Attaquer la pauvreté




Un défi au développement
Les symptômes fondamentaux
Le Sommet social mondial
La nature du problème
Pauvreté et abondance
Pauvreté et genre
De bonnes et de mauvaises nouvelles
Pauvreté et population
La décennie perdue
Les périls sociaux et politiques
Pauvreté et environnement
Le rôle de l´Organisation des Nations Unies


La réduction et l'élimination de la pauvreté -- objectif implicite de la Charte des Nations Unies de 1945 -- constituent l'un des trois thèmes essentiels que doivent aborder les chefs d'Etat et de gouvernement lors du Sommet mondial pour le développement humain, qui se tiendra du 6 au 12 mars 1995 à Copenhague (Danemark).

Ce document de portée générale offre un panorama du problème et examine la gamme des approches examinées avant la tenue du Sommet social. Il emprunte à diverses sources, notamment au rapport adressé par le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies au Comité préparatoire du Sommet, lors de sa première session, tenue à New York du 31 janvier au 11 février 1994.

Un défi au développement

Le demi-siècle qui s'est écoulé depuis la fondation de l'Organisation des Nations Unies a été une période enivrante pour le monde entier, mais aussi une ère de désespoir croissant pour des centaines de millions d'êtres humains.

Au milieu d'un progrès matériel sans précédent, la misère humaine a atteint des proportions inimaginables.

Progressant du même pas que la prospérité, la pauvreté est devenue un phénomène mondial.

"La pauvreté absolue, la faim, la maladie et l'analphabétisme affectent un cinquième de la population mondiale", a déclaré Boutros Boutros-Ghali, secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies. "La tâche la plus urgente consiste donc à s'attaquer aux causes et aux symptômes de ces fléaux."

Les symptômes fondamentaux

Les données de base concernant la pauvreté sont les suivantes:

La pauvreté touche les individus et les familles dans toutes les parties du monde, bien que la majorité des plus démunis -- 1,3 milliard de personnes au total -- vit dans le monde en développement, où ils représentent un tiers de la population.

La pauvreté s'est aggravée ces dernières années, en chiffres relatifs aussi bien qu'absolus, en Afrique, en Amérique latine et dans les pays industrialisés, tandis qu'elle reculait en Asie.

Son impact est le plus fort sur les femmes, puis les personnes âgées et les enfants.

Le Sommet social mondial

"La lutte contre la pauvreté est partie intégrante du concept de progrès social tel qu'il s'est développé sur les plans intellectuel et politique dans la culture mondiale, notamment depuis la fin du XVIIIe siècle", a noté le Secrétaire général.

Cette longue et honorable tradition marquera une nouvelle étape avec le Sommet mondial pour le développement social de 1995, dont l'Assemblée générale a autorisé la tenue en décembre 1992.

Le Sommet de Copenhague, l'une de la remarquable série de conférences patronnées par les Nations Unies sur le thème du développement, sollicitera des engagements, aux niveaux international et national, tendant à atténuer et, en fin de compte, à éliminer la pauvreté dans le monde entier.

Les Etats examineront ce thème dans le contexte de deux autres thèmes essentiels connexes : le chômage et la désintégration sociale. Il ne saurait y avoir de développement social si des solutions ne leur sont apportées au préalable.

"La création d'un plus grand nombre d'emplois productifs est indispensable à l'atténuation et à la réduction de la pauvreté et au renforcement de l'intégration sociale", a déclaré le Secrétaire général dans son rapport.

La nature du problème

Les plus démunis, au nombre de 1,3 milliard, vivent dans des conditions que Robert S. McNamara, président de la Banque mondiale de 1968 à 1981, a définies en 1978 comme "si limitées par la malnutrition, l'analphabétisme, la maladie, la sordidité du milieu d'existence, les taux élevés de mortalité infantile et la faible espérance de vie qu'elles se situent au-dessous de toute définition raisonnable de ce qu'un être humain peut accepter".

