Dossier de presse
Fiche technique 3
Les casques bleus aujourd'hui

Questions et réponse sur les opérations de maintien de la paix des Nations Unies

1. Qu'est-ce que le maintien de la paix ?

Les opérations de maintien de la paix de l'Organisation des Nations Unies (ONU) représentent un moyen par lequel la communauté internationale peut encourager l'établissement d'une paix durable dans des zones ou des situations où existe une menace de conflit, ou bien là où un conflit a été récemment atténué. Le plus souvent, elles sont utilisées pour aider à solidifier un processus de paix fragile émergeant d'une situation post-conflictuelle.

Aux termes de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité de l'ONU a le pouvoir de prendre des actions collectives en vue de maintenir la paix et la sécurité internationales, et c'est normalement cet organe qui établit les missions de maintien de la paix. La première opération de maintien de la paix, l'Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST), a été créée en 1948 au Moyen-Orient et elle est toujours en opération aujourd'hui. Depuis cette époque, il y a eu 56 opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Parmi ces dernières, 43 ont été créées depuis 1988 et 14 sont en place.

À l'origine, le maintien de la paix s'est développé comme moyen de régler les conflits interétatiques en déployant du personnel non armé ou légèrement armé en provenance d'un certain nombre de pays, sous commandement de l'ONU, entre les forces armées des ex-parties belligérantes. Normalement, un cessez-le-feu devait être en place, et les parties au conflit devaient avoir consenti au déploiement de l'ONU. Cela donnait aux parties du temps et de l'espace pour des efforts diplomatiques portant sur les causes sous-jacentes du conflit. Les casques bleus ne répondaient pas aux tirs par des tirs, mais plutôt observaient le cessez-le-feu sur le terrain et donnait des informations impartiales sur son respect.

Bien qu'il y eût des époques au cours de la guerre froide où les casques bleus furent bien accueillis en tant que tierce partie neutre, à d'autres moments, les antagonismes entre les membres du Conseil de sécurité limitèrent leur rôle. La fin de la guerre froide précipita un changement radical dans le maintien de la paix de l'ONU. Dans un nouvel esprit de coopération, furent déployées de nouvelles missions de plus grande envergure pour aider à mettre en œuvre les accords de paix globaux signés entre ex-protagonistes de guerres civiles.

Des dizaines de milliers de gardiens de la paix, militaires, policiers et civils, furent chargés de traiter les causes et les conséquences de guerres intraétatiques, plutôt qu'interétatiques, dans des endroits comme le Cambodge, El Salvador et le Mozambique. Les casques bleus devinrent partie intégrante des efforts internationaux visant à reconstruire les États touchés par le conflit, et pour soutenir la tenue d'élections et de referenda libres et équitables. Les tâches de maintien de la paix portèrent sur la formation et la restructuration des forces de police locales, le déminage, la tenue d'élection, la facilitation du retour des réfugiés, le suivi des droits de l'homme, la supervision des structures gouvernementales, la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants et la promotion d'institutions démocratiques et d'un développement durables. A son maximum, en 1993, 70000 soldats étaient déployés au sein de missions de maintien de la paix de l'ONU.

Afin d'assister la croissance en taille et en complexité des opérations de maintien de la paix, un Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) des Nations Unies fut créé en 1992.

Dans l'ensemble, les opérations multidimensionnelles initiales furent un succès. Certaines, comme au Salvador et au Mozambique, donnèrent à ces pays des moyens de réaliser une paix durable de façon autonome. Au Cambodge, les casques bleus organisèrent des élections tout en établissant un environnement sûr qui permit au processus de paix d'avancer.

Ces " succès " du début ont peut-être conduit à une évaluation trop optimiste de ce que pouvaient accomplir les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Alors que les missions au Cambodge et au Mozambique étaient en cours, le Conseil de sécurité envoya des casques bleus dans des zones de conflit telles que la Somalie, par exemple, où ni un cessez-le-feu ni le consentement de toutes les parties au conflit n'avait été obtenu. Et ces gardiens de la paix reçurent des mandats étendus sans le personnel nécessaire pour les mettre en œuvre. Certaines échouèrent de façon dramatique. Les désastres - dont les plus horribles furent les massacres de Srebrenica (Bosnie-Herzégovine) et du Rwanda - conduirent à une période de retrait et d'examen du maintien de la paix des Nations Unies.

