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Afrique Relance, Vol.17#2 (juillet 2003), page 15

Le Sénégal attire les investisseurs, mais lentement

Préjugés, bureaucratie et carences bancaires nuisent aux efforts de promotion

Par Laura Hildebrandt

A première vue, le Sénégal est l'endroit idéal pour les investisseurs étrangers. Situé à la pointe occidentale de l'Afrique, le pays a facilement accès aux marchés américain et européens à partir de son port naturel de Dakar. En outre, le Sénégal dispose d'une main d'oeuvre abondante, d'une assez bonne infrastructure et d'une élite instruite. Il est depuis longtemps stable sur le plan politique et démocratique, avec une préférence marquée pour l'économie de marché, notamment depuis l'élection du Président Abdoulaye Wade en 2000. De surcroît, le Sénégal a appliqué, pendant une vingtaine d'années, les programmes d'ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Bref, le Sénégal satisfait à la plupart des critères de base des investisseurs.

Les autorités sénégalaises semblent du même avis : elles prévoient des taux de croissance des investissements élevés dans les prochaines années. Pourtant, la légère amélioration constatée dans ce domaine au cours des deux dernières années n'est due qu'à quelques très importants investissements ponctuels. Certains analystes estiment que ce rythme ne pourra être maintenu et le FMI juge les prévisions officielles trop optimistes. Dans ces conditions, pourquoi n'y a-t-il pas plus d'investisseurs pour profiter des possibilités que le Sénégal a à offrir ?

D'après Alan Patricof, Vice-Président de la société d'investissement Apax Partners aux Etats-Unis, les investisseurs ont tendance à considérer une région globalement, sans se soucier forcément des caractéristiques particulières de chaque pays. Suivant ce raisonnement, la réputation de stabilité du Sénégal risque de pâtir des conflits ayant lieu ailleurs dans la région, comme en Côte d'Ivoire.

Réglementations et tribunaux

Les investisseurs qui choisissent le Sénégal se heurtent encore à de nombreux obstacles administratifs, malgré certaines améliorations amenées par les années de réforme. Les entraves réglementaires à la création d'entreprises ou à l'acquisition de terres peuvent entraîner d'importants retards.

M. Mbaye Khouma, responsable commercial de l'agence sénégalaise de promotion des investissements, a une anecdote à ce propos. Une société étrangère, qui souhaitait installer une usine à Dakar, avait soumis une offre d'achat d'un immeuble appartenant à l'Etat. Or, les réglementations en vigueur stipulent que l'Etat ne peut procéder à la transaction sans avoir examiné au préalable au moins deux offres concurrentes. Comme aucune autre offre n'a été soumise pour l'immeuble en question, après plusieurs mois d'attente, l'entreprise a finalement décidé de s'installer dans un autre pays.


Usine de pneus à Dakar : le Sénégal présente de nombreux avantages pour les investisseurs, mais des problèmes subsistent.

Photo : ©Banque mondiale / Ray Witlin


Par ailleurs, les sociétés et les banques qui travaillent au Sénégal ont souvent des difficultés à faire respecter les clauses de leurs contrats devant les tribunaux. L'an dernier, une évaluation du secteur financier du Sénégal menée par le FMI et la Banque mondiale a révélé la carence du système judiciaire local, qui n'a pas les moyens techniques de traiter des questions financières. L'instruction des dossiers dure parfois des mois.

Gabriel Fall, membre du comité consultatif du Président Wade sur les investissements, fournit une autre explication à l'hésitation des investisseurs : le caractère trop informel des activités économiques du pays. De nombreux Sénégalais qui ont quitté leurs villages pour les villes en quête d'une vie meilleure travaillent dans l'économie parallèle, vendant dans la rue des produits de consommation bon marché importés d'Asie. Ce phénomène, affirme M. Fall, provoque la fermeture des commerces et freine les investissements dans presque tous les secteurs d'activité.

Accès aux capitaux

Même lorsqu'un entrepreneur découvre une bonne affaire et décide d'y investir, il reste à régler le problème de l'accès aux prêts bancaires. Au Sénégal, les prêts sont généralement réservés aux entreprises et projets de grande envergure, ou alors aux tout petits, mais rarement aux moyennes entreprises. La Banque ouest-africaine de développement, par exemple, accorde des prêts aux projets d'un montant supérieur à 10 millions de dollars, alors qu'à l'opposé, les institutions de micro-crédit les plus généreuses fixent leur plafond de prêts à 20 000 dollars, montant souvent insuffisant pour les entreprises moyennes.

Les petites entreprises locales et étrangères, particulièrement celles qui se lancent, ont du mal à obtenir des prêts bancaires, car les institutions financières renâclent à prêter aux entreprises qui n'ont pas fait leurs preuves. "La méfiance est une barrière importante dans les négociations avec les banques", constate M. Fall.

Les banques sont par ailleurs très frileuses lorsqu'il s'agit de prêter aux nouveaux secteurs d'activité, comme les technologies de l'information et de la communication. Selon Christophe Aguessy de la Banque ouest-africaine de développement à Dakar, les banques n'ont pas souvent les compétences ou les moyens d'évaluer les projets à leur juste mesure, en particulier ceux liés aux secteurs de haute technologie.

Face à ces problèmes, la Banque mondiale a approuvé en mai des crédits de 46 millions de dollars visant à aider les autorités sénégalaises à améliorer le climat des investissements, à promouvoir une participation plus active du secteur privé dans les activités économiques et à mener à bien de nouvelles réformes sur ce plan.

La mobilisation de la diaspora sénégalaise de l'étranger pourrait être un autre moyen d'attirer les capitaux extérieurs. Lors d'un forum qui s'est tenu à Dakar à la fin du mois de mai, le Premier Ministre Idrissa Seck a indiqué en effet que les immigrés sénégalais d'Europe et d'Amérique du Nord avaient rapatrié quelque 160 milliards de francs CFA (218 millions de dollars) en 2001. Contrairement aux autres investisseurs de l'étranger, les membres de la diaspora connaissent le pays et disposent des contacts nécessaires pour vaincre les pesanteurs administratives. Ils sont par ailleurs naturellement enclins à investir leur épargne dans leur pays, pour peu que de bonnes possibilités existent.


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