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Afrique Renouveau, Vol.18#3 (Octobre 2004), page 6

Trois quarts des Africains séropositifs âgés de 15 à 24 ans sont des femmes. Ce chiffre effarant, que vient de publier l'ONUSIDA, explique la préoccupation croissante des organismes internationaux, des gouvernements africains et des militants de la lutte contre le sida face à la 'féminisation' de l'incidence du sida en Afrique. Il a également suscité le lancement d'une campagne visant à aider les jeunes femmes africaines à faire face à la maladie.
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* Pour plus d'informations concernant l'ONUSIDA et ses activités de lutte contre la maladie, consultez le site www.unaids.org.

Les femmes : le visage du sida en Afrique

Il faut redoubler d'efforts face aux taux élevés d'infection des femmes

Par Michael Fleshman

Il est des jours où Mary Mwasi ne sait pas d'où elle puisera la force de se lever. Mais la maladie, la fatigue et le désespoir ne servent ni à nourrir les enfants ni à aller chercher de l'eau ; aussi se lève-t-elle pour entamer une autre matinée sous le soleil du Kenya. "Je dois trouver de la nourriture pour les enfants, jour après jour", a-t-elle déclaré à un conseiller de l'organisation américaine de bienfaisance World Vision. "La vie est difficile. Sans l'aide d'âmes charitables, nous ne pouvons pas manger."

A l'instar de bien d'autres habitants de Ghaza, un village situé près de la ville portuaire de Mombasa, Mme Mwasi est porteuse du VIH, le virus qui cause le sida. Au moins un de ses trois enfants est aussi séropositif et les autres sont souvent malades -- de la maladie ou de la malnutrition, elle ne peut en être sûre. Il y a deux ans, son mari est parti à la recherche d'un emploi et n'est plus revenu ; elle en est donc réduite à vivre sur les terres de ses beaux-parents -- craignant qu'ils découvrent son état et qu'ils la chassent. Ses seuls moyens financiers, elle les tire de quelques poulets, qu'elle garde en réserve pour acheter des médicaments pour les enfants.

Elle sait qu'elle n'a plus d'espoir. Sa préoccupation, ce sont les enfants. "Selon un dicton de chez nous, 'Lorsque l'eau est renversée, on ne peut plus la ramasser', a-t-elle dit au conseiller. Je ne pensais pas à autant de choses auparavant, autant de préoccupations. J'essaie de tout remettre à Dieu."

Alors que le VIH/sida entre dans sa troisième décennie catastrophique, le sort de Mary Mwasi est devenu tragiquement courant en Afrique de l'Est et en Afrique australe, régions les plus touchées par la pandémie mondiale. L'Afrique subsaharienne, région appauvrie, qui compte 10 % de la population mondiale, abrite deux tiers des séropositifs du globe. Or, ce n'est que récemment que les médecins, les gouvernements et le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA)* ont réalisé que le sida a, à l'échelle mondiale, un visage africain, mais aussi qu'il concerne de plus en plus la femme africaine. Face à l'augmentation des taux d'infection, les scientifiques et chercheurs s'emploient à en comprendre les causes et à concevoir de nouvelles politiques.

Les jeunes femmes risquent 'l'extinction'

L'urgence de la situation est évidente. En juillet, l'ONUSIDA a annoncé que les femmes représentaient une part disproportionnée -- 57 % -- des séropositifs âgés de 15 à 49 ans. Dans le groupe des 15 à 24 ans, elles représentent 75 %, fait remarquer la Directrice adjointe de l'ONUSIDA, Kathleen Cravero. "C'est un chiffre effarant", a-t-elle déclaré à Afrique Renouveau. "Les jeunes femmes sont en fait pratiquement en train de devenir, sous nos yeux, une espèce menacée d'extinction en Afrique du fait de cette épidémie."

Ces taux astronomiques tiennent en partie à des causes biologiques, poursuit-elle. L'organisme des femmes risque plus d'être infecté par le virus de l'immunodéficience humaine que celui des hommes. C'est particulièrement le cas des jeunes filles sexuellement actives, dont l'organisme continue de se développer.


Photo : ©UNICEF / C-1638 / Pirozzi

La progression de l'épidémie est un autre facteur. C'est en Afrique que le virus a commencé à se propager, ce qui a exposé davantage de personnes à l'infection pendant plus longtemps que partout ailleurs dans le monde. "Mais cela tient beaucoup plus à la position sociale et économique des femmes, a ajouté Mme Cravero. C'est ce qui arrive lorsque les pays n'accordent pas l'attention voulue à l'impact du VIH/sida sur les femmes."

