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[ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance] [ envoyer cet article par e-mail ] Afrique Relance, Vol.17#3 (octobre 2003), page 10
Objectifs du Millénaire : L'Afrique peine Des progrès et des revers marquent les efforts du continent pour améliorer son sort Par Michael Fleshman Par un cruel calcul auquel oblige la pauvreté extrême,
la décision d'envoyer Suzan Mwase à l'école
plutôt que ses soeurs a été prise en 1993
pour des raisons tristement pratiques. Suzan était la
plus jeune des trois filles de paysans pratiquant l'agriculture
de subsistance dans une campagne éloignée du Malawi,
et sa famille n'avait les moyens de scolariser que l'une d'entre
elles. Pour acquitter des frais de scolarité de 1,30 dollar
par an, sa famille avait besoin de plus de bras à la ferme
et les aînées étaient plus productives. Ecole élémentaire au Bénin : assurer l'éducation primaire pour tous en 2015 au plus tard est l'un des Objectifs de développement pour le Millénaire. Photo : ©UNICEF / 93-1992 / Giacomo Pirozzi Ce dilemme s'est posé à des centaines de milliers de parents dans un pays où la plupart des habitants sont désespérément pauvres. L'enseignement ne recevait en effet que 10 % des dépenses nationales du Malawi, et les taux de scolarisation et d'alphabétisme y ont avoisiné 50 % pendant des décennies. L'année suivante un gouvernement nouvellement élu a annoncé la suppression des frais de scolarité, mais l'on ne s'attendait pas à ce que l'élimination de ce prélèvement modique ait des incidences importantes sur les graves problèmes du Malawi en matière d'enseignement. Personne n'avait donc pensé qu'un million de nouveaux étudiants avides d'apprendre se présenteraient le premier jour de la rentrée scolaire. Cet engouement a paralysé un système prévu pour 10 000 nouvelles inscriptions et a forcé parents et militants, autorités gouvernementales et organismes d'aide internationale à improviser des solutions pour répondre aux besoins en instituteurs et en matériel scolaire de toutes sortes -- pupitres, crayons et papier. Pari gagné. Dix ans plus tard, malgré la pauvreté tenace, les ravages de la sécheresse et de la famine et la propagation meurtrière de l'épidémie du VIH/sida, les écoles du Malawi restent ouvertes aux enfants pauvres. Les taux d'alphabétisme ont grimpé, et les taux d'inscription dans l'enseignement primaire, à défaut du nombre de diplômés, sont parmi les plus élevés du monde. L'éducation absorbe à présent près du quart du budget national. Les progrès inattendus du Malawi sont un exemple des succès obtenus par les Africains dans leurs efforts de développement économique et social. Sur un continent trop souvent perçu comme assisté, le Malawi montre qu'une direction politique résolue, accompagnée d'une participation active de la société civile et d'accroissements modestes de l'aide extérieure peuvent contribuer à l'amélioration des conditions de vie de millions de personnes et aider l'Afrique à réaliser les ambitieux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Ces objectifs, qui visent entre autres à réduire de moitié la proportion de la population vivant dans l'extrême pauvreté, à assurer l'éducation primaire pour tous les garçons et filles, et à réduire sensiblement les taux de mortalité infantile et maternelle en 2015 au plus tard, ont été adoptés par la communauté internationale en septembre 2000, à l'occasion du Sommet du Millénaire de l'ONU (voir encadré page suivante). L'importance de ces objectifs, a noté le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans un récent rapport à l'Assemblée générale, tient au fait que, pour la première fois, la communauté internationale s'est mise d'accord sur "une série mesurable de critères de développement humain" visant à évaluer les efforts en matière d'élimination de la pauvreté et assortie d'échéances. De nombreux pays en développement, donateurs et organisations non gouvernementales ont fait de la réalisation des OMD leur priorité absolue, a-t-il souligné, et "pour chaque objectif, il y a des signes encourageants de progrès dans certains domaines". Mais à mi-parcours de la période 1990-2015, M. Annan prévient "qu'il y a aussi des signes inquiétants de stagnation, voire de régression, dans d'autres [domaines]". L'Afrique à la traîne Nulle part ces signes ne sont aussi préoccupants qu'en
