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[ retour au volume 18 #3 sommaire ] [ retour à la page d'accueil d'Afrique Renouveau ] Afrique Renouveau, Vol.18#3 (Octobre 2004), page 1 Contre toute attente Une économie diversifiée pour se protéger de la chute du cours des marchandises Par Gumisai Mutume Il y a seulement quelques dizaines d'années, l'île Maurice était fortement tributaire de la culture de la canne à sucre et était aussi pauvre que la plupart des pays africains. Depuis, cet Etat africain a diversifié son économie, en se convertissant dans l'industrie manufacturière et le tourisme et en réussissant à attirer des investisseurs étrangers et à assurer à ses habitants des revenus nettement supérieurs à la moyenne du continent. La plupart des pays africains sont confrontés au problème qu'a connu Maurice : ils produisent et exportent principalement des produits agricoles ou minéraux non transformés, alors que le prix de ces matières premières ne cesse de baisser sur les marchés mondiaux. Pour remédier à cette situation, certains essaient de suivre l'exemple de Maurice, en développant résolument et activement leurs industries manufacturières. L'Afrique du Sud, pays qui s'est développé grâce aux revenus de ses mines d'or et de diamants, prépare actuellement de nouvelles mesures législatives visant à encourager les entreprises à transformer les minerais avant de les exporter. Au Botswana, pays voisin, la relance du programme d'industrialisation a été motivée par le fait que l'économie ne peut durablement dépendre d'un seul produit, les diamants. C'est également le cas d'un nombre restreint mais croissant de pays africains, dont la Namibie et le Sénégal. L'Afrique s'est manifestement engagée sur une nouvelle voie, estime K.Y. Amoako, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies, située à Addis-Abeba, une voie qui se caractérise par des réformes économiques, une plus grande volonté de multipartisme, un recul des conflits et des politiques plus favorables à l'investissement privé. "Les pays africains devraient ambitionner de devenir dans les trente ans à venir des pays industrialisés à revenu intermédiaire." Il s'agit d'un projet certes ambitieux, reconnaît M. Amoako, mais qui peut être réalisé. Premiers espoirs -- premières déceptions Lorsque la plupart des pays africains ont obtenu leur indépendance
dans les années 1960, les nouveaux gouvernements ont vu
dans l'industrialisation un moyen logique de se libérer
des mouvements commerciaux liés au colonialisme et de
parvenir au développement durable. Ils ont fait appel
à des stratégies dirigistes visant à développer
les industries locales de façon à produire des
biens qui étaient auparavant importés. Mais les
résultats n'ont pas été à la hauteur
de leurs espérances. Photo : ©Das Fotoarchiv / Ron Giling Dans les années 1980, de nombreux gouvernements africains ont adopté les politiques d'ajustement structurel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui réduisaient le rôle de l'Etat sur la scène économique et favorisaient la privatisation des entreprises publiques. Si bon nombre de ces entreprises avaient été mal gérées, elles généraient souvent la plus grande partie de la production industrielle et des emplois. A mesure que les industries africaines s'affaiblissaient, la plupart des pays ont continué de dépendre sur le plan économique d'un nombre restreint de produits primaires. Cela inquiète de plus en plus les planificateurs du développement, qui craignent que la place de l'Afrique dans l'économie mondiale ne cesse de reculer si le continent ne diversifie pas sa production et ses exportations. D'après la Banque mondiale, la part de l'Afrique dans les exportations mondiales autres que le pétrole est maintenant inférieure de moitié au moins à ce qu'elle était au début des années 1980. Diversifier la production Bâtir -- ou rebâtir -- l'industrie africaine est un défi de taille. Dans l'ensemble du monde en développement, les pays qui ont réussi à passer de la production de matières premières à une industrie manufacturière l'ont fait progressivement. Ils ont commencé par s'implanter dans le secteur de la transformation de produits primaires, selon un processus de diversification dit vertical. Par