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Afrique Renouveau, Vol.18#4 (Janvier 2005), page 4

L’Afrique lutte contre le paludisme

Mais le manque de moyens et la résistance aux médicaments freinent les efforts

Par Itai Madamombe

Le gouvernement ougandais a annoncé en octobre qu’il allait procéder à la distribution gratuite de 4,5 millions de moustiquaires traitées à l’insecticide afin de protéger les enfants et les femmes du paludisme et de renforcer ainsi la lutte que mène ce pays d’Afrique de l’Est contre cette maladie transmise par un moustique. Selon M. John Bosco Rwakimari, directeur du programme contre le paludisme au Ministère de la santé ougandais, la moustiquaire traitée présente de nombreux avantages : elle fait fonction de barrière entre l’organisme et le moustique ; elle repousse les moustiques et tue ceux qui se posent dessus.

“Nous ciblons les 5 millions de foyers que compte le pays, explique M. Rwakimari, mais les fonds dont nous disposons sont insuffisants.” Actuellement, les fonds suffisent à approvisionner 2 millions de foyers en moustiquaires. Cette initiative, financée par une subvention de 6 millions de dollars du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, permettra aussi à l’Ouganda de faire participer la population à la mise en oeuvre du programme.

Chaque année, on recense au moins 300 millions de cas aigus de paludisme dans le monde, causant plus d’un million de décès. Environ 90 % de ces décès se produisent en Afrique, parmi de jeunes enfants en majorité. En Ouganda, le paludisme est la cause principale de décès parmi les moins de cinq ans.

Les besoins de financement

En novembre, le Fonds mondial a lancé un appel en faveur d’une cinquième série de soumissions d’offres -- ce qui a permis d’es-pérer à nouveau que les pays africains parviendraient à renforcer la lutte contre le paludisme. Cet appel a été lancé lors d’une réunion du conseil d’administration à Arusha (Tanzanie), en dépit de certaines oppositions. Le Fonds manque de moyens et les Etats-Unis, qui versent la contribution la plus élevée, se sont montrés peu disposés à approuver un nouveau cycle d’appel de fonds, estimant que les autres donateurs n’avaient pas tenu leurs promesses.


Une mère avec son enfant atteint de paludisme au Libéria. Les programmes de lutte contre le paludisme ont été perturbés par les guerres.

Photo: © Getty Images / AFP / Georges Gobet


 

Le Fonds est un partenariat mon-dial entre le secteur public et le secteur privé qui a pour mission de mobiliser et de débourser des ressources supplémentaires afin de prévenir et traiter le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose partout dans le monde. Depuis qu’il a été créé en janvier 2002, il a alloué environ 3 milliards de dollars à 128 pays sous forme de subventions versées sur deux ans. Près de 56 % de ce montant a été affecté à la lutte contre le VIH/sida, 31 % à la lutte contre le paludisme et le reste à la lutte contre la tuberculose.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le financement international de la prévention et de la lutte contre le paludisme doit atteindre 2,5 milliards de dollars par an si l’on veut sauver les millions de victimes que fait cette maladie évitable -- mais le financement actuel des programmes de lutte contre le paludisme est bien inférieur. “On ne peut avoir un impact durable si l’on ne dispose que d’un financement partiel et sporadique ; il faut au contraire un financement adéquat et une approche à long terme, visant à atteindre les objectifs immédiats et les Objectifs du Millénaire pour le développement et au-delà”, a annoncé l’OMS en septembre.

Des effets dévastateurs

On estime que le paludisme coûte à l’Afrique plus de 12 milliards de dollars par an, en réduction du produit intérieur brut, alors qu’on pourrait maîtriser la maladie en disposant d’une part infime de cette somme. “On ne saurait exagérer les conséquences catastrophiques du paludisme sur le développement économique”, note Jeffrey Sachs, spécialiste de l’économie internationale et Conseiller spécial auprès du Secrétaire général de l’ONU pour les objectifs du Millénaire pour le développement.

La maladie, l’absentéisme et les décès prématurés nuisent à la productivité des travailleurs. Ceci a pour effet de dissuader les investisseurs industriels, aussi bien nationaux qu’étrangers. Le tourisme pâtit car les voyageurs hésitent à se rendre dans des pays où sévit le paludisme. Le paludisme a aussi pour effet de réduire l’accumulation de capital humain en compromettant la santé des enfants, leur fréquentation scolaire, leur réussite scolaire et leur développement cognitif.

Dans les pays durement frappés, le paludisme peut absorber jusqu’à 40 % des dépenses de santé publique. Les ménages assument la majeure partie des frais liés à l’achat d’insecticide, de moustiquaires et de médicaments antipaludiques. Ces dépenses privées sont supérieures à l’aide des donateurs et au moins deux fois plus élevées que les sommes que les gouvernements consacrent à la prévention et au traitement du paludisme, souligne l’OMS.