Une réponse semble avoir été trouvée dans la régionalisation. En 1993, au Liberia, l'ONU mit en place la première opération dans laquelle elle fut associée à une force régionale de maintien de la paix déployée par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). En 1994, l'opération de l'ONU en Georgie commença à travailler avec la force de maintien de la paix de la Communauté d'États indépendants (CEI). Lors d'opérations mises en place dans la seconde moitié des années 90, telles que la Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine (MINUBH) et plus tard au Kosovo (Serbie et Monténégro), l'ONU travailla en tandem avec d'autres organisations internationales telles que l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), et l'Union européenne. Ces accords de coopération avec les organisations régionales améliorèrent les efforts de la communauté internationale pour mettre fin aux conflits dans certaines régions, et permirent de restaurer la confiance internationale dans l'utilité des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Mais elle ne purent pas être facilement répliquées dans d'autres régions du monde.

En 1999 et en 2000, le Conseil a aussi mandaté la création de nouvelles opérations pour remédier aux conflits en Afrique, et des casques bleus furent déployés dans trois missions cruciales en Sierra Leone (MINUSIL), en République démocratique du Congo (MONUC), en Érythrée et en Éthiopie (MINUEE). A la suite des violences dévastatrices qui se produirent au Timor oriental, l'ONU reçut la mission de mettre en place une administration intérimaire pour préparer la voie vers l'indépendance.

De plus, en 1999, le Secrétaire général Kofi Annan demanda à un groupe d'experts internationaux d'examiner les opérations de paix de l'ONU et d'identifier les domaines dans lesquels le maintien de la paix de l'ONU pourrait être le plus efficace et comment l'améliorer.

Le rapport du Groupe d'étude sur les opérations de paix des Nations Unies du Secrétaire général - connu sous le nom de Rapport Brahimi, d'après le Président du Groupe, M. Lakhdar Brahimi, un ex-diplomate algérien et conseiller de longue date du Secrétaire général - fut publié en août 2000 Il présentait clairement les conditions nécessaires au succès des opérations de maintien de la paix. Cela comprenait: un mandat clair et spécifique, le consentement à l'opération par les parties au conflit et des ressources adéquates - allant d'un personnel professionnel et adéquat à l'équipement et aux finances. Suite à ce rapport, tant le Secrétariat de l'ONU que les États Membres de l'ONU travaillèrent ardûment à veiller à obtenir une meilleure compréhension des exigences des opérations de maintien de la paix, dans le domaine politique et en matière de ressources, et un certain nombre d'initiatives ont amélioré la capacité de maintien de la paix de l'ONU. Le Siège de l'ONU dispose à présent d'un personnel plus important pour soutenir ses missions sur le terrain, et les bureaux des conseillers militaires et de police du DOMP à New York ont été renforcés. La base logistique du DOMP à Brindisi (Italie), a fourni à l'ONU, outre une formation continue, une nouvelle capacité de réponse rapide. Et un soutien financier, politique et matériel a été demandé et fourni par les États Membres.

2. Qui en est responsable ?

Bien que les opérations de maintien de la paix ne soient pas spécifiquement mentionnées dans la Charte des Nations Unies, la Charte donne au Conseil de sécurité de l'ONU la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. C'est le Conseil, par conséquent, qui crée et définit en principe les missions. Il le fait en fournissant à la mission un mandat - une description des tâches qu'il est chargé d'entreprendre. Pour mettre en place une nouvelle mission de maintien de la paix, ou modifier le mandat ou la force d'une mission existante, neuf des quinze États membres du Conseil de sécurité doivent voter pour.

Toutefois, si l'un quelconque des cinq membres permanents - la Chine, les Etats-Unis, la Fédération de Russie, la France ou le Royaume-Uni - vote contre, la proposition échoue.