exemple, certains pays africains exportent maintenant du cuir au lieu de simples peaux brutes, des textiles au lieu du coton, ou du papier, du contreplaqué ou des meubles, au lieu du bois. La côte d'Ivoire, dont les industries de transformation du poisson et du bois sont maintenant importantes, a réussi cette transformation. Il en est de même du Sénégal, qui est passé de la simple vente de poisson cru à la transformation et à l'emballage de ce produit. "Nos entrepreneurs, explique le Président du Botswana, Festus Mogae, devraient faire appel aux technologies de partenaires pour transformer leurs produits et vendre à l'étranger des biens à valeur ajoutée." Lors de l'accession à l'indépendance en 1966, ce pays était l'un des plus pauvres d'Afrique, mais la découverte de diamants a permis à son économie de connaître l'une des croissances les plus rapides du continent. Puisque ces mines de diamants seront un jour épuisées, le Botswana s'est servi des revenus ainsi obtenus pour réaliser d'importants investissements dans le domaine des ressources humaines. Le gouvernement a également investi dans l'infrastructure, afin que le pays soit plus attrayant pour les investisseurs d'autres secteurs que l'exploitation minière. Lors de l'accession à l'indépendance, le Botswana n'avait que 5 kilomètres de routes goudronnées. Aujourd'hui, quasiment toutes les routes nationales sont asphaltées et le pays a des hôpitaux modernes et bien équipés dans tous les centres urbains. La plupart des pays d'Afrique dépendant d'un nombre restreint de produits, les planificateurs du développement craignent que l'Afrique ne cesse de perdre du terrain si elle ne diversifie pas sa production et ses exportations. Cependant, le Botswana reste tributaire des diamants, qui génèrent 2 de ses 3 milliards de dollars de recettes annuelles en devises étrangères. En raison de la sécheresse du climat, ce pays d'Afrique australe a peu de possibilités de développer l'agriculture, à l'exception de l'élevage. Il mène donc depuis 1997 une grande campagne d'industrialisation, fondée en partie sur les industries à valeur ajoutée du secteur de l'élevage, comme l'industrie de la viande et du traitement de peaux animales et la production d'aliments destinés au bétail et à la volaille. Le pays encourage également la mise en place d'une industrie encore restreinte mais en croissance rapide dans le secteur des textiles, du montage de véhicules, de l'électronique, des vêtements et de la bijouterie. Bien que l'Afrique du Sud ait réussi à mettre en place le secteur industriel le plus moderne de l'Afrique subsaharienne, le fait que l'économie nationale continue de dépendre de l'industrie minière inquiète les cadres dirigeants de ce pays. "Nous ne pouvons pas seulement dépendre de l'industrie minière et oublier que nos ressources naturelles ... sont limitées", déclare M. Sandile Nogxina, directeur général du Ministère des mines de l'Afrique du Sud. Les parlementaires sud-africains mettent actuellement au point de nouvelles mesures législatives visant à permettre aux entreprises de produire plus facilement des bijoux en Afrique du Sud, seules ou avec des partenaires étrangers. "Si la Belgique et Israël sont devenus des centres du commerce international de diamants sans disposer eux-mêmes de ressources dans ce domaine, pourquoi ne pourrions-nous pas mettre en place en Afrique du Sud un secteur où coexisteraient les activités en amont et en aval ?", s'interroge M. Nogxina. Dépendance envers les produits primaires Les revenus provenant des produits primaires représentent 40 % du produit intérieur brut de l'Afrique. Dans 20 pays, plus de 50 % des recettes à l'exportation proviennent d'un seul produit. Mais du fait de cette dépendance à l'égard des produits primaires, notamment des produits agricoles, le continent est à la merci de l'instabilité du cours des marchés et des conditions météorologiques. D'après la Conférence des Nations Unies sur
le commerce et le développement (CNUCED), entre 1997 et
2001, les produits primaires ont perdu plus de 50 % de leur pouvoir
d'achat par rapport aux biens manufacturés. Cela signifie
que pour maintenir leurs revenus de 1997, les exportateurs africains
auraient dû au moins doubler en 2001 leurs volumes de production.