Un milliard et demi de pauvres ne disposent pas de sources d'eau potable ni d'accès aux moyens d'assainissement. La plupart ne mangent pas à leur faim.

Ils sont particulièrement vulnérables aux catastrophes naturelles telles que la sécheresse, les inondations et les tempêtes, n'ayant qu'une marge insignifiante ou inexistante de survie une fois que leur logement, leurs biens personnels et leurs moyens de production sont anéantis.

Sur une population active mondiale de 2,8 milliards, 120 millions de personnes sont considérées victimes d'un "chômage déclaré" : elles recherchent activement un emploi, mais sans résultat.

La vaste majorité des plus démunis, 700 millions de personnes, répond à la définition ci-après : sous-employés, travaillant de longues heures, souvent à des métiers épuisants qui sont loin de couvrir leurs besoins fondamentaux. Ils se recrutent en nombre toujours plus grand parmi les femmes.

La plus part des pauvres, soit environ la moitié du total, gagnent misérablement leur existence dans les pays de l'Asie du Sud.

Un quart vivent en Asie de l'Est.

80% des pauvres du monde entier vivent dans les zones rurales, dont la grande majorité en Asie et en Afrique. Mais les pauvres des zones rurales sont pour la plupart des paysans sans terre, ou bien dont les parcelles sont trop exiguës pour leur assurer un revenu suffisant.

L'extrême pauvreté est concentrée surtout en Afrique, plus particulièrement dans le groupe de pays situés au sud du désert du Sahara. L'Afrique réunit environ 16% des pauvres du monde entier, mais pas moins de la moitié de l'ensemble de la population africaine vit au-dessous du seuil de pauvreté.

Pauvreté et abondance

La pauvreté fait aussi des progrès sensibles dans les pays riches en proie à la récession.

Tant aux Etats-Unis que dans les 12 pays de l'Union européenne, près de 15% de la population vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

Au cours des dix dernières années, le nombre d'emplois dans les pays industrialisés a diminué à un taux équivalant à la moitié de la croissance du PIB.

Ce phénomène, qui est connu sous le nom de "croissance sans emploi", auquel s'ajoute l'effet de la réduction des prestations sociales et de chômage imposée par l'austérité budgétaire, a gonflé les rangs des sans-emploi et rendu plus fragiles les filets de sécurité, surtout pour les secteurs les plus vulnérables de la population : femmes, jeunes, personnes âgées, handicapés.

Les effectifs et les visages des pauvres des zones urbaines rendent immédiatement sensible le caractère dramatique de cette situation.

"Près de 250,000 New Yorkais -- plus de 3% de la population de la ville et plus de 8% des enfants noirs -- ont séjourné dans des asiles au cours des cinq dernières années", selon le Rapport sur le développement humain, 1994, étude annuelle menée pour le compte du Programme des Nations Unies pour le développement."Londres compte environ 400 000 sans-logis inscrits. La France en compte plus de 500000, dont près de 10000 à Paris."

Mais, selon le Rapport, la situation est pire encore dans les pays en développement. "A Calcutta, à Dhaka et à Mexico, plus de 25% des habitants constituent ce qu'on nomme parfois une population flottante".

Pauvreté et genre

Les femmes souffrent plus que leur part des problèmes sociaux et culturels et du sous-développement. Un nombre croissant d'entre elles, tant dans les pays développés que dans les pays en développement, subissent les assauts cycliques de la pauvreté.

Plus de 70% des pauvres du monde entier sont des femmes, suivies de près par les personnes âgées. "Ce sont elles aussi qui, dans les situations de misère, de pauvreté et de désintégration des structures sociales, sacrifient leur confort et parfois leur vie pour maintenir leur famille", a déclaré le Secrétaire général.

Ce qu'on nomme la féminisation de la pauvreté résulte d'une réalité démographique impossible à tourner : puisqu'elles contrôlent moins de ressources, possèdent une part considérablement plus réduite des avoirs et perçoivent des revenus plus faibles, les femmes sont plus pauvres que les hommes.

