
avait aidés à arriver jusqu'au village. L'intéressé
s'était enfui avec les terroristes. Trois terroristes avaient été
tués. Les autres s'étaient enfuis dans les âpres montagnes
voisines.
Les terroristes avaient attaqué trois maisons du village. Ils
avaient utilisé des explosifs et des grenades. Entendant les explosions,
les gendarmes de la ville la plus proche étaient arrivés
dans le village à 0 h 15 et étaient parvenus à maîtriser
la situation en une heure et quart. Les recherches avaient commencé
à 5 h 15.
Le village était un de ceux qui avaient été armés
pour se défendre. Trente-six habitants, dont 35 étaient présents
la nuit en question, étaient armés. On leur avait dit comment
réagir si le village était attaqué, de manière
à donner le temps aux forces de sécurité de venir
à leur secours.
Le Groupe s'est rendu dans deux des maisons qui avaient été
attaquées et s'est entretenu avec les occupants, qui étaient
encore sous le choc. Le toit de la première maison avait été
détruit à l'explosif et il y avait des traces d'incendie.
L'un des occupants de la maison nous a dit que les terroristes étaient
entrés par le toit en tirant des coups de feu après avoir
fait sauter celui-ci à l'aide d'explosifs. Ils avaient coupé
l'électricité avant d'entrer. La maison était privée
de lumière. Le père de l'intéressé, âgé
de 78 ans et aveugle, avait été tué. Sa femme avait
pris la fuite. Il avait riposté et avait réussi à
mettre les terroristes en fuite.
Le toit de la deuxième maison dans laquelle nous nous sommes
rendus, qui était accolée à la première, avait
aussi été détruit à l'explosif. Les terroristes
avaient opéré de la même manière. Il y avait
aussi eu des morts parmi les habitants de cette maison. Les survivants
éplorés nous ont demandé : "Comment des êtres
humains peuvent-ils commettre des actes aussi sauvages et barbares?"
Dans le souci de mieux garantir le respect des droits de l'homme, deux
institutions ont été mises en place depuis 1992 :
- L'Observatoire national des droits de l'homme,
institué, le 22 février 1992, est chargé de promouvoir
et de surveiller le respect des droits de l'homme.
- Le Médiateur de la République.
Le Bureau du Médiateur a été créé en
1996. Toute personne peut s'y adresser, même si elle a épuisé
toutes les voies de recours, si elle considère qu'elle a été
lésée par le mauvais fonctionnement d'une institution publique.
Le Comité des droits de l'homme des Nations Unies a examiné
en juillet 1998 le deuxième rapport présenté par l'Algérie
au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Dans les conclusions qu'il a formulées à l'issue de cet examen,
le Comité a noté que la création d'un observatoire
national des droits de l'homme et la nomination d'un médiateur de
la République étaient des facteurs positifs. Il a également
pris note avec satisfaction de la création du Comité national
pour la protection et la promotion de la femme et de la participation accrue
des femmes à la vie publique.
Simultanément, le Comité des droits de l'homme a condamné
avec horreur les massacres systématiques d'hommes, de femmes et
d'enfants perpétrés dans un grand nombre de villes et de
villages. Il s'est aussi déclaré profondément préoccupé
par le fait que les femmes étaient victimes non seulement de meurtres
mais également d'enlèvements, de viols et d'actes d'une violence
extrême.
Nous avons reçu des informations et de la documentation de sources
diverses, y compris de nombreuses organisations non gouvernementales, selon
lesquelles des violations des droits de l'homme continuaient de se produire
en Algérie. Il s'agissait notamment de disparitions, d'internements
arbitraires, d'exécutions extraordinaires et d'actes de torture.
a) Disparitions
Il nous a été dit que le nombre estimatif des personnes
portées disparues allait de 2 000 à 20 000. L'Observatoire
national des droits de l'homme avait reçu depuis 1994 quelque 3
100 plaintes émanant des familles de disparus. Nous avons reçu
des informations relatives à des cas de disparitions et rencontré
des personnes qui nous ont demandé de l'aide pour obtenir des informations
sur le sort de membres de leur famille qui avaient disparu. Nous avons
reçu de sources diverses des listes de personnes disparues et en
avons porté une, comprenant 230 noms, à l'attention du Président
de l'Observatoire national des droits de l'homme, dont nous avons reçu
la réponse le jour où nous avons quitté Alger. Nous
avons également reçu d'autres listes de cas de disparitions
et des informations détaillées de parents de disparus. Nous
soumettons ces pièces au Secrétaire général.
