PAUVRETE, CONFLITS, TERRORISME, VIOLENCE, PREJUGES
ET MAUVAISE GOUVERNANCE PORTENT ATTEINTE DE MANIERE FLAGRANTE AUX
DROITS DE L'HOMME
«A l'occasion de cette Journée des droits de l'homme,
force est de constater ce qui est à la fois profondément
décourageant et angoissant que, 10 ans après
les engagements solennels de la Conférence mondiale de Vienne
sur les droits de l'homme (1993), la pauvreté, les conflits,
le terrorisme, la violence, les préjugés et une piètre
conduite des affaires publiques constituent autant de violations flagrantes
des droits de l'homme partout dans le monde.
En dépit des nobles engagements pris dans la Déclaration
et le Programme d'action de Vienne et de l'appui aux valeurs inhérentes
aux droits de l'homme manifesté plus récemment dans
la Déclaration du Millénaire (2000), l'universalité
des droits de l'homme est une notion théorique plutôt
qu'une réalité dans le monde contemporain. Les inégalités
et les injustices restent couramment pratiquées à l'égard
des femmes et des enfants, tandis que le racisme et la discrimination
raciale sont loin d'avoir disparu.
La pauvreté n'a pas reculé. Bien au contraire, les
droits économiques, sociaux et culturels énoncés
dans la Déclaration universelle, dont nous célébrons
cette année le cinquante-cinquième anniversaire, sont
de vains mots pour près d'un milliard de personnes, qui auront
du mal à survivre et dont beaucoup n'atteindront pas l'âge
de 55 ans. La démocratie, le régime du droit et l'exercice
des droits civils et politiques ne sont guère à la portée
de ceux qui vivent dans une destitution quasi totale. La lutte contre
la pauvreté doit rester au premier plan dans le mouvement pour
la défense des droits de l'homme.
Dans le monde actuel, les civils sont délibérément
pris pour cibles dans les conflits, et les règles fixées
par les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme
et le droit humanitaire sont bafouées en toute impunité.
Les conflits contemporains ont des effets dévastateurs sur
les droits individuels de millions de personnes. Il est donc absolument
capital de redoubler d'efforts pour les prévenir aux niveaux
national, régional et international. Prévenir les conflits
signifie prévenir les violations flagrantes des droits de l'homme.
Le terrorisme contribue hélas au fardeau qui pèse sur
les peuples. Le Conseil de sécurité, l'Assemblée
générale et la Commission des droits de l'homme l'ont
tous fermement condamné. Les terroristes tuent, mutilent, terrifient
et menacent sans vergogne. Le mouvement international en faveur des
droits de l'homme doit se prononcer publiquement et par tous les moyens
dont il dispose contre le terrorisme.
Les violences délibérément dirigées par
les autorités contre leurs administrés touchent des
millions de personnes dans le monde. La torture, les exécutions
arbitraires et sommaires, les disparitions forcées et involontaires,
la détention arbitraire et les sévices à l'encontre
des minorités, des populations autochtones et des migrants
sont largement pratiqués. Des milliers de jeunes femmes font
l'objet d'un trafic les contraignant à se prostituer et les
réduisant en esclavage. L'exploitation sexuelle des enfants
est une tare pour notre civilisation. L'humanité reste en proie
à une crise des valeurs. Le mouvement international en faveur
des droits de l'homme doit dénoncer les violations flagrantes
des droits de l'homme où qu'elles se produisent. Notre conscience
nous l'impose.
Les préjugés, le racisme, la discrimination raciale,
la xénophobie, l'antisémitisme, l'anti-islamisme, le
rejet d'autres religions et diverses formes d'intolérance restent
largement répandus parmi nous, souvent au sein de sociétés
qui professent leur attachement aux idéaux de la Charte des
Nations Unies et de la Déclaration des droits de l'homme. Les
gouvernements prônent la tolérance, tandis que les peuples
qu'ils gouvernent manifestent leur haine à l'égard de
ceux qui ont une physionomie ou une culture différente. La
lutte pour l'égalité et la non-discrimination est un
combat auquel doit se rallier le mouvement en faveur des droits de
l'homme.
Soyons honnêtes, reconnaissons que la mauvaise gouvernance
est à l'origine de bon nombre des calamités qui frappent
les peuples du monde et des violations flagrantes des droits de l'homme
qui sont monnaie courante dans le monde contemporain. L'équité
et une protection accrue des droits de l'homme exigent une meilleure
conduite des affaires publiques. Selon les termes de la Déclaration
universelle des droits de l'homme, la volonté du peuple est
le fondement de l'autorité des pouvoirs publics. Cette volonté
doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent
avoir lieu périodiquement au suffrage universel égal,
suivant une procédure assurant la liberté du vote.
En cette Journée des droits de l'homme, mon cur est
avec les victimes des atteintes aux droits de l'homme de par le monde.
Je plaide pour que cessent ces violations généralisées
aux droits fondamentaux. Je plaide afin que le monde de la Déclaration
universelle devienne réalité pour tous les peuples de
la Terre. Je plaide en faveur de la démocratie, du régime
du droit et de la justice.
Je plaide pour des mesures plus énergiques de protection à
l'échelle nationale, régionale et internationale. J'invite
chaque gouvernement à examiner ses propres mécanismes
de protection pour déterminer s'ils sont suffisants au plan
interne. J'engage les organisations sous-régionales et régionales
à se demander ce qu'elles pourraient faire de plus pour mieux
protéger les droits de l'homme. Je conjure le Conseil de sécurité,
l'Assemblée générale, le Conseil économique
et social, la Commission des droits de l'homme et les organismes créés
en vertu d'instruments relatifs aux droits de l'homme d'examiner,
chacun, comment contribuer encore davantage à la protection
des droits fondamentaux.
Le monde de la Déclaration universelle des droits de l'homme
n'est pas encore devenu réalité, mais je suis convaincu
qu'un jour nous y parviendrons. La promesse formulée dans cette
Déclaration nous annonce un monde meilleur. Aujourd'hui, je
plaide pour une meilleure protection des droits de l'homme».