Message de S. E. Miguel d’Escoto Brockmann,
Président de l’Assemblée générale des Nations Unies,
diffusé à l’occasion de la Journée internationale
de la femme
8 mars 2009
Les difficultés économiques et les inquiétantes tensions sociales dont les effets se font aujourd’hui sentir partout dans le monde touchent d’abord et avant tout les plus pauvres et les plus vulnérables. Malheureusement, il est à craindre que, dans les prochains mois, ces effets se fassent encore plus rudement ressentir chez les femmes et les filles. Je me réjouis donc particulièrement que le thème retenu cette année pour la Journée internationale de la femme soit « Hommes et femmes unis contre la violence à l’égard des femmes . » Il est parfois nécessaire de passer par une crise pour éveiller les consciences et mobiliser de nouveaux partenariats. Nous devons saisir toutes les occasions qui s’offrent à nous de faire progresser la condition de la femme, que la conjoncture soit favorable ou non.
Depuis 60 ans, l’ONU est au cœur de l’action menée en faveur de l’égalité des sexes, grâce notamment au dispositif convenu à l’échelon international qu’elle a mis en place pour guider les efforts des États et des autres acteurs. Nous sommes fiers de notre action et du grand nombre de programmes créés par l’ONU, qui ont contribué au progrès de la femme. J’estime aujourd’hui le moment venu d’intensifier nos efforts en créant une institution spécialisée qui consolidera et recentrera les divers programmes et activités que le système des Nations Unies consacre à cette cause.
Pour faire progresser l’égalité des sexes, autonomiser la femme et mettre fin à la violence dont elle est victime, il a fallu que les attitudes changent à l’ONU, dans les États et, d’une manière générale, dans la société. Et pourtant, malgré des succès indiscutables et des efforts incessants, la femme reste la victime de nombreuses discriminations, l’égalité des sexes demeure un objectif lointain et la violence est encore trop souvent le lot de la femme. Je crois que nous savons tous, y compris dans les divers organismes des Nations Unies, que nous devons accroître encore la cohérence de notre action en faveur du respect du droit international et de l’exécution de politiques et programmes pour les droits de la femme.
La question de l’égalité des sexes requiert, plus que toute autre, que l’Assemblée générale montre la voie. Or, la soixante-troisième session qui se déroule actuellement offre aux 192 États Membres une occasion sans précédent de le faire. J’entends moi-même présider à la création d’une nouvelle entité de l’ONU consacrée à la femme, une entité dotée de l’autorité, de la présence et des ressources nécessaires pour orchestrer les diverses campagnes en faveur de l’égalité des sexes.
Grâce aux progrès remarquables accomplis par l’Assemblée générale à cet égard au cours des deux dernières sessions, les femmes du monde entier vont bientôt disposer de leur propre institution mondiale. Nous ne sous-estimons certes pas les contributions précieuses des divers programmes, fonds et bureaux qui s’occupent des questions liées à l’égalité des sexes, mais nous pensons qu’une entité globale sera mieux à même de coordonner ces mandats divers qui, parfois, font double office.
Il est tout à fait possible de changer le cours de l’histoire au cours de la présente session de l’Assemblée générale – et je suis convaincu que les États Membres sont déterminés, en ce qui concerne l’égalité des sexes, à passer de la rhétorique à l’action. Nous avons tous convenu que l’ONU devait mettre au point une nouvelle « structure de l’égalité des sexes » et, comme le sait tout bon architecte, pour être solide et durable, toute structure doit être équilibrée. Engageons-nous donc à reléguer au passé les vœux pieux et les gestes symboliques; engageons-nous à créer une véritable entité pour les femmes, porteuse d’égalité pour le monde et pour l’ONU.
Engageons-nous à créer, au cours même de cette session, une institution qui soit intégralement financée, ait à sa tête un secrétaire général adjoint, dispose d’un personnel spécialisé et dirige des programmes ciblés. Cette institution devra, en outre, être représentée dans les instances les plus importantes et disposer de véritables moyens opérationnels sur le terrain.
L’institution de l’ONU ainsi créée ne parlera pas au nom de la femme; elle veillera au contraire à ce que celle-ci puisse enfin faire entendre sa voix, à tous les niveaux de la société et pour chaque décision concernant son propre destin. Au niveau des pays, le personnel de l’institution devra pouvoir mobiliser et canaliser les ressources et les savoirs locaux, nationaux, régionaux et internationaux, aux fins d’évaluer les besoins de la femme et d’y répondre. L’institution devra pouvoir collecter et analyser des données sur les conditions de vie et les droits de la femme et pouvoir aussi mettre au point des politiques et fournir des avis et une assistance techniques sur l’égalité des sexes et l’autonomisation de la femme dans tous les domaines spécialisés. Elle devra également être en mesure d’appuyer et de suivre l’action menée par d’autres institutions de l’ONU et, enfin, œuvrer avec les États à la création de programmes nationaux et à leur mise en œuvre.
La consolidation et la rationalisation de l’action en faveur de l’égalité des sexes à l’échelle du système des Nations Unies seront de la sorte renforcées et harmonisées en ces temps de crise mondiale. C’est ainsi que, unis dans l’effort, hommes, femmes, États et société civile, nous accélérerons la marche irréversible du progrès de la femme et de son autonomisation et, par voie de conséquence, la réalisation des promesses de la paix et du développement pour tous.