Face à l'avenir

En janvier 2003, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a demandé à la Directrice générale du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Carol Bellamy, de mettre sur pied une équipe spéciale sur les femmes et le VIH/sida qui serait chargée d'examiner les liens existant entre la propagation de la maladie et la situation socioéconomique des femmes en Afrique australe. Composée de 27 membres, l'équipe comprenait notamment la Ministre namibienne de la santé, Libertina Amathila, le Vice-Président du Malawi, Justin Malewezi, Mme Terezinha da Silva, responsable de l'organisation non gouvernementale mozambicaine Forum Mulher, et la parlementaire sud-africaine Ruth Bengu.

Le rapport de l'équipe spéciale (Facing the Future Together), publié en juillet 2004, examine à la fois les causes des taux d'infection élevés chez les femmes et le poids socioéconomique de la pandémie sur les femmes dans les foyers et la communauté. Il fait ressortir les manquements aussi bien des gouvernements de la région que de la communauté internationale, qui privilégient les hommes dans la conception des programmes sur le VIH/sida ou dans l'adoption de ce que les auteurs qualifient d'approches "prétendument" neutres en matière de sensibilisation au VIH/sida, de prévention et de traitement. Seule une approche "sexospécifique" tenant compte des effets de la maladie sur les femmes et les hommes permettra de réduire les taux d'infection, indique le rapport.

Les chercheurs ont établi une corrélation nette entre la discrimination fondée sur le sexe et l'incidence disproportionnée du VIH/sida chez les femmes et les filles dans six domaines :

-- Programmes de prévention ;
-- Education ;
-- Violence ;
-- Droits des femmes en matière de propriété et d'héritage ;
-- Soins prodigués à domicile et dans la communauté ;
-- Accès aux soins et traitements.

L'équipe a noté que dans certains pays d'Afrique australe, les femmes adultes sont toujours juridiquement des mineures et ne peuvent être propriétaires de terres ou d'autres biens ni en hériter. Cette situation contribue considérablement à la paupérisation des veuves et orphelins du sida et montre combien il est urgent de procéder à une réforme des lois et de faire respecter les droits des femmes.

Le rapport appelle l'attention sur le fait que les gouvernements et les donateurs ne peuvent continuer à compter sur le travail non rémunéré des femmes pour offrir des soins aux malades et aux orphelins à domicile et dans la communauté. L'équipe spéciale a engagé les donateurs à mettre en place des systèmes de modiques subventions et des programmes de formation à l'intention des prestataires de soins et a appelé à l'élaboration d'une "charte du volontaire" définissant les droits fondamentaux et les obligations des femmes et des hommes qui s'efforcent de répondre aux besoins des malades.

Il est également indiqué dans le rapport qu'à mesure que les antirétroviraux et autres médicaments qui prolongent la vie seront plus largement disponibles en Afrique, les programmes de traitement doivent être structurés et surveillés de manière à garantir que les femmes y aient accès sur un pied d'égalité.

Haro sur les "papas gâteaux"

L'une des plus importantes conclusions de l'équipe spéciale a été le lien établi entre les taux d'infection particulièrement élevés chez les jeunes femmes et le fait qu'elles aient des relations sexuelles avec des hommes plus âgés, les "papas gâteaux", contre de l'argent et des cadeaux.

A mi-chemin entre les relations amoureuses et la prostitution, ces rapports sexuels "contractuels" intergénérations contribuent pour beaucoup à l'épidémie dans l'Afrique australe appauvrie et constituent une cible pour les programmes de sensibilisation et de prévention, dit Mme Cravero. "Il y a un cycle d'infection qui va des hommes âgés aux jeunes filles. Celles-ci, à leur tour, infectent leurs petits amis un peu plus âgés qu'elles, lesquels en prenant de l'âge transmettent l'infection aux jeunes filles qu'ils commencent à voir. Si on peut briser ce pont des rapports sexuels intergénérations, on pourrait réduire l'impact de l'épidémie sur les jeunes filles."

L'équipe spéciale fait remarquer que les rapports sexuels intergénérations étant motivés par la pauvreté et la société de consommation, la solution à long terme consiste à assurer une croissance économique soutenue propre à offrir davantage de possibilités de carrière et d'éducation aux jeunes femmes. Pour l'heure, le rapport appelle à axer explicitement les efforts sur les programmes de prévention et de sensibilisation aux dangers des rapports sexuels intergénérations et demande que les dirigeants politiques, religieux et communautaires fassent en sorte que les hommes âgés n'exploitent pas les femmes pauvres à des fins sexuelles.

