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[ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance] [ envoyer cet article par e-mail ] Afrique Relance, Vol.17#1 (mai 2003), page 9 De Davos au Brésil, l'Afrique défend sa position Allégement de la dette et lutte contre la pauvreté figurent parmi les priorités du continent Qu'ils soient présidents ou militants, les représentants de l'Afrique aux deux grandes conférences internationales qui se sont tenues en début d'année ont fait valoir que la mondialisation devrait favoriser le progrès économique et social de leur continent et non l'entraver. Pourtant, les deux rencontres n'avaient rien de commun. Organisé du 24 au 27 janvier à Davos (Suisse), le Forum économique mondial réunissait l'élite de la planète. Chaque année, il attire bon nombre des responsables de grandes sociétés et des dirigeants politiques des pays les plus riches. En revanche, le Forum social mondial, qui se tient à la même période à Porto Alegre (Brésil) depuis 2001, a souvent été qualifié d'"anti-Davos". Il réunit, en grand nombre, des militants de l'action sociale, des syndicalistes, des dirigeants communautaires et des défenseurs des droits de l'homme. Ils étaient près de 100 000 à y participer cette année, du 23 au 28 janvier. A aucune de ces rencontres, l'Afrique ne figurait en bonne place à l'ordre du jour. Les débats ont été dominés par la guerre imminente en Iraq et les incertitudes concernant l'économie mondiale. Toutefois, un petit nombre de participants africains ont pu se faire entendre, en particulier sur les questions touchant la dette, le commerce, l'aide et la lutte contre la pauvreté. 'Donner à la mondialisation un visage humain' Seulement trois présidents africains ont été invités à Davos. Ils ont tous fait état de leur souhait de repartir sur de nouvelles bases grâce au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), une initiative conduite par les Africains qui met l'accent sur les efforts de l'Afrique mais vise aussi à améliorer le partenariat avec la communauté internationale. Le Président tanzanien, Benjamin Mkapa, a souligné qu'un nouveau départ ne serait possible que si le joug de l'endettement était brisé. "En Afrique, nous sommes tous si endettés que le commerce, quel qu'en soit le volume, ne peut nous en libérer", a-t-il dit. "Voyons donc si nous pouvons susciter un mouvement rapide en faveur de l'allégement de la dette bilatérale, de l'établissement de liens et du renforcement des capacités nationales." Le Président Paul Kagamé du Rwanda a demandé qu'on étudie plus minutieusement l'efficacité de l'aide et en quoi les échanges commerciaux peuvent "aider l'Afrique à faire face à ses problèmes liés à la pauvreté". La lutte contre le VIH/sida et l'obtention de la paix et de la sécurité sont également indispensables au développement du continent, a-t-il ajouté. Le Président Joaquim Alberto Chissano du Mozambique était du même avis. "Il faut entretenir la paix, en donnant un visage humain à la mondialisation." Le Mozambique a certes enregistré des taux de croissance élevés depuis la fin de la longue guerre civile au début des années 90 mais, a-t-il noté, "croissance ne signifie pas développement. Nous devons d'abord aider nos populations". Il a souligné qu'il fallait des échanges commerciaux internationaux plus équitables, afin que les producteurs africains soient mieux rémunérés et que leurs exportations aient davantage accès aux marchés mondiaux. Pour M. Halidou Ouédraogo, dirigeant du principal groupe de défense des droits de l'homme du Burkina Faso et Président de l'Union interafricaine des droits de l'homme, davantage de pays africains devraient s'inspirer des exemples de transition démocratique réussie en Afrique du Sud et au Kenya. Quant à M. Fackson U. Shamenda, Président honoraire de la Zambia Congress of Trade Unions, il estime que "nous pouvons et devons être le premier continent à l'avant-garde de la défense des droits de l'homme". Nouveaux murs de Berlin Certaines préoccupations des pays en développement ont été évoquées dans le discours liminaire de M. Luis Inácio "Lula" da Silva, ancien dirigeant syndicaliste qui a remporté les élections présidentielles