Il ressort de certains des éléments d'information qui
nous ont été communiqués que certaines des personnes
portées disparues avaient été arrêtées
ou emmenées par des agents de la sécurité ou de la
force publique, ou à tout le moins vues avec eux. D'après
d'autres sources, certaines des personnes portées disparues se seraient
ralliées aux terroristes. Il importe, en tout état de cause,
que ce problème soit traité de façon coordonnée.
Face aux allégations concernant des disparitions, les autorités
ont déclaré que les intéressés pouvaient être
partis à l'étranger ou avoir rejoint des groupes de terroristes
dans les montagnes. Les familles des disparus avec lesquelles les membres
du Groupe se sont entretenus ont toutefois indiqué que les intéressés
avaient été arrêtés et que certains d'entre
eux avaient été vus dans différents lieux de détention.
Le Président de l'Observatoire national des droits de l'homme a
reconnu que ses services avaient établi une liste d'affaires dans
lesquelles les données recueillies étaient contradictoires,
mais que le mandat de l'Observatoire ne s'étendait pas au-delà
du rassemblement de l'information.
b) Torture
Il nous a été dit à plusieurs reprises que les
personnes arrêtées étaient souvent retenues par la
police pendant de longues périodes avant d'être présentées
au magistrat chargé de l'enquête. Au cours de cette période,
mauvais traitements et torture seraient fréquemment pratiqués.
Certains des juristes avec lesquels nous nous sommes entretenus ont déclaré
que les personnes soupçonnées de terrorisme étaient
systématiquement soumises à de mauvais traitements et torturées,
ce que les autorités démentent. Quand nous nous sommes rendus
à la prison de Serkadji, un prisonnier nous a dit qu'il avait été
torturé par la police pendant qu'il était en garde à
vue et que sa femme avait subi des traitements dégradants sous ses
yeux. Les autorités de la prison ont confirmé qu'il continuait
à être traité pour des blessures à la jambe.
Le Président de l'Association du barreau algérien nous
a informés que l'Association avait recommandé que des avocatssoient présents à tous les stades du processus judiciaire,
notamment au moment de l'arrestation des prévenus et durant leur
interrogatoire par la police. Elle avait également proposé
que les détenus soupçonnés d'avoir commis des infractions
économiques soient mis en liberté sous caution dès
lors que l'instruction requiert de longues enquêtes et expertises.
Nous avons demandé au Président de l'Assemblée
et aux membres du Bureau, lorsque nous nous sommes entretenus avec eux,
quels étaient les mécanismes de contrôle mis en place
pour que la police, l'armée ou les forces d'autodéfense ne
commettent pas d'abus. Le Parlement avait-il discuté des allégations
formulées à ce propos? Avait-il demandé que les allégations
fassent l'objet d'enquêtes systématiques? Le Président
de l'Assemblée nationale nous a répondu que tous les membres
de l'Assemblée souhaitent le respect de la justice, du droit et
de la Constitution. Des questions sont posées oralement et par écrit
par les parlementaires, ce qui permet d'interroger le Gouvernement sur
la situation en matière de sécurité, des cas de disparitions
et des mesures prises pour prévenir les abus.
Le Président de l'Assemblée nationale a ajouté
que le Parlement était habilité à enquêter.
Deux commissions d'enquête ont récemment été
créées pour traiter des questions concernant le processus
électoral et l'immunité parlementaire.
Lors de notre rencontre avec le Président de l'Observatoire
national des droits de l'homme nous lui avons demandé des précisions
sur la façon dont l'Observatoire veillait au respect des droits
des citoyens, et sur ce qui était fait pour enquêter sur les
allégations relatives à des violations des droits de l'homme.
Le Président a déclaré que pour le moment, avec le
terrorisme qui sévissait dans le pays, la faculté pour chacun
de jouir de ses droits de citoyen et d'exercer ses droits démocratiques
constituait la question la plus importante. Il a toutefois ajouté
que l'Observatoire avait reçu des plaintes concernant des abus des
forces de l'ordre.
En réponse aux questions que nous lui avons posées au
sujet du nombre de plaintes reçues et des mesures prises, le Président
a répondu que l'Observatoire avait pour mission d'observer et non
d'effectuer des enquêtes -- il ne mène donc pas d'enquêtes,
directement. Lorsqu'il reçoit des plaintes, il demande aux autorités
de procéder aux enquêtes nécessaires. Il a néanmoins
déclaré qu'en 1996, 988 cas de disparition lui avaient été
signalés. Dans 337 cas, les intéressés auraient été
arrêtés chez eux. L'Observatoire renvoyait ces affaires à
la gendarmerie. Le Président a insisté sur le fait que c'était
aux institutions en place qu'il appartenait de donner suite aux plaintes
présentées, et qu'on ne pouvait pas créer d'institutions
distinctes des institutions judiciaires. Il serait toutefois envisagé
de mettre en place une institution expressément chargée d'examiner
les allégations concernant les disparitions.