Afrique subsaharienne, région la plus pauvre et la moins
développée de la planète. L'Afrique est
entrée dans le nouveau millénaire avec les taux
de pauvreté et de mortalité infantile les plus
élevés et le taux d'inscription scolaire le plus
faible du monde. Les taux de mortalité infantile n'y ont
que peu changé dans les années 90, en raison notamment
de l'épidémie du VIH/sida, qui a annulé
les acquis obtenus par certains pays en matière de santé
de l'enfant et de la mère. Il en va de même du nombre
d'inscriptions dans les écoles primaires de l'Afrique,
qui est passé du niveau le plus faible au monde (56 %)
en 1991 à 59 % à peine 10 ans plus tard. Cela
est aussi imputable en partie à la pandémie du
VIH/sida qui a contraint de nombreux enfants, en particulier
des filles, à abandonner l'école pour s'occuper
des membres malades de leurs familles, et a diminué la
capacité des familles à payer les frais de scolarité. Panneau d'affichage sur le VIH/sida à Arua, (Ouganda), pays qui a réduit considérablement les taux d'infection. Photo : © Jake
Price Les conflits, comme l'a remarqué M. Annan, ont gravement nui à la réalisation des OMD, du fait de la débâcle des services d'éducation et de santé, de l'exode de centaines de milliers de familles et des budgets consacrés à la défense au lieu du développement. Les années 1990 ont enregistré une baisse réelle du revenu moyen par habitant des Africains et une augmentation du nombre des personnes vivant avec un dollar ou moins par jour (voir graphique), de 241 millions en 1990 à 315 millions en 1999 -- soit près de la moitié de la population du continent. En raison de la stagnation économique, du recul de l'aide au développement et des investissements privés, de la détérioration des termes de l'échange, d'un fardeau de la dette insupportable et des ravages provoqués par les conflits, le VIH/sida et d'autres épidémies, l'Afrique n'a plus que très peu de ressources à affecter au développement et est plus vulnérable face aux bouleversements de l'économie mondiale et aux catastrophes naturelles comme les sécheresses et les inondations. La Banque mondiale estime que les économies africaines doivent progresser à un rythme constant d'au moins 7 à 8 % par an pour faire sortir un nombre important d'Africains de la pauvreté et pour réaliser les OMD. Les taux de croissance moyens étaient toutefois inférieurs de moitié environ au cours des années 90 et les perspectives à moyen terme ne sont guère encourageantes. S'adressant aux Ministres des finances africains réunis à Addis-Abeba début juin, Patrick Asea, économiste principal auprès de la Commission économique de l'ONU pour l'Afrique (CEA), a indiqué que l'économie de l'Afrique subsaharienne avait augmenté l'an dernier au rythme décevant de 3,2 %, bien inférieur aux 4,3 % enregistrés en 2001 et à peine suffisant pour compenser la croissance démographique. Il a estimé que la reprise économique aux Etats-Unis et en Europe devrait légèrement stimuler les résultats du continent cette année, mais le nombre d'Africains vivant dans l'extrême pauvreté devrait néanmoins augmenter pour atteindre 426 millions d'ici à l'échéance de 2015. "Tout le monde convient que l'Afrique ... est le continent qui n'arrivera probablement pas à réaliser les OMD", a déclaré le Président de la Banque africaine de développement, Omar Kabbaj, à Addis-Abeba. "Le problème est qu'il n'y a pas encore eu de progrès généralisés touchant, de nombreux pays." Les difficultés mais aussi des progrès "Si l'on considère l'Afrique dans son ensemble, elle n'est pas bien partie" pour atteindre les OMD, déclare Jan Vandemoortele, chef du Groupe pour la réduction de la pauvreté au Programme des Nations Unies pour le développement. "Mais cela ne veut pas dire pour autant que l'Afrique ne progresse pas", a-t-il expliqué à Afrique Relance à New York. "Il faut s'assurer que les moyennes ne nous empêchent pas d'appréhender des réalités plus complexes."
