Cette
année, la Journée mondiale de la liberté
de la presse est consacrée à la question du terrorisme
et de la liberté des médias. Avant tout, elle est
dédiée aux courageux journalistes qui prennent de
grands risques, parfois au prix de leur vie, en exerçant
leur profession.
Au cours de chacune des deux dernières années, plus
de 50 journalistes ont été tués alors quils
couvraient des conflits violents. De plus en plus souvent, ils
sont tués, de manière délibérée,
par des individus qui tentent dempêcher les médias
dexposer leurs activités criminelles, malhonnêtes
ou terroristes, et non par accident du fait de la guerre. Le destin
cruel de Daniel Pearl, pour ne citer quun cas tragique,
illustre le danger de la profession.
La menace terroriste contre la liberté et lindépendance
des médias peut être à la fois directe et
indirecte. Bien trop souvent, le terrorisme implique des attaques
violentes contre des reporters et des éditeurs, quil
sagisse de meurtres, denlèvements, dactes
de torture ou dattaques à lexplosif contre
les bureaux des médias. Une telle violence nous fait horreur.
Les journalistes ont des droits, comme tout un chacun, droits
dont ils nont pas été dépossédés
en choisissant leur profession.
La menace terroriste indirecte comporte deux aspects principaux.
Dune part, les terroristes cherchent à intimider,
à susciter la peur et la suspicion, et à réduire
au silence les voix avec lesquelles ils sont en désaccord,
ce qui crée un climat hostile à lexercice
des droits et libertés. Dautre part, le terrorisme
peut inciter les gouvernements à répondre par des
lois, des règlements et des formes de surveillance qui
sapent précisément les droits et libertés
quune campagne antiterroriste est censée défendre.
En fait, au nom de la lutte contre le terrorisme, les principes
et les valeurs élaborés au cours des décennies,
voire des siècles, peuvent être mis en péril.
Les libertés fondamentales, les droits de lhomme
et les pratiques démocratiques sont les meilleurs garants
de la liberté. Cette protection doit sétendre
à la liberté de la presse et à la liberté
de parole en tant quéléments positifs en eux-mêmes
et moyens de lutter contre le terrorisme. Le plus grand service
que les médias peuvent rendre dans la lutte contre le terrorisme
est dagir librement, de manière indépendante
et responsable. Cela signifie quils ne doivent pas se laisser
intimider par les menaces ni servir de simples relais pour lexpression
de sentiments patriotiques ou dopinions incendiaires. Le
rôle des médias est de rechercher la vérité
et de la faire connaître; de présenter les informations
et les points de vue avec objectivité; de choisir avec
soin les mots quils utilisent et les images quils
transmettent; et de défendre les nobles principes de léthique
professionnelle. Une presse responsable est une presse qui se
réglemente elle-même. Les autorités publiques
doivent résister à la tentation dimposer aux
médias des règlements draconiens.
À loccasion de la Journée mondiale de la liberté
de la presse, nous réaffirmons que la liberté de
la presse constitue un aspect indispensable de la liberté
dexpression, notion plus vaste, droit que chacun acquiert
à la naissance et qui constitue un des fondements du progrès
humain.
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Kofi
Annan
Secrétaire général de l'ONU
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Mary
Robinson
Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme
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Koïchiro
Matsuura
Directeur général
de l'UNESCO
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[Extrait du communiqué de presse SG/SM/8217
OBV/270 du 29 avril 2002]