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Misyon Sivil Entènasyonal an Ayiti, OEA/ONU
International Civilian Mission in Haiti, OAS/UN - Mission Civile Internationale en Haïti, OEA/ONU
Port-au-Prince, le 8 avril 1994
La Mission civile internationale OEA/ONU a recueilli des informations sur de nombreux cas d'enlèvements
et de disparitions forcées,ainsi que sur l'existence de centres clandestins de détention à Port-au-Prince et ses environs.
La Mission enquête actuellement sur 37 cas d'enlèvements et de disparitions forcées survenus entre la fin du
mois de janvier et la fin du mois de mars et dont 30 concernent des membres d'organisations populaires et leurs
proches.
Selon les témoignages concordants recueillis par la Mission, les victimes sont enlevées à leur domicile ou
dans la rue par des civils armés opérant à bord de véhicules. Des témoins et des victimes ont déclaré aux
observateurs que les assaillants portaient dans quelques cas des uniformes de l'armée ou de la police. Une fois, au
moins, I'implication de membres du FRAPH a été signalée. Dans de nombreux cas, les ravisseurs battent les
victimes au moment de l'enlèvement, leur passent des menottes aux poignets, bandent leurs yeux et les conduisent
vers des destinations inconnues qui ne sont pas des lieux de détention officiels. Dans ces centres clandestins, les
détenus sont interrogés sur leurs activités politiques ou syndicales et leurs relations avec d'autres militants. Les
interrogatoires sont accompagnés de bastonnades et de mauvais traitements. Certaines personnes ne reçoivent ni eau
ni nourriture pendant 48 ou 72 heures. Après plusieurs jours de détention, les victimes sont relâchées, le crane
souvent rasé et en très mauvais état physique et psychologique. Les observateurs ont pu constater que des victimes
portaient des cicatrices en divers endroits du corps et au visage.
Sur les 37 cas faisant l'objet d'enquête de la Mission, 12 ont réapparu, les corps de cinq ont été retrouvés;
confirmant la thèse que certaines personnes enlevées sont par la suite exécutées ou meurent sous la torture et les
mauvais traitements. Une victime réapparue a confié à la Mission que deux de ses co-détenus ont été extraits de leur
cellule, le l9 mars, et ne sont plus jamais revenus. Un ravisseur a dit qu'ils ont été exécutés. On est toujours sans
nouvelle de 20 personnes. Cette situation est d'autant plus préoccupante que de nombreux cadavres non identifiés
ont été découverts à Port-au-Prince ces dernières semaines.
La Mission civile internationa!e s'élève à la fois contre les enlèvenents et les disparitions forcées, et l'existence
de centres clandestins de détention. Ces pratiques visent d'une part à obtenir des ïnformations sur les membres et
les activités des organisations populaires, et d'autre part à terroriser le mouvement populaire favorable au retour du
président Jean Bertrand Aristide. La Mission demande aux Forces armées d'Haïti d'identifier et de fermer les centres
clandestins de détention et de prendre des mesures pour mettre fin à ces pratiques illégales.
(Ref: CP/94/12)