Les prix ont le plus baissé dans les secteurs du café,
du cacao, du thé et des huiles végétales,
qui représentent environ 20 % des exportations de produits
du continent, hors combustibles. Quasiment tous les pays les
plus durement touchés par la chute du prix des produits
de base sont parmi les pauvres du monde. Filature de coton au Soudan: en
transformant leurs matières premières, les pays africains
peuvent redynamiser leur économie.
Photo : ©ONUDI. "Le déclin économique général de l'Afrique est lié à sa structure économique et à la structure de ses échanges commerciaux, note l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) dans son Rapport de 2004 sur le développement industriel. L'Afrique ne s'est pas véritablement industrialisée, et n'a pas non plus réduit sa dépendance initiale vis-à-vis des exportations de produits primaires ... contrairement au reste du monde en développement." Bien que d'autres régions en développement aient réussi à s'implanter sur le marché mondial des biens manufacturés, note l'ONUDI, cela n'a pas été le cas de l'Afrique. Dans l'ensemble, les biens manufacturés représentent maintenant 80 % des exportations des pays en développement, contre seulement 25 % en 1980. Les pays qui ont réussi à transformer leurs économies l'ont fait en investissant des revenus provenant des ressources naturelles dans l'infrastructure, les ressources humaines et les nouvelles technologies. Mais cela n'a pas été le cas de pays africains dotés d'abondantes ressources naturelles comme le Bénin, le Cameroun, la République démocratique du Congo et le Nigéria. Au Nigéria, une partie des recettes du pétrole a été affectée aux industries dont les produits remplacent les importations, secteurs que le gouvernement a fortement protégés de la concurrence extérieure. Mais lorsque les recettes pétrolières ont diminué, ces subventions se sont avérées trop coûteuses et les industries en question n'ont pas pu faire face à la concurrence extérieure. Plus de 200 milliards de dollars ont été investis au Nigéria dans le secteur non-pétrolier, mais ce secteur est maintenant moins important, par habitant, qu'il ne l'était avant l'essor de l'industrie pétrolière. Déclins industriels Le cas du Nigéria se rencontre ailleurs en Afrique. Cherchant à se libérer sur le plan économique des échanges commerciaux liés au colonialisme, bon nombre de pays ont adopté le modèle d'industrialisation dit de "la substitution des importations", en produisant sur leur territoire des biens destinés à remplacer les importations. Mais ces efforts se sont heurtés au coût élevé des transports dans les pays sans littoral, aux marchés de taille restreinte et au manque de qualifications et de technologies. De nombreuses industries de ce type étaient elle-même dépendantes de facteurs de production importés, notamment de pétrole, et donc à la merci de pénuries de devises étrangères. De plus, les politiques d'ajustement structurel ont affaibli l'infrastructure industrielle de nombreux pays, constatent dans un article récent les chercheurs africains Samuel Wangwe et Haji Semboja. Ils notent que le taux de croissance de la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier (qui permet d'évaluer la croissance du secteur industriel) a diminué, passant de 3,7 % au début des années 1990 à 2 % en 1994.