En fait, les hommes connaissent un lot généralement plus favorable que celui des femmes, à en juger d'après tous les indicateurs socio-économiques, ou peu s'en faut, à l'exception de l'espérance de vie.

Le Rapport sur le développement humain, 1994 a établi que dans les pays industrialisés la discrimination sexuelle se traduit généralement sur le plan de l'emploi et des rémunérations, les femmes obtenant moins des deux tiers des possibilités d'emploi et environ la moitié de la rémunération des hommes.

"Dans les pays en développement", est-il noté dans le Rapport, "la discrimination est plus étendue. Elle se manifeste non seulement dans l'emploi, mais aussi dans l'éducation, le soutien nutritionnel et les soins de santé."

Les enfants aussi souffrent plus que leur part. Ils sont contraints à travailler dès un jeune âge et subissent de multiples atteintes (qualité de la nutrition, accès à l'éducation, risque de contracter des maladies).

"Le travail des enfants et leur appauvrissement ne sont pas uniquement un phénomène urbain", a dit le Secrétaire général. "On en trouve certains des pires exemples dans les zones rurales, mais du fait de la multiplication et de l'encombrement des bidonvilles et des taudis urbains, et de la situation dramatique des enfants des rues dans les grandes villes, on connaît mieux désormais les effets de la pauvreté sur les enfants."

"Les enfants des taudis sont souvent les plus exposés aux risques de la pauvreté urbaine," a-t-il ajouté, "et ont des taux de morbidité et de mortalité souvent trois ou quatre fois plus élevés que ceux de la moyenne des enfants de leur âge."

De bonnes et de mauvaises nouvelles

On utilise divers indicateurs pour évaluer le degré de pauvreté, et le désaccord règne sur la question de savoir si la pauvreté progresse ou recule à l'échelle mondiale, par opposition à l'échelle régionale.

Mais les experts sont unanimes à penser que la proportion des pauvres dans le monde a sensiblement diminué au cours des dernières décennies.

"Les dernières vingt-cinq années ont vu des progrès remarquables dans le monde en développement", a déclaré Lewis T. Preston, président de la Banque mondiale. "Les revenus par habitant des pays les plus pauvres ont doublé. L'espérance de vie a augmenté de dix ans. Les taux de mortalité infantile ont baissé de près de moitié. Et, avec le progrès des taux d'immunisation, les taux de mortalité infantile ont diminué."

Alors que près de 70% des êtres humains vivaient dans des conditions effroyables en 1960, ce n'était plus le cas que de 32% en 1992, selon le Rapport sur le développement humain, 1994.

Selon le Rapport, "la proportion de la population mondiale qui bénéficie de niveaux de développement humain assez satisfaisants (c.-à-d. supérieurs à un indice de développement humain de 0,6) est passée de 25% en 1960 à 60% en 1992".

De plus, le nombre tant absolu que relatif des pauvres a diminué dans de nombreux pays de l'Asie de l'Est et du Sud-Est.

Le revers de ces statistiques est que l'amélioration s'est ralentie et que le nombre absolu de pauvres a en fait augmenté, surtout en Afrique, où la croissance économique a accusé depuis 1980 un retard considérable sur la croissance démographique.

D'après une évaluation de la Banque mondiale, si la croissance économique reste faible et si les tendances récentes persistent en matière de pauvreté, le monde en développement pourrait compter 200 millions de pauvres de plus en l'an 2000.

La pauvreté s'est aussi sensiblement aggravée en Europe de l'Est. Mais, selon les experts, il est encore impossible de dire s'il s'agit d'une phase momentanée, en attendant une reprise du développement économique et social, ou d'une tendance à plus long terme.

"Globalement, les données disponibles suggèrent que l'écart entre les 20% de la population mondiale se situant en bas de l'échelle des revenus et les 20 % en haut de cette échelle s'accroît", a noté le secrétaire général Boutros-Ghali.

