COMMUNIQUE DE PRESSE


Port-au-Prince, le 19 mai 1994

La Mission civile internationale OEA/ONU continue d'être vivement préoccupée par l'émergence du viol comme moyen de répression politique. Depuis la reprise de leurs activités le 31 janvier, un total de 32 viols ont été signalés aux observateurs, alors que seulement trois cas avaient été portés à la connaissance de la Mission pour l'année 1993. Douze des 32 victimes sont des proches parents de membres d'organisations populaires.

La grande majorité des viols sur lesquels la Mission enquête sont survenus dans les quartiers populaires de Port-au-Prince. Ils ont été perpétrés dans huit cas au moins par des membres des Forces Armées d'Haïti, des militants du Front Révolutitonnaire pour l'Avancement et le Progrès Haïtien (FRAPH) ou des "attachés". Dans les autres cas, les viols ont été commis par des civils armés non identifiés.

Dans les douze cas de viols à caractère politique, le scénario du crime est toujours sensiblement le même. Des individus armés, souvent des militaires ou des membres du FRAPH, font irruption au domicile iné à l'extérieur de sa résidence d'une balle dans la tempe. Le corps de son cousin, Monsieur Delil Saint Louis, 26 ans, lui aussi membre de l'AJSS8, gisait à l'intérieur de la maison. Il avait également été exécuté à bout portant d'une balle dans la tête.

Un quatrième cadavre a été retrouvé ce matin, toujours à Projet Lintho 2. Il s'agit de Monsieur Serge Joseph, 19 ans, membre de l'Alliance des Démocrates Patriotes Révolutionnaires Haïtiens. Il avait été assassiné par balles.

La Mission a pu confirmer qu'une cinquiène personne, membre d'un parti politique, avait aussi été la victime d'une attaque. Laissé pour mort par ses agresseurs qui l'ont battu avant de lui tirer une balle dans la poitrine, la victime a pu recevoir des soins médicaux.

L'enquête de la MICIVIH a permis d'établir que d'autres habitants de Cité Soleil ont été victimes d'agressions la nuit dernière. Un minimum de six personnes ont été blessées.

Des informations préliminaires recueillies par la Mission, il est possible de conclure que c'est le même groupe d'individus qui est responsable des quatres meurtres. Il s'agissait de civils fortement armés dont le nombre exact n'a pu être déterminé.

La Mission condamne très fermement l'assassinat de militants politiques de Cité Soleil, qui fait suite à de nombreuses attaques du même genre dans ce quartier de Port-au-Prince. Ces exécutions semblent découler d'une logique d'élimination systématique des membres d'organisations populaires qui sont partisans du retour à l'ordre constitutionnel.

(Ref.: CP/94/21)