COMMUNIQUE DE PRESSE

REF:CP/93/20

Port-au-Prince, le 30 juin 1993. La Mission Civile Internationale OEA/ONU a enregistré, dans la dernière semaine de juin, pluisieurs cas d'arrestations suivies de bastonnades et d'intimidations perpétrées par des membres des Forces armées d'Haïti dans la ville des Gonaïves, département de l'Artibonite. Ces atteintes aux droits de l'homme constatées par la Mission sont, encore une fois, liées aux violations des droits d'expression et d'association.

En effet, les 22 et 23 juin , des militaires ont dispersé à coups de bâtons des tentatives de manifestations de soutien au président Jean-Bertrand Aristide, dans le quartier de Raboteau. Ils ont empêché, le 25 juin, la tenue d'un rassemblement au quartier de Lòt Bò Kanal et sévèrement battu une personne qu'ils ont rencontrée à l'endroit où la manifestation était prévue. Un homme âgé de 23 ans, arrêté le même jour et accusé d'avoir brûlé des pneus, est toujours détenu à la caserne des Gonaïves où il aurait été battu à coups de bâtons et de crosses de fusils pendant l'interrogatoire. Les observateurs de la Mission ont pu s'entretenir avec le détenu, qui a comparu devant le juge de paix le 28 juin.

Le 26 juin, des militaires ont investi les quartiers populaires de Polcos et Lòt Bò Kanal et procédé à des fouilles, apparemment à la recherche de membres d'organisations populaires. Au moins neuf (9) personnes ont été battues sévèrement au cours de ces fouilles. Les maisons de Amio Métayer et de Paul O'Donnell, deux (2) leaders d'organisations populaires, ont été pillées durant la même nuit.

Le 28 juin, un homme âgé de 70 ans a été arrêté à son domicile par des militaires, frappé et emmené à la caserne. Selon des informations recueillies par les observateurs de la Misision, cet homme, qui était déjà parmi les personnes bastonnées dans la nuit du 26 juin, a été arrêté à la place de son fils, recherché par les militaires parce qu'il dirige une organisation populaire du quartier de Lòt Bò Kanal . Il a été relâché le mardi 29 juin.

La Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU exprime son inquiétude devant ces violations du droit à l'intégrité et à la sécurité de la personne, ainsi que les intimidations à l'encontre de la population commises par des membres des forces armées dans la ville des Gonaïves. Elle demande que, tout en veillant au maintien de l'ordre public, les forces armées respectent l'intégrité et la sécurité des citoyens, notamment de ceux qui tentent d'exercer leurs droits d'expression et d'association, droits reconnus par la Constitution Haïtienne.