Une fois que le Conseil de sécurité a mandaté une opération de maintien de la paix, le Secrétaire général oriente et gère la mission et informe le Conseil de son évolution. La plupart des grandes missions sont dirigées par un représentant spécial du Secrétaire général, et assistées par le DOMP. Par l'intermédiaire de ce département, le Secrétaire général formule également des politiques et procédures pour le maintien de la paix et formule des recommandations sur la création de nouvelles missions et sur le fonctionnement des missions en cours. Le DOMP assiste également un certain nombre de missions politiques, telles que la mission de l'ONU en Afghanistan.

Seuls les soldats les plus gradés en service dans les missions de l'ONU sont directement employés par l'ONU - en général en détachement de leurs forces armées nationales. Le gros des troupes demeure en dernier ressort sous le contrôle de leurs gouvernements, et participe aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies dans des termes qui sont soigneusement négociés par ces gouvernements. En mission, ils rendent compte au commandant de la force, et à travers lui au représentant spécial du Secrétaire général. Toutefois, l'autorité concernant l'envoi ou le retrait des casques bleus reste entre les mains du gouvernement qui les a engagées et ce gouvernement conserve également la responsabilité de leur solde ainsi que des questions disciplinaires et liées au personnel.

Le Conseil de sécurité peut aussi donner son autorisation à des opérations de maintien de la paix qui sont mises en place par d'autres organismes. Ces opérations ne se trouvent pas sous le contrôle de l'ONU. En 1999, par exemple, après la fin de la campagne de bombardements, le Conseil a autorisé l'OTAN à maintenir la paix au Kosovo (Serbie et Monténégro). Parallèlement, le Conseil a aussi autorisé la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) à administrer le territoire. En 2000, le Conseil a autorisé une coalition internationale à maintenir une présence militaire en Afghanistan, tout en mettant en place une mission politique de l'ONU dans le pays.

3. Combien cela coûte ?

Les coûts annuels du personnel et de l'équipement des opérations de maintien de la paix des Nations Unies ont culminé à plus de 3,6 milliards de dollars en 1993, eu égard au coût des opérations en ex-Yougoslavie et en Somalie. En 1998, ces coûts sont descendus en dessous d'un milliard de dollars. Avec la reprise des opérations à plus grande échelle, les coûts des opérations de maintien de la paix sont montés à 3 milliards de dollars en 2001, et sont estimés à 2,3 milliards de dollars environ pour la période entre le 1er juillet 2003 et le 30 juin 2004.

Tous les États Membres sont légalement tenus de payer leur part des coûts des opérations de maintien de la paix, selon une formule complexe qu'ils ont eux-mêmes établie.

Bien que le payement soit obligatoire, à la date du 30 avril 2003, les États Membres devaient environ 1,37 milliards de dollars en arriérés et sommes appelées au titre du maintien de la paix.

4. Comment les casques bleus sont-ils rémunérés ?

Les casques bleus sont payés par leurs propres gouvernements conformément à leur propre grade et à l'échelle de salaire au niveau national. Les pays qui fournissent des troupes en uniforme aux opérations de maintien de la paix sont remboursées par l'ONU au tarif net d'un peu plus de 1000 dollars par soldat par mois. L'ONU rembourse aussi les pays pour l'équipement. Mais les remboursements à ces pays sont parfois différés à cause du manque de liquidités causé par le non paiement par les États Membres de leur quote-part. La police civile et le reste du personnel civil sont payés sur le budget de maintien de la paix établit pour l'opération.

5. Qui fournit du personnel ?

La Charte des Nations Unies stipule qu'afin d'aider à maintenir la paix et la sécurité dans le monde, tous les États Membres de l'ONU doivent mettre à la disposition du Conseil de sécurité les forces armées et les facilités nécessaires. Depuis 1948, près de 130 nations ont fourni du personnel militaire et de police civile aux opérations de paix. Au 30 avril 2003, 89 pays fournissaient un personnel total de 37000 personnes, comprenant 30167 troupes, 5162 policiers civils, 1658 observateurs militaires.

Au 30 avril 2003, les cinq principaux fournisseurs de contingents étaient le Pakistan (4245), le Nigeria (3316), l'Inde (2735), le Bangladesh (2658) et le Ghana (2060).