Un juriste que nous avons entendu a souligné que les terroristes
en Algérie étaient coupables de crimes contre l'humanité
en raison des actes de barbarie dépravés qu'ils faisaient
subir à des civils innocents. Une femme, membre du Parlement, personnalité
connue pour son action en faveur des droits de la femme, a utilisé
les mêmes termes pour caractériser le terrorisme.
Ni l'un ni l'autre n'ont contesté que des agents du Gouvernement
s'étaient rendus coupables de violations des droits de l'homme,
mais ils se sont élevés énergiquement contre toute
comparaison entre leurs excès et les crimes commis par les terroristes.
Ils ont également déclaré que les organisations non
gouvernementales internationales s'occupant des droits de l'homme faisaient
une erreur fondamentale en mettant les deux sur le même pied et en
refusant de reconnaître que le Gouvernement était engagé
dans une lutte à mort avec des terroristes odieux. Il a même
été dit qu'en mettant les crimes contre l'humanité
sur le même pied que les violations des droits de l'homme, les organisations
non gouvernementales internationales s'occupant des droits de l'homme encourageaient
les terroristes à poursuivre leurs crimes abominables.
En raison de l'importance de la question, nous voudrions citer ici
l'un de nos interlocuteurs qui n'est engagé dans aucun parti :
"Les crimes commis par les terroristes islamiques sont des crimes contre
l'humanité. Il arrive que les gouvernements commettent des violations
des droits de l'homme. Mais les actes commis par les groupes terroristes
islamiques sont des crimes contre l'humanité. En Algérie,
le pouvoir en place n'est pas vraiment démocratique et nous luttons
contre lui pour renforcer la démocratie. Cela ne veut pas dire pour
autant que nous souhaitons le voile afghan. Je vous dis ceci en tant que
femme. Nous ne pouvons pas dialoguer avec ces terroristes. Nous ne pouvons
pas condamner les femmes à subir leur vision de la société.
Nous ne voudrions pas être obligés de vivre de cette façon."
Nous avons rencontré des journalistes et directeurs de journaux,
avec lesquels nous avons examiné les questions liées à
la liberté d'expression et des moyens d'information. Il nous a été
dit que la situation s'était considérablement améliorée
par rapport à ce qu'elle avait été sous le régime
du parti unique.
Nous avons pu constater que l'Algérie disposait d'une presse
pluraliste et dynamique. Ces journalistes et directeurs de journaux ont
souligné leur attachement à la liberté de la presse.
Il n'en reste pas moins qu'il y a manifestement des problèmes. Personne
ne conteste que chacun a le droit d'ouvrir une imprimerie en Algérie,
mais pour le moment le Gouvernement dispose d'un monopole en la matière,
et certains nous ont dit qu'ils trouvaient regrettable que cet état
de fait soit parfois utilisé pour faire pression sur des journaux
indépendants.
Un autre problème qui fait obstacle à la survie d'une
presse libre est celui de la répartition des budgets publicitaires.
Dans un pays où la grande majorité des entreprises appartiennent
encore à l'État et où les annonceurs sont généralement
soit des entreprises publiques soit l'État lui-même, les budgets
publicitaires peuvent servir à influer sur les organes de presse,
voire à les réduire au silence. Plusieurs de nos interlocuteurs
ont indiqué que leurs "problèmes commerciaux", dont pouvait
résulter la fermeture, tenaient à la manière dont
le Gouvernement tirait parti du pouvoir que lui conférait son monopole
pour punir ceux dont la position politique différait de la sienne.
On nous a également signalé les difficultés rencontrées
par les journalistes étrangers pour obtenir un visa d'entrée
en Algérie et avoir accès à différents lieux
à travers le pays. Nous avons nous mêmes constaté que
les journalistes étrangers rencontrent de grandes difficultés
pour se déplacer à l'intérieur du pays et rendre compte
de leurs constatations.
Quelles que soient leur condition sociale et leur tendance d'opinion,
nombre des Algériens que nous avons rencontrés tirent une
grande fierté de la diversité linguistique et culturelle
de leur pays, qui fait partie de leur patrimoine national. Nous avons pu
constater qu'outre l'arabe, qui est la langue nationale et officielle,
deux autres langues étaient parlées: le berbère et
le français. Le français reste d'usage courant dans plusieurs
cercles, y compris les médias. Quant au berbère, il est la
langue la plus utilisée dans certaines régions.
L'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l'arabisation, le
5 juillet 1998, a soulevé un débat passionné, et dans
certaines régions, notamment la Kabylie, a fait l'objet de vives
critiques. (Déjà en 1963, la Constitution avait proclamé
l'arabe seule langue nationale.) Votée en 1991, cette loi avait
été "gelée" en 1992, puis reprise en décembre
1996 par le Conseil national de la transition. Elle prévoit que
toute déclaration, intervention, conférence ou émission
doit être en arabe, ou traduite en arabe si elle est en langue étrangère
(art. 17).
Quiconque signe, dans l'exercice de ses fonctions, un document rédigé
en une autre langue, quelle que soit celle-ci, est passible d'une amende.
Tous les échanges de correspondance entre tous bureaux et associations
de toute nature doivent être en arabe. En cas de récidive,
l'amende est doublée (art. 32).
Aux questions que nous avons posées sur les conditions dans
lesquelles la loi sur l'arabisation pourrait être appliquée,
compte tenu des difficultés pratiques et des résistances,
il nous a été répondu que l'application ne s'en ferait
que très progressivement et qu'en outre le préambule de la
Constitution ferait désormais référence à l'Amazighité
comme l'une des composantes de l'identité nationale, ce qui serait
une garantie.
Lorsque nous nous sommes rendus à Tizi Ouzou et à Bejaïa
et que nous y avons rencontré des responsables locaux et des villageois,
ceux-ci nous ont dit qu'ils ne voyaient pas d'inconvénient à
ce que l'arabe soit la langue officielle du pays. En revanche, ils se sont
plaints de ce que, du fait des modifications et refontes de la législation,
il était désormais obligatoire de tenir en arabe les réunions
locales où on avait toujours parlé berbère.
Il s'agit d'une question complexe qui risque d'exacerber et de provoquer
des tensions en Kabylie, notamment parmi les jeunes, comme l'ont montré
des incidents récents.
Nous avons entendu plusieurs porte-parole et représentantes d'associations
féminines, qui ont demandé instamment que l'on se préoccupe
de la situation des femmes algériennes et notamment de leur statut
juridique. Elles estimaient en effet que le code de la famille en vigueur
ne traitait pas la femme comme un adulte à part entière et
qu'il contenait de nombreuses dispositions discriminatoires et même
dégradantes. Certaines ont aussi indiqué qu'à leur
avis le code de la famille en cours d'élaboration était encore
pire que celui en vigueur. En avril 1996, le Gouvernement avait consulté
plusieurs associations féminines, qui avaient proposé d'apporter
au projet du Gouvernement 22 modifications, dont 17 avaient été
retenues pour figurer dans le texte qui sera prochainement soumis à
l'Assemblée.
Dans son rapport au Comité des droits de l'homme, le Gouvernement
algérien a reconnu que la législation concernant le statut
de la femme posait des problèmes. Bien qu'il s'agisse d'une question
qui se pose depuis longtemps à la société algérienne,
nous tenons à transmettre à la communauté internationale
l'appel lancé par un grand nombre des femmes qu'il a entendues pour
qu'on les aide à parvenir à ce que les droits des femmes
soient protégés par la législation algérienne.
Les représentantes d'associations féminines ont parlé
avec émotion du courage des femmes algériennes qui, depuis
des années, s'opposaient à la conception de la société
que les extrémistes religieux essayaient d'imposer. Des femmes des
couches populaires avaient eu le courage de manifester individuellement
et collectivement contre des doctrines dont elles estimaient qu'elles les
réduiraient en esclavage, en dépit des menaces et même
des assassinats dont les femmes avaient été la cible privilégiée.
Nous avons entendu des récits épouvantables concernant
la violence terroriste, ainsi que la situation critique dans laquelle se
trouvaient les mères, les épouses et les soeurs de ceux qui
avaient été victimes de massacres terroristes ou d'exécutions
extrajudiciaires, ou qui avaient disparu ou été torturés.
Les représentantes de plusieurs associations féminines,
personnalités connues, ont fortement souligné qu'il fallait
faire une distinction très nette entre ce qu'elles qualifiaient
de crimes contre l'humanité perpétrés par des terroristes
fanatiques, d'une part, et, de l'autre, les excès dont se rendaient
coupables des représentants de l'État. Sans nier que, dans
une société démocratique, la primauté du droit
doit être assurée et les excès ne doivent pas être
tolérés, elles estimaient que malgré tout l'on devrait
se préoccuper en priorité des actes de barbarie commis par
les terroristes fondamentalistes contre des innocents.