"Par rapport à toutes les régions en développement, c'est en Afrique que les capacités de production de l'industrie manufacturière ont le plus diminué", notent les universitaires. Car les politiques d'ajustement structurel ont considérablement réduit le rôle de l'Etat dans le développement industriel. Il y a cependant eu quelques exceptions, indiquent-ils, dont le Botswana, Maurice et le Zimbabwe, qui ont obtenu un certain succès grâce à une forte intervention du secteur public. La libéralisation des échanges, l'une des composantes de l'ajustement structurel, a également eu des conséquences négatives. Les droits de douane sur les biens importés ayant été réduits, les marchés intérieurs ont été inondés d'importations meilleur marché, ce qui a affaibli davantage les petites et moyennes entreprises. Incapables de faire face à cette concurrence, de nombreuses entreprises ont été contraintes de fermer leurs portes ou ont été privatisées. L'Afrique est maintenant prise dans un cercle vicieux. Ses industries manufacturières sont principalement dominées d'une part par un secteur privé local, restreint et affaibli, et d'autre part par de grandes entreprises multinationales étrangères. Les entreprises locales de taille moyenne -- essentielles au développement d'un secteur manufacturier privé local -- sont le plus souvent absentes. Politiques commerciales internationales Pour compliquer encore plus les choses, certaines pratiques commerciales internationales défavorisent les pays en développement qui cherchent à exporter des biens manufacturés. C'est le cas de la "progressivité des droits de douane" : les droits de douane peuvent être très faibles ou inexistants dans le cas des produits primaires mais augmentent à mesure que les produits sont transformés. Cette pratique, qui protège les marchés nationaux face aux importations de biens transformés, nuit au commerce international de ces produits. Par exemple, le Département de l'agriculture des Etats-Unis indique que, en Amérique du Nord, les droits de douane sont d'environ 25 % pour le tabac brut, mais de 112 % pour les produits du tabac. L'Union européenne (UE), autre grand marché pour les produits africains, impose des droits de douane de 21 % en moyenne sur les fruits frais, contre environ 37 % pour les jus de fruits. Le Directeur général de l'Organisation mondiale du commerce, M. Supachai Panitchpakdi, reconnaît que, malgré les efforts entrepris à l'OMC pour les réduire, les droits de douane restent élevés sur certains produits pour lesquels les pays en développement sont compétitifs. Cela, constate-t-il, les empêche "de ne plus être dépendants d'un petit nombre de produits". Certains accords commerciaux visant à aider les pays en développement ont également pour effet de renforcer leur dépendance excessive à l'égard des produits primaires. Des détracteurs notent qu'en permettant d'exporter sur les marchés européens ou nord-américains des produits primaires, mais pas des biens manufacturés, avec un accès préférentiel en franchise de droit ou sans quotas, ces accords tendent à stimuler la production de matières premières.
Photo : ©Das Fotoarchiv / Ron Giling La Convention de Lomé (aujourd'hui remplacée par la Convention de Cotonou) est l'un de ces traités. Il s'agit d'une série d'accords internationaux relatifs à l'aide au développement et au commerce, conclus pour la première fois en 1975 entre l'UE et d'anciennes colonies des régions de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Si cette Convention était motivée par de nobles intentions -- garantir l'accès au marché des bananes, du sucre, du boeuf et d'autres biens produits dans les pays ACP, les résultats obtenus ont été modestes. Dans une étude réalisée pour le compte de l'European Centre for Development Policy Management, basé aux Pays-Bas, M. Gerrishon Ikiara note l'une des lacunes de ce traité : "La définition de l'accès préférentiel des pays ACP au marché de l'UE se fondait sur un certain nombre de produits essentiellement traditionnels, ce qui tendait à décourager la diversification des économies ACP en général et l'industrialisation en particulier." En outre, parce qu'ils ne faisaient face à aucune concurrence directe, bon nombre de pays n'ont pas accru leur productivité dans les secteurs concernés. Lorsque ces accords viendront finalement à expiration en 2009, de nombreux pays ACP ne pourront faire face à la concurrence des pays qui ont augmenté leur productivité parce qu'ils ne bénéficiaient