UNICEF



Nos enfants représentent l'avenir



La situation

Face à la pauvreté, au chômage, à la croissance démographique et au phénomène d'urbanisation, confrontée à une instabilité croissante et à des conflits de plus en plus nombreux, la planète doit se souvenir qu'elle dispose d'un immense potentiel de progrès humain. Les découvertes qui ont révolutionné les secteurs de l'industrie et de la production et qui se traduisent par une production économique mondiale de l'ordre de 20 mille milliards de dollars permettent à tout un chacun de bénéficier des avantages du progrès et de s'acheminer vers la résolution des principaux problèmes sociaux.

L'enfant, a écrit un jour un poète chilien, ne peut pas attendre. Ce qui veut dire que, de tous les problèmes sociaux, celui du bien-être des enfants est le plus pressant. Par chance, le monde dispose des ressources financières, techniques et administratives nécessaires pour subvenir aux besoins de tous ses enfants.

Il ne peut d'ailleurs agir autrement : lors du Sommet mondial pour les enfants de 1990, qui a largement contribué à stimuler l'attention accordée au développement humain, les dirigeants de la planète se sont engagés à faire en sorte que leur pays atteigne certains objectifs essentiels concernant la survie, la protection et le développement de l'enfant. Le respect de ces engagements permettra de poser les fondations du progrès en matière de développement social et d'assurer aux citoyens du siècle prochain une vie plus saine, une meilleure instruction et donc un avenir plus productif.

Selon M. Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général des Nations Unies : "Parmi tous les aspects du développement, aucun n'est aussi bien accepté ou n'a de pouvoir de mobilisation plus grand que la cause des enfants. Nos enfants représentent l'avenir."

Les enfants permettent de jauger les progrès accomplis ou non, leur vie étant des baromètres très sensibles pour mesurer la détresse sociale et l'impact de la pauvreté et du chômage, ainsi que les déchirements causés par la rapidité de l'urbanisation et les conflits.

* Chaque année, 13 millions d'enfants de moins de 5 ans de par le monde continuent à succomber à des maladies faciles à éviter et à mourir de malnutrition.

* Dans le monde en développement, près de 200 millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition modérée à grave, soit 36% des enfants de cette tranche d'âge. Près de 69 millions d'entre eux souffrent de malnutrition grave.

* Dans les pays en développement, 130 millions d'enfants, dont près des deux tiers sont des filles, n'ont pas accès à l'instruction primaire.

"Dans un monde où le produit intérieur brut est exprimé en dizaines de milliards de dollars, savoir que des enfants n'ont pas accès à l'éducation fondamentale, aux soins de santé et à la quantité minimale de nourriture indispensable est de plus en plus révoltant. La moralité doit évoluer avec les capacités", observe James P. Grant, directeur général de l'UNICEF.

Des progrès impressionnants ont été réalisés en faveur des enfants dans les pays en développement; ils ont permis de sauver près de 20 millions de vies enfantines au cours de la dernière décennie et d'améliorer la qualité de vie de 100 autres millions d'enfants.

Un peu moins d'une génération a suffi pour faire reculer de moitié les taux de mortalité infantile, pour réduire de 30% les taux de malnutrition et pour faire passer de moins de la moitié à plus de trois quarts la proportion d'enfants inscrits à l'école primaire.

Les démarches

La manière dont le monde traite ses enfants est en train de changer. Cette nouvelle éthique trouve son expression dans toute la gamme des droits garantis par la Convention relative aux droits de l'enfant, qui a été adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1989, et dans les objectifs fixés en 1990, lors du Sommet mondial pour les enfants.

La Convention, qui a été ratifiée par plus de 150 pays et est sur le point de devenir le premier instrument relatif aux droits de l'homme reconnu dans le monde entier, convertit les besoins fondamentaux des enfants en droits exigibles. Les 54 articles de la Convention engagent les pays à garantir le droit de l'enfant :

Pratiquement tous les pays appuient les 7 objectifs principaux et les 20 objectifs d'appui en faveur des enfants et des femmes adoptés lors du Sommet mondial pour les enfants, qui sont le meilleur investissement dans le développement social que peut consentir une société. Les progrès vers la réalisation de ces objectifs sont indispensables si l'on veut soulager la pauvreté et lutter contre le chômage, promouvoir l'égalité entre les hommes et les femmes, freiner la croissance démographique, protéger l'environnement et poursuivre un développement social durable.

Les objectifs fixés pour l'an 2000 ont également été repris par la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (le "Sommet planète Terre"). Leur réalisation permettrait de sauver 30 millions d'enfants au cours de cette décennie.