"C'est la première fois qu'un consensus universel se dégage sur ce qu'est le développement. Ceci est crucial." -- M. Jan Vandemoortele, chef du Groupe pour la réduction de la pauvreté au Programme des Nations Unies pour le développement En effet, certains pays ont effectué des progrès considérables dans la réalisation des OMD. La Gambie, par exemple, dont 60 % environ de la population vit dans l'extrême pauvreté, compte néanmoins parmi les cinq pays du monde qui ont réussi à diminuer leurs taux de mortalité infantile, alors que le Burkina Faso a récemment inversé un long recul des taux de vaccination et dépassé ses propres objectifs ambitieux d'immunisation contre la tuberculose et la rougeole. Le Sénégal et l'Ouganda ont considérablement réduit la proportion des personnes atteintes du VIH/sida grâce à la mise en place de programmes novateurs d'éducation et de prévention parmi les plus efficaces du monde. Au Kenya, la décision du nouveau gouvernement d'éliminer les frais de scolarité dans le primaire en début d'année a eu pour effet d'augmenter de 1,5 million le nombre d'enfants allant à l'école. En outre, la fin des conflits en Angola et en Sierra Leone et les progrès enregistrés dans la résolution du conflit régional parti de la République démocratique du Congo -- des succès en eux-mêmes -- devraient faciliter à court terme le développement économique, les habitants et les gouvernements pouvant maintenant se consacrer aux efforts de reconstruction. Il y a également de bonnes nouvelles pour l'économie. Onze pays africains ont enregistré l'an dernier des taux de croissance supérieurs à 5 %, dont quatre le Cap Vert, le Mozambique, l'Ouganda et Maurice, maintiennent des rythmes de croissance de plus de 6 % depuis 10 ans ou plus. En Ouganda, la croissance a permis à quatre millions de personnes de sortir de l'extrême pauvreté et ramene le taux de pauvreté de 56 % à 35 % en huit ans a peine. Au Ghana, une décennie de croissance a permis à deux millions de personnes d'échapper au dénuement total. De l'avis de M. Kabbaj et d'autres économistes, les pays qui progressent le plus rapidement dans la réalisation des OMD sont ceux qui ont fait preuve de discipline sur le plan macroéconomique, adopté des réformes de marché et des principes démocratiques et encouragé les investissements internes et étrangers en renforçant leurs systèmes juridique et judiciaire et en réduisant la corruption et la bureaucratie. Selon la CEA, un nombre croissant de gouvernements africains suivent l'exemple de ces pays réformateurs, en accordant la priorité à la lutte contre la pauvreté, en investissant davantage dans la santé et l'enseignement et en adoptant des programmes économiques et politiques de nature à attirer une aide et des capitaux privés plus importants. Le nombre des pays qui préparent des Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté a considérablement augmenté l'an dernier, neuf pays ayant achevé de tels documents en 2002 contre quatre l'année précédente. De nombreux pays ont ramené leurs déficits budgétaires et leurs taux d'inflation à des niveaux acceptables et, selon la CEA, ont amélioré le climat économique local après une vingtaine d'années de réformes souvent douloureuses. Les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont été intégrés au processus de réforme, et notamment au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Un organe de supervision volontaire, le Mécanisme d'évaluation intra-africaine a été instauré en mai à Abuja pour contrôler l'adhésion du continent à la bonne gouvernance économique et politique. La CEA fait également état d'améliorations concernant l'octroi de l'aide et la transparence. En Ouganda, par exemple, les donateurs bilatéraux consacrent désormais la moitié environ de leur aide à la consolidation du budget, plutôt qu'au financement de projets spécifiques. Cette nouvelle approche a le mérite d'offrir plus de souplesse aux gouvernements en matière de dépenses, de faire gagner du temps et de simplifier les démarches administratives, et contribue à adapter les programmes des donateurs aux priorités de développement national. La Tanzanie et ses partenaires de développement ont
créé un organe indépendant chargé
de superviser et d'évaluer la distribution de l'aide et
son efficacité, alors que le Ghana a mis en pratique un
code de conduite des donateurs visant à améliorer
la coordination parmi ses différents partenaires de développement.
