The Washington Post
Jeudi, 29 novembre 2001
Ne baissons pas les bras face au SIDA
Par Kofi Annan
Chaque jour, plus de 8000 personnes meurent du SIDA. Chaque heure presque 600 personnes sont infectées. Chaque minute un enfant meurt du virus. De la même façon que la vie -- et la mort -- continuent depuis le 11 septembre, il est important de continuer notre combat contre l'épidémie du VIH/SIDA. Avant les attaques terroristes, il y a deux mois, une impulsion énorme avait été donnée pour accomplir ce combat. Baisser les bras maintenant équivaudrait à accomoder une tragédie avec une autre.
Les nouveaux chiffres, publiés pour la Journée mondiale du SIDA, le 1er décembre, montrent que quelque de 40 millions de personnes vivent aujourd'hui avec le virus. La grande majorité d'entre eux se trouvent en Afrique sub-saharienne où les dégats sont si sévères que le problème est devenu l'un des principaux obstacles au développement. Certaines régions des Caraïbes et de l'Asie sont dans une situation presque identique et la pandémie se répand à un rythme alarmant en Europe de l'est.
Pendant trop longtemps, les progrès mondiaux pour faire face au SIDA ont été douloureusement trop lents et loin d'être à la hauteur du défis. Mais cette année, l'étendue de la crise a commencé à se révéler à l'ensemble de la communauté internationale. Jamais, au cours des deux longues décennies durant lesquelles le monde a été confronté à cette catastrophe grandissante, il n'y avait eu un tel sens de détermination globale et une possibilité d'agir collectivement.
L'opinion publique a été mobilisée par les médias, les organisations non gouvernementales et les activistes, par les médecins et les économistes ainsi que par les gens qui vivent avec la maladie. Les entreprises pharmaceutiques ont rendu plus abordable pour les pays pauvres le coût de leurs médicaments pour le SIDA et de plus en plus de sociétés créent des programmes pour offrir prévention et traitement à leurs employés et à la communauté au sens large. Des fondations font des donations de plus en plus créatives et généreuses, à la fois financières et intellectuelles -- en matière de prévention, pour diminuer la transmission de la maladie de la mère à l'enfant, et pour la recherche d'un vaccin.
Dans un nombre croissant de pays, des campagnes de prévention efficaces ont été lancées. Chez les pays donateurs et dans les pays les plus touchés, la reconnaissance de l'existence d'une corrélation entre la prévention et le traitement grandie. Une nouvelle compréhension des dégats particuliers que le SIDA cause aux femmes -- et du rôle primordial qu'elles ont dans le combat de la maladie.
Toute la famille des Nations Unies est pleinement engagée dans ce combat et travaille à un plan commun stratégique en soutenant les efforts nationaux, régionaux et internationaux et cela à travers le programme commun d'ONUSIDA. Le plus important peut-être est la nouvelle prise de conscience et de responsabilités qu'ont pris les gouvernements -- particulièrement en Afrique.
En juin dernier, les pays membres des Nations Unies se sont rencontrés à l'occasion d'une session extraordinaire de l'Assemblée générale pour mettre au point une réponse mondiale cohérente et coordonnée à la crise du SIDA. Ils ont adopté une déclaration d'engagements puissante, qui appelle à un changement fondamental de notre réponse au VIH/SIDA, considéré comme un défi économique, social et de développement de la plus haute priorité. Ils ont réaffirmé l'appel lancé par les dirigeants de la planète dans leur Déclaration du millénaire, pour mettre fin et inverser la propagation du SIDA d'ici 2015. Ils ont également défini d'autres buts et objectifs ambitieux mais réalistes. Parmi eux, l'engagement à faire passer, d'ici 2005, le niveau des dépenses annuelles consacrées au SIDA de 7 à 10 milliards de dollars par an dans les pays à revenu faible ou moyen; d'assurer que d'ici 2005 une large palette de programmes de prévention soient disponibles dans tous les pays; et appuyer la mise en place d'un fond pour aider à financer une réponse urgente et globale pour faire face à l'épidémie.
Sept mois seulement après que j'ai proposé ce nouveau plan international pour soutenir le combat mondial contre le SIDA et les autres maladies infectieuses, le niveau des contributions au fonds a dépassé 1,5 milliard de dollars. Le fonds ne peux pas être l'unique source de revenus pour permettre une réponse à grande échelle et mondiale face au SIDA. Mais ce qui est le plus réconfortant est le niveau des contributions qui ont été faites des nations les plus riches -- à commencer par la contribution initiale des Etats-Unis en mai dernier -- mais également de la part des plus pauvres ainsi que des fondations, des entreprises et d'individus.
Il est évident que nous avons la voie, les outils et la connaissance pour combattre le SIDA. Ce que nous devons maintenir maintenant est la volonté politique. La vie après le 11 septembre nous a tous fait réflêchir plus profondémment sur le monde que nous désirons offrir à pour nos enfants. C'est le même monde que nous voulions le 10 septembre -- un monde dans lequel un enfant ne meurt pas du SIDA chaque minute.
L'auteur est le Secrétaire général des Nations Unies