Dossier de presse
Fiche technique 7


Les casques bleus aujourd'hui

La police civile intègre le maintien de l'ordre aux opérations de maintien de la paix de l'ONU

Le Conseiller de police civile des Nations Unies Kiran Bedi

Des troupes au casque bleu surveillant la frontière et assurant le suivi des accords, voilà l'image traditionnelle des soldats de la paix des Nations Unies. Toutefois, les conflits complexes de ces des dix dernières années ont prouvé à l'ONU que pour que la paix soit durable, il fallait d'abord établir l'ordre public.

Cela s'est traduit par l'accroissement de l'importance du rôle des officiers de police, tant internationaux qu'internes, dans les mandats des missions de maintien de la paix de l'ONU.

Nommée en février de cette année au poste de Conseiller de police civile au Département des opérations de maintien de la paix (DOMP), Kiran Bredi s'est retrouvée chargée de la gestion des conflits internes, du maintien de l'ordre public et de la formation des officiers de police et des agents pénitentiaires, au cours de ses trente années passées en tant que femme ayant le plus haut grade dans la hiérarchie de la police en Inde et en tant que gouverneur du plus grand établissement pénitentiaire au monde - les prisons de New Delhi, qui comptent 10000 détenus.

Mme Bedi considère que son rôle essentiel ici consiste à apporter un meilleur entraînement aux officiers de police de l'ONU, qui sont à l'heure actuelle plus de 5000. La plupart d'entre eux sont déployés au sein de la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), où la police a reçu le mandat inhabituel et ambitieux - pour l'ONU - de maintien de l'ordre public et de l'application des lois. D'autres participent au développement de la police, principalement par le biais de la formation et du renforcement des institutions, en Sierra Leone, en République démocratique du Congo et au Timor oriental, où la police agit dans le cadre d'un mandat exécutif.

" Nous formons, guidons, transmettons et nous retirons ", dit Mme Bedi de la police civile de l'ONU. " C'est la culture de la paix ".

L'objectif est de travailler avec les structures de police locales. Une exception a été faite pour la police de la MINUK, qui est arrivée une fois la police d'Etat Serbe démantelée, mais avant que la responsabilité du maintien de l'ordre n'ait pu être transférée par les troupes de la Force au Kosovo (KFOR) parrainées par l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Pendant que la police de l'ONU consolidait ses forces et prenait en charge le maintien de l'ordre, elle assurait la formation de milliers de recrues pour la création d'un nouveau service de police du Kosovo.

Les premiers jours et les premiers mois d'activité de la MINUK furent difficiles. Lors des missions antérieures, l'ONU avait déployé principalement des contrôleurs de police non armés. Comme la MINUK avait l'autorité complète de l'administration du Kosovo, la police devait dès lors opérer en tant qu'agent de maintien de l'ordre, par le poids des armes et des compétences les plus pointues en matière d'administration de police. Outre qu'elle travaillait dans un environnement regorgeant d'armes illégales, la police de l'ONU manquait des ressources les plus élémentaires pour la gestion de stations de police. Les qualifications de base pour le recrutement - savoir tirer, conduire et parler anglais - étaient clairement inadéquates au regard des tensions d'après conflit au Kosovo, manifestées par les meurtres animés par la vengeance, le crime organisé et le trafic d'êtres humains, d'armes et de drogues.

Lentement, certains diront trop lentement, la police de la MINUK s'est transformée en une force de 4000 personnes disposant d'une expertise en matières d'enquêtes criminelles, de médecine légale, de contrôle aux frontières, de crime organisé, de corruption financière et de la simple surveillance de la circulation - un problème inattendu dans une province connaissant de fréquentes coupures de courant, une inflation du nombre de voitures neuves ou volées et de conducteurs sans permis, adoptant des comportement très libres sur la route.

Parallèlement, la MINUK a recruté, formé et déployé le Service de police du Kosovo, une force multiethnique de 5300 personnes (dont 17% sont des femmes) qui prennent chaque jour plus de responsabilités et acquièrent chaque jour plus d'indépendance. Ils procèdent de plus en plus souvent à l'arrestation de suspects de crimes graves - et ils surveillent la circulation. Les meurtres au Kosovo sont descendus de 136 en 2001 à 65 en 2002, tandis que le nombre de victimes d'accidents de la circulation a baissé de plus de 250 en 2000 à 132 en 2002.