Aujourd'hui déjà, 9 enfants sur 10 vivent dans des pays qui ont rédigé des programmes d'action nationaux dans les secteurs clés suivants :

La vaccination universelle des enfants : il y a quinze ans encore, 15% seulement des enfants du monde en développement bénéficiaient de la vaccination. Actuellement, près de 80% des enfants sont vaccinés; 3 millions de décès d'enfants sont ainsi évités chaque année. L'objectif est d'élargir cette couverture afin de sauver les 2 millions d'enfants qui meurent encore chaque année parce qu'ils ne sont pas vaccinés contre la rougeole, la poliomyélite, la tuberculose, la diphtérie, la coqueluche et le tétanos.

La thérapeutique de réhydratation orale : la déshydratation provoquée par la diarrhée est toujours très meurtrière pour les enfants, bien que les mesures prises pour promouvoir la TRO aient été couronnées de succès. Ce traitement bon marché, que les familles peuvent administrer à domicile, permet d'éviter 90% de ces décès.

A l'échelle mondiale, moins de 1% des cas de diarrhée a été traité par la TRO en 1980; l'utilisation de cette méthode a atteint près de 40% en 1993, ce qui a permis d'éviter plus d'un million de décès d'enfants. Cependant, plus de 3 millions d'enfants de moins de 5 ans succombent encore chaque année à la déshydratation provoquée par la diarrhée.

La nutrition : les enfants devraient avoir accès aux denrées alimentaires en quantité suffisante, à la prévention et à la lutte contre la maladie, des soins plus attentifs et une alimentation plus équilibrée, tant dans le milieu familial que communautaire. Dans les pays en développement, de 30 à 40% des décès d'enfants de moins de 5 ans à la suite d'une maladie évitable sont imputables à la malnutrition, qui ralentit leur croissance physique, entrave leur développement intellectuel, limite leurs capacités d'apprentissage et compromet les efforts de développement social à long terme entrepris par les pays.

Un enfant souffrant de malnutrition légère court deux fois plus de risques de succomber aux maladies infantiles qu'un enfant bien nourri. Pour un enfant souffrant de malnutrition modérée, ces risques sont trois fois plus élevés, et pour un enfant souffrant de malnutrition grave, ils sont multipliés par dix.

L'allaitement maternel : C'est la pierre angulaire de la santé et de la nutrition des nourrissons; pourtant cette pratique est menacée pratiquement partout dans le monde entier. L'allaitement exclusivement au sein des nourrissons pendant les quatre à six premiers mois de leur vie permettrait d'éviter plus d'un million de décès par an.

Pour un bébé nourri au biberon dans une communauté pauvre, le risque de succomber aux maladies diarrhéiques est quinze fois plus élevé que pour un bébé nourri exclusivement au sein; pour la pneumonie, ce taux est de 4 pour 1.

Les carences en micronutriments : "la faim insoupçonnée", qui est une carence en micronutriments essentiels dans le régime alimentaire, a des conséquences dévastatrices pour le développement physique et mental. Plus de 2 milliards de personnes, essentiellement des femmes et des enfants dans les pays en développement, souffrent de carences en micronutriments (un ou plusieurs) et sont ainsi exposées à des problèmes de santé et à des handicaps, qui se soldent parfois par le décès de la victime.

L'éducation : l'accès à l'enseignement primaire est essentiel pour le développement social.

Dans les pays en développement, près de 500 millions d'enfants sont inscrits chaque année à l'école primaire; cependant, plus de 100 millions d'entre eux, dont deux tiers sont des filles, abandonnent l'école avant d'avoir achevé les quatre ans de scolarité primaire.

Les disparités qui caractérisent les allocations budgétaires, favorisant l'éducation secondaire et les lycées aux dépens de l'enseignement primaire, doivent être comblées afin de revitaliser l'enseignement primaire; d'autres méthodes d'enseignement doivent également être envisagées pour les enfants qui ne sont pas desservis par le système d'enseignement primaire conventionnel.

Les filles : en but à l'injustice dans pratiquement toutes les sociétés et les cultures, les filles sont victimes de l'une des formes les plus répandues et les moins reconnues de discrimination. Cet "apartheid fondé sur le sexe" désavantage les fillettes et les femmes pendant toute leur vie, limitant le progrès social et perpétuant des injustices et des inégalités qui handicapent les individus et des sociétés entières.

En Asie du Sud, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Chine, 100 millions de femmes, qui auraient dû naître selon les tendances démographiques, manquent à l'appel. Parmi les formes extrêmes de discrimination, on peut citer l'infanticide de petites filles, l'avortement sélectif sur la base du sexe et la négligence dont sont victimes les filles.

Dans 25 pays au moins, surtout sur le continent africain, 2 millions de filles, selon les estimations, subissent des mutilations des organes génitaux qui provoquent des douleurs intenses et des traumatismes, entraînent des complications médicales, causent des lésions permanentes des organes génitaux et un dérèglement des fonctions normales du corps humain.