Les récits concernant les femmes enlevées, maltraitées,
tuées ou violées étaient particulièrement dramatiques.
Les victimes de viol sont stigmatisées en raison du déshonneur
qui rejaillit sur leur famille. Certains "groupes islamiques" armés
ont édicté des "fatwas" autorisant l'enlèvement des
femmes et le viol (que les auteurs assimilent au mariage du guerrier).
Au cours du premier trimestre 1998, le Gouvernement a officiellement demandé
à la plus haute autorité religieuse, le Haut Conseil islamique,
d'autoriser les femmes violées par des "terroristes" à se
faire avorter. Il nous a cependant été dit que dans ces cas
l'avortement n'était autorisé que si un médecin attestait
que la santé de la femme était en danger, ce que bien des
femmes considéraient comme une humiliation.
D'après leurs déclarations, les femmes étaient
doublement victimes de la violence terroriste et des excès commis.
Elles étaient directement victimes des atrocités, mais aussi
indirectement victimes des violences perpétrées contre des
membres de leur famille. Elles se retrouvaient devoir assumer la charge
d'élever des enfants en l'absence de leurs êtres chers et
sans soutien de famille.
Les petites filles, particulièrement dans les zones rurales
ou montagneuses isolées, avaient peur d'aller à l'école
parce qu'elles craignaient de se faire enlever par des terroristes -- avec
toutes les conséquences que cela pouvait avoir sur leur éducation
et psychologiquement.
Elles ont également souligné que la situation des femmes
était encore aggravée du fait du peu de possibilités
d'emploi offertes aux femmes, qui ne représentaient que 8,2 % de
la population active algérienne. Lorsque les femmes se retrouvaient
avec la responsabilité d'élever des enfants, le soutien de
famille ayant été tué ou ayant disparu, leur situation
était à tous égards insupportable.
Il a été signalé au Groupe qu'un certain nombre
de femmes occupent des postes à l'échelon le plus élevé
dans l'administration, l'enseignement et les métiers de la santé.
La situation des enfants en Algérie est particulièrement
douloureuse. Ils sont, en effet, gravement touchés par la situation
en matière de sécurité et la violence qui continue
de faire rage dans le pays et qui a souvent été caractérisée
par des massacres aveugles à grande échelle de civils ayant
parfois pour cible femmes et enfants.
Les enfants qui ont survécu aux massacres souffrent de problèmes
psychologiques après avoir été témoins de massacres
sanglants dont leur propre famille a souvent été la victime.
Certains d'entre eux sont handicapés et bon nombre sont orphelins.
Le climat d'insécurité générale qui étreint
le pays est traumatisant pour tous.
En outre, les autorités nous ont informés qu'en 1994
les terroristes avaient édicté une "fatwa" interdisant à
tous les enfants d'aller à l'école. Toutefois, les familles
avaient courageusement refusé d'y obtempérer et avaient continué
à envoyer leurs enfants à l'école.
Le Gouvernement algérien, en coopération avec des organisations
internationales et quelques gouvernements, a lancé des programmes
pour aider les enfants traumatisés par la violence. Dans le cadre
de ce processus, le Directeur général du Fonds des Nations
Unies pour l'enfance (UNICEF) a nommé en mai 1998 un représentant
de l'UNICEF pour aider à renforcer les activités qui visent
à remédier à la situation des enfants et des femmes
dans le pays.
Il a été dit au Groupe que le Gouvernement avait pris
diverses mesures pour améliorer la situation des enfants. L'enseignement
est libre et obligatoire pour les enfants, dont 7,5 millions sont scolarisés.
Les soins aux enfants et aux mères sont gratuits. Les petites filles
ont considérablement bénéficié des possibilités
et des moyens qui leur sont offerts en matière d'instruction.
La situation douloureuse des enfants, particulièrement de ceux
dont la famille a été victime du terrorisme, nous amène
à signaler la décision prise par le Gouvernement, lors de
notre séjour en Algérie, d'interdire le départ de
deux groupes d'enfants qui devraient être accueillis en Belgique
et en France à l'initiative de deux associations humanitaires Handicap
International et Le Secours populaire. L'argument invoqué officiellement
par le Ministre de la solidarité pour justifier cette décision
prise le jour même du départ a été que l'an
dernier les enfants algériens invités par l'une de ces associations,
auraient été politiquement manipulés.
Cette décision du Gouvernement fut critiquée par la presse
algérienne.