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Equipe spéciale de haut-niveau du Secrétaire général sur la Crise mondiale de la sécurité alimentaire

ARTICLE DE FOND

Plan d'action contre l'instabilité des prix de la nourriture et sur l'agriculture

Juillet 2011 -

La présidence française du G20 a invité les ministres de l'agriculture des pays membres de ce groupe à se réunir à Paris le 23 juin 2011. Les ministres ont approuvé un plan d'action sur la volatilité des prix des denrées alimentaires et sur l'agriculture qui a pour objectif principal de stabiliser les prix et d'accroître la production mondiale de nourriture par le biais d'investissements à long terme dans la production d'aliments nutritifs. Ces investissements contribueront de manière importante à mettre l'offre de nourriture au niveau d'une demande mondiale qui est en augmentation, à améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle à travers le monde, et à faire reculer la faim. Les ministres ont accepté de supprimer les restrictions aux exportations de denrées alimentaires ou les droits de douane spéciaux sur la nourriture achetée dans un but humanitaire et non commercial par le Programme alimentaire mondial (PAM): ils ont également accepté de ne pas les réimposer à l'avenir. Il s'agissait de la toute première réunion des ministres de l'agriculture du G20: elle a poursuivi dans le droit fil d'un certain nombre de processus ministériels régionaux, parmi lesquels une série de rencontres placées sous l'égide du Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine et la réunion l'an dernier au Japon des ministres de l'agriculture de la Coopération économique de l'Asie et du Pacifique (APEC).

Alors qu'ils discutaient des défis qui se posent à l'échelle mondiale, les ministres ont souligné le rôle vital que joue l'agriculture dans le monde d'aujourd'hui. L'agriculture englobe la production, la transformation et la distribution des récoltes et des produits tirés du cheptel animalier, des pêcheries et des forêts. Dans de nombreux pays, c'est l'agriculture qui détermine le rythme de réduction de la pauvreté et le potentiel de prospérité. Elle permet aux habitants des zones rurales de générer des revenus. Elle permet aux agriculteurs – en particulier aux petits exploitants – d'être des vecteurs de changement positif en s'organisant mieux pour prendre part à la production de richesse et au partage des avantages. L'agriculture peut avoir un impact déterminant sur la qualité de la terre, de l'eau, de l'air et sur la survie des environnements naturels. Elle a une grande influence sur les prix de l'énergie et des nutriments disponibles sur les marchés - et donc sur la situation nutritionnelle de femmes, d'enfants et d'hommes. Elle peut avoir un impact déterminant sur la santé et sur les risques de maladie. Les choix effectués en matière de politique agricole ont une influence sur les économies rurales, sur la disponibilité et l'utilisation de l'eau et de la terre, sur la qualité de l'environnement, le rythme du changement climatique, ainsi que sur le statut des populations en matière de nutrition et de santé. Dans la plupart des pays, les activités agricoles ont une grande pertinence pour l'ensemble du gouvernement et pour de nombreux secteurs de la société: les ministres de l'agriculture ont leur place dans un grand nombre de processus d'élaboration de politiques.

Au moins deux milliards de personnes dans le monde dépendent directement de l'agriculture pour leur subsistance. Ce sont pour la plupart des familles de petits exploitants agricoles, de petits éleveurs et entrepreneurs, des travailleurs manuels employés aux différents points des chaînes alimentaires, et des groupes nomades. Les organisations d'agriculteurs, les coopératives - si elles sont bien gérées -, les cultures contractuelles, les accords de franchisage et les associations dans l'agroalimentaire ont un rôle clé à jouer pour faire en sorte que les populations rurales pauvres bénéficient d'investissements accrus dans l'agriculture et d'efforts pour augmenter la production et la distribution de nourriture, afin de satisfaire la demande d'aliments nutritifs de la part de populations en expansion et de plus en plus exigeantes en la matière. Les organisations d'agriculteurs sont mieux à même de jouer ces rôles si elles ont de fortes capacités en matière de gestion, de coordination et de négociation. Les ministres ont mentionné les efforts croissants qu'ils fournissent afin d'impliquer les associations de petits exploitants, producteurs et transformateurs de denrées alimentaires dans le développement et la mise en oeuvre de politiques agricoles, en même temps qu'ils travaillent avec les propriétaires et les exploitants de domaines plus vastes, dans le but d'intensifier la production agricole d'une manière compatible avec la protection de l'environnement.