"Cet écart est passé de 1 à 20 en 1960 à 1 à 60 en 1990. En d'autres termes, actuellement, les premiers recevraient 83% du revenu mondial, alors que les seconds n'en obtiendraient que 1,5%."

Pauvreté et population

L'incapacité de la communauté internationale à enrayer la marée montante de la pauvreté dans le monde tient à de nombreuses raisons.

L'une est la rapidité de l'accroissement démographique.

La population mondiale, qui se chiffrera à 5,6 milliards à la fin de 1994, augmente à raison de 90 millions par an. Si le taux d'accroissement a ralenti, il y aura néanmoins selon des évaluations plausibles 6,2 milliards d'êtres humains en l'an 2000 et de 7,8 à 12,5 milliards en l'an 2050.

Dans les pays en développement, le taux annuel de croissance démographique, qui est actuellement de 1,94%, "rend très difficile d'élever les niveaux de vie et de réduire la pauvreté", a noté le Secrétaire général Boutros-Ghali.

On craint de plus en plus que les effets conjugués de la pauvreté, de l'accroissement démographique, de l'inégalité économique et sociale et des habitudes de gaspillage ne menacent gravement les ressources de base dont les générations futures auront besoin pour leur survie et leur bien-être.

L'intensité et la rapidité de l'accroissement démographique dans les villes -- où les pauvres, qui souvent ont fui les privations des zones rurales, s'agglutinent en quartiers de taudis immenses et ravagés par la maladie -- ont remis en question les hypothèses anciennes sur la consommation et le développement.

Dès maintenant, 51% de la population mondiale vivent dans les villes; 77% dans le Nord industrialisé et 72% en Amérique latine.

"Les villes et les grandes cités, sources d'activité économique, d'innovation, de liberté et de culture, sont aujourd'hui souvent minées par des problèmes de congestion, d'insuffisance des services publics et d'insécurité", a observé le Secrétaire général.

A première vue, la situation apparaît sombre, spécialement si on la considère sur le plan de la simple logique.

"Sur les 90 millions de nouveaux êtres humains qui vont s'ajouter cette année à la population de la planète", a dit le philosophe Holmes Rolston 3d, "85 millions verront le jour dans les pays les moins capables de les nourrir."

"Même si la richesse était répartie équitablement", soutient le professeur Rolston, "il serait illogique d'admettre que la population du globe pourrait continuer d'augmenter à pas de géant sans qu'il en résulte une pauvreté grandissante. Il sera nécessaire de partager le gâteau en parts de plus en plus petites à mesure que la population augmente."

D'autres experts soutiennent qu'il est trop tôt pour former des hypothèses.

"Nous ne savons pas quelles seront les préférences de la prochaine génération en matière de consommation", selon une mise en garde des auteurs du Rapport sur le développement humain, 1994. "Nous ne pouvons pas non plus prévoir quels seront les futurs accroissements de population qui exigeraient peut-être davantage de fonds pour que les mêmes possibilités continuent d'être offertes à chacun. Il est également difficile de prévoir les avances technologiques décisives qui permettraient éventuellement de réduire les montants nécessaires pour assurer le même niveau de bien-être."

La décennie perdue

En dehors de l'accroissement démographique, l'échec de nombreux Etats à réformer leurs systèmes économique et politique explique aussi pour une part la persistance de l'extrême pauvreté.

De plus, le montant de l'aide étrangère a stagné depuis le milieu des années 80. Et la dette étrangère s'est accumulée à concurrence de 1,2 milliard de dollars, annihilant les recettes et sapant la capacité d'emprunt des pays à faible revenu. Les 950 milliards de dollars consacrés aux dépenses militaires, rien qu'en 1990, ont constitué le plus lourd prélèvement sur les ressources, selon un rapport du Worldwatch Institute.