pas d'une telle protection. Maurice : la bonne formule Malgré ces obstacles, un petit nombre de pays africains ont trouvé le moyen de se transformer. C'est par exemple le cas de Maurice. Ce pays qui était autrefois pauvre et tributaire du sucre a maintenant une économie diversifiée dans laquelle l'industrie manufacturière et le tourisme jouent un rôle de plus en plus important. Son revenu par habitant est d'environ 10 000 dollars, ce qui est nettement supérieur au revenu moyen de 300 dollars de l'Afrique subsaharienne. Le secteur sucrier reste la troisième source d'exportation, ayant bénéficié d'accords préférentiels avec l'Europe au cours des cinquante dernières années. Ces accords garantissaient à Maurice des prix du sucre supérieurs de 100 à 200 % aux cours mondiaux. Mais ils seront éliminés en 2009. Maurice se prépare depuis longtemps à cette échéance en développant d'autres secteurs. L'une des principales stratégies du gouvernement a été d'instaurer des zones franches industrielles d'exportation, qui donnent des incitations fiscales aux entreprises. Cette politique a permis au gouvernement de protéger les industries réductrices d'importations qui existaient déjà tout en permettant parallèlement à de nouvelles sociétés d'exportation de bénéficier d'importations en franchise de droits. Les autorités ont judicieusement encouragé les investissements dans le secteur des services, comme la finance et les technologies de l'information et des communications. Constatant que la main-d'oeuvre n'était pas bien préparée à cette transition, le gouvernement a accru les budgets consacrés à la mise en valeur des ressources humaines et au développement de l'infrastructure. Maurice, qui abrite aujourd'hui des réseaux de télécommunications ultra-modernes, cherche à suivre l'exemple de Bangalore, en Inde, et à devenir le centre des technologies de l'information de la région, en s'appuyant sur une main-d'oeuvre parlant à la fois anglais et français. Maurice a également investi dans un câble de communication sous-marin en fibre optique qui relie l'Asie de l'Est à l'Afrique du Sud et modifie actuellement son droit du travail afin d'attirer les investisseurs. L'Inde lui a récemment accordé un prêt à faible intérêt de 100 millions de dollars afin de bâtir une "cyber-ville", projet qui produira des biens dans le secteur des technologies de l'information et créera 5 000 emplois. La compétitivité est moindre si les gouvernements ne maintiennent pas un régime de droit, ne garantissent pas la sécurité des particuliers et des investissements, ne protègent pas les droits de propriété intellectuelle ou ne fournissent pas une infrastructure, une formation, et des systèmes d'éducation et de santé adéquats. En outre, Maurice a d'autres avantages. Comme l'indique l'ONUDI, ce pays a eu la chance que son programme d'industrialisation coïncide avec la relocalisation obligée des sites de production de sociétés basées à Hong Kong. Le gouvernement de Maurice a également réussi à restreindre dans la fonction publique la corruption et d'autres pratiques néfastes. Dans une étude de cas publiée dans son Rapport économique sur l'Afrique 2003, la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies a conclu que le succès de Maurice s'expliquait en grande partie par ses stratégies de développement. Ces politiques sont "bien conçues de façon à répondre aux besoins de l'économie" et ne sont pas simplement formulées en réaction à des crises. Attirer les investisseurs Malgré des obstacles à première vue insurmontables, les dirigeants africains continuent d'espérer que le continent passe à la vitesse supérieure. En 2001, ils ont adopté une nouvelle vision d'avenir, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), qui met l'accent sur la paix, la sécurité et la bonne gouvernance. En vue d'intensifier le développement, ce plan définit des investissements à réaliser en priorité dans certains domaines, dont les ressources humaines et l'infrastructure, en particulier dans les secteurs de l'énergie et des transports. "Nous estimons que si les pays africains eux-mêmes et les institutions multilatérales de développement ne montrent pas l'exemple, le secteur privé ne s'implantera pas en Afrique dans les proportions requises", explique M. Wiseman Nkuhlu, président du Comité directeur du NEPAD. Il est prévu de réaliser un certain nombre de projets d'infrastructure transfrontières de grande envergure, sous la supervision du Secrétariat du NEPAD. L'an dernier, la Zambie, la Tanzanie et le Kenya ont signé un accord portant sur la construction d'une ligne électrique de 400 mégawatts reliant les trois pays, pour un coût de 323 millions de dollars, financé en partie par la Banque mondiale. La Banque africaine de développement a alloué 95 millions de dollars à un projet d'interconnection électrique entre l'Algérie, le Maroc et l'Espagne, 20 millions de dollars à un projet énergétique au Nigéria, au Togo et au Bénin et 100 millions de dollars à un projet routier au Mali, au Burkina Faso et au Ghana. Bon nombre de projets de ce type pâtissent cependant