Des 37000 soldats et policiers servant dans les opérations de paix de l'ONU, seulement 3323 viennent de l'Union européenne, et seulement 558 des Etats-Unis (543 policiers, 13 observateurs militaires et 2 soldats).

Même si 89 États Membres contribuent aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies en cours, le fardeau le plus lourd en matière de troupes est porté par un noyau de pays en développement. Constatant une hésitation de la part des pays développés à engager leurs troupes dans les missions de maintien de la paix des Nations Unies, en mars 2003, le chef des opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a rappelé aux États Membres que " la fourniture d'un personnel militaire et de police bien équipé, bien entraîné et bien formé aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies est de la responsabilité collective des États Membres. On ne peut et on ne doit pas attendre des pays du Sud qu'ils assument seuls ce fardeau ".

6. Pourquoi les États devraient-ils fournir des troupes aux opérations de maintien de la paix ?

Tous les États Membres ont accepté dans le cadre de la Charte des Nations Unies de fournir des forces armées dans l'objectif de maintenir la paix et la sécurité internationales : le maintien de la paix est une responsabilité collective.

La création des opérations de maintien de la paix des Nations Unies est un instrument particulier et sans égal à la disposition de la communauté internationale pour aider à régler les conflits internationaux, et à empêcher les guerres intestines de déstabiliser des régions entières, lorsque certaines conditions de leur succès sont réunies. En tant qu'investissement, les opérations de maintien de la paix dirigées par l'ONU ont l'avantage notoire - contrairement à celles menées par des coalitions ad-hoc - d'avoir un mécanisme intégré pour le partage mondial de leurs coûts financiers, en matériel et en personnel. De plus, le délai pour le déploiement des ressources de base pour les nouvelles missions a été très nettement réduit grâces aux capacités d'action rapide du DOMP.

Le coût des opérations de maintien de la paix est minuscule comparé aux coûts des conflits en vie humaines et en pertes matérielles. Bien que les opérations de maintien de la paix aient coûté environ 2,6 milliards de dollars en 2002, en 2001 les États, à travers le monde, ont dépensé plus de 800 milliards de dollars en armes - un chiffre qui représente 2,6% du produit intérieur brut mondial.

7. Qu'est-il fait pour traiter de la question du VIH/sida dans les missions de maintien de la paix

L'ONU fonde sa politique actuelle en matière de VIH/sida sur la non-discrimination et le respect du droit international humanitaire. La prévention de la transmission du VIH parmi les casques bleus et les communautés d'accueil constitue une priorité clef pour le DOMP. Ce dernier recommande vivement le conseil et le dépistage volontaire et confidentiel des casques bleus avant leur déploiement et dans la zone de la mission, tandis qu'un programme de formation standardisé a été développé pour les pays fournisseurs de contingent afin de s'assurer que tous les gardiens de la paix en uniforme reçoivent une formation complète en matière de VIH/sida avant leur déploiement. Le DOMP a déployé quatre conseillers auprès des missions de plus grande ampleur, la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL), la Mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythrée (MINUEE), et la Mission d'appui des Nations Unies au Timor oriental (MANUTO) et il a désigné un point d'information sur le VIH/Sida pour toutes les autres missions.

Les casques bleus emportent également des fiches de sensibilisation de l'ONUSIDA comprenant des informations de base sur la transmission et la nature de la maladie. De plus, la sûreté du sang et des autres produits sanguins pour la transfusion dans les cliniques des missions est garantie par l'approvisionnement auprès de sources contrôlées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

8. L'ONU encourage-t-elle la participation des femmes dans les opérations de maintien de la paix ?

En octobre 2000, le Conseil de sécurité a exprimé dans sa résolution 1325 sa disposition à incorporer la considération de l'égalité entre hommes et femmes dans les opérations de maintien de la paix et appelé à introduire une telle composante dans les opérations de paix déjà établies. Des offices consacrés à la parité hommes/femmes ont été installés dans les grandes missions de paix multidimensionnelles et des points d'information ont été installés dans les missions de moins grande ampleur. De plus, des mesures ont été prises au sein des missions de maintien de la paix, notamment de la Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine (MINUBH), de la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) et de la Mission d'appui des Nations Unies au Timor oriental (MANUTO), en vue de promouvoir la parité hommes/femmes dans les forces de police locales, et de travailler avec les nouvelles forces restructurées aux questions liées aux violences domestiques et au trafic des femmes et des filles.

