COMMUNIQUE DE PRESSE


Port-au-Prince, le 23 mai 1994

Les corps de quatre militants politiques ont été retrouvés ce matin dans le quartier de Cité Soleil. Tous avaient été assassinés par balles et de sang froid.

Monsieur Emmanuel Joseph, âgé de 38 ans et membre de l'Association Tet Ensam Cité Soleil (ATECS), a été retrouvé mort devant sa résidence, située à Soleil 17. Deux individus armés avaient pénétré chez lui, avant de l'entraîner dehors et de le forcer à s'allonger sur le sol. Ils l'avaient alors tué d'une rafale d'arme automatique.

A Projet Lintho 2, les observateurs de la Mission ont constaté le décès de Monsieur Mercidieu Bontemps. Celui-ci, âgé de 43 ans et membre de l'Association des Jeunes de Cité Soleil 8 (AJSS8), avait été assassiné à l'extérieur de sa résidence d'une balle dans la tempe. Le corps de son cousin, Monsieur Delil Saint Louis, 26 ans, lui aussi membre de l'AJSS8, gisait à l'intérieur de la maison. Il avait également été exécuté à bout portant d'une balle dans la tête.

Un quatrième cadavre a été retrouvé ce matin, toujours à Projet Lintho 2. Il s'agit de Monsieur Serge Joseph, 19 ans, membre de l'Alliance des Démocrates Patriotes Révolutionnaires Haïtiens. Il avait été assassiné par balles.

La Mission a pu confirmer qu'une cinquiène personne, membre d'un parti politique, avait aussi été la victime d'une attaque. Laissé pour mort par ses agresseurs qui l'ont battu avant de lui tirer une balle dans la poitrine, la victime a pu recevoir des soins médicaux.

L'enquête de la MICIVIH a permis d'établir que d'autres habitants de Cité Soleil ont été victimes d'agressions la nuit dernière. Un minimum de six personnes ont été blessées.

Des informations préliminaires recueillies par la Mission, il est possible de conclure que c'est le même groupe d'individus qui est responsable des quatres meurtres. Il s'agissait de civils fortement armés dont le nombre exact n'a pu être déterminé.

La Mission condamne très fermement l'assassinat de militants politiques de Cité Soleil, qui fait suite à de nombreuses attaques du même genre dans ce quartier de Port-au-Prince. Ces exécutions semblent découler d'une logique d'élimination systématique des membres d'organisations populaires qui sont partisans du retour à l'ordre constitutionnel.

(Ref.: CP/94/21)