Durant les discussions d'hier, les ministres ont été clairs sur la nécessité pour eux de trouver un équilibre entre les intérêts nationaux et les contributions aux causes mondiales – y compris la stabilisation des prix des denrées alimentaires, la réduction de la faim et la protection à long terme de l'environnement. Ils ont été rejoints par de nombreux invités, dont des représentants de l'Union africaine et le président du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), le commissaire de l'Union européenne chargé de l'agriculture, ainsi que les chefs de plusieurs grandes organisations internationales. La déclaration avait été négociée lors de réunions de plusieurs jours étalées sur une période de six mois: certains éléments n'en avaient été résolus que le 23 juin, en tout début de matinée. Après la conclusion des discussions ce jour-là, les ministres ont approuvé leur déclaration. Elle établit un certain nombre de principes devant définir des investissements à long terme dans l'accroissement de la production alimentaire; des priorités en faveur d'une recherche en matière agricole qui permette d'obtenir des résultats dans un large éventail de domaines; des mécanismes permettant une plus vaste collecte, concentration et analyse de données pour optimiser l'information sur les marchés agricoles – et pour réagir efficacement à cette information; la mise en place de filets de sécurité pour servir de solution de secours aux personnes, aux communautés et aux pays qui n'ont pas accès à la nourriture dont ils ont besoin, et/ou n'ont pas les moyens de la payer; un meilleur accès aux denrées alimentaires humanitaires et la levée des interdictions d'exportation ou des droits de douane exceptionnels qui les frappent - aujourd'hui et à l'avenir; et des mesures à prendre pour accélérer la conclusion d'accords visant à libéraliser davantage le commerce des produits agricoles. Ils se sont entendus pour établir un Système d'information sur les marchés agricoles (SIMA) qui sera hébergé par l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Plus tard cette année, les ministres des finances du G20 doivent examiner des options en vue d'une réglementation des marchés des matières premières alimentaires qui permette à la fois la formation des cours et en cas de besoin, la constitution de réserves de couverture.

Les ministres sont convenus qu'une intensification de l'agriculture qui soit respectueuse de l'environnement requiert un investissement financier accru en faveur des petits exploitants et nécessite qu'on leur permette d'être mieux reliés aux chaînes de production alimentaires. Cela implique que les organisations professionnelles agricoles et l'industrie agroalimentaire (grande ou petite) travaillent de concert avec les gouvernements dans des partenariats entre particuliers, secteur privé et secteur public fonctionnant selon des principes acceptés de tous: ceux-ci comprennent l'encouragement à préserver l'environnement de manière durable, l'amélioration du niveau de vie des petits exploitants et la contribution à de meilleurs résultats en matière de nutrition. Cela implique également que les agriculteurs aient accès à des systèmes de gestion des risques basés sur les marchés (tels que les assurances contre les pertes de récolte dûes au changements brutaux de climat ou aux maladies). Les ministres ont été informés sur des partenariats mis sur pied dans plusieurs pays d'Afrique (par exemple – par des investissements dans des corridors stratégiques au Mozambique et en Tanzanie; et par le biais d'une nouvelle Equipe spéciale sur la croissance et l'investissement agricole en Afrique soutenue conjointement par le NEPAD, l'Union africaine et le Forum économique mondial). Les ministres ont aussi pris note de l'existence au Mexique et en Indonésie, ainsi qu'en Tanzanie et au Vietnam, de partenariats public-privé dont le catalyseur est l'initiative pour une Nouvelle vision pour l'agriculture du Forum économique mondial.

Certains ministres ont souligné combien il importait d'inscrire les politiques relatives à la sécurité alimentaire dans le cadre du concept du Droit à la nourriture. Plusieurs d'entre eux ont admis que de meilleurs approvisionnements en nourriture étaient nécessaires – mais pas suffisants – pour assurer la sécurité alimentaire. Dans leur déclaration, les ministres se prononcent clairement en faveur de la mise en place de filets de sécurité pour améliorer l'accès aux denrées alimentaires pour les pays, les communautés et les ménages dans les périodes où celles-ci sont inabordables en raison d'une hausse des prix, d'une rupture des lignes d'approvisionnement ou d'une grave diminution de leur pouvoir d'achat. Le passage du texte qui prévoit de supprimer les restrictions d'exportation pour les livraisons de nourriture à des fins humanitaires représente une avancée par rapport au contenu de la déclaration du Sommet mondial sur la sécurité alimentaire de 2009. Cette proposition pourrait être entérinée par tous les Etats membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), lors de leur réunion ministérielle plus tard dans l'année. Les ministres sont convenus de faire en sorte que des filets de sécurité établis à l'échelle nationale et constitués de réserves de nourriture puissent être efficaces dans des périodes où les prix des denrées alimentaires augmentent brutalement et où les gouvernements ne peuvent pas se procurer la nourriture nécessaire pour constituer ces réserves à un prix abordable. Ils ont demandé au PAM de mettre au point, puis de tester, un système de réserves alimentaires à utiliser lors des situations d'urgence humanitaire, ainsi qu'un financement à long terme plus prévisionnel pour l'organisation, qui lui permette d'effectuer des achats à l'avance et de pré-positionner de manière adéquate ces réserves de denrées alimentaires humanitaires. Le PAM a établi un plan d'action en cinq points pour appliquer cette déclaration dans la lettre et dans l'esprit.