Au-delà des stratégies classiques

L'augmentation des taux d'infection chez les femmes remet aussi en question la stratégie de prévention -- très appréciée -- axée sur l'abstinence, la fidélité et l'utilisation du préservatif. Cette stratégie passe pour avoir considérablement réduit les taux d'infection en Ouganda. Toutefois, des recherches récentes faisant état de taux d'infection élevés chez les femmes africaines mariées et fidèles -- ainsi que les inégalités entre les sexes et ce que Mme Cravero appelle "l'épidémie" de violence sexuelle -- indiquent que pour de nombreuses femmes, cette stratégie n'est pas adaptée à la réalité.

"Dans le monde entier, note-t-elle, les femmes, en particulier les jeunes, ne sont pas en mesure de s'abstenir. Elles ne sont pas en mesure d'exiger la fidélité de leurs partenaires. Dans de nombreux cas, elles sont en fait fidèles à leurs partenaires mais ce sont les partenaires infidèles qui les infectent." De même, selon les chercheurs, les femmes engagées dans des relations contractuelles ou de dépendance ne sont souvent pas en mesure de contraindre leurs partenaires à utiliser le préservatif ou sont peu disposées à soulever la question par crainte d'être rejetées ou battues.


Les femmes vivant avec le VIH/sida ont besoin de plus de soins..

Photo : ©Jorgen Schuytte / Peter Arnold

"Une femme victime de violence ou craignant la violence ne va rien négocier, et encore moins exiger la fidélité ou l'utilisation du préservatif, poursuit Mme Cravero. Son principal objectif est de terminer la journée sans être battue. Les stratégies effectives de prévention à l'intention des femmes consistent notamment à réduire la violence contre les femmes, à protéger les droits des femmes en matière de propriété et d'héritage et à leur assurer l'accès à l'éducation."

Une coalition mondiale

L'ampleur et la complexité de la crise du VIH/sida en Afrique ont enfin suscité une prise de conscience des vulnérabilités et besoins des femmes africaines. Mais l'augmentation continue des taux d'infection chez les femmes à l'échelle mondiale nous rappelle à la triste réalité : si des mesures doivent être prises d'urgence en Afrique, le problème dépasse de loin les frontières du continent.

En février 2004, un groupe d'organisations internationales et d'organisations non gouvernementales des droits de la femme et de la lutte contre le VIH, dont le Directeur de l'ONUSIDA, Peter Piot, et la Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population, Thoraya Obaid, ont lancé un réseau informel, la Coalition mondiale sur les femmes et le sida. L'objectif de la coalition est d'appeler l'attention de la communauté internationale sur la 'féminisation' de l'épidémie du sida et de mobiliser davantage de volonté politique et de ressources financières en vue de trouver des solutions pratiques et efficaces.

Dirigée par un comité directeur de 28 membres, la coalition se fonde sur six principes essentiels :

-- Les femmes ne sont pas des victimes ;

-- Les jeunes femmes et les filles courent un risque particulier ;

-- De nombreuses femmes qui risquent fort d'être infectées n'ont pas elles-mêmes de comportements à haut risque, situation qualifiée de "paradoxe du faible risque et de la vulnérabilité élevée" ;

-- Les facteurs contribuant à la vulnérabilité des femmes peuvent être contrés par un engagement et des ressources suffisants ;

-- La participation des femmes vivant avec le VIH/sida est un facteur clé du succès ;

-- Il faut également associer les garçons aux efforts visant à réduire l'impact du VIH/sida sur les femmes.

Malgré son mandat mondial et ses grands principes d'unité, explique Mme Cravero, la coalition entend promouvoir des solutions pratiques à des problèmes spécifiques, notamment les droits des femmes en matière de propriété et d'héritage, leur accès aux soins et aux traitements, la protection contre la violence et la mise au point de nouvelles techniques de prévention, dont les mousses antivirales et les préservatifs féminins, sur lesquelles les femmes peuvent exercer un contrôle.

Mme Cravero reconnaît que la solution à la crise de l'infection des femmes au VIH passe par la transformation profonde de la situation économique et sociale des femmes. Toutefois, cette transformation peut être perçue à la fois comme un objectif à long terme et comme un "processus quotidien". En appuyant les efforts entrepris par les femmes elles-mêmes et en mettant l'accent sur les solutions législatives, politiques et opérationnelles concrètes à court terme dans les domaines essentiels, conclut-elle, "nous pouvons réduire la violence contre les femmes, améliorer leur chance de terminer leurs études et remettre en question les lois discriminatoires. Même si nous ne transformons pas immédiatement la place de la femme dans la société, nous pouvons améliorer la vie des femmes et des filles."