Une multitude d’obstacles

L’Afrique a du mal à vaincre le paludisme pour plusieurs raisons. La plupart des infections en Afrique subsaharienne sont causées par le plasmodium falciparum qui représente la forme la plus grave et la plus dangereuse de la maladie. C’est aussi dans cette région que l’on trouve les espèces les plus agressives de moustiques ; les taux de transmission sont donc beaucoup plus élevés qu’ailleurs. Et les troubles politiques et sociaux déstabilisent les campagnes de lutte contre le paludisme et obligent souvent un grand nombre de personnes à s’installer dans des régions à haut risque.

De plus, le parasite du paludisme est devenu résistant aux médicaments les plus courants, en particulier à la chloroquine, le médicament antipaludique le moins cher et le plus couramment utilisé en Afrique. Depuis 2001, l’OMS recommande aux pays où le paludisme résiste aux traitements conventionnels de remplacer ces traitements par une thérapie de combinaison à base d’artémisinine (ACT) et 40 pays, dont 20 pays d’Afrique, ont officiellement adopté les ACT.

Les artémisinines, dont la matière première est extraite d’une plante, constituent le médicament le plus efficace contre le paludisme mais, à 2 dollars la dose pour adulte, elles coûtent 10 à 20 fois plus cher que les médicaments plus anciens. Mais même à ce prix, la hausse de la demande a entraîné des pénuries d’artémisinine qui risquent de durer jusqu’en mars 2005 au moins, prédit l’OMS.

La campagne Faire reculer le paludisme

Malgré ces difficultés, les efforts d’éradication du paludisme se poursuivent. En 1998, l’OMS, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme des Nations Unies pour le développement et la Banque mondiale ont donné le coup d’envoi du partenariat Faire reculer le paludisme afin de coordonner les initiatives internationales. Deux ans plus tard, 44 chefs d’Etat africains se sont réunis à Abuja (Nigéria), pour approuver l’objectif de la campagne, qui est de réduire de moitié le nombre de cas de paludisme d’ici à 2010.

Ce partenariat, qui réunit maintenant 90 organisations, espère atteindre son objectif en procédant à un dépistage et un traitement rapides des cas cliniques, en ayant davantage recours aux moustiquaires imprégnées d’insecticide, en traitant davantage de cas de paludisme parmi les femmes enceintes et en freinant la transmission du paludisme dans les situations d’urgence ou en cas d’épidémie. L’OMS note que des progrès importants ont été réalisés malgré le manque de moyens. Le Rapport sur le paludisme en Afrique 2003 de l’OMS indique que 15 % environ des enfants africains dorment sous des moustiquaires et que 2 % dorment sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide, dont l’efficacité est connue. Bien que ces taux soient loin d’être satisfaisants, l’usage à grande échelle de moustiquaires en Afrique dénote une modification considérable des comportements, ajoute le rapport.

Un vaccin prometteur

Autre bonne nouvelle : en octobre, après plus de 20 ans d’efforts, des chercheurs ont annoncé qu’ils avaient peut-être découvert le premier vaccin contre le paludisme. Ce vaccin, qui a été testé sur des enfants en bonne santé âgés de 1 à 4 ans à Manhica (Mozambique), réduit d’un tiers le risque de contracter le paludisme et de plus de moitié celui de contracter une forme grave et potentiellement mortelle de la maladie.

“Le paludisme est la principale cause de décès parmi les enfants africains”, a déclaré le Ministre de la santé du Mozambique, Francisco Songane. “Nous n’avons pas mis au point ce vaccin uniquement pour la population du Mozambique, mais pour tous les Africains dont la santé et le développement pâtissent de cette terrible maladie.”

Si les essais cliniques à venir confirment l’efficacité du vaccin, il pourrait être distribué à grande échelle d’ici à 2010. Avec les moustiquaires et les autres moyens de prévention et de traitement, il pourrait permettre de véritablement réduire la mortalité due au paludisme.

Il faut à l’Afrique un million d’agents sanitaires

Au cours de la prochaine décennie l’Afrique devra former un million de nouveaux professionnels de la santé, indique une étude réalisée par un groupement de fondations privées, d’organisations sanitaires et d’instituts de recherche, dont l’Organisation mondiale de la santé. Le continent devra également trouver des moyens de retenir un plus grand nombre des médecins, infirmiers, pharmaciens et techniciens de laboratoire qu’il forme actuellement.

Le rapport, publié fin novembre, déclare que les pénuries importantes d’agents sanitaires qualifiés contribuent à la propagation du VIH/sida, de la tuberculose et d’autres maladies infectieuses dans les régions en développement et accuse les pays riches d’alimenter la crise en suscitant un exode de professionnels de la santé vers l’Europe et les Etats-Unis dont les conséquences sont désastreuses. L’étude note qu’il y a davantage de médecins malawiens en activité dans la ville de Manchester (Royaume-Uni) qu’au Malawi même, et que 550 des 600 médecins formés par la Zambie depuis l’indépendance ont émigré à l’étranger pour y occuper des emplois plus lucratifs.


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