Misyon Sivil Entènasyonal an Ayiti, OEA/ONU

International Civilian Mission in Haiti, OAS/UN - Mission Civile Internationale en Haïti, OEA/ONU

COMMUNIQUE DE PRESSE


La Mission civile internationale a dépêché à Gonaïves les 27 et 28 avril une équipe d'observateurs pour enquêter sur des informations indiquant que de nombreuses personnes auraient été tuées par l'armée dans le quartier de Raboteau.

Selon les autorités militaires de la ville, les événements auraient été causés par "un groupe terroriste" dirigé par M. Amio Métayer, dit Le CuLain, connu comme sympathisant du président Aristide. Le 22 avril, il aurait attaqué l'avant-poste de Raboteau, afin de "soulever la population en solidarité avec les rebelles du Borgne". Leur agression aurait forcé les Forces armées à riposter et à pourchasser le groupe qui essayait de s'enfuir en mer à bord d'embarcations. Les autorités militaires ont indiqué que six personnes seraient mortes durant l'opération.

La Mission n'a pu recueillir ni témoignage probant ni preuve susceptible de corroborer la version des faits fournie par les responsables des Forces armées. Selon de nombreuses informations concordantes, il apparaît au contraire que ce sont des membres de l'armée qui ont été à l'origine des troubles. Dès le 18 avril, deux militaires accompagnés d'un dirigeant local du FRAPH ont tiré sur la maison de M. Métayer, qu'ils ont saccagée. Ils ont arrêté son père, M. Ludovic Métayer (65 ans). Le 22 avril, des soldats plus nombreux ont investi Raboteau au petit matin. Ils ont attaqué et pillé une dizaine de maisons, battu des habitants, avant d'exécuter sommairement sur le littoral ou dans des barques de nombreuses personnes qu'ils avaient chassées de leurs habitations. Parmi ces victimes figuraient des voyageurs.

Malgré la présence de militaires et d'attachés, les observateurs ont pu interroger de nombreuses victimes ou leurs proches. Ils n'ont pas été en mesure d'établir avec exactitude le nombre de victimes, car des corps ont probablement disparu en mer et beaucoup d'autres ont été enterrés à la sauvette et sans constat de juge. La Mission a déterminé qu'un minimum de 12 personnes avaient été exécutées par balles par des soldats portant l'uniforme de l'Unité tactique. Un témoin a montré aux observateurs des monticules où six à huit personnes auraient été ensevelies. Selon des témoignages concordants, des corps qui flottaient sur la mer ont été rejetés à la côte. Des membres des FAd'H ont empêché les familles de procéder à leur enterrement.

Les observateurs ont pu établir que plusieurs personnes avaient été blessées durant l'opération militaire. La plupart d'entre elles se cachent et ont choisi de ne pas se faire soigner dans un établissement hospitalier par crainte d'être identifices. Il apparaît enfin que le quartier de Raboteau, et surtout Bas-Raboteau, a connu un exode massif à la suite de ces événements.

La Mission civile condamne très énergiquement le massacre de civils innocents à Raboteau, dont l'ampleur dépasse toute autre attaque indiscriminée commise par des éléments des Forces armées depuis l'arrivée de la Mission en Haïti. Elle demande en conséquence au Haut-Commandement d'ouvrir une enquête approfondie pour établir les responsabilités de cette horrible tuerie.

(CP/94/17)