 

Femmes africaines : une longue lutte pour l'égalité

Pour Mme Sibongile Msimela, Conseillère pour l'égalité des sexes de l'ONUSIDA pour l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe, face à l'accroissement spectaculaire du taux d'infection au VIH/sida chez les femmes, la solution consiste à autonomiser les femmes. "Ce n'est pas compliqué", a-t-elle déclaré à Afrique Renouveau depuis son bureau de Johannesburg. "Si la communauté internationale avait mené l'action que nous savons qu'il fallait mener en faveur de l'autonomisation des femmes, l'incidence du VIH et du sida ne serait pas aussi grave qu'elle l'est aujourd'hui."

On a beau se réjouir de l'intérêt accordé actuellement aux femmes, il n'empêche que le débat semble partir du principe que "les femmes africaines ne font rien", poursuit-elle. "Il est important de savoir que les femmes africaines elles-mêmes uvrent activement en faveur du changement. L'idée que des gens viendront de l'extérieur pour sauver les femmes africaines est fausse. Les femmes africaines luttent pour les droits des femmes depuis longtemps."

Les femmes se sont organisées pour défendre leurs droits dans la plupart des régions d'Afrique, note-t-elle. Elles sont particulièrement dynamiques notamment en Afrique du Sud et au Zimbabwe, où elles ont participé à la lutte contre le gouvernement de la minorité blanche. "Ce passé en matière de mobilisation, dit-elle, a véritablement permis aux femmes de maintenir la cohésion de leurs communautés pendant des périodes très difficiles. Tout n'était pas sombre."

Amener les femmes à sortir de leur réserve

Bien qu'elle risque d'être rejetée par sa communauté, voire d'être lapidée, Yinka Jegede-Ekpe, âgée de 19 ans, a tout de même annoncé à ses compatriotes nigérians qu'elle était séropositive. Dans un pays où les femmes ne peuvent pas s'exprimer en public, elle a également créé un groupe pour encourager ses compatriotes à se faire entendre, à lutter contre l'exclusion et à sensibiliser l'opinion.

"L'organisation a été créée pour amener les femmes à sortir de leur réserve car nous avons été prises dans ce carcan pendant trop longtemps", a déclaré Mme Yinka Jegede-Ekpe, âgée maintenant de 25 ans, à Afrique Renouveau à New York, en septembre. "Nous pensons que les femmes devraient s'exprimer et faire connaître leurs préoccupations concernant le taux de prévalence du VIH ainsi que les questions relatives au traitement." Trop souvent, les voix des rares femmes assez courageuses pour participer à des rencontres mixtes n'ont pu s'élever au-dessus de celles des hommes, dit-elle. C'était donc les hommes qui parlaient en leur nom de questions qui concernaient au premier chef les femmes.

"Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à être infectées en Afrique. Ce sont elles qui s'occupent des malades, fait remarquer la militante. La question de la prévention de la transmission de la mère à l'enfant ne concerne pas nécessairement les hommes. Ce sont les femmes qui doivent savoir comment protéger leurs enfants."


Mme Yinka Jegede-Ekpe

Photo : ©Afrique Renouveau/ Mutume


En 2001, Mme Jegede-Ekpe s'est associée à d'autres femmes pour créer la National Community of Women Living with AIDS, une organisation qui sensibilise les femmes à leurs droits et leur donne des informations sexospécifiques sur le VIH/sida. Dotée d'un personnel et de moyens financiers insuffisants, l'organisation ne mène des activités que dans l'Etat de Lagos, quand bien même elle entend avoir une audience nationale.

Se faire entendre n'a pas été facile. Lorsque Mme Yinka Jegede-Ekpe a révélé sa séropositivité alors qu'elle était encore à l'institut de formation en soins infirmiers, le directeur a tenté de l'expulser. Ses collègues de dortoir lui ont interdit l'accès aux toilettes et l'ont assignée aux tâches serviles. Elle a toutefois lutté pour poursuivre ses études. Ayant appris qu'elle avait été infectée du fait des pratiques non hygiéniques de son dentiste, Mme Jegede-Ekpe s'est battue pour faire changer les pratiques dentaires.

La lutte a porté ses fruits, comme en témoignent les changements qui, à ses yeux, interviennent dans les communautés de Lagos. "A présent, si un homme vient à la tribune et tente de parler au nom des femmes et des enfants, je suis sûre qu'une femme parmi la foule se lèvera pour dire, 'S'il vous plaît, ne parlez pas en mon nom alors que je suis là.'."

Le Prix Reebok des droits de l'homme 2004 a été décerné à Mme Jegede-Ekpe à New York pour le courage dont elle a fait preuve en amenant son pays à changer d'attitude face au VIH/sida. Son organisation s'emploie actuellement à mettre en place un fonds de crise pour les femmes et un fonds d'affectation spéciale pour l'éducation des orphelins.



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