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Afrique Renouveau, Vol.18#3 (Octobre 2004), page 23

Groupements régionaux : résultats mitigés

La CEA présente les progrès et les insuffisances en matière d'intégration économique

Depuis que l'Afrique a commencé en 1994 à appliquer un traité visant à créer une communauté économique à l'échelle du continent, l'intégration a progressé timidement et irrégulièrement dans les différents pays, secteurs et communautés économiques régionales. Dans sa première évaluation d'ensemble de l'intégration régionale en Afrique, la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies (CEA), dont le siège est à Addis-Abeba, indique que les communautés économiques régionales qui ont obtenu les meilleurs résultats sont celles qui disposent de programmes d'intégration bien conçus, appliqués "régulièrement et judicieusement par les Etats membres". En revanche, les communautés en proie à des troubles politiques, économiques et sociaux ont enregistré des résultats insuffisants, indique l'étude, intitulée "Etat de l'intégration régionale en Afrique 2004", publiée en juillet.

L'Afrique compte 14 principaux groupements économiques régionaux, éléments constitutifs de la Communauté économique africaine qui doit progressivement se développer au cours des prochaines décennies, selon le Traité d'Abuja de 1994. Les objectifs de ce traité ont été renforcés par l'adoption, en 2001, du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et la création, l'année suivante, de l'Union africaine, organisation politique continentale.

Selon la CEA, l'intégration entre les pays africains a progressé en moyenne de 4,5 % par an de 1994 à 1999, dernière année pour laquelle on dispose de données complètes. Les résultats ont été évalués dans huit secteurs économiques clés -- commerce, transport, communications, énergie, agriculture, secteur manufacturier, finances et marchés du travail. Dans quelle mesure, par exemple, les pays ont-ils supprimé les obstacles au commerce (comme les tarifs douaniers), élaboré des politiques permettant aux populations de circuler librement et de travailler dans d'autres pays et établi des connexions comme des routes et réseaux électriques ?

"Des progrès ont été accomplis. On voit que l'interconnexion en Afrique australe, notamment en matière de réseau de transport, s'est maintenant considérablement améliorée", a déclaré le Secrétaire exécutif de la CEA, K.Y. Amoako, lors de la présentation du rapport à New York. "On peut en dire autant de l'Afrique du Nord. Mais c'est toujours un problème très grave en Afrique centrale."

Bons résultats

L'un des groupements ayant obtenu de bons résultats est la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Dans leurs échanges, des membres de la CEDEAO ont commencé à éliminer les tarifs douaniers sur les produits non finis en 1981et sur les produits industriels en 1990. A l'heure actuelle, aucun pays membre de la CEDEAO, à l'exception du Libéria, ne prélève de tarifs douaniers sur les produits non finis. En revanche, seul le Bénin a, à ce jour, levé les tarifs douaniers sur les produits industriels.

Les communautés économiques régionales du continent sont classées en cinq catégories, en fonction de leurs résultats, dans le rapport. La CEDEAO, la Communauté économique et monétaire ouest-africaine et la Communauté de développement de l'Afrique australe sont "au-dessus de la moyenne", ayant enregistré une amélioration d'environ 6 % par an au cours de la période 1994-1999. "La forte expansion du commerce et les résultats supérieurs à la moyenne dans les secteurs monétaire et financier, des transports et des télécommunications expliquent le rythme d'intégration plus rapide des trois groupements les plus performants", indique le rapport.

Les quatre autres catégories sont :

Moyenne : (4 à 6 %) -- Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale, Communauté des Etats sahélo-sahariens et Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale ;

Proche de la moyenne : (2 à 4 %) -- Communauté de l'Afrique de l'Est, Autorité intergouvernementale pour le développement et Marché commun de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe ;

En stagnation : (2 % ou moins) -- Union du Maghreb arabe ;

Inconstant : (résultats fluctuants) -- Communauté économique des pays des Grands Lacs, Commission de l'océan Indien et Union du fleuve Mano.

Conflits et faiblesse des institutions

Dans les régions qui ont obtenu de mauvais résultats, les progrès ont été entravés par un "faible degré d'application des traités, l'incapacité de prévenir et de régler les conflits de manière décisive et un manque de ressources pour appuyer l'intégration".

Selon le rapport de la CEA, l'intégration dans le secteur agricole a été très décevante, ce secteur ayant enregistré un taux de croissance de 2 % pendant la période à l'étude. Parmi les obstacles rencontrés, citons les formalités administratives, les barrières non tarifaires, le manque de crédit, la pénurie de terres, l'insuffisance des fournitures et la médiocrité des infrastructures. Mais il y a eu une coopération manifeste en matière de systèmes d'alerte rapide et de recherche agricole. C'est en Afrique orientale et australe que les systèmes d'alerte rapide sont les plus performants.

L'un des obstacles majeurs à l'intégration en Afrique a été la profusion de communautés économiques régionales, qui fait double emploi et conduit au gaspillage de ressources modiques. Sur les 53 pays d'Afrique, seuls six sont membres d'une seule communauté économique régionale, 26 de deux et 20 d'au moins trois. Un nombre moindre de communautés régionales réduirait les coûts administratifs et libérerait des fonds pour améliorer les opérations courantes et pour financer les projets, indique le rapport.

"Faute d'institutions solides pour atteindre ces objectifs, on ne peut faire de progrès. C'est l'un des enseignements que nous avons tirés, dit M. Amoako. Nos institutions n'ont pas été assez solides et elles manquent de ressources humaines et financières."



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