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Message de M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO, à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la paix
Chaque année, le 21 septembre on célèbre dans le monde entier la Journée internationale de la paix. L'un des points essentiels de la mission de l'UNESCO étant de contribuer à l'édification de la paix, cette journée revêt pour l'Organisation une importance particulière. Cette année, elle coïncide aussi avec la campagne menée par les Nations Unies pour célébrer le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. La devise de cette campagne — « Dignité et justice pour nous tous » — nous rappelle que le chemin est encore long avant que chacun dans le monde soit en mesure de jouir des droits et des libertés fondamentales inscrits dans la Déclaration. Reconnaissant que la promotion des droits de l'homme est fondamentale pour l'édification d'une culture de paix, l'UNESCO s'attache à faire progresser encore la mise en œuvre de ceux de ces droits qui relèvent des domaines de compétence de l'Organisation et à faire connaître et comprendre aussi largement que possible les normes et les principes du droit international en la matière. Ces droits sont notamment le droit à une éducation de qualité, le droit à la liberté d'opinion et d'expression, le droit de participer à la vie culturelle, le droit de jouir des avantages du progrès scientifique et de ses applications et, sous-tendant tous ceux-là, le droit de s'exprimer dans sa langue maternelle.
Afin que s'établissent des sociétés pacifiques et non violentes, chaque enfant doit être en mesure d'avoir accès à une éducation de qualité qui respecte son droit à la dignité et à un développement optimal. Une éducation de qualité dispense des connaissances en matière de culture de la paix et permet d'acquérir les compétences et les attitudes nécessaires pour désamorcer et pour reconnaître les conflits potentiels, ainsi que promouvoir et instaurer activement une culture de paix et de non-violence. L'UNESCO s'emploie à promouvoir dans tout le système éducatif et dans les environnements d'apprentissage une approche de l'éducation de qualité fondée sur les droits en vue de promouvoir la cohésion sociale et de mettre en place le respect de la paix et la résolution non violente des conflits.
L'exercice du droit à la liberté d'opinion et d'expression est l'un des piliers essentiels de la paix. Il contribue à l'émergence et au fonctionnement de systèmes démocratiques efficaces, ainsi qu'à une participation pleine et efficace à une société libre et démocratique. Cependant, de nombreux journalistes, travailleurs des médias et défenseurs des droits de l'homme s'exposent à des attaques lorsqu'ils s'efforcent d'exercer ou de défendre ces droits. L'UNESCO défend vigoureusement la liberté de la presse et les droits et la sécurité des professionnels des médias et de l'information. Elle apporte également son soutien aux États membres pour créer les conditions permettant aux médias de fonctionner dans un environnement démocratique et d'exercer leur liberté d'expression.
Le droit de participer à la vie culturelle est fondamental à la cohésion sociale, à la compréhension mutuelle et à la paix. Notre culture façonne notre identité, nous enseigne des manières de vivre ensemble et nous aide à élaborer nos systèmes de valeurs, nos traditions et nos croyances. Les droits culturels ont également partie liée avec la faculté de s'exprimer dans la sphère publique et avec l'accès à des perspectives socioéconomiques, ce qui revêt une importance particulière pour les groupes minoritaires et autochtones, lesquels, bien souvent, ne jouissent pas de ces droits. L'UNESCO œuvre à la promotion de ceux-ci par la sensibilisation des décideurs et du grand public à l'importance de la culture, tant dans le processus de développement que dans l'instauration de sociétés pluralistes et de leur corollaire qu'est le dialogue interculturel. Une telle interaction, qui transcende les frontières nationales et culturelles, est essentielle pour édifier et consolider la paix et pour inviter les gens à adopter des pratiques et des attitudes pacifiques.
Le droit de jouir des avantages du progrès scientifique et de ses applications soustend les efforts réalisés à l'échelle nationale, régionale et mondiale en vue de promouvoir le développement durable et une culture de la paix. L'UNESCO s'attache à promouvoir le respect de ce droit en œuvrant à la mise en place et au renforcement de systèmes nationaux et régionaux de recherche et d'innovation et en encourageant l'élaboration et la mise en œuvre de politiques scientifiques, technologiques et d'innovation en vue du développement durable et de l'élimination de la pauvreté.
Les langues sont fondamentales pour le respect de tous ces droits. Durant cette année 2008, qui a été proclamée Année internationale des langues par l'Assemblée générale des Nations Unies et pour laquelle l'UNESCO est l'institution chef de file, l'Organisation s'emploie à mettre en lumière l'importance de la diversité linguistique et du multilinguisme en vue de favoriser la protection et la promotion de toutes les langues dans tous les aspects de la vie d'une société, et en particulier dans les systèmes éducatifs. Sans de telles politiques, des centaines de milliers de gens, dans le monde entier, pourraient se voir dénier leur droit à s'exprimer et à participer à la vie et au débat publics. Une telle exclusion peut favoriser tensions et violence.
Le progrès de ces droits est lié aux activités que mène l'UNESCO en faveur d'une culture de la paix, en coopération avec les gouvernements, les autres institutions et programmes des Nations Unies et la société civile. L'Organisation s'est vu confier par l'Assemblée générale des Nations Unies la responsabilité particulière d'être chef de file pour la Décennie internationale de la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde (2001-2010).
Dans le cadre des célébrations qui entourent la Journée internationale de la paix, le Prix UNESCO de l'éducation pour la paix a été décerné à l'Institut pour la justice et la réconciliation (Afrique du Sud), en reconnaissance des remarquables efforts qu'il déploie en faveur d'une réconciliation durable par l'éducation et contre l'injustice systémique en Afrique. L'Institut pour la justice et la réconciliation a été fondé en 2000 en vue de favoriser la réconciliation en Afrique du Sud après l'apartheid et de plaider pour la paix grâce à une analyse sociopolitique approfondie. Depuis lors, cet institut, établi au Cap, a aidé d'autres pays africains, dont le Rwanda, le Soudan et le Burundi, à s'engager dans un processus similaire.
Il s'agit là d'un exemple remarquable d'organisation travaillant à promouvoir la paix et les droits de l'homme. De telles organisations doivent être encouragées afin qu'elles puissent prospérer et s'unir à d'autres, au sein de la communauté internationale, pour former une vaste coalition œuvrant à intensifier et à renforcer les efforts entrepris dans le monde entier pour que chaque homme, chaque femme et chaque enfant jouissent des droits et libertés fondamentaux définis par la Déclaration universelle des droits de l'homme. Ensemble, nous devons travailler à mettre fin aux violations flagrantes des droits de l'homme qui se produisent aujourd'hui dans le monde afin de créer les conditions nécessaires à l'édification d'une culture de la paix — c'est là l'un des plus grands défis lancés à l'humanité.