De nombreuses autorités font remonter la résurgence de la pauvreté au niveau de certaines régions, notamment l'Afrique, à la stagnation dont l'économie mondiale a commencé de souffrir durant la crise pétrolière des années 70 et qui s'est prolongée dans les années 80, la "décennie perdue" du développement.

"Durant cette décennie, les tendances favorables qui s'étaient fait jour dans le monde préindustriel en matière de développement humain se sont ralenties, ont marqué un arrêt, voire se sont inversées", selon Gerard Piel, spécialiste des tendances démographiques. "Les perspectives offertes aux plus démunis se sont assombries."

Les périls sociaux et politiques

La nature précise des raisons qui expliquent les énormes inégalités entre riches et pauvres fait l'objet de nombreux débats. Ces désaccords, selon le Secrétaire général, sont à côté de la question.

"Si les problèmes relatifs à la répartition du revenu et des services de base suscitent des réactions, vues et théories qui varient considérablement selon le lieu et le moment", note M. Boutros-Ghali, il est néanmoins universellement admis que la pauvreté est "moralement odieuse, économiquement destructive et politiquement dangereuse".

Le danger est directement lié à la perception du fait qu'être pauvre ce n'est pas seulement manquer des choses les plus nécessaires à la vie. C'est aussi, de manière immédiate, n'avoir aucune part aux biens, services, droits et activités dont la possession définit l'appartenance au corps civique.

"Si la pauvreté persiste ou augmente, et si l'on ne prête pas suffisamment attention au sort des êtres humains, les tensions politiques et sociales finiront par compromettre la stabilité", a averti le Secrétaire général. "La réduction de la pauvreté appelle un développement dans lequel l'accès aux fruits du progrès économique est aussi large que possible, au lieu d'être excessivement concentré dans certaines localités, certains secteurs ou certains groupes de population."

Les historiens spécialisés dans certaines périodes ont découvert dans le passé des parallèles frappants. La situation de la France du XVIIIe siècle est un exemple classique de la force explosive de l'extrême pauvreté et de la pression démographique, selon l'historien Paul Kennedy :

"Bien que la Révolution française ait des causes spécifiques -- par exemple la dégradation des finances publiques dans les années 1780 -- on a souvent estimé que ces bouleversements sociaux avaient des causes plus profondes", a-t-il noté dans son étude Preparing for the Twenty-First Century.

"L'une de ces raisons était évidente pour quiconque voyait les villes européennes surpeuplées ou notait les effets de plus en plus nets du chômage rural, à savoir le fait brut d'une dense concentration d'êtres humains, qui tous avaient besoin d'être nourris, vêtus, logés et d'obtenir un emploi dans des sociétés mal équipées pour répondre à ces besoins, du moins sur une pareille échelle."

Pauvreté et environnement

On s'accorde généralement à reconnaître que les pays industrialisés sont les principaux responsables de la pollution.

Mais les pauvres, qui luttent pour leur survie quotidienne, n'ont souvent pas les ressources nécessaires pour s'abstenir de dégrader l'environnement.

"La majorité des pauvres ruraux vivent dans des zones de faible productivité agricole et n'ont guère d'autre choix que d'adopter des pratiques non viables à long terme, qui rendront encore plus difficile à leurs enfants d'échapper à la pauvreté", note M. Boutros-Ghali.

En même temps, la plupart des pays les plus pauvres ne peuvent accroître leurs recettes d'exportation qu'à l'aide de produits agricoles tropicaux qui sont vulnérables aux fluctuations ou à la baisse des termes de l'échange. L'expansion n'est possible qu'en portant atteinte à l'environnement.

La liaison entre pauvreté et destruction de l'environnement naturel a été officiellement reconnue il y a plus de vingt ans à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement tenue en 1972 à Stockholm (Suède), qui a marqué un tournant dans la prise de conscience, à l'échelle mondiale, des problèmes d'environnement et de développement.

"La pauvreté est le plus redoutable des agents de pollution", a déclaré à cette conférence Indira Gandhi, premier ministre de l'Inde.

