Péninsule de Bakassi : recours au droit pour
prévenir un conflit
Règlement pacifique d’un litige frontalier de longue
date grâce à la Cour internationale de Justice et aux bons
offices du Secrétaire général
Rares sont ceux pour qui la péninsule de Bakassi, riche en ressources,
et la zone frontalière entre le Cameroun et le Nigeria, qui s’étend
sur 1600 kilomètres de long et va du lac Tchad au Golfe de Guinée,
constituent un bout de territoire stratégique. Pierre d’achoppement
entre les deux pays depuis 1913, ce territoire a pourtant engendré
des hostilités et des affrontements militaires entre la Cameroun
et le Nigeria au début des années 90. Aujourd’hui,
la décision prise par ces deux pays, avec le concours de l’ONU,
de régler leur différend par des voies pacifiques grâce
à des mesures préventives et au recours au principal organe
judiciaire des Nations Unies est un important exemple à suivre
pour régler d’autres différends entre Etats.
En 1994, le Cameroun a demandé à la Cour internationale
de Justice (CIJ), appelée aussi Cour mondiale, de régler
le différend frontalier qui l’oppose au Nigeria, en particulier
la question de la souveraineté sur la péninsule de Bakassi
et sur les îles du lac Tchad, et de préciser le tracé
de la frontière terrestre et maritime entre les deux pays.
Après huit ans de procédure, la Cour a rendu son jugement
quant au fond le 10 octobre 2002, en décidant, en partie, que la
péninsule de Bakassi et la région contestée du lac
Tchad relèvent de la souveraineté du Cameroun. Pour favoriser
l’application de la décision par des voies pacifiques, les
Présidents Paul Biya, du Cameroun, et Olusegun Obasanjo, du Nigeria,
ont demandé au Secrétaire général de mettre
en place une Commission mixte Cameroun-Nigeria présidée
par le Représentant spécial du Secrétaire général
pour l’Afrique de l’Ouest, M. Ahmedou Ould-Abdalah, pour examiner
« les moyens de donner suite à la décision de la CIJ
et de faire avancer le processus ».
Le retrait de l’administration civile, des forces militaires et
de la police et le transfert de l’autorité dans la région
du lac Tchad en décembre 2003 marquaient un pas décisif
sur la voie de l’application de la décision de la CIJ. On
s’achemine aussi vers le retrait et le transfert de l’autorité
dans la zone de la frontière terrestre et dans la péninsule
de Bakassi. Parallèlement, les parties sont convenues de mettre
en œuvre un ensemble de mesures politiques et économiques
de confiance et d’envisager la conclusion d’un traité
d’amitié et de non-agression entre leurs pays. Certes, il
reste encore beaucoup à faire, mais cette histoire illustre le
rôle primordial que jouent les mesures multilatérales, comme
en témoignent les possibilités de dialogue et de règlement
des différends par le recours à la CIJ. La Commission mixte
constitue aussi une initiative notable, qui peut être perçue
comme un modèle exemplaire de diplomatie préventive et un
outil précieux permettant de s’affranchir d’une culture
de réaction pour adopter une culture de paix. Cette affaire montre
aussi l’importance que revêtent les bons offices du Secrétaire
général, qui ont été sollicités pour
aider les parties à appliquer la décision de la Cour, et
pourrait servir de précédent dans la recherche de solutions
à des problèmes frontaliers et autres, susceptibles de menacer
la paix et la sécurité.
Pour plus d’informations, contacter :
Mme Patricia Georget, Juriste, Bureau des affaires juridiques de l'ONU
Tel : (1 212) 963-5479; Courrier électronique : georget@un.org
Mme Angele Makombo, Spécialiste des questions politiques, Département
des affaires politiques de l'ONU
Tel : (1 212) 963-3618; Courrier électronique : makomboa@un.org
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