La nécessité d'accroître la participation des femmes dans tous les aspects des opérations de paix, parmi le personnel international et local, et particulièrement aux plus hauts niveaux de décision, demeure une préoccupation prioritaire. La première femme nommée au poste de représentant spécial par le Secrétaire général fut nommée en 1992 pour la mission de l'ONU en Angola. Aujourd'hui, 11 ans plus tard, il n'y a toujours qu'une seule femme Représentant spécial (dans la Mission d'observation des Nations Unies en Georgie). Il y a trois femmes nommées au poste de représentant spécial adjoint. Le Secrétaire général a appelé les États Membres à accroître le recrutement des femmes chez les observateurs militaires, dans les contingents de maintien de la paix et dans la police civile.

9. Quelles récentes missions de maintien de la paix ont remporté un succès ?

Lorsque la Mission des Nations Unies en Bosnie-Herzégovine (MINUBH) termina ses opérations en décembre 2002, elle avait réalisé le plus important projet de réforme et de restructuration de la police jamais entrepris par l'ONU. La MINUBH avait formé et agréé une force de police nationale de 17000 personnes. En plus de ses responsabilités en matière de maintien de l'ordre, la police nationale est maintenant aussi capable de pleinement participer à la lutte régionale et internationale contre le crime organisé et le terrorisme. Le Service frontalier de l'Etat récemment créé a réduit le flux de migrants illégaux, aide à dissuader le trafic d'êtres humains et de narcotiques et réduit la contrebande.

Au Timor oriental, en 1999, l'ONU fut appelée pour guider la population vers la souveraineté, juste après qu'un référendum sur l'indépendance avait déclenché une explosion de violence qui a dévasté les services et infrastructures publics. L'ATNUTO agissait dans le cadre d'un mandat multidimensionnel qui était d'assurer la sécurité et de maintenir l'ordre public tandis qu'étaient jetés les fondements d'une gouvernance démocratique. L'ONU a établi une administration efficace, permis le retour des réfugiés, assisté au développement des services civils et sociaux, assuré la coordination et l'acheminement de l'assistance humanitaire, assisté le renforcement des capacités en vue d'une gouvernance autonome, et aidé à établir les conditions d'un développement durable.

Après les élections présidentielles d'avril 2002, le Timor oriental a déclaré son indépendance le 20 mai, et il est devenu peu après le 191ème membre de l'ONU. L'ONU maintient une présence de maintien de la paix au Timor oriental (MANUTO) afin de prêter assistance à la création des structures administratives, au développement du service de police de l'Etat et au maintien de la sécurité interne et externe.

En Sierra Leone (cf. annexe 10 *), suite aux élections de l'année dernière, les casques bleus continuent d'aider le Gouvernement à étendre son autorité sur tout le pays. L'activité de la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL) a conduit au rétablissement de la liberté de mouvement, du redémarrage de l'activité commerciale, et du retour des populations déplacées. La Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) est un processus en évolution, mais les réalisations ont été nombreuses au cours des quatre dernières années : la MINUK a organisé les trois premières élections démocratiques dans l'histoire du Kosovo ; soutenu la formation d'un gouvernement intérimaire de transition ; créé le cadre d'une économie de marché stable ; d'une restauration des infrastructures ; et mis en place tous les fondements essentiels d'une administration moderne, des douanes et du fisc à un budget équilibré ; des plaques d'immatriculations et des documents d'identité à l'urbanisme. La MINUK met en place un système judiciaire et une force de police responsables qui comprend maintenant 5000 personnes. La police du Kosovo (la MINUK et le Service de police du Kosovo) affiche un pourcentage de crimes résolus plus élevé que certains pays d'Europe occidentale (75%). La MINUK favorise le dialogue avec les voisins du Kosovo et avec les autorités de Belgrade. En établissant une série d'objectifs à atteindre en vue d'aider le Kosovo à établir les normes d'une société civile, la MINUK a facilité les progrès des pourparlers sur le statut final de la province.