En février, des représentants des principaux organismes
bilatéraux et multilatéraux d'aide ont convenu
de travailler avec un groupe de pays en développement,
dont certains africains, à l'élaboration de critères
de distribution plus efficace de l'assistance et à la
mise en place de mécanismes de transparence et d'évaluation
mutuelles. Campagne d'immunisation au Burkina Faso, pays qui a réussi à dépasser ses propres objectifs ambitieux de vaccination. Photo : ©AfricaPhotos.com Certains pays ont commencé à bénéficier des mesures d'allégement de la dette prises dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), qui leur a permis de dégager des ressources pour financer le développement et améliorer les perspectives de croissance. Un des premiers pays à bénéficier de ces mesures, l'Ouganda, a investi les sommes ainsi dégagées dans le développement de l'enseignement primaire, alors que le Mali, le Mozambique et le Sénégal comptent utiliser ces fonds pour renforcer leurs programmes de prévention du VIH. Sur le plan régional, la part du service de la dette dans les budgets des pays africains est passée de 21 % en 1999 à 15 % l'an dernier, débloquant ainsi deux milliards de dollars destinés au financement des services de santé, d'éducation et d'autres mesures en faveur des populations pauvres. Piètres partenaires Dans l'ensemble, toutefois, observe M. Annan, les pays riches n'ont toujours pas mobilisé les ressources nécessaires à la réalisation des OMD. La constitution indispensable du "Partenariat mondial pour le développement" entre les pays en développement et le Nord industrialisé est le huitième et dernier Objectif, mais là aussi le bilan est mitigé. Dans le cadre de l'initiative PPTE, par exemple, huit pays seulement, dont sept africains, ont bénéficié en réalité de mesures de réduction de leur dette ; soit bien moins que l'objectif de 19 pays retenu par le Fonds monétaire international pour 2003. Dans certains cas, la part de la dette devant être annulée a été calculée sur la base de prévisions de croissance trop optimistes et ne suffit pas à ramener l'endettement à des niveaux "tolérables". Ce problème a été aggravé par la chute brutale des cours des exportations de matières premières africaines. Dans certains pays, les pertes de recettes à l'exportation ont compromis les progrès réalisés grâce à l'allégement de la dette au titre de l'Initiative PPTE et annulé les gains en matière de développement. L'aide publique au développement (APD) a recommencé à augmenter après avoir constamment baissé au cours des 10 dernières années, mais s'est stabilisée aux niveaux de 1990. Elle devrait toutefois s'accroître au cours des deux prochaines années à en juger par les annonces de contributions de certains donateurs, dont les Etats-Unis, le Canada et l'Union européenne (UE), qui devraient allouer 16 milliards de dollars supplémentaires au titre de l'aide au développement d'ici à 2006, dont la plus grande part à l'Afrique. Toutefois, la faiblesse de la reprise économique et les pressions croissantes sur les budgets nationaux des pays industrialisés ont déjà amené certains pays à revenir sur leurs promesses. "Cela compromettrait gravement la réalisation des OMD", a affirmé M. Annan. Si l'Afrique et les autres régions en développement entendent accomplir le type de "progrès généralisé" qu'exige la réalisation des OMD, de nouvelles ressources bien supérieures devront être obtenues par tous les moyens -- allégement de la dette, APD, investissements étrangers directs, commerce, et investissements et épargne intérieurs. De l'avis de nombreux experts, pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement partout dans le monde, il faudrait injecter 50 milliards de dollars de plus par an dans le processus de développement -- soit le double des sommes actuelles. Mais compte tenu du climat économique et politique mondial actuel, "il ne faut pas trop y croire", affirme M. Vandemoortele. De surcroît, les pays les plus en difficulté ont besoin d'une injection directe d'APD. Au cours des années 90, indique M. Vandemoortele, "les pays ayant les taux les plus élevés de mortalité infantile ont subi les réductions les plus fortes d'APD. Cela est extrêmement préoccupant". Il note également que les 23 pays les plus touchés par les infections de VIH/sida ont enregistré une baisse de 25 % de l'aide extérieure