brésiliennes d'octobre 2002 à une large majorité et a pris fonction quelques semaines seulement avant le Forum de Davos. "Il y a plus de dix ans, le mur de Berlin est tombé, a-t-il dit. Mais il reste d'autres 'murs'. Ils séparent ceux qui ont à manger de ceux qui ont faim, ceux qui ont un emploi de ceux qui n'en ont pas, ceux qui vivent dans la dignité de ceux qui vivent dans la rue ou dans des taudis misérables, ceux qui ont accès à l'éducation et aux richesses culturelles de la civilisation de ceux qui sont pris au piège de l'analphabétisme et de l'aliénation complète." Il a appelé les pays industrialisés à cesser de protéger leurs marchés des exportations du Sud et à contribuer à la mise en place d'un fonds international pour lutter contre la misère et la faim dans le monde. Notant que le Brésil compte la population noire la plus large au monde après le Nigéria, il a indiqué que son pays "voyait sous un angle particulier le continent africain, avec lequel nous avons des liens ethniques et culturels profonds". Le Président da Silva a également évoqué la situation difficile de l'Afrique au Forum social mondial de Porto Alegre. "Les bébés africains ont le même droit de manger qu'un bébé blond aux yeux bleus né en Scandinavie", a-t-il déclaré devant l'immense foule. 'Notre priorité, c'est la dette' A la différence des participants d'Amérique latine, peu de militants d'Afrique ont pu faire le déplacement à Porto Alegre. Pour ceux qui ont pu s'y rendre, le lourd endettement de l'Afrique était en bonne place au programme, tout comme les réparations exigées des pays qui ont participé à la traite des esclaves et à la conquête coloniale de l'Afrique, question qui figurait en bonne place à l'ordre du jour du sommet contre le racisme tenu à Durban (Afrique du Sud) en 2001.
Aminata Traoré Photo : ©Joan Baxter "Notre priorité, c'est la dette", a déclaré Mme Aminata Traoré, ancienne Ministre malienne de la culture. La dette "sape tous nos efforts en faveur de l'éducation, de la santé et du développement, raison pour laquelle elle doit être annulée. On nous doit aussi réparation pour cinq siècles de colonialisme et d'esclavage. Sur cette base, une coopération avec le Nord pourrait nous mettre tous sur la voie d'un développement véritable." M. Taoufik Ben Abdallah, de l'organisation Environnement et Développement du Tiers-Monde basée au Sénégal, a aussi souligné l'importance des réparations pour l'esclavage et le colonialisme, qu'il a qualifiés de "dette historique" du Nord envers l'Afrique. Quelques semaines plus tôt, plus de 200 représentants de la société civile africaine avaient participé à un Forum social africain tenu à Addis-Abeba (Ethiopie) du 5 au 9 janvier. Ils ont souligné la nécessité pour les groupes de la société civile africaine de mieux s'organiser afin de pouvoir jouer un rôle plus important lors du Forum social mondial des prochaines années, notamment lors de celui qui se tiendra l'an prochain à New Delhi (Inde). Dans une déclaration consensuelle, les participants, provenant de 40 africains pays, ont critiqué le "caractère illégitime de la dette extérieure de l'Afrique", rejeté la privatisation des services sociaux de base, remis en cause les inégalités du système du commerce mondial, dénoncé "la médiocrité des dirigeants africains qui continuent de profiter des divisions tribales et ethniques" et souligné l'importance de l'unité africaine et de l'intégration sociale. Ils ont affirmé que "la mondialisation par la base, conçue, maîtrisée et mise en oeuvre par les organisations populaires, est à la fois nécessaire et possible. [ retour à la page d'accueil d'Afrique Relance] [ envoyer cet article par e-mail ] [ Accueil ] [ Actualités ] [ Magazine ] Index / Recherche ] [ A propos d'Afrique Relance ] [ Accueil - ONU ] [ Nouvelles - ONU ] Grand rapports de l'ONU ] [ Liens de l'ONU pour l'Afrique ] Cet article peut être reproduit librement, à condition d'en indiquer l'origine : "Afrique Relance, ONU". Avant d'utiliser toute photo, il faut obtenir la permission du titulaire des droits d'auteur dont le nom est indiqué. Merci de nous envoyer une copie de tout article reproduit. Afrique Relance Site Web : www.africarecovery.org |