Plusieurs ministres ont souligné que les meilleures stratégies de développement par l'agriculture sont celles qui font une place importante aux femmes et qui tiennent compte des besoins nutritionnels de la population – ces stratégies doivent aborder les vecteurs de sous-nutrition, notamment pendant la grossesse et la petite enfance. Cette approche de l'agriculture sous l'angle de la nutrition favorisera les pays - dont le nombre est en augmentation - qui font porter leurs efforts en priorité sur l'accroissement des rendements nutritionnels bien avant 2015, l'année-cible pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). L'engagement – dans la déclaration ministérielle - en faveur d'une agriculture axée sur la nutrition devrait encourager des engagements similaires en faveur de ce concept de la part des ministres de l'agriculture à travers le monde et contribuera à accélérer l'amélioration de la situation en matière de nutrition.

Les ministres ont reconnu combien il importait que le commerce des produits de l'agriculture soit ouvert et efficace et ont appelé à l'achèvement rapide du Programme de Doha pour le développement: en privé, certains ont suggéré que les pays les moins développés tireraient un meilleur bénéfice de leur produits si leur accès aux marchés était libre de tout droit de douane ou quota. Ils se sont également entendu rappeler la nécessité de faciliter le commerce intérieur et inter-régional.

La Déclaration ministérielle appelle à l'établissement de réseaux internationaux et régionaux plus puissants pour porter une attention collective aux questions relatives à la santé des personnes, des animaux et de la flore. Les ministres encouragent aussi les organisations internationales – en particulier la FAO, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Organisation mondiale pour la santé des animaux – à jouer un rôle central sur cette question.

Les ministres ont reconnu qu'une gouvernance mondiale forte est un élément indispensable pour parvenir à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et ont appelé à une plus grande cohérence des politiques en la matière, reconnaissant le rôle crucial joué par les Organisations internationales et régionales. Le rôle important joué aujourd'hui et à l'avenir par le Comité sur la sécurité alimentaire mondiale (CFS) a été reconnu à plusieurs reprises, de même que les contributions des trois agences de l'ONU basées à Rome (FAO, PAM et Fonds international pour le développement agricole-FIDA) et de l'Equipe spéciale de haut niveau sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire (HLTF). La HLTF rassemble 22 organes différents de l'ONU, les grandes institutions financières internationales, l'Organisation pour la coopération et le développement en Europe (OCDE) et l'OMC. Les membres de la HLTF ont contribué à cette réunion du G20 en produisant au moins sept rapports: la FAO et l'OCDE ont assuré la coordination entre 10 Organisations internationales qui ont contribué à l'élaboration du document sur la Volatilité des prix des denrées alimentaires, qui a servi de base de discussion entre les adjoints des ministres de l'agriculture. Les Organisations internationales souhaitent apporter leur soutien à ce plan d'action - avec son approche globale de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Il est cohérent avec la stratégie de l'Equipe spéciale – le Cadre d'action global actualisé. Les membres de l'Equipe spéciale peuvent aussi contribuer à l'établissement de liens entre le G20 et les autres Etats membres de l'ONU – par exemple, dans le cadre du Comité de la sécurité alimentaire mondiale, de l'Assemblée générale de l'ONU et du Conseil économique et social. Ceci est particulièrement pertinent alors que le travail du G20 se trouve à l'intersection des questions relatives à la nourriture, la terre, l'eau, l'énergie, l'environnement, le changement climatique, la santé et la nutrition. Enfin, l'Equipe spéciale est déterminée à assurer la responsabilisation globale d'un système de l'ONU coordonné et harmonisé: ceci peut être utile compte tenu des sollicitations très diverses dont le système est l'objet de la part du G20.

Par conséquent, en conclusion, nous félicitons la présidence française et les membres du G20 pour cette importante déclaration, pour l'engagement politique qu'ils ont pris en vue d'assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et pour leurs efforts conjoints pour faire reculer la faim, renforcer la protection sociale et les filets de sécurité, améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et faire de l'agriculture un outil positif pour dessiner le monde de demain. Il nous tarde de travailler sur ces questions en 2011 et au-delà – non seulement avec le G20 (dans le cadre cette année du Groupe de travail sur le développement et d'autres processus sur la route de Cannes en novembre et de Mexico l'année prochaine), mais aussi avec tous les membres des Nations Unies, ainsi que leur organes politiques régionaux et internationaux (y compris le Comité sur la sécurité alimentaire mondiale).

Article préparé par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la sécurité alimentaire et la nutrition et Coordinateur de l'Equipe spéciale de haut niveau sur la crise mondiale de la sécurité alimentaire.