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Afrique Relance, Vol.17#1 (mai 2003), page 3

L'Afrique en quête de solutions à ses conflits

Burundi, République centrafricaine et Côte d'Ivoire : la paix est à l'ordre du jour

Par Gumisai Mutume

Prouvant de nouveau la volonté croissante de l'Afrique de régler ses nombreux conflits, l'Afrique du Sud, l'Ethiopie et le Mozambique ont annoncé début avril qu'ils étaient disposés à déployer 3 500 hommes dans le cadre d'une mission de maintien de la paix au Burundi, pays de l'Afrique de l'Est ravagé par la guerre.

Le Président sud-africain Thabo Mbeki a souligné à cette occasion que la participation de son pays à cette mission correspondait à l'esprit du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), la nouvelle initiative du continent en matière de développement. Lors de l'annonce de la participation militaire de son pays, le Ministre de la défense de l'Ethiopie, Abadula Gemeda, a pour sa part affirmé que son pays "ferait tout ce qui est en son pouvoir pour ramener une paix durable au Burundi".

Les premières annonces de contribution à la mission au Burundi ont été faites à l'occasion de la réunion du Sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) nouvellement constituée, qui s'est tenue à Addis-Abeba (Ethiopie), en février dernier. La guerre au Burundi, qui a fait en 10 ans quelque 200 000 victimes, a été l'un des conflits analysés à cette occasion. Les participants au Sommet, 28 Chefs d'Etat et six Premiers Ministres, ont estimé que pour résoudre les conflits, il fallait sensiblement accroître les pouvoirs dont dispose l'UA par rapport à son prédécesseur, l'Organisation de l'unité africaine (OUA), souvent considérée comme trop bureaucratique et inefficace pour prévenir ou régler les conflits.


Soldats de la paix africains à Bangui, en République centrafricaine.

Photo : ©ONU / Evan Schneider


Les participants au Sommet ont également affiché leur volonté de ratifier sans tarder le protocole établissant la constitution d'un Conseil de paix et de sécurité au sein de l'Union africaine. Souvent comparé au Conseil de sécurité de l'ONU, cet organe serait composé de 15 membres élus par roulement et doté à terme d'une force d'intervention africaine permanente. La mise en place d'un dispositif d'alerte rapide permettrait au Conseil de devancer et de prévoir les conflits avant qu'ils n'éclatent. En outre, le Conseil serait habilité à contribuer aux efforts de reconstruction.

Une fois constitué, l'organe aurait le droit d'arbitrer les conflits et "d'imposer des sanctions en cas de changement inconstitutionnel de gouvernement", selon les dispositions du protocole. Au Sommet d'Addis-Abeba, les orateurs ont insisté sur la nécessité d'intensifier les efforts visant à mettre un terme aux guerres en Afrique. De nombreux conflits, dont ceux en République démocratique du Congo, à Madagascar et au Soudan, ont fait l'objet de discussions.

Prise de pouvoir en Centrafrique

Quelques semaines à peine après le sommet de l'UA, la crise latente qui couvait en République centrafricaine a éclaté le 15 mars, lorsque le chef rebelle François Bozizé a saisi le pouvoir et s'est proclamé Chef de l'Etat. Ancien chef d'état-major de l'armée, ce général avait déjà tenté en vain de s'emparer du pouvoir en octobre 2002, mais avait été chassé par les forces libyennes qui veillaient sur le Président Ange-Félix Patassé. Les Libyens sont toutefois partis au début de l'année pour être remplacés par un contingent de 300 hommes de la Communauté économique et monétaire des Etats de l'Afrique centrale (CEMAC), qui n'avaient pas pu prévenir la prise de pouvoir de mars.

Alors que des milliers d'habitants de la capitale, Bangui, manifestaient en faveur du coup d'Etat, le Conseil de sécurité de l'ONU et l'Union africaine l'ont rapidement et catégoriquement condamné. Le Conseil de sécurité a par ailleurs invité les dirigeants du pays à entamer "un véritable dialogue politique ouvert... et à garantir le rétablissement rapide de la démocratie".

Le général Bozizé a par la suite désigné un gouvernement intérimaire de 28 membres appartenant à toutes les mouvances politiques et à la société civile. Son Gouvernement a annoncé une période transitoire de un à trois ans, au bout de laquelle auraient lieu des élections.

Paix fragile en Côte d'Ivoire

L'attention se porte également sur la Côte d'Ivoire. Si l'accord de paix signé en janvier n'y est pas respecté, la guerre risquerait de s'étendre aux pays limitrophes, accentuant les retombées négatives du conflit sur la région.

La guerre civile qui a éclaté en Côte d'Ivoire en septembre 2002 à la suite d'une mutinerie des militaires a provoqué une crise humanitaire majeure en Afrique de l'Ouest, des centaines de milliers de personnes, notamment des migrants des pays voisins, étant contraintes de fuir en raison de la multiplication des violences à caractère xénophobe. Compte tenu de l'importance économique de la Côte d'Ivoire sur le plan régional, où elle représente quelque 40 % du produit national brut de l'Afrique de l'Ouest francophone, le conflit a déjà gravement perturbé le commerce et les activités économiques de plusieurs pays voisins.

En vertu de l'accord de paix de janvier, un Gouvernement d'union nationale a été constitué. Il est formé de membres du parti au pouvoir du Président Laurent Gbagbo, du principal groupe rebelle (le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire), ainsi que d'autres partis politiques et forces rebelles.

La paix y demeure toutefois fragile. Il y a eu des désaccords concernant l'affectation des postes ministériels, et l'annonce de la conclusion de l'accord de janvier a été accueillie par une semaine de manifestations anti-françaises et anti-rebelles dans certaines régions du pays. Ce n'est que le 3 avril que tous les membres de la coalition ont pu se réunir pour la première fois.

"Le processus reste fragile et doit être consolidé", a affirmé en janvier le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, devant les Chefs d'Etats présents à la conférence de Paris sur la Côte d'Ivoire. A son avis, l'application de l'accord de paix dépend en large partie de "l'adoption de mesures propres à établir la confiance mutuelle".

Un certain nombre de responsables de l'ONU ont dénoncé les violations des droits de l'homme perpétrées par les deux parties au conflit, y compris le recours à des escadrons de la mort. En décembre, le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Sergio Vieira de Mello, a lancé une mise en garde aux auteurs de tels actes, affirmant que même s'ils échappaient à la justice de leur pays, ils pourraient comparaître devant la Cour pénale internationale. Il a tout particulièrement dénoncé l'utilisation qui est faite des médias pour répandre des messages à caractère xénophobe et pour inciter à la haine. La Cour internationale est aussi habilitée à se prononcer sur les "violations des droits de l'homme commises par les journalistes", a-t-il rappelé.


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