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DIXIEME
CONGRES DES NATIONS UNIES POUR LA PREVENTION DU CRIME ET
LE TRAITEMENT DES DELINQUANTS
Information de base No5
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Les
criminels ont des droits... mais qu'en est-il des victimes?
Il se peut que les criminels jouissent désormais de droits
bien établis, mais un nombre croissant d'études font
état d'un mécontentement généralisé
parmi leurs victimes.
Selon une étude internationale consacrée
aux victimes de crimes, menée dans une soixantaine de pays
au cours de la dernière décennie, plus de la moitié
des victimes dans le monde sont mécontentes de la manière
dont elles ont été traitées par la police,
et nombre d'entre elles ont été traumatisées
par le système de justice pénale.
"Si les systèmes de justice pénale du monde
étaient des entreprises privées, ils mettraient tous
la clef sous la porte car la moitié de leurs principaux clients
- à savoir les victimes de crimes - ne sont pas satisfaits
de leurs services", fait observer Jan Van Dijk, administrateur
général au Centre des Nations Unies pour la prévention
internationale du crime et l'un des principaux responsables de l'étude
internationale.
De nombreuses victimes interrogées dans
le cadre de cette étude ont répondu que la police
"n'en avait pas fait assez" ou qu'elle "n'avait pas
récupéré les biens volés". Environ
20 % d'entre elles ont dit que la police ne les avait pas informées
de l'évolution de leur dossier. Une femme sur cinq victime
de violence familiale ou de viol dans le monde - et une sur trois
en Amérique latine - a rapporté que les policiers
s'étaient montrés "incorrects" ou "impolis"
à son égard.
M. Van Dijk souligne que l'attitude des policiers
à l'égard des femmes dans certains pays latino-américains
et asiatiques n'est pas "conforme aux normes". Il ajoute
qu'"au Brésil les responsables politiques locaux ont
créé des commissariats comprenant exclusivement du
personnel féminin pour faire face à ce problème".
Selon Human Rights Watch, dans certains pays
d'Asie, la police rejette systématiquement les plaintes déposées
pour violence sexuelle et harcèle les victimes. Dans un pays
d'Asie, plusieurs policiers, y compris un commissaire, ont soutenu
que la plupart des femmes ayant porté plainte pour viol étaient
consentantes au moment de l'acte sexuel et mentaient ensuite pour
incriminer leur partenaire.
Toujours selon l'étude internationale,
les victimes dans les pays industrialisés sont davantage
satisfaites de l'attitude de la police que celles vivant dans les
pays en développement, mais même dans ces pays-là
le pourcentage de victimes mécontentes du comportement de
la police atteint 25%. Les victimes de voies de fait, comme la violence
familiale ou le viol, sont les moins satisfaites, environ 33% des
personnes interrogées déclarant que la police "n'en
avait pas fait assez" et 24% que la police "n'avait manifesté
aucun intérêt".
Les victimes veulent avoir leur mot à dire
De nombreuses victimes de crimes se plaignent d'être tenues
à l'écart des grandes décisions prises par
la cour, notamment s'agissant de la sentence et de la mise en liberté
conditionnelle. Dans certains cas, les victimes auraient réservé
un traitement différent à leur agresseur que celui
arrêté par la cour. Par exemple, des études
ont mis en évidence que les victimes préféraient
voir les cambrioleurs récidivistes condamnés à
des peines de travail d'intérêt collectif -travail
d'utilité sociale non rémunéré-plutôt
qu'à des peines d'emprisonnement.
Les victimes n'ont souvent pas le droit d'exposer
à la cour, dans le cadre d'une "déclaration d'impact
sur la victime", les préjudices corporels ou psychologiques
causés par l'agresseur. Aux Etats-Unis, selon l'Organisation
nationale d'assistance aux victimes (NOVA), ces déclarations,qui
pourraient également influencer les décisions de la
cour, seraient systématiquement refusées, même
lorsqu'elles constituent un droit garanti par la législation.
NOVA a rapporté l'expérience suivante
vécue par une femme et des membres de sa famille blessés
par un conducteur ivre. Après que l'accusé eut été
reconnu coupable de crime, la femme a fait savoir au procureur qu'elle
souhaitait prononcer une déclaration d'impact sur la victime
en audience publique, ce auquel elle avait droit. Le juge a rejeté
sa demande en invoquant la "longue liste des affaires en instance".
Une autre victime s'est plainte de n'avoir pas
été autorisée à prononcer de déclaration,
ce qui, pour elle, montrait bien que ses droits n'étaient
pas égaux à ceux de l'accusé. "Quand mon
fils âgé de 16 ans a été tué par
un conducteur ivre, je n'ai pas été autorisée
à faire de déclaration d'impact sur la victime ni
à présenter au juge les répercussions du décès
de mon enfant sur notre famille. Mais le défendeur a pu faire
défiler toute une série de témoins en sa faveur",
a-t-elle confié à NOVA.
