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Fact
Sheet 6
Les
casques bleus aujourd'hui
Le maintien
de la paix évolue, mais il repose toujours sur la composante
militaire
Un entretien avec le major général Patrick Cammaert,
Conseiller militaire, Département des opérations de maintien
de la paix des Nations Unies
Près
de 370000 soldats et policiers civils en provenance de 89 pays constituent
l'épine dorsale des missions de maintien de la paix des Nations
Unies. Le major général Patrick Cammaert, Conseiller militaire
principal des Nations Unies, ex-Commandant de la force de la Mission
des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE),
supervise leur transformation en un corps bien entraîné
et bien équipé, soutenu par la division militaire du Département
des opérations de maintien de la paix (DOMP) de l'ONU.
Pour réussir
une mission de maintien de la paix, a-t-il expliqué, deux choses
sont nécessaires. Les parties au conflit doivent souscrire à
l'effort de maintien de la paix. Et les Etats Membres de l'ONU doivent
s'assurer que le mandat est à la fois bien défini et flexible,
que les troupes sont professionnelles et les ressources adéquates.
"
Si les Etats Membres ne nous donnent pas de ressources, de contingents
disponibles pour un déploiement rapide, et l'argent nécessaire
pour réaliser un travail de maintien de la paix rationnel et
bien organisé, alors le défi est presque impossible à
relever. Cela revient à lier les mains de quelqu'un dans son
dos et à le pousser dans une piscine avec ordre de nager ",
dit le général Cammaert.
Les obligations
des casques bleus vont de la surveillance du retrait de troupes à
la surveillance de zones tampon, de l'assistance à la démobilisation
et au désarmement des ex-combattants et à au maintien
d'un environnement sûr en vue de l'organisation des élections.
Le DOMP met aussi fermement l'accent sur la transmission de compétences
aux institutions et aux forces de sécurité locales et
régionales afin qu'au départ des troupes de l'ONU, ces
dernières laissent des structures démocratiques stables,
en mesure de garantir une paix durable.
De nombreuses
missions de maintien de la paix, à l'heure actuelle, sont entreprises
dans des zones qui ne figurent pas au premier rang de l'attention des
médias internationaux. Le général Cammaert a mentionné
les missions de l'ONU en Ethiopie et en Erythrée, en Sierra Leone
et au Timor oriental comme étant particulièrement fructueuses.
En Sierra
Leone, " nous avons mal commencé " a-t-il expliqué.
" Le premier groupe de casques bleus déployés au
sein de la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL) n'étaient
pas préparés ou équipés pour faire face
aux défis qu'ils devaient rencontrer, et le mandat que leur donnait
le Conseil de sécurité n'était pas assez solide.
L'enlèvement subséquent de plusieurs centaines de casques
bleus en mai 2000 a clairement montré que nous avions besoin
de troupes capables de gérer tous les défis et scénarios
possibles ".
Par la
suite, le Conseil a fourni un mandat plus solide, a-t-il poursuivi,
permettant aux casques bleus de l'ONU d'envoyer un message clair à
toutes les factions belligérantes, à savoir qu'elles étaient
prêtes, capables et disposées à se défendre
en cas d'attaque. Pour renforcer ce message, la mission a aussi reçu
des hélicoptères d'attaque et une artillerie équipée
de véhicules blindés de transport de troupes.
Aujourd'hui,
alors que la mission réduit ses effectifs du chiffre maximum
de 16900 en novembre 1992 à près de 13000 à la
fin mai 2003, elle forme l'armée et la police sierra leonaises,
qui ont été restructurées, et leur transmet ses
responsabilités à une cadence qui devrait garantir que
le processus de retrait et de réduction de la MINUSIL ne précipite
pas le retour à l'instabilité. Les casques bleus devraient
avoir totalement quitté la Sierra Leone d'ici à décembre
2004.
Des résultats
: un pays ayant connu 10 années de conflit est maintenant sur
la voie d'une paix stable. Les élections ont fourni des autorités
gouvernementales, qui consolident à présent leur administration
du pays. Et un Tribunal spécial et une Commission vérité
et réconciliation ont été établis pour statuer
sur les crimes commis par le passé.
Mais non
loin de là, en République démocratique du Congo,
la mission de l'ONU (connue par son acronyme français, MONUC)
continue de manquer des troupes nécessaires pour soutenir un
processus de paix différent et extrêmement fragile. A l'heure
actuelle, l'ONU dispose de plus de 4600 soldats déployés
dans un pays de la taille de l'Europe occidentale qui dispose d'une
infrastructure extrêmement limitée. Des atrocités
terribles s'y produisent. L'ONU a connu des difficultés pour
obtenir les contingents nécessaires pour soutenir de manière
adéquate le processus de paix et la création d'un gouvernement
de transition.
Un des
défis principaux auquel fait face le DOMP est de ranimer l'intérêt
ou la responsabilité des Etats Membres sur la question de l'engagement
de troupes en Afrique, où la majorité des opérations
de maintien de la paix est actuellement en cours.
