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Afrique Relance, Vol.17#2 (juillet 2003), page 3

Les nouvelles promesses du G-8 à l'Afrique

Une aide supplémentaire, mais pas de nouvelles concessions commerciales

Un an après avoir adopté le "Plan d'action pour l'Afrique", les dirigeants du Groupe des huit pays industrialisés (G-8) se sont penchés à nouveau sur les difficultés du continent au cours de leur sommet annuel, qui s'est tenu cette année à Evian (France). "L'Afrique est un continent de défis", a déclaré le Président français Jacques Chirac à la réunion qui s'est déroulée du 1er au 3 juin. "C'est le seul continent qui enregistre un recul sur le plan du commerce extérieur."

M. Chirac a convenu que le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), adopté par les dirigeants africains en 2001, "était la seule réponse à ce défi africain" et reviendrait régulièrement à l'ordre du jour des débats du G-8, malgré les principaux sujets de préoccupation -- l'Iraq, le terrorisme, la prolifération nucléaire et l'état de l'économie mondiale -- qui ont dominé les débats du sommet.


A Evian (de gauche à droite) : Le Premier Ministre britannique Tony Blair, les Présidents Abdoulaye Wade (Sénégal), Olusegun Obasanjo (Nigéria), Jacques Chirac (France) et Thabo Mbeki (Afrique du Sud).

Photo : ©Bureau du Président français


Cinq présidents africains ont été invités à Evian afin de participer à une session "élargie", à laquelle étaient également présents les dirigeants du G-8 et plusieurs chefs d'Etats d'Amérique latine et d'Asie. Les cinq responsables africains étaient les principaux artisans du NEPAD, à savoir les Présidents Thabo Mbeki de l'Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigéria, Abdoulaye Wade du Sénégal, Abdelaziz Bouteflika de l'Algérie et Hosni Moubarak de l'Egypte. Ces dirigeants ont par ailleurs participé à un débat spécialement consacré au NEPAD, en la présence du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

Le Président Obasanjo a affirmé à cette occasion que lui et ses collègues étaient "globalement satisfaits" des efforts déployés par les pays membres du G-8 en faveur de l'Afrique depuis leur dernier sommet de Kananaskis (Canada). Le Président Wade a laissé entendre qu'on aurait pu attendre plus, tout en admettant "qu'il fallait être réaliste". Il a également fait part de "toute sa sympathie" aux dizaines de milliers de militants qui ont protesté contre la tenue du sommet, notamment ceux "qui pensent que l'Afrique a été mal récompensée des énormes efforts consentis".

Aide supplémentaire

Les "représentants personnels" des dirigeants du G-8 pour l'Afrique ont soumis un rapport sur le suivi du Plan d'action pour l'Afrique du sommet précédent. Le document énumère les différentes initiatives en matière notamment d'aide, d'allégement de la dette, de promotion des investissements, de santé et d'éducation. Parmi les mesures destinées à accroître l'aide du G-8 à l'Afrique de six milliards de dollars par an d'ici à 2006 (objectif de Kananaskis) :

-- la France fera passer son aide publique au développement (APD) à l'Afrique de 2,3 milliards d'euros en 2002 à environ trois milliards cette année. Cette hausse s'inscrit dans le cadre de l'initiative française visant à faire passer de 0,32 % en 2001 à 0,5 % en 2007 le pourcentage du produit intérieur brut consacré à l'APD.

-- l'accroissement de ce pourcentage de 0,2 % en 2002 à 0,33 % en 2006 dans le cas de l'Italie et de 0,27 % à 0,33 % dans le cas de l'Allemagne, pendant la même période.

-- la Grande-Bretagne augmentera ce pourcentage de 0,32 % en 2001 à 0,4 % en 2005-2006 et versera au moins un milliard de livres sterling d'APD directe à l'Afrique d'ici à 2006.

-- le Gouvernement américain demandera au Congrès une augmentation de l'aide à l'Afrique, qui passerait de 1,3 milliard de dollars pour l'exercice budgétaire 2004 à cinq milliards d'ici à 2006.

-- le Canada augmentera de 8 % par an ses allocations, en vue de doubler ce montant d'ici à 2010.

-- le Japon a déjà versé environ 700 millions de dollars pour répondre aux besoins essentiels des Africains, conformément à l'engagement pris à la Conférence internationale sur le développement de l'Afrique tenue à Tokyo en 1998 (voir page 17). Le Japon s'est engagé à allouer plus d'un milliard de dollars au développement des infrastructures du continent à partir de 2003.

-- la Fédération de Russie a annulé 3,4 milliards de dollars de dette africaine en 2002, alors que 22 pays du continent devraient pouvoir bénéficier de mesures d'allégement de la dette d'une valeur de 32 milliards de dollars dans le cadre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés.

Conflit, famine et commerce

Face à la prolifération des conflits armés en Afrique et aux préoccupations globales du G-8 concernant la sécurité internationale, les dirigeants des pays africains et du G-8 ont adopté un plan conjoint qui vise à renforcer les capacités des pays du continent à exécuter des opérations de paix. Parmi les mesures envisagées figurent la création, l'équipement et l'entraînement de brigades multinationales africaines d'intervention d'ici à 2010, sous l'égide de l'Union africaine et des organisations sous-régionales du continent.

Les dirigeants du G-8 ont également entériné des plans d'action distincts concernant l'eau et la santé, qui expriment les besoins majeurs du continent. Un plan d'action contre la famine, destiné essentiellement à l'Afrique, souligne la nécessité d'associer les opérations de secours d'urgence à court terme aux efforts à plus long terme afin de promouvoir le développement rural, de lutter contre le VIH/sida et d'améliorer la gouvernance.

Phil Twyford, porte-parole d'Oxfam, organisation de développement non gouvernementale basée en Grande-Bretagne, a affirmé que le plan de lutte du G8 contre la famine était "complètement vide", car il n'abordait pas la question des fortes subventions agricoles accordées par l'Europe et les Etats-Unis à leurs agriculteurs, qui a pour effet d'inonder les marchés mondiaux d'excédents agricoles de ces pays et de plomber les cours des exportations agricoles africaines.

La question des subventions a été évoquée par des dirigeants du G-8 sans progrès notables (bien que plusieurs semaines plus tard l'Union européenne ait fait part d'une plus grande détermination à envisager éventuellement la réduction de certaines subventions). Le Président Wade a qualifié les subventions agricoles du Nord de "profonde injustice qui nuit aux intérêts africains".

Cependant, le Président sénégalais a affirmé que bien que n'ayant pas obtenu tout ce qu'ils souhaitaient du sommet du G-8, les Africains "n'éprouvaient aucune rancune, car il n'est pas possible d'agir sur le plan politique avec de la rancune. Toutefois, nous sommes déterminés à nous faire entendre. Nous défendons les intérêts du continent avec les moyens à notre disposition".


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