Les criminels protégés par les constitutions
Les droits des criminels - qui vont du droit d'être assisté
par un conseil au droit à un procès public et au droit
d'appel - sont protégés par les différentes
constitutions nationales et intégrés dans le droit
international. Les droits des victimes ne figurent, quant à
eux, que dans un seul instrument international : la Déclaration
des Nations Unies sur les principes fondamentaux de justice relatifs
aux victimes de la criminalité et aux victimes d'abus de
pouvoir, adoptée par l'Assemblée générale
en 1985.
Les pays ayant souscrit à cette déclaration
se sont engagés à établir des plans d'action
afin d'améliorer l'accès des victimes à la
procédure judiciaire et de leur assurer un traitement équitable,
une indemnisation et une assistance tout au long de la procédure.
Ce texte a été à l'origine de nouvelles lois
dans plusieurs pays, ainsi que de programmes locaux de promotion
des droits des victimes.
Le Fonds de développement des Nations
Unies pour la femme (UNIFEM) a financé des projets d'assistance
aux femmes victimes de violence familiale et sexuelle en Amérique
latine. Ainsi, il appuie actuellement une organisation non gouvernementale
vénézuélienne, AVESA, qui a pour mission d'informer
les victimes de leurs droits et d'expliquer aux policiers comment
ils doivent traiter les femmes victimes.
"Non seulement cette organisation joue
un rôle de pionnier en matière de sensibilisation à
l'égard de la violence familiale et sexuelle et d'information
des victimes à propos de leurs droits, mais elle explique
également aux policiers qu'ils ont l'obligation de rendre
justice à ces femmes", fait observer Roxanna Carrillo,
conseillère pour les droits de l'homme d'UNIFEM.
Malgré ces efforts, peu de progrès
ont été réalisés dans le domaine des
droits des victimes. Dans de nombreux pays, la police et le ministère
public continuent de traiter les victimes irrespectueusement, ne
les informent pas de l'évolution de leur dossier et prennent
des décisions cruciales sans les consulter. Contrairement
aux criminels, les victimes bénéficient rarement de
l'assistance gratuite d'un conseil.
Dans le but de recentrer l'attention sur la
Déclaration des Nations Unies relative aux victimes, les
délégués qui se réuniront à Vienne
en avril 2000 lors du dixième Congrès des Nations
Unies pour la prévention du crime feront le bilan des progrès
réalisés dans le cadre des plans d'action nationaux
de promotion des droits des victimes. Le Congrès sera axé
principalement sur la protection des victimes de la criminalité
organisée.
Quand les droits des uns et des autres entrent en conflit
Un des principaux problèmes auquel se heurtent les droits
des victimes est qu'ils empiètent parfois sur ceux des criminels.
La Déclaration des Nations Unies et les amendements aux constitutions
nationales stipulent que les droits des victimes ne doivent pas
porter atteinte au droit des accusés à un procès
équitable.
"Le principal conflit opposant les droits
des accusés à ceux des victimes réside dans
le fait que les victimes sont soumises, en public, à plusieurs
contre-interrogatoires portant sur des questions sensibles afin
de respecter le droit de l'accusé à un procès
équitable", fait observer M. Van Dijk.
Certains pays ont pris des mesures pour protéger
les victimes de ce type d'agressions. Ainsi, la Cour suprême
des Etats-Unis a récemment décidé de ne pas
rouvrir certaines affaires de viol - suite à la présentation
de nouvelles preuves par la défense - afin de ne pas causer
de traumatismes supplémentaires à la victime.
Les déclarations d'impact sur la victime
font également l'objet d'une importante controverse. Les
juristes sont divisés sur la question de savoir si les victimes
ou leur famille devraient être autorisées à
exposer ouvertement au juge ou au jury les préjudices corporels
ou psychologiques qu'elles ont subis et à influencer ainsi
les décisions de la cour.
De même, aucun consensus n'a pu être
trouvé concernant le droit éventuel des victimes à
émettre un avis déterminant quant à la détention
préventive, à la négociation de plaidoyers,
au jugement ou à la libération conditionnelle de leur
agresseur. Dans certains cas, précisent les autorités,
il se peut que la victime réagisse de façon excessive,
par peur de représailles ou encore par désir de vengeance.
Aux Etats-Unis, les victimes ont fait campagne
en faveur d'un amendement à la constitution fédérale
qui leur permettrait de participer et de s'exprimer à toutes
les principales étapes de la procédure pénale.
Selon elles, cet amendement ne porterait pas atteinte aux droits
du défendeur, mais il accorderait une importance égale
à ceux des victimes.