ces dernières années. "Cela est tout à fait inacceptable. Si la communauté internationale a véritablement l'intention d'endiguer l'épidémie, ce n'est pas la façon de procéder ... Si nous ne nous attaquons pas à la pandémie du VIH dans ces pays, il n'y a aucun espoir d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement ", souligne-t-il. De l'avis de M. Vandemoortele, la propension des pays donateurs à récompenser les pays qui réussissent le mieux en leur accordant une aide plus importante risque de perpétuer la pauvreté dans les régions les moins favorisées et ignore parfois la responsabilité des gouvernements du Nord dans les situations de crise. "Pendant de nombreuses années nous, à l'Ouest, avons soutenu des régimes qui ne le méritaient pas", dit-il. En République démocratique du Congo, par exemple, l'appui apporté par l'Occident à l'ancien gouvernement de Mobutu a contribué, selon lui, à la crise actuelle. "On ne peut pas reprocher aux Congolais de n'avoir pas mis de l'ordre dans leurs affaires. Ce serait vraiment accuser la victime du crime. On ne peut pas non plus se désintéresser de ces pays et de ces populations sous prétexte qu'ils sont responsables d'une situation que nous avons [souvent] contribué à créer", poursuit-il, même s'il est important de réduire le gaspillage et la corruption dans l'acheminement de l'aide. En outre, il y a peu de chances que le secteur privé puisse compenser la contraction de l'APD. Alors que c'est en Afrique que les rendements des investissements sont les plus élevés -- quatre fois plus que dans les pays du Groupe des Sept et deux fois plus en moyenne qu'en Asie -- le montant des investissements étrangers directs en Afrique a diminué de six milliards de dollars en 2002 en raison de la récession mondiale et des craintes des investisseurs face aux conflits et aux risques d'instabilité politique. Le mal qu'a l'Afrique à attirer des capitaux est accentué par le système commercial mondial, qui décourage le développement industriel et déprime les cours de nombreuses exportations de matières premières du continent. "L'Allemagne serait un pays très différent si la Mercedes se vendait à 2 000 dollars au lieu de 50 000, dit M. Vandemoortele. C'est à peu près ce qui se passe en Afrique." Depuis 1990, explique-t-il, l'Afrique a vu les cours d'un grand nombre de ses exportations réduits de moitié. "Aucune économie ne peut absorber de tels chocs. Aucune." Certes, poursuit-il, de nombreuses matières premières du continent accèdent aux marchés des pays développés à des taux préférentiels, mais "si vous transformez une matière première en produit fini en Afrique, vous finirez par payer deux, trois, voire quatre fois plus de droits de douane que si vous l'exportez telle quelle pour être transformée dans les pays riches. Cela a un effet dissuasif majeur sur les investisseurs potentiels en Afrique". Pas de solution magique L'échec de la réunion de l'Organisation mondiale du commerce tenue à Cancun en septembre constitue un nouveau revers pour les perspectives de développement de l'Afrique, a indiqué M. Vandemoortele à Afrique Relance (voir "Malgré l'échec de Cancun, l'espoir subsiste"). Il note toutefois que le commerce n'est pas le moteur du développement. Tout indique, au contraire, que "le commerce suit le développement. Il n'y a pas de solution magique". L'amélioration des termes de l'échange doit s'accompagner à ses yeux d'un accroissement de l'aide et de mesures de réduction plus importantes de la dette si l'Afrique veut se rapprocher de la réalisation des OMD. En l'absence de telles ressources, les responsables africains ne peuvent que classer les Objectifs par ordre prioritaire et faire des progrès là où c'est possible. "Si nous voulons vraiment que les pays soient maîtres de leurs programmes, il faudra laisser aux Africains le soin de décider où commencer... On ne peut pas imposer des objectifs globaux à chaque pays sans tenir compte des singularités", dit-il. L'importance des OMD ne tient pas, a-t-il conclu, aux échéances fixées ni même aux Objectifs spécifiques, mais bien au fait que les Objectifs peuvent mobiliser les ressources et galvaniser l'action sur les plans politique et social. "C'est la première fois qu'un consensus universel se dégage sur ce qu'est le développement. Ceci est crucial."
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