Dossier de presse
Fiche technique 5
Les casques bleus aujourd'hui

Ce que peut faire l'ONU

"Nous avons appris à agir plus rapidement pour établir un environnement sûr, pour mener les adversaires vers un objectif commun et pour obtenir rapidement des résultats positifs".

Un article de M. Shashi Tharoor, Secrétaire général adjoint à la communication et à l'information, publié par Newsweek International le 19 mai 2003

"Lorsque Ramiro Lopes da Silva, le coordinateur humanitaire de l'ONU pour l'Iraq, sortit de sa voiture à Bagdad à l'issue d'un sinistre voyage de 900 kilomètres depuis Amman, il constata de visu la tâche qui les attendait, lui et son équipe. Le siège où était depuis longtemps installée l'ONU, l'hôtel Canal, avait été pillé et pratiquement mis à nu lors des suites chaotiques de la chute de la ville, deux semaines plus tôt. La tâche de reconstruction devrait recommencer littéralement par le foyer de l'ONU.

Ce n'est pas que la reconstruction de l'Iraq soit la priorité de Lopes da Silva, à proprement parler. Ses collègues et lui ont un travail plus urgent à accomplir avec le personnel de l'ONU en Iraq qui est resté pendant la guerre, pour restaurer les équipements et services essentiels afin de préparer l'arrivée des secours humanitaires d'urgence. Toute activité allant au-delà de cette assistance requerrait un nouveau mandat du Conseil de sécurité. Mais alors que le drapeau de l'ONU flotte à nouveau sur Bagdad, nombreux sont ceux qui commencent à demander que peut encore faire l'ONU.

L'ONU n'a pas le désir de participer à " l'édification de l'Etat " en Iraq. Ce n'est pas une société multinationale dont la survie dépend de la croissance de ses parts de marché. La coalition a remporté la guerre ; le monde doit à présent s'assurer que le peuple iraquien remporte la paix. Si l'ONU peut aider, elle est prête à le faire - dans la mesure où le Conseil de sécurité se met d'accord sur son rôle.

La première grande action d'édification de la nation de l'ONU a été réalisée au Cambodge, à la suite des accords de paix de 1991. Les échecs et les succès remportés là-bas et au Kosovo, ainsi qu'au Timor oriental, ont apporté de précieux enseignements. Au Cambodge, on demanda en effet à l'ONU, de réinventer la nation.

Nous avons réussi un certain nombre de choses : nous avons géré cinq ministères clefs du gouvernement, nous avons permis le retour de quelques centaines de milliers de réfugiés et organisé des élections libres qui ont constitué un nouveau gouvernement internationalement reconnu. Mais nous nous sommes trompés aussi. Certains de nos contingents de maintien de la paix se sont révélés être inaptes. Certains critiques ont pensé que nous avions plus mis l'accent sur les élections que sur le renforcement des institutions. Nombre d'entre eux ont pensé que nous sommes partis trop tôt. L'ONU a tiré les leçons de cette expérience, et elle a fait mieux la fois d'après.

Au Mozambique, nous avons mis fin à une guerre civile féroce, désarmé les rebelles, organisé des élections libres et laissé en place un gouvernement qui est un des succès de l'Afrique. En Afghanistan, l'ONU a donné naissance à un processus politique qui a conduit à la création d'un gouvernement afghan transitoire, dont les ministres ont commencé à travailler sur des bureaux et avec les fournitures et les téléphones fournis par l'ONU. Nous avançons discrètement en attendant qu'un gouvernement souverain trouve ses propres marques.

La contribution déterminante de l'ONU a été la légitimité internationale conférée par l'autorisation donnée par le Conseil de sécurité à ces trois organisations. Après cela, ce que nous pouvons faire dépend de ce que le Conseil de sécurité nous a demandé de faire. Nous avons appris à agir rapidement pour garantir un environnement sûr, pour orienter les adversaires potentiels vers un objectif commun et pour obtenir des " succès rapides " - des mesures pratiques qui améliorent la vie quotidienne du commun des mortels. Il est essentiel de créer des institutions politiques dirigées par les populations locales afin qu'elles puissent prendre en main leur propre destin. Ce ne sont pas les militaires qui construisent les nations. Mais jusqu'à présent nous n'avons pas eu les équipes d'administrateurs civils, d'experts en matière de police, de juristes ou d'économistes internationaux requis pour gérer les pays qui en avaient besoin. Aujourd'hui, grâce à l'expérience passée, nous pouvons mobiliser un vaste ensemble d'experts de dizaines de pays différents. Certains anciens membres du personnel de l'ONU assistent déjà les forces américaines dans l'Iraq d'après Saddam Hussein.

Dans tout exercice d'édification de la nation, les constructeurs à l'œuvre oscillent pour trouver un équilibre entre ce qui possible et ce qui est politiquement nécessaire. Ce travail prend du temps et demande des qualités de flexibilité. Comme nous l'avons appris au Kosovo, les grandes questions comme l'établissement de l'état de droit (c'est à dire d'une législation démocratique, d'une police professionnelle capable de l'appliquer, et d'un système judiciaire indépendant pour la défendre) côtoient des activités plus terre à terre comme la circulation, la réglementation du commerce et la codification. L'Iraq n'est pas le Kosovo, mais certains des problèmes seront les mêmes. Quel droit appliquer? Les gouvernants d'avant la guerre peuvent-ils être renommés ? Tant au Timor oriental qu'au Kosovo, il n'y avait pratiquement pas d'infrastructure judiciaire. Les tribunaux étaient en ruine ; les archives détruites ou disparues. Les ordinateurs, ventilateurs, chauffages, crayons, papiers - envolés. L'Iraq, après les pillages, pourrait ne pas être en meilleur état.

L'économie de l'édification de la paix, la reintégration des ex-combattants, un système fiscal juste, l'exploitation des ressources de pétrole et de gaz - l'ONU s'est attelée à ces questions ailleurs, et les nouveaux gouvernants de l'Iraq devront les affronter eux-aussi. Ces opérations ne se passent pas toujours bien, et elles ne se passent jamais sans accroc. Du Cambodge à la Sierra Leone, l'ONU a pris des voies qui se sont révélées être des impasses et fait des projets qui ont dû être révisés. Mais grâce aux solides réussites, du Mozambique au Timor oriental, nous avons beaucoup appris. Tandis que les Etats-Unis consolident leur position en Iraq, les bureaucrates de Washington étudieront sans aucun doute les réalisations de l'ONU. Il n'y a pas de meilleur enseignement que l'expérience, et les enseignements tirés par l'ONU sont à la libre disposition du monde entier ".

 

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