Certains pays ont mis à l'essai de nouvelles
méthodes afin de répondre à la fois aux besoins
du défendeur et à ceux de la victime. La Nouvelle-Zélande
a mis en place une politique de "justice réparatrice"
dans le but de satisfaire les victimes, les auteurs d'infraction
et les familles en les réunissant dans le cadre de séances
informelles afin qu'ils puissent discuter de l'infraction commise.
Le but de la justice réparatrice est
que l'auteur de l'infraction dédommage la victime et que
la famille de l'auteur assume certaines responsabilités à
cet égard. Cette approche a donné des résultats
satisfaisants dans les cas de poursuites contre des mineurs, mais
on ne sait pas encore si elle pourrait être efficace dans
les cas de crimes graves (tels que meurtres, viols).
Nouveaux crimes, nouvelles victimes
La question des droits des victimes est devenue récemment
plus complexe à cause de la montée de crimes moins
"classiques", qui ont engendré de nouvelles catégories
de victimes.
Les infractions telles que les manoeuvres frauduleuses
à grande échelle contre les consommateurs, les tarifs
exorbitants, la pollution de l'environnement ou la corruption généralisée
portent préjudice à des groupes importants de personnes
et non à des individus. Le trafic des drogues ainsi que de
nombreuses formes de racket et de fraude contre l'Etat ont été
qualifiés de "crimes sans victimes".
Même quand les victimes sont clairement
identifiables - comme les victimes de trafic à des fins d'exploitation
sexuelle ou de travail forcé-il serait nécessaire
d'avoir recours à un nouvel éventail de droits. Tant
les victimes que les trafiquants pourraient très bien se
retrouver bloqués dans un pays étranger et se heurter
à des obstacles linguistiques et culturels ou à tout
autre type d'obstacle pouvant nuire au respect de leurs droits.
Les femmes victimes de la traite ou les migrants
victimes de réseaux de trafiquants peuvent se sentir tout
particulièrement menacés dans la mesure où
ils pourraient être considérés comme des prostituées
et/ou des immigrants en situation irrégulière et se
voir refuser toute protection et autres services normalement offerts
aux victimes. Ces personnes ont souvent peur de dénoncer
aux autorités les crimes commis à leur encontre en
raison de l'irrégularité de leur situation.
Dans certains pays, les autorités judiciaires
accordent parfois l'immunité aux principaux témoins
afin d'accroître les chances de réussite des poursuites
et, par-là même, de dissuader les trafiquants.
Toutefois, l'octroi de l'immunité n'est
pas toujours une garantie suffisante pour les victimes ou les témoins
d'actes de criminalité organisée craignant de subir
des représailles s'ils acceptent de faire une déposition.
Des programmes de protection des témoins, pouvant fournir
une nouvelle identité à ces derniers au terme du procès,
ont été mis en place dans certains pays, mais ils
restent très coûteux. Il est nécessaire de mettre
à l'essai au plus vite d'autres méthodes moins onéreuses,
telles que les dépositions anonymes.
Les victimes du crime organisé devraient
pouvoir tirer parti de la convention contre la criminalité
transnationale organisée, qui est actuellement à l'étude,
ainsi que de ses trois protocoles relatifs à la lutte contre
le trafic des armes à feu, des migrants et des êtres
humains, et spécialement les femmes et les enfants. Ces textes
seront présentés pour adoption à l'Assemblée
du millénaire en l'an 2000. Le traité comprend des
mesures de protection des témoins et des victimes (voir Fiche
d'information no 1).
Les droits des accusés
Les systèmes de justice pénale diffèrent selon
les pays, mais nombre d'entre eux prévoient les droits suivants
pour les accusés :
- Le droit à ne pas être soumis à des arrestations,
des détentions, des fouilles ou des saisies arbitraires;
- Le droit à l'assistance d'un conseil;
- La présomption d'innocence;
- La qualité de la preuve (au-delà de tout doute
raisonnable);
- Le droit à un procès public conduit par une cour
indépendante;
- Le droit de vérifier les éléments de preuve
à charge (contre-interrogatoire des témoins de l'accusation);
- Le droit de témoigner et de proposer des moyens de preuve;
- Le droit de faire appel.
Les droits des victimes
Dans la Déclaration des Nations Unies de 1985 relative aux
victimes, la communauté internationale a reconnu les droits
suivants pour les victimes :
- Le droit d'être traité avec respect et considération;
- L'accès aux services d'appui appropriés;
- Le droit d'être informé de l'évolution de
leur dossier;
- Le droit d'assister et de participer à la prise de décisions;
- Le droit d'être assisté par un conseil;
- Le droit à la sécurité physique et à
la protection de la vie privée;
- Le droit à une indemnisation, à la fois par l'auteur
de l'infraction et par l'Etat.
Publié par le Département de l'information
de l'ONU
DPI/2088/A
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