Autres priorités

Le travail des enfants : bien que le chômage soit un problème qui touche le monde entier, un nombre croissant d'enfants vivant dans des pays en développement--estimé à 200 millions -- travaillent souvent dans des conditions dangereuses ou se font exploiter pour subsister ou aider leur famille à survivre.

L'Asie compte l'un des pourcentages les plus élevés d'enfants qui travaillent, représentant jusqu'à 11% de la population active dans certains pays d'Asie du Sud.

Regard sur l'Afrique : les pays d'Afrique ont lutté pour améliorer la santé et l'éducation des enfants; la couverture vaccinale a fait plus que doubler dans certains pays par rapport à 1985 et les taux d'inscription à l'école primaire sont passés de 46% en 1970 à 68% en 1990. Cependant, la crise économique qui frappe l'Afrique, le fardeau de plus en plus lourd de la dette, les catastrophes naturelles et la persistance de plusieurs conflits armés d'une extrême violence rendent ces succès fragiles.

Près de 220 millions de personnes, soit la moitié de la population de l'Afrique subsaharienne, vivent dans la pauvreté et sont dans l'impossibilité de subvenir à leurs besoins les plus fondamentaux.

La somme de plus de 10 milliards de dollars versée chaque année par les pays d'Afrique subsaharienne pour rembourser le service de la dette est trois fois supérieure au budget affecté à la santé.

Tout le monde estime qu'il est urgent d'alléger la dette de l'Afrique et d'accorder une aide significative au nouvel Agenda pour le développement de l'Afrique dans les années 90, établi par l'ONU.

Le sida et les jeunes : la pandémie du sida menace d'inverser certains progrès réalisés dans le domaine de la santé et du bien-être des enfants. On estime qu'approximativement un million d'enfants sont infectés par le virus responsable du sida et que, d'ici à l'an 2000, près de 10 millions d'enfants seront orphelins, leurs parents ayant succombé à la maladie.

Comme ce sont surtout les jeunes qui risquent de contracter la maladie, les agences du système des Nations Unies, ainsi que d'autres organismes des secteurs public et privé offrent une assistance aux pays dans les secteurs de l'éducation, de l'apprentissage de connaissances utiles et des services de santé destinés aux jeunes les plus menacés.

Conflits armés : les nombreux conflits armés qui secouent la planète fragilisent les progrès déjà accomplis et menacent le développement futur. Le nombre de réfugiés s'élève actuellement à 18 millions, 24 autres millions de personnes étant déplacées à l'intérieur de leur propre pays.

Les enfants ont été les principales victimes des conflits armés au cours de la dernière décennie, avec plus de 1,5 million de morts, plus de 4 millions de blessés ou d'handicapés et près de 12 millions de sans-abri. On estime que 10 millions d'enfants souffrent de traumatismes psychologiques provoqués par la guerre. Les 100 millions de mines terrestres qui, selon les estimations, ont été posées dans 60 pays tuent ou blessent des centaines d'enfant chaque mois.

L'UNICEF a été le premier à préconiser des "journées de tranquillité" et des "couloirs de paix" pour aider les enfants victimes de la guerre, à organiser des programmes pour traiter les traumatismes psychosociaux et des programmes d'éducation pour le développement, afin de lutter contre les préjugés et d'inculquer aux enfants des connaissances en matière de résolution des conflits.

20%-20% : Mobiliser des ressources pour l'avenir

Afin de soutenir les engagements pris envers les enfants du monde entier, l'UNICEF appuie la stratégie "20%-20%" proposée par le Programme des Nations Unies pour le développement en 1991. Dans le meilleur des cas, la part du budget des pays en développement et des donateurs internationaux actuellement affectée à la satisfaction des besoins humains fondamentaux n'excède pas 10%. Aux termes de la stratégie 20%-20%, les pays en développement et les donateurs devraient faire passer ce taux à 20%, afin d'affecter les ressources supplémentaires nécessaires pour offrir un avenir plus lumineux aux enfants et à l'ensemble de l'humanité.


Documents à consulter :

La situation des enfants dans le monde, UNICEF
(publication annuelle).
Le progrès des nations, UNICEF (publication annuelle).
Les fillettes et les femmes : priorité de développement pour l'UNICEF, UNICEF, 1994.

Pour de plus amples informations contacter : M. Paul Altesman
Fond des Nations Unies pour l'enfance
(UNICEF)
Bureau H-13F
Three UN Plaza
New York, NY 10017
Tél. : (212) 326-7033



Publié par le Département de l'information des Nations Unies
DPI/1492/SOC/CON -- 94-3335 -- Septembre 1994