Interdits depuis 57 ans par la Déclaration
universelle des droits de l’homme, la torture et les peines
et traitements cruels, inhumains ou dégradants demeurent
bien trop répandus. Récemment, certains pays se sont
mis à déroger à l’interdiction de torturer
en invoquant ce qu’ils considèrent comme les impératifs
de leur sécurité nationale. C’est extrêmement
inquiétant.
Soyons clairs : la torture ne saurait être
un moyen de lutter contre le terrorisme, puisqu’elle est elle-même
un instrument de terreur.
L’interdiction de torturer est bien établie
en droit international. Elle est sans équivoque et absolue.
Elle s’impose à tous les États, dans tous les
territoires sur lesquels ils exercent leur juridiction ou un contrôle
effectif. Elle s’applique dans tous les cas, en temps de guerre
comme en temps de paix. Et elle n’est pas fonction du vocable
utilisé : tout traitement cruel ou inhumain est inacceptable
et illégal, quel que soit le nom que l’on veut lui
donner.
Les États doivent respecter cette interdiction
et lutter vigoureusement pour que ceux qui l’enfreignent soient
punis. Ni ceux qui conçoivent ou autorisent des actes de
torture, quels qu’ils soient, ni ceux qui les commettent,
ne doivent jouir de l’impunité. Les États doivent
aussi se garder de donner la moindre légitimité à
des actes de torture commis par d’autres. Ce qui signifie
que nul ne doit être livré à un État
tiers s’il risque d’être soumis à la torture.
La communauté internationale doit s’élever
avec force, et d’une seule voix, contre toutes les formes
de torture. Aujourd’hui, je demande à tous les États
qui ne l’ont pas encore fait de ratifier la Convention contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants, ainsi que le Protocole s’y rapportant.
Et j’engage instamment tous les États à permettre
au Rapporteur spécial sur la torture de communiquer avec
les détenus placés sous leur contrôle : c’est
absolument essentiel pour ces personnes, que l’isolement expose
à toutes sortes d’abus. Ensemble, nous devons aider
les détenus qui ont été maltraités,
tout comme les victimes de la torture, à se faire entendre
et à obtenir réparation.
L’humanité fait face aujourd’hui
à de graves problèmes. Le terrorisme est une menace
réelle et immédiate. Mais la peur des terroristes
ne peut justifier que l’on adopte leurs méthodes. Fermer
les yeux sur la situation de tous ceux qui, dans nos sociétés,
sont soumis à des traitements cruels et inhumains n’est
pas acceptable non plus, d’autant plus que ce sont souvent
les plus vulnérables qui sont touchés : les détenus,
les marginaux, les démunis. Chaque fois que ce fléau
se manifeste, nous devons le combattre en réaffirmant les
valeurs fondamentales de l’humanité.
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