de financements insuffisants. Pour que l'Afrique atteigne ses
objectifs, note l'économiste en chef de la Banque mondiale,
François Bourguignon, la communauté internationale
doit jouer un rôle, "en investissant davantage dans
les secteurs de l'éducation, de la promotion du commerce
et du développement de l'infrastructure". Obtention d'un lingot d'or en Afrique du Sud : malgré la diversification industrielle, le pays est encore fortement tributaire de ses exportations de minerais. Photo : ©Getty Images / Time Life Pictures
/ Louise J. Gubb Les gouvernements africains doivent quant à eux privilégier de toute urgence "l'offre", note l'ONUDI. Il s'agit à cette fin de former du personnel capable de faire fonctionner les usines de façon compétitive, d'augmenter la qualité, de lancer de nouveaux produits et de favoriser des activités à plus grande valeur ajoutée. Cela dépend certes d'investissements financiers adéquats, note l'ONUDI, mais aussi avant tout "d'un ensemble de ressources plus précieuses que l'argent : qualifications, organisation, connaissances, effort et institutions". Perspectives de reprise Alors que les gouvernements africains et leurs partenaires au développement continuent de s'attaquer aux causes de la faiblesse économique de l'Afrique subsaharienne, on s'accorde de plus en plus à reconnaître, au moins dans un certain nombre de pays, que les politiques nécessaires à la reprise ont été mises en place. La Banque mondiale prévoit à moyen terme une croissance annuelle d'environ 4 % par an de la valeur ajoutée manufacturière. Le déclin de l'industrie africaine a commencé à s'inverser au milieu des années 1990, note l'ONUDI, lorsque 36 pays ont obtenu des taux de croissance industrielle supérieurs à ceux de la première moitié de la décennie. D'après cet organisme des Nations Unies, cette évolution s'explique entre autres par la priorité qu'ont commencé à accorder les gouvernements africains à la compétitivité. Par le passé, les dirigeants pensaient que la compétitivité était en grande partie liée au niveau des salaires, aux taux de change et aux politiques macroéconomiques. Aujourd'hui, l'ONUDI estime que l'infrastructure, la gouvernance, les qualifications et la technologie sont les quatre éléments influençant la compétitivité. En outre, ajoute l'ONUDI, ces quatre éléments dépendent à divers degrés des politiques et capacités de l'Etat. La compétitivité est moindre si les gouvernements ne maintiennent pas un régime de droit, ne garantissent pas la sécurité des particuliers et des investissements, ne protègent pas les droits de propriété intellectuelle ou ne fournissent pas une infrastructure, une formation, et des systèmes d'éducation et de santé adéquats, notent les auteurs du Rapport sur le développement industriel de l'ONUDI. D'après un rapport sur la compétitivité africaine, publié en 1998 par le Forum économique mondial et l'Institut pour le développement international d'Harvard, ce sont les petites économies dynamiques disposant de solides secteurs d'exportations qui obtiennent les meilleurs résultats. En Afrique subsaharienne, Maurice, le Botswana et la Namibie sont arrivés en tête. D'autres pays qui ont réussi à éviter d'importantes crises économiques et politiques figurent également dans la moitié supérieure du classement. Cette enquête est maintenant effectuée régulièrement. Et comme dans d'autres classements internationaux, les gouvernements africains préfèrent évidemment obtenir une meilleure place. [retour au volume 18 #3 sommaire ] [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Renouveau ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Renouveau, ONU". Avant d'utiliser toute photo, il faut obtenir la permission du titulaire des droits d'auteur dont le nom est indiqué. Merci de nous envoyer une copie de tout article reproduit. Afrique Renouveau Site Web : www.un.org/AR |