Côte d'Ivoire : les « médias de la haine » constituent une menace pour la paix et la réconciliation
Les forces de l'ONUCI en patrouille en Côte d'Ivoire. (ONUCI/Ky Chung)
Le sujet
Tandis que le monde commémorait le douzième anniversaire
du génocide au Rwanda au mois d’avril, certaines informations émanant
de Côte d'Ivoire rappellent de manière effrayante la façon
dont les médias ont été utilisés par les dirigeants
pour déclencher des actes de violence dévastateurs. A la
suite d’une série de coups d’État, remontant à 1999,
une mutinerie de soldats en septembre 2002 en Côte d'Ivoire a dégénéré en
une véritable révolte, tandis que ceux du nord se rebellaient
contre la domination de ceux du sud, entraînant des milliers de morts
lors des combats entre les rebelles des Forces nouvelles et le gouvernement.
Bien que les combats aient cessé, le pays reste divisé entre
le sud tenu par le gouvernement et le nord aux mains des rebelles. En 2004,
l’Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI)
a été mise sur pied pour surveiller le cessez-le-feu et pour
appuyer l’application des accords de paix, qui préserve une
paix fragile.
Le ciblage virulent des opposants politiques dans la presse et à la télévision
nationales, ainsi qu’à la radio locale et nationale est un trait
qui caractérise de longue date la scène médiatique ivoirienne.
Les journalistes, luttant pour maintenir leur indépendance, en sont souvent
victimes, dans un pays où la politique partisane et le recours à des
messages de haine sont communs. Bien que le climat médiatique soit manifestement
libre, les journalistes ont été au cours des dernières années
victimes de harcèlement, de menaces, d’arrestations, voire de meurtres.
Les journalistes bénéficient de peu d’autonomie sur le plan éditorial
et les affiliations politiques dictent souvent la couverture.
Le contexte
- La Côte d'Ivoire a accédé à l’indépendance en 1960 et connu plusieurs décennies de croissance économique et d’unité, se taillant une réputation de succès sur le continent africain. La démocratie a été introduite dans les années 1990, mais la désillusion parmi certains groupes a entraîné une série de coups d’État qui ont débouché en 2002 sur une guerre civile en bonne et due forme. Un accord de paix négocié par la France a été signé en 2003, mais cette paix fragile n’a pas été consolidée.
- En 2004, l’ONUCI a mis en place sa propre station de radio pour contrer l’effet de la propagande inflammatoire et des messages de haine. La couverture de la station, que l’on n’entendait au début qu’à Abidjan, a été étendue aux villes tenues par les rebelles au nord. En décembre 2004, une nouvelle législation relative à la presse a été adoptée, donnant les moyens de sanctionner les pratiques journalistiques jugées déplorables et d’inculquer l’éthique journalistique.
- Charles Konan Banny a été désigné premier ministre par intérim en décembre 2005. Sa désignation a été appuyée par les médiateurs africains et l’ONU comme étant susceptible de faire progresser la Côte d’Ivoire en direction du processus de paix paralysé. Il est confronté à des tâches difficiles telles que le désarmement des forces rebelles et des milices pro-gouvernementales, le recensement des électeurs et l’organisation des élections d’ici au 31 octobre.
- En janvier 2006, les forces et les biens de l’ONU ont subi une attaque de la part de membres d’un groupe politique, les « Jeunes patriotes », à la suite de laquelle le personnel recruté au plan international s’est temporairement retiré. Le plus alarmant est que ces attaques ont été incitées en certains endroits par des milices et des chefs de la préfecture qui ont pris le contrôle des stations de radio locales et qui les ont utilisées pour diffuser des messages de haine encourageant la destruction. Le Conseil de sécurité a imposé des sanctions à deux leaders de la jeunesse et à un commandant des rebelles. Le Représentant spécial du Secrétaire général, Pierre Schori, a prévenu que « le fait de prêcher la violence équivaut à œuvrer en vue de l’échec du processus de paix ».
- Le Secrétaire général Kofi Annan a condamné le recours aux médias de la haine et a exigé que tous les partis et leurs dirigeants s’abstiennent de tels actes. Le Conseil de sécurité a demandé des sanctions à l’encontre de ceux qui incitent à la violence et à la haine, notamment par le recours aux médias.
- Le Secrétaire général a mis l’accent sur la préparation des élections et le rôle des médias comme des questions restant actuellement en suspens. Une action concrète et dynamique doit être prise pour commencer à appliquer le programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion, pour démanteler les milices, pour redéployer l’autorité de l’État, pour recenser les électeurs et pour préparer les élections.
- Un rapport publié le 27 avril par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires indique qu’environ 700,000 personnes ont été déplacées depuis le début de la crise actuelle en 2002, lorsqu’un coup d’État avorté contre le Président Laurent Gbagbo a entraîné une guerre civile. 90% de ces personnes vivent avec des proches dans de grandes zones urbaines, mettant à rude épreuve la situation économique de la majorité de leurs hôtes, d’après le rapport, qui indique en outre que 50 % des personnes déplacées disent que leur état de santé a empiré, alors que 30 % des enfants déplacés n’ont pas les moyens d’être scolarisés.
POUR PLUS D’INFORMATION :
Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI)
:
Margherita Amodeo, Tél : +225 0620 33 05, courriel :
amodeo@un.org
Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU
(OCHA) :
Besida Tonwe, chef de bureau, Bureau d’appui régional
pour l’Afrique de l’Ouest du Bureau de la coordination des
affaires humanitaires
Tél : (+225) 22 40 5170, courriel : tonwe@un.org ou besida@ocha.ci;
Pierre Marie N'Gore, responsable de l’information, Tél : +225
22 40 5172
LIENS WEB UTILES :
Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI)
Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations
Unies (OCHA)
Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR)