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[ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance] [ envoyer cet article par e-mail ] Afrique Relance, Vol.17#2 (juillet 2003), page 14
Investissements : il est temps d'agir L'Afrique a besoin d'autres réformes, déclare M. Zéphirin Diabré, du PNUD Le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique met l'accent sur la mobilisation des ressources, nationales et extérieures. A la différence des programmes africains précédents, la composante extérieure ici n'est plus seulement l'aide étrangère ; il est expressément fait état de la nécessité d'attirer les investissements. Que signifie ce changement de priorités ? Diabré : Il s'agit d'une adaptation à la tendance mondiale dominante. C'est aussi un moyen de tirer des enseignements de notre expérience passée. Comme l'a dit si éloquemment le Président Wade, on n'a jamais vu dans l'histoire de pays qui se soient sortis de la pauvreté rien qu'avec l'aide étrangère. L'aide publique au développement est très importante car elle est un moyen d'exprimer une solidarité entre pays riches et pays pauvres et parce qu'elle peut contribuer au financement des services publics, de la santé à l'éducation en passant par la protection de l'environnement, etc. Mais pour connaître la croissance, une économie a besoin d'un autre type de ressources. De même que le secteur privé a été le moteur de la croissance des pays développés, le secteur privé doit être le moteur de la croissance de nos pays africains, il est temps que nous en prenions conscience. Quels sont les problèmes auxquels se heurtent les pays africains lorsqu'ils veulent attirer les investisseurs étrangers ? Que doivent-ils faire ? Diabré : Nous savons bien comment cela fonctionne, la plupart du temps : pourquoi va-t-on investir ailleurs ? Premièrement parce qu'on cherche à obtenir un certain retour sur investissement. Deuxièmement, parce qu'on sait que c'est un endroit sûr pour faire des affaires. Je suis convaincu qu'on peut obtenir une rentabilité élevée en Afrique. Ce qui gêne les investisseurs potentiels, c'est que les conditions ne sont pas toujours 100 % propices au secteur privé. Ils ne sont pas toujours sûrs que leurs investissements seront protégés en cas de troubles politiques ou sociaux. Ils ne sont pas certains de voir correctement appliquer les lois en vigueur en cas de différend. Les dirigeants africains sont d'une certaine manière conscients de ce problème. Mais le moment est venu d'y remédier. Vous êtes originaire du Burkina Faso. Comment persuadez-vous les investisseurs de venir lorsqu'un pays voisin comme la Côte d'Ivoire, considéré autrefois comme très stable, se trouve subitement plongé dans un conflit ? Diabré : C'est pour cela que nous devons mettre en place dans ces pays africains un certain nombre d'institutions viables qui puissent en garantir la stabilité à long terme. Je reconnais tout à fait que ce qui se produit en Côte d'Ivoire a un effet dissuasif indéniable sur tous ceux qui voudraient venir en Afrique aujourd'hui pour y investir. Récemment, on a parlé davantage du recours aux bourses de valeurs africaines pour attirer les investissements de portefeuille. Compte tenu des crises financières survenues en Asie, en Argentine et dans d'autres pays ces dernières années, l'Afrique ne court-elle pas davantage de risques en faisant venir ces capitaux à court terme qu'en essayant d'attirer les investissements étrangers directs (IED) à plus long terme ? Diabré : Cela dépend de quel côté on se place. Du point de vue de l'investisseur, et contrairement à ce que certaines personnes pensent à propos de l'Afrique, les investissements étrangers directs sont considérés comme plus risqués que les investissements de portefeuille, pour une raison simple : les IED représentent un engagement à long terme, et un engagement plutôt "physique". Un investisseur n'a pas toujours de stratégie de sortie bien définie en cas de problème. Alors que les investissements de portefeuille ne se traduisent pas toujours par une présence physique ou un engagement à long terme. On peut y mettre fin à tout moment en vendant simplement ses actions ou ses obligations. Par conséquent, pour l'investisseur d'un pays développé ne souhaitant pas prendre le risque d'être physiquement présent, les investissements de portefeuille sont un bon moyen de faire des affaires. Bien sûr, pour le pays, il y a le risque d'un retrait subit [de capitaux], qui peut contribuer à crever la bulle. Mais cela fait partie de l'économie ; cela ne devrait pas être dissuasif. La plupart du temps, ce retrait des investisseurs est dû à l'absence de réglementation suffisante du système financier. L'essentiel pour un pays est de savoir attirer les ressources et de les gérer de manière adaptée à sa croissance économique. Selon certaines études, des apports supplémentaires d'aide publique au développement pourraient encourager une croissance des investissements étrangers. Diabré : Tout à fait. Il y a certaines choses que le secteur privé ne peut pas faire. Le secteur privé aime aller là où certaines normes sont déjà en place. Après la Seconde Guerre mondiale, c'est à cela qu'a servi le Plan Marshall dans plusieurs pays européens, avant que le secteur privé ne prenne la relève. J'oserais faire la même comparaison pour l'Afrique. Certains partisans des investissements étrangers semblent croire aux effets de retombées de ces investissements, qui contribueraient ainsi à la réduction de la pauvreté et au développement. Est-ce suffisant ou y-a-t-il autre chose à faire ? Diabré : Attirer des investissements étrangers peut permettre de donner un coup de pouce à la croissance économique. Mais ce n'est pas en soi suffisant pour réduire la pauvreté. Il faut prendre des mesures pour veiller à ce que tous les secteurs de la population en bénéficient. Et c'est là que le rôle des pouvoirs publics est essentiel, pour veiller à une bonne répartition des richesses qui ont été créées. Il y a aussi la mobilisation des capitaux d'origine nationale. Diabré : Absolument. C'est également très important. En fait, les investisseurs étrangers viennent en général lorsque les investisseurs nationaux sont déjà actifs. Si les citoyens d'un pays donné n'ont eux-mêmes pas suffisamment confiance pour investir dans leur propre pays, pourquoi demander à quelqu'un de l'extérieur de venir le faire à leur place ? Que doit faire le secteur public dans les pays africains pour encourager l'investissement ? Diabré : Il doit être plus efficace et veiller à ce que la réglementation de l'économie soit bien gérée et sans heurts. Il doit lutter contre la corruption, qui est l'une des raisons de la fuite de capitaux. Ce qui est en jeu c'est le fonctionnement de l'Etat et de ces mécanismes capitaux dont a besoin une économie : un secteur bancaire bien réglementé, un système judiciaire appliquant correctement la loi, des infrastructures de base -- soit l'ensemble des paramètres dont toute économie moderne a besoin pour pouvoir fonctionner. Ce sont des domaines dans lesquels, parfois, les Etats d'Afrique ne sont pas à la hauteur et dans lesquels nous avons besoin de réformes plus profondes et plus vigoureuses. [ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance] [ envoyer cet article par e-mail ] [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Relance ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Relance, ONU". Avant d'utiliser toute photo, il faut obtenir la permission du titulaire des droits d'auteur dont le nom est indiqué. 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