Vingt ans plus tard, le lien entre pauvreté et développement durable est devenu la base d'une série définitive d'affirmations de la communauté internationale.

Les 178 Etats Membres représentés à l'assemblée diplomatique la plus nombreuse de l'histoire, la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, tenue en 1992 à Rio de Janeiro, ont demandé la suppression de la pauvreté et recommandé que toutes les nations s'attaquent au problème selon les voies les plus appropriées à la situation de chaque pays.

"Tous les Etats et tous les peuples", affirme la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, "doivent coopérer à la tâche essentielle de l'élimination de la pauvreté, qui constitue une condition indispensable du développement durable, afin de réduire les différences de niveaux de vie et de mieux répondre aux besoins de la majorité des peuples du monde."

Dans "Lutte contre la pauvreté", l'un des 40 chapitres d'Action 21, plan de la CNUED pour prolonger l'uvre de développement au XXIe siècle, les gouvernements formulent une série de recommandations visant à "permettre aux pauvres d'avoir des moyens d'existence durables".

Il est noté dans ce document que, la pauvreté étant "un problème complexe et multidimensionnel dont les origines sont aussi bien nationales qu'internationales, il n'existe aucune solution uniforme qui puisse s'appliquer à l'échelle mondiale".

Au lieu de cela, est-il précisé, ce qu'il faut, c'est "mettre en place des programmes de lutte particuliers à chaque pays et appuyer l'action nationale par des efforts internationaux, tout en créant un environnement international favorable".

Le rôle de l'Organisation des Nations Unies

Le Sommet social mondial de 1995 entre dans le cadre d'un assaut mené sur des fronts multiples contre la pauvreté par l'Organisation des Nations Unies et les organismes associés. Ce sont notamment, parmi beaucoup d'autres, la Banque mondiale, l'UNICEF, le Programme des Nations Unies pour le développement, le Programme des Nations Unies pour l'environnement, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, le Fonds international de développement agricole et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.

La Banque mondiale, qui a fait de la réduction de la pauvreté et de l'amélioration des conditions de vie son objectif suprême, a conçu une stratégie à deux axes contre la pauvreté. Cette stratégie a été exposée en détail pour la première fois dans le Rapport sur le développement dans le monde, 1990, publié par la Banque.

Le premier aspect du plan comporte l'expansion des possibilités d'emploi et de rémunération au bénéfice des pauvres, ce qui implique nécessairement que l'on se préoccupe de la nature et du taux de la croissance économique.

Le second aspect de la stratégie de la Banque consiste à mettre les pauvres mieux en état de tirer parti des possibilités offertes. Il s'agit donc ici d'améliorer l'accès à certains éléments de l'infrastructure sociale tels que les services de santé et l'éducation.

L'Assemblée générale a appelé l'éradication de la pauvreté -- surtout dans les pays les moins avancés, dans l'Afrique subsaharienne et les autres pays où certains secteurs de population se composent essentiellement de pauvres -- "l'un des objectifs prioritaires du développement pour les années 90".

Dans son appel -- une résolution en date du 31 mars 1994 -- elle a invité tous les pays à commencer la mise en oeuvre de politiques nationales visant à faciliter la création d'emplois et à assurer des programmes de sécurité alimentaire, de santé, d'éducation, de logement et de population à tous leurs nationaux, surtout les plus vulnérables et les plus défavorisés.

L'ambassadeur Juan Somavia (Chili), président du Comité préparatoire de la Conférence mondiale pour le développement social, espère que celle-ci offrira à tous les Etats l'occasion de s'engager à éliminer la pauvreté.

"Une décision politique, prise par toutes les nations, d'éliminer, je dis bien éliminer, l'extrême pauvreté dans un cadre chronologique déterminé constituerait un bilan substantiel dont nous pourrions légitimement être fiers" a-t-il déclaré.


Publié par le Département de l´information de l´ONU
DPI/1487/SOC/CON -- Août 1994