[ retour au volume 17 #2 sommaire ]
[ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance]
[ envoyer cet article par e-mail ]



Afrique Relance, Vol.17#2 (juillet 2003), page 5

Libéria : les pressions en faveur de la paix s'intensifient

Le pays constitue "l'épicentre" de l'instabilité régionale

Par John Nyamu

Illustrant les difficultés extrêmes auxquelles sont confrontés bon nombre d'Ouest-Africains, le Libéria offre aujourd'hui un refuge précaire à des milliers de personnes cherchant à fuir les conflits dans leurs pays d'origine -- en même temps que des centaines de milliers de Libériens fuient en sens opposé afin d'échapper à la guerre civile qui a lieu dans leur propre pays pour la deuxième fois en un peu plus de dix ans.

"Le Libéria reste l'épicentre de l'instabilité endémique qui a de graves conséquences sur la situation politique et humanitaire et sur la sécurité non seulement de la sous-région de l'Union du fleuve Mano (Guinée, Libéria et Sierra Leone), mais aussi de nombreuses régions d'Afrique de l'Ouest", a déclaré le 2 juin le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, au Conseil de sécurité.

Les appels lancés en faveur de l'envoi d'une force internationale de maintien de la paix au Libéria s'étant multipliés, M. Annan a suggéré au Conseil de sécurité de donner la direction de cette force à l'un de ses membres permanents. "Nombreux sont ceux qui pensent que les Etats-Unis sont peut-être disposés à commander cette force", a indiqué le Secrétaire général.

De même, M. Mohamed Ibn Chambas, Secrétaire général de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a estimé qu'il faut qu'une force intervienne pour séparer les belligérants au Libéria. "Nous sommes en mesure de fournir le personnel, mais nous avons besoin d'un appui matériel et de la participation de certains des membres du Conseil de sécurité, des Etats-Unis d'Amérique, en particulier."

Ceux qui font pression sur les Etats-Unis pour qu'ils interviennent ont fait valoir à maintes reprises les liens déjà anciens qui unissent les Etats-Unis au Libéria, depuis la création de ce pays par des esclaves américains affranchis retournés en Afrique en 1847. Le gouvernement des Etats-Unis a indiqué qu'il envisageait une intervention éventuelle.

"Au coeur de la tourmente"

Réitérant que le Libéria est "au coeur" de la tourmente qui agite l'Afrique de l'Ouest, M. Ali Mukhtar Farah, coordonnateur humanitaire des Nations Unies pour le pays, a déclaré en mai à Afrique Relance que si la situation au Libéria n'est pas maîtrisée, les tentatives de paix et de réconciliation en Sierra Leone risquent également d'être compromises. Le Président du Libéria, Charles Taylor, est tenu responsable en grande partie des événements qui ont agité l'Afrique de l'Ouest au cours des dix dernières années et notamment des rébellions en Sierra Leone et en Guinée et, plus récemment, en Côte d'Ivoire. Le Libéria exporte à présent de jeunes combattants désireux de prendre part à tout conflit régional qui leur permettrait d'être payés.


Le Libéria ayant sombré dans l'anarchie, les enfants soldats sont de nouveau recrutés par divers groupes armés.

Photo : ©UNICEF / 95-0205 / Giacomo Pirozzi


M. Taylor accuse les gouvernements des pays voisins de soutenir les groupes rebelles, Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Libéria (MODEL). Un groupe d'experts créé par le Conseil de sécurité de l'ONU a mis en évidence l'appui fourni au LURD par la Guinée, qui a notamment permis que l'on passe par son territoire pour approvisionner les soldats en vivres et en armes, apparemment en guise de représailles contre l'appui apporté par le Libéria aux groupes guinéens d'opposition au gouvernement. Des preuves ont aussi été trouvées de l'appui fourni par le gouvernement ivoirien au Mouvement pour la Démocratie au Libéria (MODEL).

Ces groupes rebelles libériens ont repris leur offensive au début du mois de juin peu après l'échec des négociations de paix au Ghana. Vers la même période, un tribunal spécial pour la Sierra Leone cautionné par l'ONU a inculpé M. Taylor pour crimes contre l'humanité liés à l'appui qu'il aurait apporté à l'insurrection sauvage qui s'est produite dans ce pays au cours des années 90.

"Les dollars et les diamants"

Autre problème : le recrutement d'enfants soldats, en particulier dans les camps qui abritent des réfugiés et des personnes déplacées dans leur propre pays. Ces jeunes sont souvent recrutés de force ou bien alléchés par la promesse d'un butin.

Outre les forces rebelles et les forces du gouvernement, des groupes armés de mercenaires parcourent la sous-région en quête de butin, selon M. Farah. Ils opèrent des deux côtés des frontières et n'ont pas de préoccupation politique particulière. "Ce sont les dollars et les diamants qui les intéressent", a-t-il expliqué, en faisant allusion aux champs de diamants de la Sierra Leone, qui ont permis au principal groupe rebelle de ce pays de faire la guerre car il a la mainmise sur ces champs.

En raison des combats au Libéria les organismes humanitaires ont plus de mal à aider les victimes civiles, a noté M. Farah. Toutefois, ils ont encore accès à plus de 200 000 Libériens déplacés, dont 60 % se trouvent aux alentours de Monrovia, la capitale. Il y a aussi quelque 95 000 réfugiés ivoiriens et des ressortissants du Burkina Faso, du Mali, du Nigéria et du Ghana qui se sont enfuis pour échapper au conflit en Côte d'Ivoire. Les troupes du gouvernement et les rebelles ont pris pour cible les fournitures humanitaires et les agents des organisations humanitaires. "Tant que le gouvernement n'assurera pas la sécurité, tout restera en suspens", a ajouté M. Farah.

Le gouvernement de M. Taylor subit de plus en plus de pressions, externes et internes. En mars 2001, le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé un embargo sur les armes et des sanctions à l'encontre des voyages. En début d'année, ces restrictions ont été renouvelées et étendues à la vente de bois, l'une des principales exportations du pays.

Le Président des Etats-Unis, George W. Bush, a demandé à M. Taylor d'abandonner le pouvoir. Mais beaucoup doutent que le fait de démettre le dirigeant libérien de ses fonctions débouche automatiquement sur la paix. Les forces rebelles ne semblent guère avoir de programme politique, à part déposer le président ; et elles ne se sont guère préoccupées des civils lorsqu'elles ont bombardé la banlieue de Monrovia avec acharnement.

Les résidents de Monrovia sont eux aussi de plus en plus nombreux à réclamer la paix. Le 27 juin, des centaines de manifestants opposés à la guerre ont bloqué l'escorte motorisée du Président Taylor. Le même jour, une foule s'est rassemblée devant l'ambassade des Etats-Unis pour demander l'envoi d'une mission internationale de maintien de la paix aux cris de "Nous voulons la paix!".


[ retour au volume 17 #2 sommaire ]
[ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance]
[ envoyer cet article par e-mail ]


[ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ]   Index / Recherche ]
[ A propos d'Afrique Relance ]
[ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ]   Grand rapports de l'ONU ]
[ Liens de l'ONU pour l'Afrique ]

Cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Relance, ONU". Avant d'utiliser toute photo, il faut obtenir la permission du titulaire des droits d'auteur dont le nom est indiqué. Merci de nous envoyer une copie de tout article reproduit.

Afrique Relance
S-955
United Nations
New York, NY 10017 USA
Tél : (212) 963-6857
Fax: : (212) 963-4556
E-mail : africa_recovery@un.org,

Site Web : www.africarecovery.org
Pour nous contacter par e-mail: africa_recovery@un.org