"
Depuis le début des années 90, nous avons constaté
un déclin du nombre de soldats que les pays développés
consentent à fournir aux missions de maintien de la paix ",
note le général Cammaert. En 1991, il n'y avait que deux
pays en développement parmi les dix plus importants fournisseurs,
le Ghana et la Népal. Les dix plus importants sont aujourd'hui
le Bangladesh, le Pakistan, le Nigeria, l'Inde, le Ghana, le Kenya,
la Jordanie, l'Uruguay, l'Ukraine, et l'Australie. Moins d'un huitième
des troupes de l'ONU en service à l'heure actuelle provient de
l'Union européenne ; bien moins encore des Etats-Unis.
M. Cammaert
souligne qu'il semblerait que ce soit l'intérêt politique
des Etats qui détermine leur décision d'envoyer des troupes
en Afrique, plutôt que l'engagement pris dans la Charte des Nations
Unies d'accepter une responsabilité collective pour le maintien
de la paix et de la sécurité internationales : "
Nous ne constatons la présence d'aucune troupe de l'Organisation
du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en Afrique. L'OTAN est
dans les Balkans parce que c'est son arrière-cour ", fait-il
remarquer.
Il a appelle
tous les Etats Membres à se montrer à la hauteur de leurs
responsabilités, dans le cadre de la Charte des Nations Unies,
de " mettre à la disposition du Conseil de sécurité…
les forces armées, l'assistance et les facilités… nécessaires
au maintien de la paix et de la sécurité internationales
".
"
Vous ne pouvez pas dire que l'Afrique ne relève pas de la responsabilité
des Etats-Unis et de l'Europe. Les problèmes du monde en développement
sont interdépendants des problèmes auxquels font face
les pays du Nord. Vous ne pouvez pas fermer les yeux. Les pays du Nord
ont une histoire en Afrique. Ils ont la chance d'avoir des institutions
démocratiques. Etablir la démocratie prend du temps.
L'élargissement
de l'OTAN et de l'Union européenne (UE) pourrait ajouter à
nos difficultés à cet égard, car l'ONU, l'UE et
l'OTAN risquent d'entrer en concurrence pour obtenir des contingents
en vue d'affronter les conflits. Des accords de coopération et
de complémentarité - des partenariats entre organisations
- seraient bien plus efficaces que la concurrence. Les organisations
régionales peuvent jouer un rôle particulièrement
utile dans le maintien de la paix. Leur capacité à se
déployer rapidement et vigoureusement dans un environnement hostile,
qui ne serait pas immédiatement adapté à une mission
de l'ONU, est un atout précieux ", a-t-il dit, citant pour
modèles l'actuelle Force internationale au Timor oriental (INTERFET)
et la Force internationale d'assistance à la sécurité
(FIAS) en Afghanistan.
De nombreux
pays développés réduisent leurs dépenses
dans leurs armées, ce qui accroît les difficultés
rencontrées par l'ONU pour attirer des troupes pour le maintien
de la paix en provenance des pays développés. " Les
budgets de défense sont en réduction dans de nombreux
pays du Nord ", dit le Général Cammaert. " Ils
ne peuvent se permettre d'envoyer des troupes à l'ONU et de les
mobiliser ailleurs en même temps. Mon pays (les Pays-Bas) a envoyé
4000 soldats, qui ne sont pas déployés sous drapeau de
l'ONU, bien qu'ils fassent partie de missions autorisées par
l'ONU.
Pourquoi
donc un pays devrait-il engager des troupes dans les missions de maintien
de la paix des Nations Unies ?
"
L'approche de l'ONU en matière de maintien de la paix a changé
", note le général Cammaert. " L'ONU est maintenant
bien mieux équipée pour soutenir ses missions de maintien
de la paix ".
- Le
rapport du Groupe d'étude sur les opérations de paix
des Nations Unies du Secrétaire général ("
Rapport Brahimi ") a stimulé des investissements significatifs
dans le siège du DOMP, afin de mieux servir et guider les missions
sur le terrain.
- Le centre
de situation du DOMP est maintenant pourvu de personnel 24 h sur 24,
sept jours par semaine.
- L'ONU
a amélioré la procédure de sélection pour
les officiers militaires supérieurs des missions de maintien
de la paix : le DOMP paie à présent les salaires des
commandants de la force, et les Etats Membres, exhortés à
envoyer des officiers supérieurs, ont réagi positivement.
- Le DOMP
dispose à présent d'une base logistique bien développée
à Brindisi, en Italie, qui est en mesure de prendre en charge
le déploiement rapide et efficace des missions de maintien
de la paix et de leur équipement, des programmes de formation,
d'exercice et dispose d'un registre de personnel civil et d'assistance,
qui peut être rapidement déployé sur le terrain.
- "
De plus, la communauté internationale comprend à présent
le rôle important que peuvent jouer les casques bleus dans les
phases post-conflit et post-élections des processus de paix
" dit le général Cammaert. Elle commence à
voir l'intérêt de la poursuite du déploiement
des troupes dans la phase de transition entre le maintien de la paix
et la consolidation de la paix… et à reconnaître la contribution
que la consolidation de la paix, combinée au maintien de la
paix, peut apporter à la stabilité à long terme
d'un pays ".
Lorsque
les troupes sont bien préparées et aptes du point de vue
militaire, la puissance armée peut avoir un impact considérable
dans la maîtrise de l'escalade de la guerre et pour dissuader
les ex-factions à reprendre la guerre, conclut le général
Cammaert. Les opérations de paix de l'ONU continueront de profiter
du recours à la composante militaire.

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