10. Quels sont les principaux défis posés à la réussite du maintien de la paix de l'ONU ?

Certains facteurs sont déterminants pour le succès d'une mission de maintien de la paix. La communauté internationale doit avoir correctement diagnostiqué le problème avant de prescrire comme traitement une mission de maintien de la paix. La majorité ou toutes les parties au conflit doivent avoir manifesté leur accord à l'arrêt des combats : il doit y avoir une paix à maintenir. Les parties principales en conflit doivent toutes consentir au rôle de l'ONU pour les aider à régler leur conflit. Les Membres du Conseil de sécurité doivent se mettre d'accord sur le résultat à atteindre, et définir un mandat clair et réalisable. Le déploiement doit être rapide. Le maintien de la paix doit faire partie d'une stratégie globale visant à régler un conflit, qui requiert une myriade d'efforts politiques, économiques, et en matière de développement, de droits de l'homme, et dans le domaine humanitaire qui doivent être menés en parallèle. Il faut adopter une approche de nature politique et économique pour toute la région concernée afin que les progrès dans la réalisation de la paix dans un pays ne soient pas affectés par les problèmes des voisins. La communauté internationale doit être prête à maintenir le cap. La paix véritable requiert du temps, le renforcement des capacités nationales requiert du temps, le rétablissement de la confiance requiert du temps. Les casques bleus internationale, qu'ils travaillent ou non avec l'ONU, doivent exécuter les tâches que leur ont confiées les États Membres, avec professionnalisme, compétence et intégrité.

11. La guerre en Iraq changera-t-elle les opérations de maintien de la paix des Nations Unies ?

Les casques bleus de l'ONU continueront d'aider les parties à un conflit à réaliser une paix durable et à aider les sociétés à se relever de la guerre, en mettant en œuvre les mandats autorisés par le Conseil de sécurité.

Le Secrétaire général de l'ONU, comme il l'a fait avant le conflit en Iraq, a appelé à l'unité au sein du Conseil de sécurité afin que la légitimité et la volonté internationales que seule l'ONU peut apporter au règlement des crises puissent continuer d'être mises au service de la paix.

Se référant à la nouvelle situation en Iraq, il s'est adressé au Conseil de sécurité, le 30 avril : " l'ONU s'est engagée dans un vaste éventail d'activités dans ce domaine, de la négociation de règlements politiques à de profonds efforts de reconstruction institutionnelle, y compris la création d'un nouvel État. L'examen des expériences passées peut nous renseigner sur ce que nous avons bien fait et sur ce que nous avons moins bien fait, et peut-être sur les raisons propres à ces circonstances particulières. Il devrait également nous aider à améliorer notre performance au fil du temps.

Mais ce qui ressort de l'étude de l'engagement international dans les pays affectés par un conflit, c'est qu'aucune approche n'a jamais été adoptée deux fois de suite, parce qu'aucun conflit ou situation post-conflictuelle n'est similaire. Même les quatre derniers cas de l'Afghanistan, du Kosovo, du Timor oriental et de la Sierre Leone sont très différents les uns des autres, que ce soit dans les causes ou les conséquences du conflit, l'implication antérieure de l'ONU, le contexte politique et légal gouvernant les mesures prises par la communauté internationale, et la taille même de la population ou du territoire affectés.

En conséquence, une des leçons les plus importantes, lorsqu'on se penche sur la planification de l'engagement de la communauté internationale - comme celle que nous devons maintenant affronter en Iraq - est qu'il nous faut tout d'abord parvenir à une compréhension globale de la spécificité de cette crise, et ensuite développer notre réponse en fonction de cela. Nous devrions tirer les enseignements des expériences passées afin de rendre nos mesures les plus efficaces possible, tout en gardant à l'esprit que des approches ou des formes d'assistance totalement nouvelles peuvent être nécessaires ".

Le Secrétaire général a conclu en rappelant au Conseil les conditions qui doivent être en place préalablement à toute mission durable de maintien de la paix, en particulier l'accord des populations et un mandat confié par l'ONU qui soit " clair, cohérent, et accompagné des ressources nécessaires".