La réduction du taux de la criminalité au Kosovo reflète les objectifs du Conseiller de police civile, Mme Bedi, qui considère que la formation et le transfert de compétences sont les principaux éléments de l'activité de maintien de la paix de la police de l'ONU. " Les pays fournisseurs récupèrent de meilleurs policiers ", dit-elle. " Ils rentrent à la maison avec une vision plus large et une meilleure capacité de compréhension ".

Il a été fait valoir que l'ONU ou la communauté internationale devraient avoir une force de police de réserve, car il est difficile d'attendre des troupes militaires qu'elles fassent un travail de police. Les conseillers de police civile du DOMP disent toutefois que l'ONU n'est pas enthousiaste à l'idée d'envoyer plus de policiers armés sur le terrain, mais plutôt de soutenir les forces nationales locales afin qu'elles fassent mieux leur travail. Les polices formées par l'ONU, comme celles de Bosnie-Herzégovine, ont à leur tour servi de police de maintien de la paix dans d'autres régions, comme au Timor oriental.

Toutefois, il est clair que pour être efficace, surtout dans la période de transition après le conflit, le maintien de la paix doit être fondé aussi sur la police, le système pénitentiaire et la justice.

Le rapport Brahimi a appelé à ce que l'expertise en matière de systèmes de justice criminelle soit intégrée au DOMP. En Bosnie-Herzégovine, le DOMP a appris que la police, la justice et les prisons devaient être considérés comme partie intégrantes d'un plus large ensemble.

On recherche des policiers compétents et on leur fait passer des entretiens approfondis. Des équipes spéciales d'évaluation sont envoyées dans les pays fournisseurs afin de procéder à leur recrutement, et le DOMP à New York entre en contact avec les Etats Membres à propos des meilleurs candidats.

Le DOMP accepte environ 2 sur 10 policiers posant leur candidature. Toutefois, il est encore difficile de trouver des policiers qui acceptent de servir en Afrique. La contribution des Etats Membres en termes de ressources humaines est cruciale au maintien de la paix au Congo, dit Mme Bedi.

Les policiers sont payés par leur pays d'origine mais reçoivent une indemnité journalière de subsistance de la part du DOMP. Souvent cette indemnité tranche nettement avec les salaires de leurs homologues locaux. Pour les policiers des pays pauvres, qui sont peu payés, l'apprentissage des droits de l'homme et du maintien de l'ordre démocratique peut être intéressant, mais qu'est-ce qui les motive à persister, une fois que l'ONU se retire, en particulier dans les zones de conflit interethnique ?

" Il se crée un lien " dit Mme Bedi. " Nos polices ont les mêmes problèmes dans leur pays d'origine. Il y a aussi une fierté professionnelle… Nous fournissons un environnement dans lequel ils peuvent travailler de concert ".

Le soutien des autorités locales et l'assistance aux infrastructures de maintien de l'ordre sont aussi déterminants pour la réussite des activités de police qui reçoivent le soutien de l'ONU. La ville de Goma en République démocratique du Congo, par exemple, dispose d'une voiture de police pour 300000 personnes, sans parler du manque d'ordinateurs, de radios, de papier, dit Mme Bedi. Les conseillers de police civile du DOMP à New York travaillent avec les pays fournisseurs en vue d'ajouter le matériel informatique et les logiciels à la contribution faite par l'ONU en termes de compétences, de formation aux droits de l'homme et de sensibilisation des forces de police. A l'heure actuelle, cela comprend la sensibilisation au trafic des femmes, que le DOMP a porté à l'attention des Etats Membres intéressés à fournir des policiers. Non seulement les policiers de l'ONU doivent apprendre à briser les cercles des trafiquants liés aux autorités locales, mais ils doivent aussi se conformer à des règles de comportement très strictes. Les policiers de l'ONU trouvés dans des maisons closes sont renvoyés chez eux.

Ainsi que l'explique Mme Bedi, " Nous devons progresser, depuis l'acquisition et la transfert de compétences professionnelles, jusqu'à devenir de meilleurs êtres humains ".

 

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